‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 51 sur 348 · LA CIRCONCISION · texte numérisé non relu

LA CIRCONCISION

que les Juifs ne se croyoient au-desnis des antres peuples dn monde que parce qu'ils éloient la postérité de ce chef fameux et chéri du Ciel et

3ue les pères , en contant à leurs fils les merveilles e leur nation et riiisioire de leurs ancêtres , ne les animoient à la vertu qu'en les faisant souvenir qu'iU étnient les enfants d’Abraliam et les portions d’une race sainte ? Est-il plus merveilleux que Moïse, cet homme puissant en œuvres et en paru* les, médiateur d’une alliance simple qui délivra son peuple et brisa le joug de I' Ég)T>le; cet homme, qui fut établi le dieu de Pharaon, qui parut le maître de la nature, qui couvrit la terre de plaies, qui sépara les mers; qui fit pleuvoir du ciel une nourriture nouvelle; cet homme qui vit le Seigneur bce à face sur la montagne sainte , et qui parut devant fsraêl tout resplendissant de lumière? Qu’y a-t-il dans la vie de lésus-Christ de plus surprenant et de plus magnifique ? Cependant ce n'étoit là que les ébauches grossières de sa gloire et de sa puissance; il en devoit être la perfection et le dernier trait. Or , si Jésns-Christ n’étoit pas l’image de la substance de son Père et la splendeur éternelle de sa gloire, on devroit tout an plus l’égaler à ces premiers hommes ; cl rincrédiilité des Juifs poiirrriit lui demander sans blasphème : Êtes-vous plus grand que notre père Abraliam, et que les prophètes eux-mèmes qui sont morts ? iVtimquid fu major es }>atre nostro y4brahamf (JoAN., VIII, 53.) J’ai dune eu raison de dire que, si vous considérez en premier lieu son ministère, par cet appareil pompeux d’oracles et de figures qui l’ont annoncé, l’éclat en est tel, que si Jésus- Clirist n’est qu’un homme semblable à nous , la sagesse elle-même de Dieu seroit coupable de l'erreur de ceux qui l’adorent.

Mais , mes Frères , le Christ a été prédit avec ses membres : nous sommes renfermés dans les proplictiesqui l’ont annonce à la terre; noos avons été promis comme une race sainte , un peuple spirituel, qui devoit porter la lui gravée dans le cœur, qui ne devoit soupirer que pour les biens éternels , et qui devoit adorer en esprit et en vérité ; nous avons fait, comme Jésus-Christ, l'attente des Justes de l’ancien temps et le désir des nations; nous sommes cette nouvelle Jérusalem pure et sans tache, si souvent annoncée dans les Prophètes, ou Dieu seul devoit être connu et adoré, oii la foi devuil être la seule lumière qui nous éclaire, la diarité le seul lien qui nous unit, l'espérance de la patrie, le seul désir qui nous anime. Or, remplissuns-nous une attente si illustre et ai sainte? sommes-nous dignes d’avoir fait le désir de tous ces siècles recules qui nous précédèrent ? méritons-

nous d'avoir été atlendos comme des hommes célestes, qui dévoient remplir la terre de sainteté et dejustîce? Les siècles ne se sont-üs pas trompés en attendant le peuple chrétien? Si les Justes de ces temps reculés revenoient sur la terre, pourrions-nous nous montrer à eux, et leur dire : Yoid ces hommes célestes, spirituels, dtastes, fidèles, diaritables, que vous attendiez? Hélas ! mes Frères, les Justes de l’ancien temps ont été Chrétiens avant la natsnnre de la foi , et nous sommes encore Juifs sous l'Évangile ; nous ne vivons que pour la terre; nous ne connoissons de biens véritables que les biens présents; tonte notre religion est dans les sens; mms avons reçu plus de secours, mais nous ne sommes pas plus fidèles.

A l’éclat des prophéties qui ont annoncé Jésus- Christ , il feut ajouter celui de ses œuvres et de ses prodiges ; second caractère éclatant de son ministère. Oui , mes Frères, quand même le Ciel ne l'auroit pas promis à la terre avec tant de maguificence; quand il n’auroitpas fait durant tous oes premiers âges comme la seule occupation et la seule attente de l'univers , comment se montre-t-il à la terre? Parut-il jamais un homme plus merveilleux , plus divin dans ses œuvres et dans toutes tes drconstances de sa vie ?

Je dis premièrement dans ses œuvres et dans ses prodiges. Je sais, et nous venons de le dire, que dans les siècles qui Tavoient précédé , il aroit pam sur la terre des hommes extraordinaires, que le Seigneur sembloit rendre dépositaires de sa vertu et de sa toute-puissance : Moïse parut en £g) pte et dans le désert le maître du de! et de la terre ; Élie, dans les sièdes suivants, vint dcmnerlemême spectacle aux hommes. Mais, quand ou y r^arde de près , dans leur puissance même , tous ces hommes miraculeux portoient toujours des caractères de dépendance et de foiblesse.

Moïse n’opéroit ses prodiges qu'avec la veige mystérieuse ; sans elle , il n'étoit plus qu’un homme foibie et impuissant; et il semble que le Seigneur avoit attaché la vertu des mirades à ce bois aride , comme pour hire sentir anx Israélites que Moïse lui-même n'étoit entre ses mains qu'un instrument foibie et fragile , dont il loi plaisoit de se servir pour opérer de grandes choses. Jésus-Christ opère les plu.s grands prodiges saas parler même : et le seul attouchement de .sa robe guérit des infirmités di^espérées. Moïse ne communique point à ses disciples le pouvoir d'opérer des prodiges , parce que c'étûit un don étranger qu*fl avoit reçu du Ciel , et dont il ne pouvoit pas disposer. Jésus- Christ en laisse aux siens un encore plus grand que celui qui a paru en lui-même. Moïse agit lou-

Page 1