‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 52 sur 348 · DIVINITÉ DE · texte numérisé non relu

DIVINITÉ DE

jours au nom du Seigneur ; Jésus-Christ opère tout en son propre nom, el les œuvres de son Père sont les siennes. Cependant ce Moïse, qui n'avoit pas été prédit comme Jçsus-Chrisl, qui ne remetloil pas les péchés comme lui , qui ne se dîsoil pas égal à Dieu , mais seulement le serviteur fidèle , ce Moïse, craignant qu'aprës sa mort ses prodiges ne le Hsseiit passer pour un dieu , prend des mesures de peur que dans la suite des siècles la crédulité de son peuple ne lui rende des honneurs; il veut que son tombeau soit inconnu à la terre; U va mourir i fécart sur la montagne , loin des yeux de ses frères, de peur qu'on ne vienne lui offrir des victimes sur son tombeau , et dérobe pour jamais son corps à la superstition des tribus; il ne se montre pas même à ses disciples après sa mort; U se contente de leur laisser la loi de Dieu, et biit tous ses efforts afin qu’ils l’oubUenl lui-méroe. Et Jésus-Christ , après tous les prodiges qu’il opéra dans la Judée , après toutes les prédictions qui l’avoient annoncé , après avoir paru comme un Dieu sur la terre , son tomlieau est connu de tout funivers, exposé à la vénération de tous les peuples et de tous les siècles ; après sa mort même il se montre à ses disciples. La supemtilion étoit-elle donc ici muins i craindre ? ou Jésus-Christ esl-U moins zélé que Moïse pour la gloire de l’Éire souverabi et pour le salut des hommes?

die ressuscite des morts , il est vrai ; mais il est obligé de se coucher plusieurs fuis sur le corps de rcnfanl qu’il ressucite ; il souRlc, il se rétrécit , il s’agite; oo voit bi«i qu’il invoque une puissance étrangère , qu'il rappelle de l’empire de la mort uneame qui n'est pas soumise à sa voix, et qu’il n*est pas lui-môme le maître de la mort et de la vie ; Jésus-Christ ressu-^^ile les morts comme U fut les actions les plus communes; il parle en maître à ceux qui dorment d’un sommeil éternel, et l’on sent bien qu’ilest le Dieu des morts comme des vivants, Jamais plus tranquille que lorsqu’il opère les plus grandes clioses.

Enfin les poètes nous représentoient leurs sibylles et leurs prêtresses comme des furieuses lorsqu'elles prédisoient l’avenir; il semble qu’elles ne pouToient porter la présence de l’esprit imposteur qui résidoitenelles. Nos prophètes eux-m&ues annonçant les choses futures , sans perdre l’usage de la raison ni sortir de la gravité et de la décence de leur ministère, entroient dansuncnUiouslasme divin ; il Mloit souvent que le son d’une lyre réveillât en eux l’esprit propliétique; onsentoilbicn qu’une impulsion étrangère l^animoit , el que ce n’cloit pas de leur propre foims qu’ils liroient la edeocc de raveoir et les mystères cachés qu’ils

JÉSUS-CHRIST. ÎM

annonçûient aux hommes. Jésus-Christ prophétise comme il parle; la sciencede ravenU n’a rien qui le frappe, qui le trouble, qui le surprenne , parce qu’il renferme tous les temps dans sou esprit : les mystères futurs qu’il annonce ne sont point dans son ante des lumières soudaines et infuses qui l’éblouissent , ce sont des objets familiers qu’il ne perd jamais de vue , et dont il trouve les images an-dedans de lui, et tous les siècles à venir sont sous l’immensité de ses regards comme le jour présent qui nous éclaire. Ainsi , ni la résurrection des morts, ni la prédiction de l'avenir ue le tirent de sa tranquillité ordinaire; il se joue, pour ainsi dire, en opérant des prodiges dans l'univers, et s’il paroU quelquefois frémir et se troubler, ce n’est qu’à la vue du péché el de rendurcissement de son peuple ; parce que plus on est grand en sainteté, plus le péché offre d’Iiorreurs nouvelles, et que la seule chose qu’un Homme -Dieu puisse voir avec fréroisseiuent , c’est le spectacle d’une conscience souillée de crimes.

Telle est la toute-puissance de Jésus-Christ ; scs miracles ne portent aucun caractère de dépendance: et, peu content de nous montrer par là qu’il est égal à Dieu , il nous avertit encore que tout ce que son Père opère de merveilleux sur la terre, lui-même l’opère aussi , elque les œuvres de son Père sont les siennes. Trouvez-nous un |)ro> pliète qui, jusqu’à Jésus-Christ, ail tenu ce langage , el qui, loin de rendre gloire à Dieu comuie à l’auteur de tout don excellent, se soit attribué à lui-même les grandes clioses que le Seigneur avoit bien voulu opérer par sou ministère.

Mais, mes Frères, si nous avons été prédits avec Jésus-Ciuist , nous sommes de plus participants de sa souveraüieté sur toutes les créatures. Le dirélien est parla foi maître de la nature; tout lui est soumis , parce qu’il n'est lui -même soumis qu’à Dieu seul : toutes ses œuvres doivent être en un sens miraculeuses, parce que toutes ses œuvres doivent partir d'un principe sublime el divin , et être au-dessus des forces de la foiblesse humaine : nous devons être, pour ainsi dire, des hommes miraculeux, maîtres du monde, en le luéprisani; élevés au-dessus des lois de la nature , eu les surmoDlant; artuires des événements , en nous y soumettant; pins forts qne la mort même , en la souhaitant. Telle est la sublimité du Chrétien , el il faut bien que Jésus-Cluist soit grand pour avuir élevé à ce peint de puissance et de grandeur la foiblesse humaine.

Enfin , le dernier caractère éclatant de son minUlère sont les circonstances merveilleuses , cl jusque-là iuouies , qui composent tout le cours de sa

LA CJKCONCISION.

Tic nwrlelle. Je sais qu’il esi venu dans ledepomi- | lement et dans la bassesse ; niais , à travers ces dehors olKCurs et méprisables , quel éclat les enne> mis mêmes de sa divinité ne sont-ils pas forcés d'y reconnoUre!

Premièrement, quoiqu'ils le rc^nlent comme • un homme semblable à nous, ils le croient cepen- | dant formé par l'opération invisible du 'J'rës-Haut dans le sein d’une Viei^ de Jiida, contre la loi ; ordinaire des enfants d’Adam. Quelle gloire déjà ' pour une simple créature!

Secondement , à peine est-il né, que des légions célestes font retentir dans les airs des cantiques I d’allégresse, etmmsapprennentquecetle naissance | rend gloire au Très-Haut et apporte une |>aix éternelle sur la terre. Quelle est donc cette créature | qui peut rendre gloire an Très-Haut, lequel ne trouve sa gloire qu'eu lui-mème? Peu a;»rès un ; astre nouveau rapp*'lle des sages du fon«l de l’O- ! rient; et, guidés par cette lumière miraculeuse, ! ces Itoinines justes viennent des extrémités de la leiTC adorer le nouveau Roi des Juifs. |

Suivez tonies les circonstances de sa vie. Si Marie le présente an Temple, un Juste et une sainte femme annoncent .sa grandeur future; et, transportés d’une joie sainte, ils ineuient avec plaisir, après avoir vn celui qu’ils appellent le salut du monde, la lumière des nations et la gloire dTsraèl. Les docteurs assemblés dans le Temple voient avec frayeur son enfance plus sage et plus éclairée que toute la sagesse des vieillards. A mesure qu'il avance , sa gloire se dévelopiie : Jean-Haptisic , cet botnmele plus grand des enfanU des hommes, s'alKiisse devant lui , et se dit indigne de lui rendre im>mc les plus vils ministères. Le ciel s'oiivrc plusieurs fuis sur sa tète, et déclare (pie c'est là le Filsbien-aimé. Les démons effrayés fuient devant lut, ne peuvent soutenir la présence seule de sa sainteté, et confessent qu’il est le Saint de Dieu. Rassemblez des témoignages si différents et si nouveaux, des circonstances si extraordinaires et si inouïes ; (piel est cet homme qui paroll sur la terre avec tant d’éclat? et les peuples qui l’ont adoré ne sont-ils pas du moins excusables?

Mais ce ne sont encore ici que de foibics préludes de sa gloire. S’il se retire à l’écart sur le Thabor, accompagné de trois disciples, sa gloire, impatiente, si je l’ose dire, d’avoir été jusque-là comme retenue captive sous le voile de riiiiinanilc, éclate au-deliors: il iiaroll tout resplendissant de lumière : le Hère céleste (pii alors, de peur que la gloire de Jésus-Christ ne devint une occasion d’erreur et d’idolâtrie aux UUciples élonués et Icmoios du st«ctacle, auroil dii, ce semble,

les avertir que ce Jésus qu’ils voyoienl si glorieux n’étoil fiourlant que son serviteur et son envoyé, leur déclaré au contraire que c’est son Fils bienaimé en qui il a mis toute sa complaisance, et ne met point de bornes aux hommages qu’il veut qu'oii lui rende. Lorsque Moïse parut environné de gloire, et comme (ransllguré sur la montagne de Sinaî, de peur que les Israélites, toujours su- • perstilieux , ne le prissent [>uiir un Dieu descendu sur la (erre, le Seigneur déclaroit en même temps du liant du ciel, au milieu des éclairs et des tonnerres : Je sutsrWut qui suis, et rou.ç n[adorerez que moi seul, (Exon., ni, H. Df.lt., vi, ^ 3.) Moïse lui-même ne paraît devant le peuple que (lortant les tables de la loi enire le" mains, comme pour leur faire entendre que, malgré la gloire dont il paraissoit revêtu, il n’étoil pourtant que le ministre et non pas l'auleiir de la loi sainte; qu'il ne puiivoit la présenter que gravée sur la pierre, et qu’il n’ap|)arienoit qu’à Dieu seul delà graver dans leurs cn*urs. Mais Jésus-Christ paroU sur le Thabor comme législateur hii-inêiiie; le Père ne loi donne pas la loi nouvelle pour la porter aux hommes; il leur ordoime seulement de l'écouter, elle propose hii-méme comme leur législateur, ou plutôt comme leur loi vivante et éternelle.

Que dirai-je encore, mes Frères ? Si du Thabor nous passons sur le Calvaire, ce lieu où dévoient se consommer tous les opprobres du Fils de l’Homme, ne laisse pas d’être encore le théâtre de sa gloire et de sa divinité. Toute la nature en dé^ordre l’y reconnolt comme son auteur ; les astres qui se cachent; lesmorisqui ressuscitent; les pierresdes tomlieaux ({ui s'ouvrent et se brisent ; le voile du Temple qui se décinre ; l’incrédulité elle-même qui le confesse par la bouche du Centenier : on sent bien que ce n'est pas un homme commun (|ui meurt, et qu’il se passe sur celle montagne quelque chose de nouveau et d’extraordinaire.

Tant de Justes avant lui éloient morUs pour la vérité par les mains des impies : le palais d’Hérode veiioit de voir la tête du Précurseur devenue le prix (le In volupté; Isaïe avoit rendu gloire à Dieu par une mort (îouloureuse, et, malgré le sang des rois dont il étoit sorti , sa naissance auguste n'avoit pu le mettre à couvert des persécutions qui sont toujours la récompense de la vérité et du zèle; tant d’autres étoleiit morts pouMa justice; maisia nature tout entière ne paroissuil pas s'intéresserà leurs souffrances; les morts ne soiioient pas des loml>eanx , comme pour venir reprocher aux vivants leur sacrilège : rien de seinhlahle n'avoit encore paru sur la lerre.^

Paraourez le rc^le de ses mytèies; partout 'ous

* niviNiTfi DE iftsiis-cintisr.

trouverez des trails nouveaux (|ui le distiiiguenl de ions les hommes. S'il re>su«ciie d'entre les n)orts f outre que c'est par sa propre vertu ( ce , qu’un n’avüil pas encore vu ) , ce n'esl pas pour mourir encore, comme tant d'autres qui uvoieut été ressuscités pur le ministère des prophètes; il ressuscite |K)ur ne plus mourir; et ce qui n'avoit jamais été accoi de à aucune crcatiire , il reçoit ici* j)as même une vre immortelle.

S’il monte dans le ciel , ce n’est (las un char de feu (pli l’élève en imciin d'a*il; il s'élève lui-inéme avec mujeslc; il laisse à ses chers disciples tout le loisir de l’adorer et d’accompagner de leurs yeux et de leurs hommages leur divin .Maître. Les anges viennent an • devant de ce Roi de gloire, comme pour le recevoir dans son empire , et cousoleut l’afniclion de.s disciph^s , en le pi*oiiietlaut encore tint' fois à lu terre, environné de gloire et d’iiii* morlulilé. Tout annonce ici le Dieu du ciel , qui s'en retourne dans le lien d’ott il éloit sorti , et qui va reprendre possession de sa gloire : tout porte du moins les hommes à se le [lersiiader.

lit certes, mes Frères, lors(|u’F{ie est enlevé dans un cliar de feu , uii disciple tout seul csts(>ectateur de cette ascensîim miraculeuse: elle se passe en un lieu écarté et éloigné des yeux des autres enrauLs d«^ prophètes, lesquels, |>eui-êlrep)uscré* dules et moins instruits qu’ElUée , eussent rendu dans ce moment des honneurs divins à cet homme miraculeux. Mais .lésus*Cliris( munie dans le ciel , enviixmné de gloire, h la vue de cim| cents disci* pies; les plus folbles et ceux eu qui la fui de sa n^urreclion étoit moins alTermie ^ sont les premiers ap[»elés à la montagne sainte : on ne craint rien du leur crédulité ; on soiirTie an contraire leurs adoration.^ , comme leurs regrets et leurs lar* mes, et une vie .si pleine de prodiges si inouïs jus* que-la sur la terre, est eallii terminée par une circonstance encore plus merveilleuse , et propre toute seule à le faire regarder comme un Dieu, et à immortaliser l’erreur et ridolàlrie parmi les hommes.

En effet , mes Frères , .si l<?s siècles païens, pour justifier les hommages insensés et impies qu’ils rendoienl à leurs législateurs , aux fondateurs des empires , et à d’autres hommes culèlves , faisoient dire à leurs historiens et à leurs poêles que ces héros ii’étuiunlpasinorts, qu’ils avoientseulenvent disparu de la terre , et qu’étant de la nature des dieux, ils éloicnt montés dans le firmament pour y prendre place avec les autres astres , qui , selon eux , étoiciu autant de divinités qui uous éclairent , et pour y jouir de riumioi lalUé qu’ils dévoient à eur naissance divine; si une fiction aussi gix>s-

sière, toute seule, avoit pu rendre les hommes si long tciiqK idolâtres, quelle impression la vérité de celte fahle ne devoit-elle pas faire sur les peuples et si l’univers avoit adoni des impasteurs qu'on puhiioit raus.semeiU être montés dans les cieux , n’auroit'il pas été excnsable d’adorer un homme miraculeux , que les lioiiimes eux-mèii>es avoient vu, environné de gloire , s'élever au-dessus de.s astres ?

Mais prenez garde , mes Frères , que l'occasion de l’erreur ne nuit pas même avec Jé.su.s-Christ. Ou nous aimoiicc qu’il paroitra encore à 1a fin des siècles , au milieu des airs , environné de puissance et de majesté , accompagné de tous les esprits célestes : toutes le.^ nations assemblées et tremblantes attendront à ses pied.s la décision de leur destinée étemelle : il prononcera en souverain leur arrêt décisif. Les Abraltam, les Moïse, les David , )a< Elie , les Jean - Baptiste , tout ce que les siècles ont eu de plus grand et de plus merveilleux , sera soumis à son jugement età son empire ; il .sera seul élevé au-dessus de toute puissance, de toute dominaliuii , et de tout ce qu’on appelle grand dans le ciel et sur la terre ; il élèvera son trône au-dessiKs des nuees , à C()té du Très-Haut ; il ne parollia pas seulement le maître de la vie et * de la mort, mais le Roi Lnuiiorlel des siècle.s. le prince de réternité, le chef d’un j)€uple saint , l’arbitre de toute créature. Quel est doue cet homme è qui le Seigneur a cünimimii|uc une telle puissance? cl les inorLseux-mémes. quiparoilronl en jugement devant lui, pourront-ils être condamnés pour l’avoir adoré, l(jrsqu’ils le verront revêtu de tant de gloire , de maje.slé cl de puissance ?

El une réfit'xion que je vous prie de faire en finissant celle pallie de mon discours , c’est «|ue , si l'on ne Innivoil ici qu’un Irait extraordinaire et divin dans la suite d’une longue vie , on>()OuiTolt croire que le Seigneur se plaît qucl(|uefois à faire éclater sa gloire et sa puissance dan.s ses serviteurs. Ainsi HéïKwh fut enlevé, Moïse parai lian.sfiguré sur la montagne sainte , Êlie monta dans le ciel sur un cliar de feu , Jean-Baptiste fut prédit. Mais, outre que c’étoienl là des circonstances uni(iues , et que le langage de ces hommes miraculeux eide leurs disciples sur la divinité et sur eux-mêmes , ne laissoil point de lieu à la .'.iipcrslilion et à la méprise , ici c'est un assemblage de merveilles , qui foules , séparément même , auroienl pu tromper la crédulité des hommes : ici tous ces traits l'épatulus sur ces hommes extraordinaires, qui avoient presque été regardes comme des dieux sur la terre , se irauvenl rassemblés en Jésus-Christ , mais d'une manière mille fois plus glorieuse et

»i La CIRCONCISION.

plus dirine. Il est prédit , mais plus pompeusement , et avec des caractères plus éclatants que Jean-Baptiste ; il parolt transfiguré sur la montagne sainte, mais em ironné de plus de gloire que Moïse; il monte dans le ciel , niais avec plus de traits de puissance et de majesté qu’Elie ; il lit dans Tavenir, mais plus clairement que tous les prophètes; il naît non seulement d*un sein stérile comme Samuel , mais encore d'une Vierge pure et innocente : que dirai-je? et non seulement il ne désabuse pas les hommes par des expressions nettes et précises sur son origine purement humaine; mais son langage seul sur son égalité avec le Très- Ilaiit, mais la doctrine seule de scs disciples , qui nous disent qu'il étoît dans le sein de Dieu de toute étemitc , et que tout a été fait par lui , qui rappellent leur Seignetir et leur Dieu , qui nous apprennent qu'il est tout en toutes choses , jusUfieroit l'erreur de ceux qui l’adorent , quand sa rie eût été d’ailleurs ordinaire , et semblable à celle des antres hommes.

O vous ! qui lui refusez sa gloire et sa divinité, et qui le regardez pourtant comme l'envoyé de Dieu pour instruire les hommes, achevez le blaspltème et confondez-le donc avec ces imposteurs qui sont venus séduire le monde , puisque loin d'y * rétablir la gloire de Dieu et la connoissance de son nom , l’éclat de son ministère n’a servi qu'à l’ériger Ini-mème en divinité , qu'à le faire placer tristement à côté du Très-Haut, et plonger tout Tunivers dans la plus dangereuse , la plus longue , la plus inévitable et la plus univarseilc de toutes les idolâtries.

Pour nous , mes Frères , qui croyons en lui , et à qui le mystère du Christ a été révélé , ne perdons jamais de vue ce modèle divin que le Père nous montre du liant de la montagne sainte. Entrons dans l'esprit des divers mystères qui composent toute sa vie mortelle : ce ne sont que les difTérents états de la vie du chrétien sur la terre; reconnoissons le nouvel empire que Jésu.s Christ est venu se former sur nos cœurs. Le monde que nous avons seni jusqu'ici , n’a pu nous délivrer de nos peines et de nos misères. Nous y cherdilons la liberté, la paix , la douceur de la vie ; nous y avons trouvé le trouble , la .servitude , l’amertume , le malheur de nosjoiirs. Voici un nouveau libérateur qui vient apporter la paix sur la terre; mais ce n’est pas comme le monde le promet, qu'il nous la donne. Le monde avoit voulu nous conduire à la paix et à la félicité par les plaisirs des sens, par l'indolence, par une vaine philosophie; il n'y a pas réussi; en favorisant nos passions, il a augmenté nos peines: Jésos-Christ vient nous proposer de nouvelles roo-

les pour arriver à la paix et au bonheur que noos cherchons; le détachement , le mépri.<du monde , la mortification des sens , l’abnégation de nousmêmes : v(»là les nouveaux biens qu’il vient montrer aux hommes. Délrompon.s-iious , il n’y a point de bonlieur à attendre pour nous, même en cette vie , qu'en réprimant nos passions , qu'en nous interdisant tous les loisirs violenlsqiii troublent , qui corrompent le co'ur : il n'est que la {iliilosophiede l’Evangile qui fasse des sages , des heureux , parce qu’elle seule règle l'esprit , fixe le ccrur , et rend l’honmie à lui-même en le rendant à Dieu. Tous ceux qui ont voulu suivre d'autres voies , n'out trouvé que vanité et aflliclion d’esprit ; et Jésus- Christ seul , en venant porter le glaive et la séparation , est venu porter la paix parmi les hommes.

O mon Seigneur ! je ne sais que Irc^ inoi-méine que le monde et les plaisirs ne font point d'heureux ! Venez donc vous-même reprendre un cœur qui a beau vous fuir, et que ses propres dégoûts ramènent à vous malgré lui-même : venez être son libérateur, sa paix et sa lumière , et ayez plus d’égard à son infortune qu’à .ses crimes.

Voilà comme l'éclat du miulsière de Jésus- Christ seroit pour les liommcs une occasion inévitable d’idolâtrie , s’il n'étoil qu'une simple créature. VoyooR encore comment l’esprit de son ministère deviendroit le piège de notre innocence.

SECONDE PARTIE

L'éclat du ministère de Jésos-Christ n'en est pas le côté le plus auguste et le plus magnilique. Quelque grand qu'il nous ail paru (lar les oracles qui l’ont annoncé, par les œuvres qu’il a opérées, et par les circonsiances éclatantes de ses mystères , ce ne sont encore là , pour ainsi dire , que les dehors de sa gloire et de sa grandeur ; et , pour connollre tout ce qu'il est, il faut entrer dans le fond et dans l’esprit de son ministère. Or, l’esprit de son ministère renferme sa doctrine , ses bienfaits et ses promesses. Dévelop|ions-en toute l’étendue, et montrons qu’il faut refuser à Jésus-Chrlsl sa qualité d'iiomine ju.«te , et d’envoyé du Dieu toutpuissant , que les ennemis de sa divinité lui accordent, ou convenir qu’il est Ini-inéme un Dieu manifesté en chair, et descendu sur la terre pour sauver les hommes.

Oui , mes Frères , c’est une alternative inévitable : si JéstiS'Christ est saint , il est Dieu ; et si son ministère n’est pas un ministère d'erreur et de d’imposture , c’est le ministère de la Vérité éternelle elle-même , qui s’est manifestée pour nous ioslnitre. Or, les enneinis de sa naissance divine

DIVfNÎTÉ DE JESÜS-CIIRÎST. fA

sont forcés d^avouer qu'il a été un homme juste, innocent, ami de Dieu; et si le monde a tu dès esprit noirs et im(Mes, qui ont encore osé blasphémer coptre son innocence, et le confondre *avec les s^ucteurs, œ n’ont été que quelques monstres dont le genre humain a eu horreur, et fdont le nom Qiéme, trop odieux à toute 1a nature, est demeuré ensevelidansles mêmes ténèbres d’où rborreur de leur impiété éluil sortie.

Kn effet, qud homme jo»que>U avoil paru sur la terre avec plus de caractères incontestables d’innocence et de nintelé, que Jésus Fils du Dieu vivant ? En quel philosophe avoit-on jamais remarqué tant d’amour pour ta vertu, tant de mépris sincère pour le monde, tant de eliarilé pour les hommes, tant d’iudifférenee pour la gloire humaine , tant de zèle pour 1a gloire de l'Etre souverain, tant d'élévation au-dessus de tout ce que les hommes admirent et reclterdient ? Quel est son zèle pour le salut des liommes! c’est là que se rapportent tous ses discours , tous ses soins , tous ses désirs, toutes ses inquiétudes. Les philosoplies criliquoieot seuleiiieiil les hommes, et ne clierclioienl qu’à faire sentir leur foible ou leur ridicule : Jésus-Cluist ne parle de leurs vices que pour leur en prescrireles remèdes, l^uns étoient les censeurs des foiblesses humaines; Jésus-Christ en est le médecin : tes uns »e taisaient hoimeur de remanjuer en autrui des vices dont ils n’étoienl pas exempts eux-mèroes; celui-ci ne (larle qu’avec une douleur amère des fautes dont son innocence le met à couvert, et répand même des larmes sur les déréglemeuts d’une ville infldèle : on voit bien que les uns ne vouloient pas corriger les hommes, mais s’en faire estimer en les méprisant, et que l’aulre ne pease qu’à les sauver, et est peu louctié dlee urs applaudissements et de leur estime.

Suivez le détail de ses mœurs et de sa conduite, et voyez s’il a jamais paru sur la terre un Juste plus universellement exempt de toutes les fotUesaes les plus inséparables de rhiitiianilé. Plus oo l’obaerTe, plus sa sainteté se développe. Sesdisd- 1^, qui le voient de plus près, sont le plus frappés de l’initocence de sa vie; et la familiarité , si dangereuse à la vertu la plus héroïque , ne sert qu’à déeoQv rir tous les jours de nouvelles merveilles dans les siennes. Il ne parle que le langage du Ciel: U nerépood que lorsque ses réponses peuvent être utiles au salut de ceux qui riiUerrogcnt. On ne voit point en lui de ces intervalles où l’homme se retrouve; partout il parolt un envoyé du Très-Haut. Les actions les plus communes sont en lui singulières, par la nouveauté et la sublimité d«8 dispositions dont U les accompagne, et il ne

parolt pas moiiu un homme divin lorsqu’il mange chez un Pliarisien que lorsqu’il rcsMiscile Lazare. Certes , mes Frères, la nature toute seule ne saoroit mener si loin la foiblesse humaine. Ce n'est pas ici un philosophe qui impose : c’est un Juste qui prend , dans ses propres exemples , les règles et les préceptes de sa doctrine : il faut bien qu’il soit saint, puisque le disciple lui-même qui le trahit, intéressé à justifier sa perfidie en découvrant ses défauts, rend pourtant nii témoignage public à son innocence et à sa sainteté , et que toute la malica de ses ennemis déüée,n’a su le reprendre d’aucun péché.

Or, je dis, mes Frères, que si Jésus-Christ est saint , il est Dieu ; et que , toit que vous considériez là doctrine qu’il nous a enseignée par rapport à son Père, ou par rapport aux lioinmes , elle n’est plus qu’un amas d'équivoques malignes ou de hlasplièmes enveloppés, s’il n’est qu’un liommes ordioalre, envoyé seulement de Dieu pour instruire les liomiucs.

Je dis, soit que vous le considériez par rapport à son Père. En effet, si Jesus-Christ n’est iju’un simple envoyé du Très-Haut , U ne vient donc que pour manifester aux nations idolâtres l’imité de l’estence divine. Mais, outre que sa mission regarde priuci|)aletDent les Juifs, qui depuis longtemps n’étoient plus retombés dans l’idolâtrie, et n’a>oient pas besoin par cunsé(|uent que Dieu leur suscitât un propliète pour les corriger d’une erreur dont ils étoient exempts, et un proidtète qu'un leur faisoil espérer depuis la naissance du monde, comiw la lumière d’Israél et le libérateur de son peuple; outre cela, comment Jésus-Christ s’y prend-il pour remplir son ministère, et quel est son langage sur l’Ktre-i^iipi'ême? Moïse et les prophètes chargés de la même mission ne cessoient de publier que le Seigneur étoit un; que c’étoit une impiété de le comparer à la resseiublance de la créature, et qu’ils n'étoieiit eux-mêmes que ses serviteurs cl ses envoyés , vils inslrumenüi entre les mains d’un Dieu qiiiopéroit en eux de grandes clioses. Nulle expression douteuse ne leur éd»ppe sur un point si essentiel à leur mission : nulle comparaison d’eux à r£(re-j)uprcme, toujours dangereuse par le («nchanl que l’homme avolt de prostituer ses hommages à l’iiomme et de se faire des dieux palpables et visibles : nul terme équivoque qui edt pu les confondre eux-mêmes avec le Seigneur, au nom duquel ils parloient, et donner lieu à une.snperslilioDetà une idolâtrie qu’ils ve- Doienl combattre.

Mais 84 Jésus-Christ n’est qu’un envoyé cmnnie eux, U s’en hmt bien qu'il ne remplisse avec atn

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% LA CIRCONCISION

lant «le n<lélitë <]iT*eiix mn iniiiisItTp. Il iie«>esiie de se «lire « i;alè stn Père : ilviciU nousappremlre quMl esl descendu «lu ciel el sorlidii sein de Dieu, «ju’il éloil avant Abraham, «ju’il élnil a\anl toutes choses; que le Père el lui ne font qu’un; que la vie êlenielie consiste à ronimitre le Fils, cntnnieà connoiire le Père; qtie tout ce que le Père fait, le Fils le fait aussi. Trouvez-iiu>i un prophète qui, juMiu'à Jêsiis-CliriSl, edt tenu un lan^^e si nouveau, si inouï, si peu ro.s;>erUieiix pour le Dieu suprême, el qui , loin de rendre gloire à Dieu, coiiiiiie à l’auteur de tout don exixdleul, ait aliribuê à ses propres forces les grandes «d«oses que le Seigneur avoil daigné opérer fiar son ministère. Partout il se compare au Dieu souverain : il dit à U vérité une f«)is «pie le Père est plus grainl «|oe lui; mais quel est ce langage, s’il n’est pas luimême un Dieu manifesté eu «diair? elne reganlerions-noii.s pas comme un insensé un homme qui vlendroil nous annoncer sérieusemeiil que l’Elre- Suprèmeesl plus grand (pie lui? N*csl-«îe i>as s’égaler à la Divinité , que d’oser même se mesurer avec elle? Y a-t-il «piel«|ue proportion , et du plus ou du moins entre l)ieii et l’homme, entre le tout el le néant? Mai.s que dis-je? J«^iis-ChriM ne se coiilcnte |ias de se dire égal à Dieu , il justilie même la iiouveaulé de ses expressions contre les munnures des Juifs qui s’en scandalisent: loin de les détromper neUenient . il les coniirme ilans le scandale ; partout il nfTccte un langage qui devient ou in.sensé ou impie, si .sou égalité avec sou Père ne réclaircit el ne le justilie. Que vientil faire sur la terre , s'il n'est |ms Dieu? Il vient scandaliser lesJuifs en leur donnant lieu de croire qu'il se cmtqiare au Très-Haut; il vient siHluire les nations, en se faisant adorer après sa mort à toute la terre; il vient répandre de nouvelles ténèbres dans l’univers, et non pas y répandre, comme il s’en est vanié , la science , la lumière et U connoissance de Dieu. Quoi ! mes Frères, Paul el Barnalïé déchirent leurs vêlements lorsqu’on les prend pour des dieux; ils crient hautement devant les peuples qui veulent leur immoler des victimes; Adorez le Seigneur, dont nous ne soinmc.s que les envoyés et les ministres : l’ange, dans l’Apocalypse , lorsque saint Jean se prosterne pour l’adorer, rejette avec horreur cet hommage, et lui dit Iwulemenl : ^rfore; Dieu seuil {Afoc.,xix, ïO.) et Jésus-Christ souffre tranquillement qu’on lui rende des honneurs divins : et Jésus-Christ loue la foi des disciples «|ui l’adorent cl «|ui l'appellent avec'l hotiias, leur Seigneur et leur Pienl (Jean., XX , 28. ) et Jt^ns-f^hrisl confond même ses ennemis qui lui disputent sa diviuitéet son éternelle

origine ! E.st-il ilonc moins zélé que ses disciples pour la gloire de celui qui l'envoie ? ou lui importe t-il moins de détromper neltêment Ica. peuplo d’une méprise si injurieuse à l’Etre-Supréme, et qui anéantit le fruit unique de son ministère?

Oui, mes Frères, quel bien Jt^iis-Chrisi esl-i! venu apfiorter au inonde, si ceux. qui l'a«loreut sont des idolâtres et de.s profanes? Tous ceux qui ont cru en lui, i’oiit adoré comme le Fils «.'ternel du Père, l’image de sa substance el la splendeur (le sa gloire. Il ne se trouve qu’un très petit nombre d’iiumni&s dan.s le christianisme , le.s«|uels , en le recevant cuiniiie l’envoyé de Dieu , refusent de lui rendre les honneurs divins : cette secte même, bannie de toutes parts, exécrable dans les liqux mêmes où toutes les erreurs trouvent un asile, est réduite à quelques sectateurs «)bscurs et cacliês , punie partout cumine une impiété, dès qii'cUe ose se montrer à découvert, cl obligée de se cadier dans les ténèbres et dans les extrémités des provinces et «les royaumes les plus reculés. Est-ce donc là ce peuple nombreux , de toute langue , de (out«; tribu, de toute nation, que Jésus-Christ étoil venu former sur la terre? esi-oe là celle Jérusalem auparavant stérile, el «levenue féconde, qui devoil reiifernier dans son sein les peuples et les nations, el où les Iles les plus éloignées, les princes el les rois dévoient venir adorer? soni-ce IA les glands avantages que le monde devoil retirer du ministère de Jésiis-Clirisi ? est-ce donc là cette abondance de grâces, cette plénitude de l’esprit de Dieu répandu sur tous les hommes , ce renonvellemeiu mnversel , ce règne spirituel et durable, que les prophètes avoieni prédit avec tant «le majesté, et «]ui devoit accompagner la venue du Libérateur? Quoi! mes Frères, une attente si niagniü(|ue se ix>duit donc à voir le monde plongii dans une nouvelle idolâtrie? Cet avènement si heureux pour la terre, firomts depuis tant «le siècles , annoncé avec lant de ponqw , désiré de tous les Justes , montré de loin à Inul Tuiuvers, comme son unique rexMJuree, devoil donc le rorrompre et le pervertir pour toujours? Cette Eglise si féconde , dont les rois et l&s (Césars à la tête de leurs pcupU>s dévoient être les enfants, de devoil donc renfermer «lans sou enceinte qu'un petit nombre d’hommes odieux au ciel et à la terre , la honte de la nature et de ta religion, obligés de cacher dans les ténèbres l’iiorreur de leurs blasphèmes? et toute la maguiücence future de l’Evaiigilc devuit donc se borner à former la secte affreuse d’un impie Socin?

O Dieu ! (|ue la foi de votre Église parolt .sage et raisonnable, lorsqu’on l’oppose aux conlradic-

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