‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 54 sur 348 · DIVINITÉ DE JÉSUS-CHKIST · texte numérisé non relu

DIVINITÉ DE JÉSUS-CHKIST

donte que Dieu rérèle à son serviteur les choses futures. Mais vous vous trompez : s'il n*est pas Dieu, il n’est |»as m^ine prophète ; ses prédictions sont des songes et des ciiimères : c'est un esprit imposteur qui le séduit et se mêle de l’instruire sur Ta- Tenir, et les suites ont démenti la vérité de ses promesses : il prâlit que tous les peuples , assis dans les ombres de la mort, vont ouvrir les yeux à la loroière, et il ne voit pas qu’ils vont retomber dans des ténèbres plus criminelles en l’adorant : U prédit (]ue son Père sera gloriflé, et que son Évangile lui formera partout des adorateurs en esprit et en vérité, et il ne voit pas que les hommes vont le déslionorer pour toujours, en lui égalant , jus()u’à la nn des siècles , ce Jésus qui ne devoil être que son envoyé et 5)on proplièle : il prédit (pie les idoles seront renversées, et il ne voit pas qu’il sera luî- HH^me mis à leur place : il pnklit f|u’il se formera un peuple saint de toute langue et de toute tribu; et il ne voit pas qu'il vient seulement former un nouveau peuple d’idolâtres de toute nation, qui le placeront dans le temple comme le Dieu v ivant ; qui lui rapporteront toutes leurs actions, tout leur culte, tous leurs hommages; qui feront tout pour sa gloire; qui ne voudront dépendre que de lui, ne vivre que de lui et pour lui, n’avoir de force, de mouvement, de vertu que par lui ; en un mot, qui l’adoreront, qui raimeronl d’une manière mille fois plus spirituelle, plus intime, plus universelle, que les Païens n’avoieni jamais attoré leurs idoles. Ce n’est donc pas même ici un profdiète ; et ses proches , selon la chair, ne blasphémait donc point iors(}(i’ils le prennent pour un frénétique et un insensé , qui donne aux songes de son esprit échauffé tout le poids et toul e la réalité des révélati(Mis et des mystères :Quoiiiamiii /urorem versus est.(MARC., 111,21.)

Voilà, mes Frères, où mène rincrédulitc. Renversez le fondement, qui est le Seigneur Jésus , Fils éternel du Dieu vivant; tout l’édifice s’écroule : 6tez le grand mystère de piété, toute la religion est un songe; retranchez de la doctrine des Chrétiens Jésus-Christ Homme-Dieu , vous en retranchez tout le mérite de la foi , toute la consolation de l’espérance, tous les motifs de la charité. Aussi, mes Fre^res, quc^l zèle les premiei's disciples de l’Fvangile ne firent -ils pas parollrc contre ces hommes impies, <]ui dès-lors osè'rent attaquer la gloire (le la divinité de leur Maître? Ils senloient bien (]ue c’étoit attaquer la religion dans le C(rur; que c’éloit leur éter tout l'adoucUscment de leurs persécutions et de leurs sourTranees, toute l’assurance des promesses futures, toute la gi'andeiir et la noblesse de leurs prt'leiuions; cl (pie, ce prin-

cipe une fob renversé , toute la religion s’en alloit en fumée, et n’étoil plus qn’une doctrine humaine , et la secte d’un homme mortel , qui, comme les autres chefs, n’avoil laissé que son n<Ku à ses disciples.

Aussi, mes Frères, les Païens enx-méines reproclioient al<Hs aux Chrétiens de rendre à leur Christ des honneurs divins. (Pij.’<.,(i6. x, ep.97.) Un proconsul romain, célèbre par ses ouvrages, rendant compteàrempereurTrajandeleurs mœurs et de leur doctrine, après avoir été forcé d’avouer que les Chrétiens étoient des hommes justes, innocents , ('quitables , et qu’ils s’assembloient avant le lever du soleil , non pour s’engager entre eux à commettre des crimes et à troubler la tranquillité de l’empire, mais à vivre avec piété et avec justice, à détester les fraudes, les adultères, les de- »rs même du bien d’autrui ; il ne leur reproche que de chanter des hymnes et des cantiques en l’honneur de leur Christ , et de lui rendre les mêmes hommages qu'à un Dieu. Or, si ces premiers Fidèles n’eussent pas rendu à Jésus-Christ des lionneurs divins , ils se seroient justifiés de cette calomnie , ils auroient ôté ce scandale de leur religion, le seul presque qui rév<^toit le zèle des Juifs et la sagesse des Gentils ; ils auroient dit hautement : Nous n’adorons pas Jésus-Christ, et nous n’avons garde de transporter à la créature les honneurs et le cuite qui ne sont dus qu’à Dieu seul. Cependant ils ne se défendent pas contre cette accusation. Leurs apologistes réfutent tontes les autres calomnies dont les Païens lichoieut de noircir leur doctrine; ils se justifient sur tout le reste ; ils éclaircissent, ils confondent les plus Itères accusations, et leurs apologies , adressées au Sénat, se font admirer à Rome niême, et ferment partout la bouclie à leurs ennemis. Et sur l’accusation d’idolâtrie envers Jésus-Qtrist , qui seroit la plus criante et la plus horrible; et sur le reproche qu’on leur fait d’adorer un crucifié, qui étoit le plus plausible et le pins capable de les décrier, qui devoit être même le pins douloureux à des hommes si saints, si déclarés ctmlre l’idolâtrie, si jaloux de la gloire de Dieu, Us ne disent mot; ils ne se défendent pas; ils justiOeni même cette accusation par leur silence. Que dis-je, par leur silence? Us l’autorisent même par leur langage envers Jésu»- Christ, en souffrant pour son nom , en mourant pour lui, en le confessant devant les tyrans, en expirant avec joie sur les gibets, dans fatiente consolante d’aller jouir de lui, et de retrouver dans son sein une vie plus inimortellc que celle qu’ils perdoient pour sa gloire. ILs souffroient le martyre plutôt (jue de fléchir même le genou devant la sta-

L'ÉPIPUANIE

tue des Césars, pliil^ même que de souffrir que leurs enû d’entre les Païens , par une compassion bumame , et pour les dérober aux supplices , allassent rausarment attester devant les ma^strats qu’ils avoient offert de l’encens aux idoles ; et ils auraient aoufSert qu’on les accusât de rendre des iMmneurs divins à Jésus-Cbrist, sans jamais détniire celte busse imputation? Ah l ils anroient publié le contraire sur les lotia , ils se seroieut exposés même à la mort plutôt que de donner lieu à un soupçon si odieux et si exécraUe. Que peut opposer ici l’incrédulité ? Et si c’est une erreur de croire Jésus- Christ égal à Dieu , c’est donc une erreur qui est née avec l’Eglise, et qui en a élevé tout l’édilice , qui a formé tant de martyrs et converti tout l’um>'ers.

Mais quel fruit retirer de ce discours , mes Frères ? c’est que Jésus-Christ est le grand objet de la piété des Chrétiens. Cependant à peine OMmotsaons-nous Jésus-Girist : nous ne prenons pas garde que toutes les autres pratiques de piété sont, pour ainsi dire, arbitraires ; mais que celle ci est le fondement de la f(M et du salut; que c'est ici la pieté simple et sincère; que méditer sans cesse Jésus- Christ , recourir à lui , se nourrir de sa doctrine , entrer dans l’esprit de ses mystères, étudier ses actions, ne compter que sur le mérite de .son sang et de son sacrifice, est la seule science et le devoir le plus essentiel du Fidèle. Souvenex-vous donc , mes Frères, que la piété envers Jésus-Christ est l’e^xit intime de la religion du*élienne; que rien n’est solide que ce que vous bâtirez sur ce fondement ; et que le principal hommage qu’il exige de vous est que vous deveniez semblables à lui , et que ta vie soit le modèle de la vôtre , afin que , conformes à sa ressemblance , vous soyez du nombre de ceux qui seront partidpanta de sa gloire, ^inti ioH-iL

SERMON

POt’A 1.K JOUR I)E l'ÉPIPUAME.

f 'uHmut stellam tyus in OnmU . et vrnimu* adorare eum.

Nnus avons vu son êtoüc en Orient , r( nous sommes ve> nus l'atlorer. (M&rm.. ii , 2.)

La vérité, cette lumière du ciel, figurée par l’étoile qui paraît aujourd’lmî aux mages , est la seule chose id-bas qui soit digne des soins et des recberdies de l'homme. Elle seule est la lumière de notre esprit, la règle de notre cœur, la source des vrais plaisirs , le fondement de nos espi*rances , la conMlalitHi de nos craintes , l’adoucisaeraeni de nos maux, le remède de louics nos pei-

I nés : elle seule est la ressource de 1a bonne eôoscience, la terreur de la mauvaise, la peine secrète I du vice, la récompense intérieure de la vertu : elle I seule immortalise ceux qui l'ont aimée, illustre les ; diaines de ceux qui souffrent pour elle, attire des , iMHUieors publics aux cendres de ses martyrs et de I ses défenseurs, et rend respectables l’alijection et : la pauvreté de ceux qui ont imii quitté pour la suivre : enfin elle seule inspire des pensées niaguatiimes, forme des hommes héroïques, des aines dont le monde n’est pas digne , des sages seuls dignes de ce nom. Tous nos soins devraient donc se borner à la oonnollre, tous nos talents à la manifester, tout notre zèle à la défendre ; nous ne devrions donc dierclier dans les hommes que la vérité, ne voulMr leur plaire que par la vérité, n’estimer en eux que la vérité, et ne souffrir qu'ils voulussent nous plaire qne par elle : en un mol, U semble donc qn’ii devroil suffire qu’elle se montrât à nous , comme aujourd’hui aux mages , pour I se faire aimer, et qu’elle nous montrât à nous-méj mes pour nous apprendre à nous connolire.

Cependant il est éumnanl combien la même vé- < rité montrée aux hommes fait en eux d’impressions I dUTérenles. Pour les uns c’est une lumière qui les I éclaire, qui les délivre, qui leur rend le devoir ai- I roable en le leur montrant; aux autres, c’est uue lumière importune et comme un éblouissement , qui les attriste et qui les gène ; enfin, à plusieurs, un nuage épais qui les irrite, qui arme leur fureur et qui achève de les aveugler. C’est la même étoile qui parait aujourd’hui dans le firmament : les mages la voient ; les prêtres de Jérusalem savent qu'elle est prédite dans les Prophètes; llérode ne peut plus douter qu’elle n'ait paru , puisque des hommes sages viennent des extrémités de l’Orient chercher, à la faveur de sa lumière , le nouveau roi des Juib. Cependant, qu’ils offrent des dispositions peu semblables à 1a même vérité qui se manifeste en eux î

Dans les mages , elle trouve un cœnr docile et sincère; dans Icsprêiren, un cœur double, timkle, lâclie, dissimulé; dans Hérode, un cœur endurci et corrompu. Aussi dans les mages elle forme des adorateurs, dans les prêtres des dissimulateurs, dans Hérode un persécuteur. Or, mes Frères, telle est encore aujourd’hui parmi noos la destinée de la vérité ; c’est une lumière céleste qui se montre à tous, dit saint Augustin, omniIru.s pr<rsto est: mais peu la reçoivent, beaucoup la cachent et la déguisent , encore plus la méprisent et ta persécutent. Elle se montre à tons, mais combien d'ames indociles qui la rejcUenl? combien de cœurs lâclies et timides f|ui la dissimuleul ? oom-

bien de eœurs noirs et endarcis qui l’oppriment et qui la persêcDlent ? Recueillons ces trois caraclères marqués dans notre Evangile, et qui vont nous instruire de tous dos devoirs envers la vérité : la vérité reçue, la vérité dissimulée, la vérité persécutée. Esprit-Saint , Esprit de vérité , anéantissez en nous l’esprit du monde, cet esprit d’erreur, de dissimulaüoQ , de haine de la vérité , et dans ce lieu saint, destiné à former des ministres qui vont l’anntMKer jusqu’aux extrémités de la terre ( les nissioffs étraHgères)^ reodcz-oous dignes d’aimer la vérité, de la manifester à ceux qui l’ignorent, eide tout souffrir pour elle. Implorons, etc.

Mario»

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