PREMIÈRE PARTIE
J’appelle vérité cette règle étemelle , cette lumière intérieure, sans cesse présente au dedans de nous ; qui nous montre sur chaque action ce qu’il faut faire, ou ce qu'il faut éviter; qui éclaire nos doutes, qui juge nos jugements, qui nous approuve , qui nous condamne en secret , selon que DOS mœurs sont conformes ou contraires à sa lumière; et qui , plus vive et plus lumineuse en certains moiuenls, nous découvre plus évidemment ta voie quenous devons suivre, et nous est figurée par cette lumière miraculeuse qui conduit aujourd’hui les iouiges à Jésus-Christ.
Or, je dis que comme Je premier usage que notis devons faire de la vérité , c’est pour nousmêmes, rÊglise nous propose en ce jour, dans la conduite des mages, le modèle desdispositionsqui seules peuvent nous rendre la connoissance de la vérité utile et salutaire. Il est peu d’ames, quelque plongées qu’elles soient dans les sens et dans les passions , dont les yeux ne s’ouvrent quelquefois sur la vanité des biens qu’elles poursuivent, sur la grandeur des espérances qu’elles sacrifient, et sur l’indignité de la vie qu’elles mènent. Mais hélas ! leurs yeux ne s’ouvrent à la lumière que pour se refermer à l’instant, et tout le fruit qu'elles retirent de la vérité qui se montre et qui les éclaire, c’est d’ajouter au malheur de l’avoir jusque-là ignorée, le crime de l’avoir ensuite inutilement connue.
Les nos se bornent à raisonner sur la lumière qui les fi^ppe , et font de la vérité un sujet de contention et de vaine philosophie; les autres, pas encore d’accord avec eiix-mémes, souliaitent, ce semble, de la connoltre; mais ils ne la cherchent pas comme il fout, parce qu’au fond ils seruient Ûclïés de l’avoir trouvée; enfin, quelques uns plus dociles, se laissent ébranler par son évidence;
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mais, rebutés par (es difficultés et les violences qu’elle leur offre , ils ne la reçoivent pas avec celle joie et celle reconnoUsance qu’elle inspire, quand une fois on l’a connue. Et voilà les écueils que nous apprennent aujourd’hui à éviter (es dispositions des sages de l’Orient , envers la lumière du ciel qui vient leur montrer des roules nouvelles.
Accoutumés, par une profession publique de sagesse et de pliilosophie, à tout rappeler an jugement d’une vaine raison , et à se mettre au-dessus des préjugés populaires, ils ne s'arrêtent pas cependant , avant que de se mettre en chemin sur la foi de la lumière céleste, à examiner si l’apparition de ce nouvel astre ne pouvoit pas trouver ses causes dans la nature : ils n’assemblent pas de tous les endroits des liommes habiles pour raisonner sur un événement si inou! ; ils ne perdent pas le temps en de ^ aines difficultés, qui naissent plus d'ordinaire de l’opposition qu’on a pour la vérité, que d’une envie sincère de s’éclaircir et de la connoflre. Instruits par la tradition de leurs pères, que les Israélites captifs avoienl autrefois apportée en Orient et que Daniel et tant d'autres prophètes y avoient annoncée sur l’étoile de Jacob qui de> oit lui jour paroltre , ils comprcnnenl d’abord qu’il ne faut point mêler à la lumière céleste les vaines réflexions de l’esprit hnmain ; que ce que le ciel leur montre de clarté suffît pour les déterminer et pour les conduire; que la grâce laisse toujours des obscurités dans les voies où elle nous appelle, pour ne pas ôter A la foi le mérite de sa soumission ; et que, loniqu’on est assez heureux pour entrevoir une seule lueur de vérité, la droiture du cœur doit suppléer ce qui manque à l'évidence de la lumière ; ndimusef rfiitmus.
Cependant combien d’ames dans le monde, flottantes sur la foi, on plutôt asservies par des passions qui leur rendent douteuse la vérité qui les condamne? combien d’ames ainsi flottantes voient bien qu’au fond la religion de nos pères a des caraclères de vérité que la raison la plus emportée et la plus fière n’oscroit lui disputer; que l’incrédulité mène trop loin; qu’après tout, il fout s’en tenir à quelque chose; et que ne rien croire est un parti encore plus incompréhensible à la raison , que les mystères qui la révoltent; qui le voient et qui s’efforcent d’endormir, par des disputes sans lin , le ver de la conscience, qui leur reproche sans cesse leur égarement et leur folie; qui, sous prétexte de s’éclaircir, i-ésislent à la vérité qtii se montre au fond de leur cteur; qni ne consultent que pour pouvoir se dire à eux-mêmes, qu’on n’a pu satisfaire à leurs doutes; qni ne s'adressent aux plus habiles que pour se foire on nonvean motif
L'ÊPlPllAMt
d*tncréduHlé de s'y être en vain adressés? Il semble | passion que de ses erreurs , il ne rejeioit la vérité, que la religion ne soit plus que pour le discours : { qui se monlroit à lui, que parce qu'il la re^rdoK
ce n’est plus celle affaire sérieuse, où nous n’avons | (las un monienlà perdre; c’esl une simple matière d'entretien, comme autrefois dans l’arétqiage; c'est un délassement de l’oisiveté ; c'est une de ces questions inutiles qui remplissent le vide des conversations, et soutiennent l'ennui et la vanité j des commerces. |
Mais, mes Frères, le ri'gne de Dieu ue rient ' pus arec obsenatioa. (Lee., xvii, 20.) La vérité ' n'est pas le fruit des conleiitions et des disputes, mais des lannes et des soupirs : ce n'est i|u’eu pu<
I iüant notre cteur dans le silence et la prière (|u’il CiUti attendre, comme les mages, la lumière du ciel , et $e rendre digne de la discerner et de la connoitre. Un cœur corrompu, dit saint Augustin, peut voir la vériUS mais il ne sauroit la goûter, ni la trouver aimable. Vous aver beau vous éclaircir fl vous instruire, vos doutes sont dans vos passions : la religion deviendra claire , dès que vous serez devenu chaste, tempérant, équitable; et vous aurez la foi , dès que vous n'aurez plus de vices. Ainsi, n'aycz plus d’inlérèl «pie la religion soit fausse, et vous la trouverez incontesiablc : ne liaîs- Kcz plusses maximevS, et vous ne contesterez plus scs mystères : Inlurrere verilati sordidus animus non polcsL
Augustin lui-méme, déjà convaincu de la vérité de l’Evangile, trouvoil encore dans l'amour du plaisir des doutes et des |>erplexiU's (pii l'arrêtoient. Ce n'étoient plus les songes des Maniclicens qui l’éloignoieiit de la foi; il en sciitoit l'absurdité et le fanatisme : ce n’étoient plus les contradictions prétendues de nos livres saints; Ambroise lui en avoit dévelop(K‘ le secret et les mystères adorables. Cependant ilduuloil encore : la seule |>ensée qu’il falloit renoncer à ses passiun.s honteuses, en devenant disciple de la foi, la lui rendoit encore suspecte. U auroil souhaité, ou que la doctrine de Jésus-Christ eût été une imposture , ou ({u'elle n'eût pas condamné les voluptés sans les(|uelles il ne pouvoit comprendre qu’on pût mener une vie douce et heureuse. Aiiui, floUant toujours, et ne voulant pas être fixé, consullant sans cevse et craignant d'être (Xlairci, sans cesse disciple et admirateur d'Ambroise, et toujours agité par les incertitudes d'un cirur qui fuyoU la vérité, il Iralooit sa chaîne, comme il dit luiinèine, craignant d'eu être délivré; il pro|)osuit encore le.s doutes [H)ur prolonger ses liassions; il vouloit encore êU e éclairci, parce qu'il ci aignoil de l'èlre trop : Trahel>am ralenam rneam , .solri. ii- (S. Atü., itt Çoii/fss); et plus esclave de sa
comme une main victorieuse qui veiioiteulin rompre des liens qu’il aimoit encore : /tepellens rerba bené suadeniis, ianquam mauum soheniis. La lu- . mière du ciel ne trouve donc aujourd’iiui point de doutes ù dissiper dans l’esprit des mages , parce qu'elle ue trouve point dans leur cœur de passions à combattre ; et ils méritent de devenir les prémices des («entils, et les premiers disciplesude la foi (}ui devült soumettre toutes les nations à l’Evangile : f^idimuê, et renimut.
Ce n’est pas qu’il ne faille souvent ajouter à U lumière (}ui nous éclaire le suffrage de ceux qui sont établis pour discerner si c'est le Imn esprit qui nous pousse : l’illusion est si semblable à la vérité, qu’il est malaisé ({uelquefois de ne pas s’y méprendre. Aussi les mages, |x)ur mieux s’assurer de la vérité du prodige qui les conduit , viennent droit à Jérusalem; ils consultent les prêtres et les docteurs, les seuls qui peuvent leur découvrir la vérité qu’ils cherclienl ; ils demandent uniment et sans détour, au milieu de celte grande ville : Ou est le roi des Juifs nouvellement né? l'bi est quinatusest rex Judœorum 'f Us ne {iroposenl pas leur question avec les adoudsseinents capables de leur attirer une réponse qui les séduise : ils veulent être éclaircis ; ils ne veulent pas être Hat* tés; ils cherchent la vérité sincèrement, et c’est pour cela qu’ils la trouvent : l/bi est (jfui nalus est ! etc.
Nouvelle disposition assez rare parmi les fidèles. Hélas ! nous ne trouvons pas la vérilé, parce que nous ne la clierchous pas avec un cœur droit et sincère. Nous répandons sur tous les {lasque nous faisons |M>ur la trouver des nuages qui nons la font perdre de vue; nous consultons, mais nous mettons nos liassions dans un jour si favorable , nous les exposons avec dt's couleurs si adoucies et si semblables à la vérité, que nous nous faisons répondre que c’est elle; nous ne voulons pas être inslniils, nous voulons être trompés, et ajouter à la (Mssion qui nous captive une autorité qui nous calme.
Telle 6!^ ruhision de la plupart des hommes et de ceux même souvent qui, touchés de Dieu, .sont revenus des égarements de la vie mondaine. Oui, mes Frères, quelque sincère que paroisse d’ailleurs notre conversion , si nous rentrons en nonsmêmes, nous veiTons qu’il est toujours en notis quelque point, quelque aliachcmeiit secret et privilégié , sur lequel nous ne sommes pas de bonne foi, sur le<iuclnoiis n’inslruisous jamais qu'û demi le guide de notre conscience ; sur ieijuel nous ue
Üt NOTRE
cherchons pas sinoèrement la vérité; sur lequel , en un mot , nous seritms même Csk^hés de Tavoir trouvée : et de là les fuiblesses des gens de bien fournissent tous les jours tant de traits à la dcri> sion des mondains ; de là notis attirons tous les jours à la vertu des reproches et des censures , qui lie devroient retomber que sur nons-mémes . Ce* pendant, à nous entendre, nous aimons la vérité, nous voulons qn’on nous la fasse connoltre. Mais nue preuve que ce n’est là qu’un vain discours , c’est que, sur tout ce qui regarde cette passion chérie, que nous avons comnie sauvée du débris de toutes les autres, tous ceux qui nous environ* lient gantent un profond silence ; nos amis se taisent , nos supérieurs sont obligés d’user de ménagement, nos inférieurs sont en garde et prennent des précautions continuelles; on ne nous en parle (in’avec des adoucissements qui tirent un voile sur notre plaie ; nous sommes presque les seuls à ignorer notre misère; tout le monde la voit , et personne n’oseroit nous la faire voir à nous-mêmes ; ou sent bien que nous ne clierchons pas la vérité de bonne foi, et que la main qui nous découvriroit notre plaie , loin de nous guérir , ne réussiroil qu’à nous faire une plaie nouvelle.
David ne reconnut et ne respecta la sainteté de Naüian que depuis surtout que ce propliète lui eut fmrlé sincèrement sur le scandale de sa conduite. Des ce jour il le regarda jusqu’à la fin comme son libérateur et comme son père , et auprès de nous 011 perd tout son mérite, dès qu’on nous a bit connoltre à nous-mêmes. Auparavant on éloU éclairé, prudent, charitable; onavoit tous les talents propres à s’attirer l’estime et la confiance; les .lean Bapliste étoient écoulés avec plaisir, comme aiitrefüLs d’un roi incestueux. Mais depuis qu’on nous a parlé sans feinte ; mats depuis qu'on nous a dit : Il ne vous est pas Mattii., xiv, 4),
ouest décliu dans notre esprit de toutes ces grandes qualités; le zèle n’est plus qu’une humeur ; la charité, qu’une ostentation oti une envie de tout censurer et de tout contredire ; la piété, qu’une impnidenre ou une illusion dont on convre son orgueil; la vérité, qu’un fantôme (pi’on prend pour elle. Ainsi , souvent convaincus en secret de rinjusllce de nos passions, nous voudrions que les autres en fussent les approbateurs; forcés par le témoignage intérieur de la vérité de nous les re- {•roclier à nous-mêmes, nous ne pouvons souffrir (|u'oii nous les rcproclie : nous sommes blessés que les autres se joignent à nous contre nous-mêmes. Semblables à Saul, nous exigeons que les Samuel appi'oovent en public ce que nous condamnons en secicl; et , par une corruption de cœur, pire peut-
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être que nos passions elles-mêmes, ne pouvant éteindre la vérité au fond de notre cœur, nous voudrions l’éteindre dans le cœur de tous ceux qni nous approchent. J’avois donc raison de dire que nous nous faisons tous honneur d’aimer la vérité , mais ((ue peu la cherchent avec un cipur droit et sincère comme les mages.
Aussi, le peu d’aUeiilion qu’ils font aux difTicullés qui serobloient les détourner de celle recherclie est une nouvelle preuve qu’elle étoit sincère et de bonne foi; car, mes Frères, quelle singularité ne prcseninit pas d’abord à It'iir esprit la démarclie extraordinaire que la grâce leur propose? Seuls au milieu de leur nation, parmi tant de sages et de savants , sans égard à leurs amis et à leurs proches, malgré les discours et les dérisions publiques, tandis que tout le reste, ou méprise celleéloile miraculeuse, ou en regarde l’observation et le dessein de ces trois sages , comme un desseiu insensé et une foiblesse populaire , indigne de leur esprit et de leurs lumières , seuls ils se déclarent contre le seniiiiieni commun, setds ils suivent le nouveau guide que le ciel leur montre; seuls ils abandonnent leur patrie et leurs enfants, et ne comptent pour rien une singularité dont la lumière céleste leur découvre la nécessité et la sagesse : ridtmus et veninms.
Dernière instruction : Ce qui fait, mes Frères, que la vérité se montre presque toujours inutiiemenl à nous , c’est que nous ii’eii jugeons pas |»r les lumières qu’elle laisse dans notre anie . mais par l’impression qu’elle fait sur le reste des hommes au milieu de.sqnels nous vivons; nous ne consultons pas la vérité dans notre cœur; nous ne consultons que l’idée qu’en ont les autres. Aitt«i, en vain mille fois la lumière du ciel nous trouble, nous éclaire sur les voies que nous devrions suivre ; le premier coup d’œil <|ue nous jetons ensuite sur l’exemple des auü es hommes qui vivent comme nous nous rassure, et répand un nouveau nuage sur notre cœur. Dans ces iiiomeiils lieiireux, où nous ne consultons la vérité que dans notre propre conscience, nous nous condamnons; nouslrrmblons sur l’avenir; nous nous pro[M»sons une nouvelle vie. Un moment après, rentres dans le monde , et ne consultant plus c]uc l'exemple commun, nous nous jiistilions; nous nous rendons la fausse paix que nous avions perdue; nous nous défions de la vérité que rexemplc commun contre dit; nous la retenons dans l’injuslice; nous In sacritions à l’erreur elàropinion publique; elle nous devient stispccte. parce ipi’elle nous choisit tout .«^euls pour nous favoriser de sa lumière, et c’est la singularité même de son bienfait qui nous rend ingrats et re-
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belles. Nous ne saurions comprendre que trarailler à son salut, c'est se dislin)^uer du reste des hommes; c'est vivre seul au milende la multitude; c'est être tout seul de son parti, au milieu d'un monde ou qui nous condamne, ou qui nous méprise; c'est, en un mot, ne compter pour rien les exemples et n'itre touché que des devoirs. Nous lie saurions comprendre que , se perdre, c'est vivre comme les autres; c’est se confumier à la multitude ; c'est ne se distin;,nier sur rien dans le monde ; c’est ne former plus qu’un même corps et un même monde avec lui , puisque le monde est déjà jugé ; que c’est ce corps de l'Ante-Christ qui périra avec son clief et ses membres; cette cité criminelle frappée de malédiction , et condamnée à un anathème éternel.
Oui, mes Frères, le plus grand obstacle que la grâce et la vérité trouvent dans nos cmiirs, c'est l’opiuion publique. Combien d’ames timides n'oseiit prendre le bon parti , parce que le monde, auquel elles sont en spectacle , ne seroit pas pour elles? Ainsi, ce roi d’Assyrie, u’osoit te déclarer pour le Dieu de Daniel , parce que les grands de sa cour auroieiit condamné sa démarclie. Combien d’ames faibles qui , dégoûtées des plaisirs , ne courent après eux que par un faux honneur , et pour ne pas se distinguer de celles qui leur en montrent l'exemple? Ainsi Aaron,au milieu des Israélites, dansoit autour du veau d'or, et offroit avec eux de l’encens à l'idole qu’il détestoit, parce qu’il n’avoit pas la force de résister tout seul à l’erreur publique. Insensés que nous sommes ! c’est l'exemple public tout seul qui nous rassure contre la vérité, comme si les hommes étoient notre vérité, on que ce fût sur la terre , et non pas dans le ciel , comme les mages , que nous dussions chercher la règle et la lumière qui doit nous conduire !
Il est vrai que .souvent ce n’est pas le respect humain qui éteint la vérité dans notre cœur, mais les peines et les violences qu’elle nous offre : aussi clic nous attriste comme ce jeune homme de l’Evangile , et nous ne la recevons pas avec cette joie que témoignèrent les mages quand ils revirent l’étoile miraculeuse : f'iile»ies siellam, gaeisi suiit gaudio mugno valdé. ( Mattii., xxv, ro.) lis avoient vu la magnilicence de Jérusalem , la pompe de ses édifices, la majesté de son temple, l’éclat et la graudeiir de la cour d'Ilérode ; mais l’Evangile ne remar(|ue pas (|u’ils eiis.sent été sensibles à cc vain S[)cctacle des pompes humaines. Ils voient tous ces grands objets de la cupidité sans attention, sans plaisir , sans goût , .sans aucune marque extérieure d’admiration et de surprise ; ils ne de- I mandent pas il voir les trésors et les richesses du |
temple, comme ces oivoyés de Babykme le demandèrent inlrefois i Ezéchias ; uniquemeDt occultés de la lumière du ciel , qui s’étoit montrée à eux, ils n’ont plus d’yeox pour tout ee qui se passe dans le monde; sensibles k la seule vérité qui les a éclairés, tout le reste leur est iadinérent on à charge, et leur cœur , désabusé de tout , ne trouve plus que la vérité qni les réjouisse, qui leq. intéresse et qui les console : f'identes siellam , çaviti avili paudio mngvo vofaCé,
Pour nous , mes Frères , peat^étre que les premiers rayons de vérité que la bonté de Dieu versa dans notre cœur , excitèrent en nous une joie seitsible. Le projet d’une nouvelle vie que noos formâmes d’abord; la nouveauté des lumières qui nous éclairaient, et sur lesquelles noos n’avians pas encore ouvert les yeux ; la lassitude même et le dégoût des passimu , dont notre cœur ne sentoit plus que les amertumes et les peines ; la nouveauté des opérations que nous nous proposions dans un changement : tout cela noos offrait des images agréables , car la nouveauté toute seule plaît. Mais ce ne fut là qu’une joie d’un moment, comme dit l’Evangile i yid horam exrdtare in face ejas. ( JiiAN., V. 35. ) A mesure que la vérité se montrait de plus près, elle noua parut, conune à Augustin encore pécheur, moins aimable et moins riante : Quandù propriit admovebahur , taiifû ompliorem iiicutietiat lerrorein. ( S. Auc., in Conf.) Quand après ce premier coup d’œil nous eûmes examiné à loisir et en détail les devoirs qu’elle nous prescrivoit ; les séparations douloureuses dmit elle noua alloit faire une loi ; la retraite, la prière , les macérations, les violences qu’elle noos montrait comme indispensables ; la vie sérieuse , occupée, intérieure , oit elle noos alloit engager ; ah! dès-lors , comme ce jeune bomme de l’Evangile , nous commençâmes A nous éloigner d’elle , tristes et inquiets; toutes nos passions lui opposèrent de nouveaux olntacles; tout s’offrit à nous sous des images lugubres et nouvelles ; et ce qui d’abord nous avoit paru si attirant , rapproché de plus près, ne nous parut plus qu’un objet affreux , une voie rude , effrayante et impraticable A la foiblesse hnmaine : Ad horam exaltare tn bue egas.
Où sont les âmes qui, comme les mages, après avoirconnu la vérité, ne veulent plus voir qu’elle, n’ont pins d’yeux pour le monde, pour le vide de ses plaisirs et la vanité de ses pompes et de ses spectacles ; ne trouvent de joie qu’à s’occuper de la vérité , qu’à faire de la vérité la ressource de toutes leurs peines , l’aiguillon de leur paresse , le I secours de leurs tentalioiLs, les plus chastes délices I de leur ame ? Et certes, mes Frères, que le monde.