DE NOTRE SEIGNEUR
qne «erplainra, que ses espérances, que ses grindenrs paraissent vaines , puériles, déguillantes , à une anie qui vous a connu , 6 mon Dieu ! et qui a connu la vérité de vos promesses éternelles ; à une ame qui sent que tout ce qui n’est pas vous , n’est pas digne d’elle , et qui ue regarde la terre que comme b patrie de ceux qui doivent périr éternellement ! Rien ne peut la consoler, que ce qui lui montre les biens véritables; rien ne lui parait digne de ses regards , que ce qui doit demeurer éternellement ; rien ne saurait plus lui plaire , qne ce qui doit plaire toujours; rien n’est plus capable de l’attacher, que ce qu’elle ne doit plus perdre ; et tous les vains objets de la vanité ne sont plus pour elle , ou que les embarras de sa piété , on qne de tristes monuments qui loi rappellent le souvenir de ses crimes ; f'idenUs sUllam, gavisi tuât gmtdiotnagno valdi.
VoUà b vérité reçue dans les mages avec soumission , avec sincérité , avec joie ; voyons dans la conduite des prêtres la vérité dissimulée; et après nous être instruits de l’usage que nous devons bire de b vérité par rapport à nous , apprenons ce que nous lui devons par rapport aux antres.
SEœNDE PARTIE.
Le premier devoir qne h loi de b charité envers nos frères exige de nous est le devoir de la vérité. Nous ne devons pas à tous les hommes des soins , des prévenances, des empressements; noos leur devons i tons la vérité : les diflérentes situations qne h naissance et les dignités noos donnent dans le monde diversifient nos devoirs à l'égard de nos frères; celui de b vérité dans tontes les situations est le même ; nous b devons aux grands comme aux petits, à nos maîtres comme A nos sujets , A ceux qui la baissent comme A ceux qui l’aiment , A ceux qui veabut s’en servir contre nous, comme A ceux qui désirent en taire usage pour eux-mêmes : il est des conjonctures où b prudence permet de cacher et de dissimuler l’amour que nons avons pour nos frères; il n’en est point on il nous soit peniris de leur dissimuler la vérité; en nn mot, b vérité n’est point A nous; nous n’en sommes que les témoins, les défenseurs et les dépositaires; c’est b lumière de Dieu dans l'homme, qui doit éebirer tout le monde; et lorsque nous b dissimulons , nons sommes itynsles envers nos frères A qui elle appartient comme à nons, et ingrats envers le Père des lumières qui l’a répandue dans notre ame.
Cependant le monde est plein de dissimulateurs de b vérité ; noue ue vivons, ce semble, que pour
nous séduire les uns les antres ; et b société , dont b vérité devrait être le premier lien, n’est plus qu’un commerce de feinte , de duplicité et d'artifice. Or, voyons dans b conduite des prêtres de notre Évangile tous les divers genres de dissimulation dont les hommes se rendent tous les jours coupables envers la yérité ; noos y trouverons une ; dissimubtion de silence, une dissimulation de comi plaisance et d'adoucissement , une dissimulation de feinte et de mensonge.
I Une dissimulation de silence. Consultes par Ué- I rode sur le lieu où le Christ devait naître , ils ré- I pondent à b vérité que Belhléein étoit le lieu marqué dans les prophètes , où devoit s’accomplir ce grand événement : At UH dixminl , in Beiliittm . Jtida ( AIat., Il, 5 ) ; mais ils n'ajoutent pas que l’étoile prédite dans les litTes saints ayant enfin I paru, et les rois de Saba et de l'Arabie venant i avec des présents adorer le nouveau Chef qui dei voit conduire Israël , il ne falloir plus douter que I les nuées n'eussent enfin eiibnté le Juste : ils n'as- I semblent pas les peuples pour leur annoncer cette ] heureuse nouvelle ; ils ne courent pas les premiers i A Bethléem pour animer Jérusalem par leur exem- I pie. Renfermés dans leur criminelle timidité, ib I gardent un profond silence ; ils retiennent b vé- I rité dans l'injostice; et taudis <|ue les étrangers { viennent des extrémités de l'Orient publier tout I haut dans Jérusalem que le Roi des Juifs est né , I les prêtres, les docteurs , se taisent et sacrifient A I l’ambition d’Hérode les intérêts de la vérité, l’es- ^ pérance b plus chère de leur nation et l’honneur I de leur minutère.
j Quel avilissement pour les ministres de la vé- ; rité ! b bienveilbnee du prince les louche plus que I le dépdt sacré de b religion dont ils sont chargés ;
l’éclat du trdne étouffe dans leur ctpiir la lumière ' du ciel; ils flattent par nn silence criminel un roi ' qui les cottsulle et qui ne pouvoit apprendre que d’eux seuls b vérité ; ils raffermissent dans l'erreur, en lui cachant ce qui aurait pu le détromper. Et comment b vérité pourra-t-elle jamais aller jusqu’aux souverains , si les oints du Seigneur, eux-mêmes qui environnent le trône, ii’osrnt l’annoncer, et se joignent A tous ceux qui habitent les court pour b cacher et la taire?
Maisce devoir, mes Frères, à cerlainségards,vous est commun avec nons; et cependant il est peu de personnes dans le monde , de celles mêmes qui vivent dans la piété , qui ne se rendent tous les jours coupables envers leurs frères de celle dissimulation de silence. Ou croit avoir rendu A la vérité tout ce qu’on lui doit , lorstpi’on ne se déclare point contre elle ; qu’on entend tous les jours
LEPII'IIAMK
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les mondains décrier la vertu , soutenir la doctrine du monde, justiGer ses abus et ses maximes, affoiblir ou combattre celle de l’Evangile, blasphémer souvent ce qu'ils ignorent , et s'ériger en juges de la foi même qui les jugera ; qu’on les entend , dis-je , sans souscrire «i leur impiété , il est vrai , mais sans l’improtiver (put liant , et se contentant de ne pas autoriser leurs blaspliêmes ou leurs préjugés de son suffrage.
Or, je dis que comme nous sommes tous cliargtisen particulier des intérêts delà vérité, la taire, quand un l’attaque à découvert devant nous, c’est devenir soi-même son persécuteur et son adversaire. Mais j’ajoute que vous surtout , que Dieu a éclairé , vous manquez alors à l’amour que vous devez à vos frères , puisque vos obligations augmentent à leur égard , à proportion des grâces que Dieu vous a faites ; vous vous rendez encore coupable envers Dieu d’ingratitude ; vous ne recoiinoissez pas assez, vous surtout, le bienfait de la grâce et de la vérité dont il vous a favori.sé an milieu de vos passions insensées. Il a éclairé vos ténèbres : il vous a rappelé à lui, lorsque vous suiviez des voies fausses et injustes. Sans doute , en répandant ainsi la lumière dans votre cceur, il n’a pas eu égard à vous seul ; il a prétendu que vos proches, vos amis, vos sujets, vos maîtres, y trouveroient, ou leur instruction, ou leur censure : il a voulu favoriser votre siècle , votre nation , votre patrie , en vous favorisant ; car il ne forme des Elus que pour le salut ou la condamnation des pécheurs : son des.sein a été de mettre en vous une lumière qui pût luire au milieu des ténèbres; qui perpétuât la vérité parmi les hommes , et qui rendit témoignage â la justice et à la sagesse de sa loi, au milieu des préjugés et des vaines pensées d’un monde profane.
ür, en n’opposant qu’un lâche et timide silence aux maximes tpii attaquent la vérité , vous n’entrez pas dans les vues de la miséricorde de Dieu sur vos frères : vous rendez inutile à sa gloire et â l’agrandissement de .son royaume le talent de la vérité qu’il vous avoit confié, et dont il vous demandera, à vous surtout, un compte sévère: je dis à vous surtout, qui aviez soutenu autrefois avec tant d’éclat les erreurs et les maximes profanes du monde, q:d en aviez été l’apologiste intrépide et déclaré. Il étoit endroit d’exiger de vous que vous vous déclarassiez avec le même courage pour la vérité ; cependant sa grâce, d’un zélé |iartisan du monde, n'a réussi qu’à faire un disciple timide de l’Evangile : ce grand air de coidiance et d’intrépidité, avec lequel vous faisiez autrefois l’apologie des |>assiou$ , vous a abandonné depuis que vous
soutenez les intérêts de la vertu; cette audace, (|ui imposoit autrefois silence à la vérité, se lait ellemême aujourd’hui devant l’erreur; et la vérité qui rend intrépides et généreux, dit saint Augustin , ceux qui l’ont de leur côté, vous a rendu ellemême foible et timide.
Je conviens qu’il est un temps de se taire et un temps de parler, et que le zèle de la vérité a ses règles et sa mesure; mais je ne voudrais pas que les âmes qui connoissent Dieu et qui le servent entendissent tous les jours les maximes de la religion renversées, la réputation de leurs frères attaquée , les abus les plus criminels du monde justifiés , sans oser prendre les intérêts de la vérité qu’on déalionore ; je ne voudrais pas que le monde eût ses partisans déclarés, et que Jésus-Christ ne pût pas trouver les siens ; je ne voudrais pas que les gens de bien se fissent une fau-sse bienséance de dissiimder les égarements des pécheurs dont ils sont sans cesse témoins , tandis que les pécheurs regardent comme un bon air de les soutenir devant eux et de les défendre. Je voudrois qu’une ame fidèle comprit qu’elle n’est redevable qu’à la vérité, qu’elle n’est sur la terre que |K>tir rendre gloire à la vérité : je voudrois qu'elle portât sur le front cette noble fierté qu’inspire la grâce , cette candeur liérnique que produit le mépris du monde et de toute sa gloire ; cette liberté généreuse et cliréüeime qui n’attend rien que les biens éternels, qui n’espère rien que de Dieu, qui ne craint rien que sa propre conscience, qui ne ménage rien que les intérêts de la justice et de la charité , qui ne veut plaireque par la vérité. Je voudrais tpie la présence seule d’une ame juste imposât silence aux ennemis de la vertu , qu’ils respectassent le caractère de la vérité qu’elle doit porter gravée sur le front; qu’ils craignissent sa sainte générosité, et qu’ils rendissent du moins liommage par leur silence et par leur confusion à la vertu qu’ils méprisent en secret. .Ainsi autrefois , les Israéliles occupés de leurs danses, de leurs réjouissances profanes et de leurs clameurs insensées et impies autour du veau d’or, cessent tout, et gardent un profond silence à la seule présence de Moïse qui descend de la montagne , anné de la seule loi du Seigneur et de sa vérité éternelle. Première dissimulation de la vérité : une dissimulation de silence.
La seconde manière dont on la dissimule, c’e-st en l’adoucissant par des tempt-raments et par des complaisances qui la blessent. Les mages ne poiivoient pas sans doute ignorer que la nouvelle fpi’ils venoient annoncer à Jérusalem lie déplût à Iléi ode. Cet etranger s’étoit assis par ses artifices sur le
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InjiM! de David ; il ne jouUsoil pas si paisiblement du fruit de son iisurpaiion, qu’il ne craignit (ou* jours <{iie quelque licrilier du sang des rois de Jnda ne vint le chasser de riiêrilage de ses pères et rc« monter sur un trdne promis à sa postérité. De quel rril doit-il regarder dos hommes qui viennent iléclarer au milieu de Jérusalem (|ue le roi des Juifs est né, et le dt^larer à un peuple si zélé (>our le sang de David et si impalieiu de toute domination étrangère ! Cependant les mages ne caclioni rien de tout ce qu'ils ont vu < n Orient ; ils n’adoucissent pas ce grand événement par des expressions moins propres à réveiller la jalousie d’IIérotle. Ils pouvoienl apjK'ler le Messie qu'ils cliorchenl , l’Envoyé du ('iel , ou le Désiré des Nations ; ils iMxivüicnl le désigner par des titres moins odieiixà rambilion d'IIérode; mais, pleins de la vérité <|ni leur a apparu, ils ne cormoisseiit |)as ces timides ménagements. Persuadés que ceux qui ne veulent recevoir la vérité i|u’à la faveur de leurs erreurs, ne sont pas <ligties de la coimollre, ils ne savent (»as renvelopper .sous des égards et sous des déguisements indignes d’elle; ils demandent sans détour où e.st ne le nouveau Hui des Juifs; et, peu contents de le reganler comme le maître de la Judée , ils déclarent que le ciel Itiiniêmo lui appartient , que les astre.s sont à lui , et ne |»nrotssc'iil dans le lirmainent que pour exécuter ses ordres : J^idimus eiiioi stellaM fjus.
Les prêtres et les docteurs, au contraire, forcés, l>ar l’évidence des Iticritures, de rendre gloire à la vérité, l'adoucissent par des expressions ménagées. Ils tâchent d'allier le respect qu'iU doivent â la vérité avec la coniplai.sance qu’ils veulent conserver pour llérode. Ils suppriment le litre de roi, que les mages venoieiu de donner et que les prophètes avoient si souvent donné an Messie ; ils le désignent |>ar une «pialité qui poiivoit manjuer également en lui imeaiiloritéde doctrine oudeputssance; ils l’annoncent pluldl comme un législateur éUdili pour régler les nururs, que comme un souverain suscité pour délivrer son peuple de la servitude : A> te eiiim exiet dua*, qui regat popu/um «irMm/sraeL(MATTii., ii, 6.) El quoiqu’ils allen- «llssent eux-nièmes un Messie, roi et conquérant, ils adoucissent la vérité qu’ils veulent annoncer, et achèvent d’avcngler llérode qu'ils ménagent.
Destinée déplorable des grand.s ! les lèvres des prêtres s'affuibllssenl en leur parlant : dès que letir> [>a;i.sious sont connues , elles sont ménagées; la vérité ne s'offre jamais â eux que sons une double face, dont l’un des cdtés leur est toujours favorable : ou ne veut pas trahir son ministère à découvert , et les intérêts de la vérité ; mais on veut
les concilier avec ses intérêts propres : on biche de sauver la règle et leurs pa.ssions , comme si les passions pouvoient subsister avec la règle qui les condamne. Il est rare que les grands soient instruits , parce qu'il est rare qu’on ne se propose pas de leur plaire en les instruisant. Cependant la plupart airoeroiem la vérité, si elle leur étoit connue. Les pa.ssions et les emportements de l’âge , favorisés par tous les plaisirs qui les environnent , peuvent les entraîner ; mais un fonds de religion leur rend toujours la vérité respectable : on peut dire que l’ignorance damne plus de princes et de grands, que de personnes de la condition la plus vile : que la basse complaisance qu’on a pour eux déshonore plus le ministère et attire plus d’opprobres à la religion, que les scandales les plus éclatants qui aflligent l’Eglise.
La conduite de ces prêtres vous paroU indigne, mes Frères ; mais si vous voulez vous juger vousmémes et vous suivre dans le détail de vos devoirs, de vos liaisons, de vos entretiens, vous verrez que tous vos discours et toutes vos démarches ne sont que des adoucissements de la vérité, et des tempéraments pour la réconcilier avec les préjugés on les passions de ceux avec qui vous avez à vivre. Nous ne leur montrons jamais la vérité <]ue par les endroits par où elle peut leur plaire : nous trou • vons toujours un beau côté dans leurs vices les plus déplorables ; et , comme toutes les passions ressemblent toujours à quelque vertu , nous ne manquons jamais de nous sauver à la faveur de cette ressemblance.
Ainsi , tous les jours , devant un ambitieux, nous parlons de l’amour de la gloire et du désir de parvenir, comme des seuls penchants qui font les grands hommes ; nou.s flattons son orgueil , nous allumons ses désirs par nos espérances et par des prédictions flatteuses et cliimériques ; nous nourrissons l’erreur de .son imagination , en lui rapproclianL des fantémes dont il se re(Kiit sans ce.sse luimèine : nous osons fient-ètre en général plaindre les hommes de tant s’agiter pour des choses (pie le ha.sard di.stribue et que la mort va nous ravir demain ; mais nous n’osons blâmer rinscnsé (|ui sacrifle à celte fumée son repas , .sa vie et sa consdence. Devant un vindicatif , noas justifions son ressentiment et sa colère ; nous adoucissons son crime dans son esprit , en autorisant la jaslice de ses plaintes; nous ménageons sa passion , en exagérant te tort de son ennemi ; nous osons peut-être dire qu’il faut pardonner, mais nous n’osons pas ajouter (}ue le premier degré du {lardon , c’est de ne plus parler de l’injure qu’on a reçue.
Devant an oonrtisan mécontent de sa fortune et
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L’ÉPIPIIApiE
jalwix de celle d« aolree, nom loi moninnui ses coiicurrenLs |i.ir les endroits les moins favorables ; nous jetoas habilement un nua|i;e sur leur mérite et sur leur gloire , de peur qu’elle ne blesse les i yeux jaloux de celui qui nous écoute : nous dimi- i niions , nous obscurcissons l'éclat de leurs talents et de leurs serv ices ; et , par nos ménagements injustes, nous aigrissons la passion, nous l'aidonsi s'aveugler et à regarder comme des honneurs qu'on lui ravit, tous ceux qu’on répand sur ses frères. Que dirai-je ! devant un prodigue , ses profusions ne sont plus dans votre bouche qu’un air de générosité et de magnificence : devant tin avare , sa dureté et sa sordidité n’est plus qu’une sage modération et une bonne conduite domestique ; devant nu grand, ses préjugés et ses erreurs trouvent toujours en nous des apologies toutes prêtes; on respecte ses passions , comme son autorité , et ses préjugés deviennent toujours les nôtres. Enfin, nous empruntoas les erreurs de tous ceux avec qui nous vivons; nous nous transfumions en d'autres eux-mêmes ; notre grande étude est de connoltre leurs foiblesses, pour nous les approprier ; nous n’avons point de langage à nous , nous parlons toujours le langage des autres ; nos discours ne sont ipi’une répetii ion de leurs préjugés ; et cet indigne avilissement de la vérité, nous l'appelons la science du monde , la prudenceqiii sait prendre son parti , le grand art do réussir et de plaire : Oeitfatits des hommes ljusques à quand ointeresrous lu raiiiléel le mensonge f (Ps. iv, 3.)
Oui , mes Frères , par li nous perpétuons l’erreur parmi les hommes, nous autorisons tous les abus , nous justifions toutes les fausses maximes , nous donnons un air d’innocence i tous les vices , nous maintenons le règne du monde et de sa doctrine contre celle de Jésiis-Clirist , nous corrompons la société dont la vérité devroit être le premier lien ; nous faisons, des devoirs et des bienséances de la vie civile , établis pour nous animer i la vertu, des pièges et des occasions inévitables de cliule ; nous changeons l’amitié , dont nous devrions faire la ressource de nos erreurs et de nos égarements , en un commerce de déguisement et de séduction ; par là , en un mot , en rendant la vérité rare parmi les hommes, nous la rendons odiease ou ridicule; et quand je dis nous , j’entends principalement les aines qui sont à Dieu , et qui sont cliargées des intérêts de la vérité sur la terre. Oui , mes Frères , je voudrais que les aines fidèles eussent un langage à part au milieu dû monde, i|u’on trouvât en elles d’autres maximes , d’autres sentiments que dans le reste des hommes , et que , tandis que tout parle te langage des passtoos, elles seules pariassent le
langage de la vérité. Je vondrois que , landis que le monde a ses Kalaams, qui autorisenf par leurs discours et par leurs conseils le déréglement et U licence , la piété eût ses Phinées qui osassent prendre tout haut les intérêts de la loi de Dieu et de la sainteté de ses maximes ; que , tandis que le monde a ses impies et ses (aux sages qui se font une gloire de publier tout haut qu’il faut jouir du présent , et que la fin de l’homme n’est pas différente de celle de la bête , la piété eût des Salomons qui , détrom- ! pés par leur propre expérience , osassent publier ; stir les toits que tout est vanité , hors craindre le Seijtneur et observer ses commandements; que,
I tandis que le monde a ses enchanteurs qui séduisent. les peuples et les rois , par leurs adulations et par leurs prestiges , la piété eût ses Moïses et ses I Aarons, qui eussent le courage de confondre, par I la force de la vérité , leurs artifices et leurs impos- ’ turcs ; en un mot que , tandis que le monde a ses prêtres et ses docteurs qui offoiblissent la vérité ,
‘ comme ceux de notre Evangile , la piété eût ses mages , qui ne craignissent pas de l’annoncer devant ceux mêmes à qui elle ne peut que déplaire.
Ce n’est pas que je condamne les tempéraments ' d’une sage prudence qui ne parait accorder quelque chose aux préjugés des hommes que pour les ramener plus sûrement i la règle et au devoir. Je sais que la vérité n’aime pas les défeaseurs indiscrets et téméraires , que les passions des hommes demandent des ménagements et des égards, que ce sont des malades à qui il faut souvent déguiser et adoucir les remèdes , et les guérir presque toujours à leur insu. Je sais que tous les ménagements qui ne fendent qu’à établir la vérité n’en sont pas les affoiblissemenis , mais les ressources ; et que la grande règle du zèle et de la vérité , c’est la prudence et la charité. Mais ce n’est pas ce ipi’on se propose en l’affoibllssant par des complaisances basses et flatteuses : on cherche à plaire , et on ne I cherclie pas à édifier ; on se met soi-même à la place de la vérité , et on veut s’attirer les suffrages j qui n’étoient dus qu’à elle. El qu’on ne dise pas i qu’il y a d’ordinaire plus d’aigreur et d’ostentation, que de diarilé , dans les Justes qui se font une gloire de ne pas savoir trahir la vérité. Le monde qui est toujours dans le faux , dont les commerces et les liaisons ne roulent que sur la dissimulation et sur l’artifice , qui s’en fait même une science et un honneur , et qui ne connoit pas celte noble droiture , ne saurait la supposer dans les autres ; c’est sa profonde corruption qui lui rend suspecte la sincérité et le courage des gens de bien ; c’est un procédé qui lui parait bizarre , parce qu’il est nouveau pour lui ; et comme il j trouve de la ain-
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