‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 59 sur 348 · L’ÉPIPHANIE · texte numérisé non relu

L’ÉPIPHANIE

san^ innocent: Et niitfm.orrldit om>iei)mero$

( IImü. » Ht );c*e^il une |»crséeiition de force et de violence. Or, mes frères, si la brièveté d’un discours me pemteitoU d’examiner ces trois genres de persécution de la vérité , U n’en est peut-être aucune dont vous ne vous Irouvassiez cotipable.

Car, ipii peut se tlalter , premièrement, de n’èire |»as du nombre des pci-sécuteurs de la vérilé |Mr les scaïulalcs? Je ne parle pas même de CCS aines liésorduiinées qui ont levé l’étendard du crime et de la licence, et <|ui ne ménagent presr(ue plus rien auprès du public : les scandales les plus cdatanls ne sont pas toujours les plus à craindre ; et le désonlre déclaré et poussé à un certain point, nous fuit souvent plus de censeurs de notre conduite, que d'imitateurs de nos excès. Je parle de ces aines livrées aux plaisirs, aux vanités, à tous les abus du siècle, <t dont la conduiio , d'ailleurs régulière , non-seulement est irréprocliableaiix yeux du monde, maû s'attire même l'estime et les louanges des hommès; et je dis qu’elles |>erséculenl la vérité |»ar Ictirs seuls exemples ; <}u*elles am'antissent, autant qiril est en elles, dansions les eirnrs les maximes de l’Évangile et les règles de la vérité'; qu’elles crient à tous les hommes que la fuite des plaisirs est une précaution inutile; que l'amour du monde et l’amour de la vertu ne sont pas incompatibles, que le gonl des spectacles, de la parure et des amusements publics est un goût innocent, et qu’on peut bien vivre en vivant comme tout le reste du monde. Cette régularité mondaine est donc une persécution continuelle de la vérité, et d'autant plus dangereuse, (|ue c’est une persccnlion autorisée qui n’a rien d’odieux, contre laquelle on n’est point en garde J qui atlaqiie la vérité .«ans violence, sans effiLsion de sang, sous l’image de la paix et de la société, et qui fait plus de déserteurs de la vérité, que n’en firent autrefois les tyrans cl les supplices.

Je parle des gens de bien mêmes, qui n’accompibsenl qu’à demi les devoirs de la piété, (^ui relicimenl encore des restes trop publicti des passions du monde et de ses maximes; et je disqu’ils perst’culcnl la vérité par ces tristes restes d’inlldélité et de füiblcsse; qu'ils la font blasphémer par les impies et par les péclieiirs; qu’ils autorisent les discours insensés du monde contre la piété des serviteurs de Dieu ; qu'ils dégoûtent de la vertu les aines qui s’y senliroient di.«posces; (pi'ils conlirment dans l'égarement celles (]ui cherclient des prétextes |K>ur y rester; en un mot, qu’ils rendent la vertu suspecte ou ridicule. Ainsi, encore tous les jours, comme le Seigneur s’en plaignnit autrefois

dans son Prophète, l’infidèle Israël , c’est-è-dire le monde, justilie ses égarements en les comparant aux infidélités de Juda, c’est4-dircauz foiblesses des gens de bien : Juslificatil animam skam aversatrix /xraW, comparatioHc praTortratrids Jtnûr (Jkkem., Ill, 11 ) ; c’est-à-dire qae le monde se croit en silreté lorsqu’il volt qne les âmes qui font profession de piété .sont de ses plusirs et de ses inutilités; sont vives comme les autres lH>mmes sur la fortune, sur la faveur , sur les préférences , sur les injures ; vont à leurs fins , veulent encore plaire , rccherclieni avidement Ica distinctions et les grâces , et font quelquefois même de la piété une voie pour y arriver plus sûrement. Ah! c’est alors que le inonde U iomplie, que ce parallèle le rassure ; c’est alors que, trouvant que la vertu des gens de bien ressemble à ses vices, il est tranquille dans son étal; il croit qu’il seroit inutile de changer, pui.s<pren changeant de nom , on retient encore les mêmes choses r Jwsfi- /icnrif aiitmam .vunm aversatrix Israël, rompurolioHepriFraricafrids Judtv.

El c’est ici où je ne saurois m’empêcher de dire avec un Apûire, à vous, mes Frères, que Dieu a rap[>elés des voies du monde et des [passions à celles (le la vérité et de la justice ; conduisonsnous de telle sorte parmi les mondains , (|u’au lieu que , jnsqtrici , ils ont décrié la vertu , et méprisé ou censuré ceux qui la pratiquent, les bonnes œuvres qu’ils nous verront faire , nos mœurs pures et saintes, noire patience dans les mépris , notre sagesse et notre circonspection dans le discours, notre modestie et notre humanité dans l’élévation, notre égalité et notre sotimLssion dans les disgrâces, notre douceur envers nos inférieurs , nos égards pour nos égaux, notre fidélité envers nos maîtres , notre cliarité pour tous nos frères, les forcent de rendre gloire à Dieu, leur fassent respect et envier même la deslinée de la vertu, et les disposent à recevoir la grâce de la lumière et de la vérité , lorsqu’elle daignera les visiter et les éclairer sur leurs voies c.;:arce8 : Conversoliotiem ve.sfrmn iufer génies hahentes bonam, vt ûi eo<fvod dctrecianidevobi$t tamquam de tnalefaeioribus. exbonis operibusros ronsidernnies, gloriftceui Deum tu die risifnfiauis. (Petk., il , 12. ) Fermons la bouche, par le spcclacle ü’unc vie imprélicnsible , aux ennemis de la vertu : honorons la piété, afin qu’elle nous honore; rendonsla respeciahie , si nous voulons lui attirer des partisans ; fournissons au monde des exemples qui le condamnent , et mm des censures qui le jusli*; rient; accoulumons-le à penserque la piété véritable est utile à tout, etqu’elle a pourelle, non-seu-

lement la promesse d’nne rie et d*un bonheur à venir , mais encore la paix , la joie, le repos du cœur, qui sont les seuls biens et les seuls plaisirs de la vie présente : Promtssiouein habens vitœ quiv nuuc est, et futurw. (i , Tim. iv, 8.)

A cette persécution de scandale , Ilérode ajoute une persécution de séduction : il lente la sainteté et la lidéiité des ministres de la loi , il veut (aire servir à Timpiélé de ses desseins le zèle et la sainte g;énérosité des mages; enfin, iln*oublie rien pour anéantir la vérité avant de l’attaquer à force ouverte ; Clam roratis mogis.

Et voilà une nouvelle manière dont noos persécutons tous les jours la vérité. Premièrement nous arfoiblissons la piété des âmes justes, en taxant leur ferveur d’excès , et nous efforçant de leur persuader qu’elles en font trop : nous les exhortons, comme le tentateur , à changer leurs pierres en pain, c’est-à-dire, à rabattre de leur austérité, et à changer cette vie retirée, triste, laborieuse, en une vie plus aisée et plus commune ; nous leur faisons craindre que les suites ne répondent pas à la fer> eur de ces commencements : en un mot , nous tâchons de les rapprocher de nous , ne voulant pas nous rapproclier d’elles. Secondement , nous tentons peut-être même leur infidélité et leur innocence, en leur (aisanl des peintures vives des plaisirs qu’elles fuient; nous blâmons, comme la femme de Job, leur simplicité et leur foiblesse, nous leur exai^runs les inconvénients de la vertu et les difliculU sde la persévérance ; nous les ébranlons par l’exemple des aines infidèles , qui , après avoir mis la main à la cliarme , ont regardé derrière et ont abandonné l’ouvrage; que dirai-je? nous attaquons peut-être même le fondement iné* branlaMe de la foi , et nous insinuons rinaUliié de ses violences par l’incertitude de ses promesses. Troisièmement , nous gênons par notre autorité le z^e et la piété des personnes qui dépendent de nous; nous exigeons d’eux des devoirs, ou incompatibles avec leur conscience, ou dangereux pour leur vertu ; nous les mettons dans des situations ou pénibles, ou périlleuses à leur foi: nous leur interdisons des prati(|ues et des observances , ou nécessaires pour se soutenir dans la piété, ou utiles pour y avança' ; en un mot , noos devenons à leur égard des tentateurs domestiques , ne pouvant ni goûter pour nous-mêmes le bien , ni le souffrir dans les autres , et faisant envers ces âmes l’ofRce du démon qui ne veille que pour les perdre. Enfin nous nous rendons coupables de oette persécution de séduction, en faisant serrir nos talents à U deslrucUoo du règne de Jésus-Christ ; les talents du corps, à inspirer des passions injustes; à nous

SEIGNEUR. m

mettre à la place de Dieu dans les cœurs ; à corrompre les âmes poor lesqnelles Jésus-Christ est mort : les talents de l'esprit, à persuader le vice; à l’embellir de tous les agréments les plus propres à cadier a honte et son horreur ; à présenter le poison sous un appât doux et agréable , et à le rendre immortel dans des ouvrages lascifs , où jusqu’à la lin des siècles, un auteur infortuné prêchera le vice, corrompra les cœurs, inspirera à ses frères les passions déplorables qui l’avoient asservi pendant a vie; verra croître son supplice et ses tourments, à mesure que le feu impur qu’il a allumé se répandra sur la terre ; aura l'affreuse consolation de se déclarer contre son Dieu, même après a mort ; de lui enlever encore des âmes qu’il avoit radietées ; d’outrager encore a sainteté et a puisance ; de perpétuer a révolte et ses dé.sordres jusqu'au-delà du tombeau; et de Caire jus((u'à la consommation des siècles , des crimes de tous les liommes , ses crimes propres. Malheur, dit le Seigoeor, à tons ces ennemis de mon nom et de ma gknre, qui dressent des embûches à mon peuple ! je m’élèverai contre eux au jour de ma colère; je leur redemanderai le ang de leurs frères qu’ils ont séduits et qu’ils ont fait périr ; et je mullipUemi sur eux des maux affreux, pour me consoler <le la gloire qu’ils m’ont ravie: Vœ genti iiisurpenli super geiius meicmf (JtTDiTH , xvi,20.j

Mais on dernier genre de persécution encore plus funeste à la vérité, est celle que j’ai appelée une persécution de force et de violence. Hérode enfin n’avançant rien par ses artifices, lève le masque , se déclare ouvertement le persécuteur de Jésus-Christ , et veut éteindre dans a naisanoe cette lumière qui vient éclairer tout le monde : Mittens occidit omnes pueras. (Matth. ii, (6.)

Le seul récit de la cruauté de ce prince impie nous fait horreur , et il ne parolt pas qu’un exemple si barbare puisse trouver parmi noos des imitateurs; cependant le monde est plein de ces sortes de persécuteurs publics et déclarés de la vérité; et si l’Eglise n’est plus aflligéepar la barl>ariedes tyrans et par l’effusion du sang de ses enfants , elle est encore tous les jours persécutée par les dérisions publiques que les m<mdains font de b vertu, et par la perte des âmes fidèles qu’elle volt avec douleur succomber si souvent à la crainte de leurs dérisions et de leurs censures.

Oui, mes Frères, ce discours que vous vous pennetiez si facilement contre b pieté des serviteurs de Dieu , de ces âmes, <}ui , par leurs liommages fervents, consolent sa gloire, de vos crimes et de vos outrages ; ces dérisions de leur zèle et de leur sainte ivresse pour leur Dieu; ces traits pi-

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quanU,qiii, de l«ur personne , retombent sur la vertu, et font bi pins dan^rcrense tentation île leur pénitence i cette sévérité à leur i^arii , (pii ne leur pardonne rien , qui citante en vices leurs rertui mêmes; ce langage de blasphème et de rno(|uerie, qui répand an ridicule impie sur le sérieux de leur componction , qui donne des noms d’ironie et de mépris aux pratiques les plus respectables de leur piété , qui ébranle leur foi , qui arrête leurs saintes résolutions, qui décourage leur foibiesse, qui les fait rougir de la vertu, qui les rentralne souvent dans le vice, voilà ce que j’appelle avec les saints une persécution ouverte et déclarée de la vérité. Vous persécutez dans votre frère, dit saint Augustin, ce que les tyrans eux>inéiiies nj ont pas persécuté : ils ne lui ont ravi que la vie; vons voulez lui ravir l’innocence et la vertu ; ils ne sVn sont pris qu’à son corps ; voua en voulez à son amej CarnempertrcMlM est iniperalor, tu lin r/iristiano spiriium persequerit.

Kh quoi! mes Frères, n’est-ce pas assez que vous ne serviez pas le Dieu pour qui vous ôtes iaits? (c’est ce que les premiers défenseurs de la foi, les Tertuliien et les Cyprien disoient autrefois aux païens persécuteurs des iidèl<^; et faut-il que ces mêmes plaintes se trouvent encore justes dans notre bouche contre des ebrétiens?) a'est*ce pas assez ? faut-il encore que vous persécutiez ceux cpii le servent ? Vous ne voulez donc lù l’adorer , ni souffrir qu’on l’adore ? Deum nse colis , lier ro/i omniiio parmilNs? Vous pardonnez tous les jours tant d’extravagances aux sectateurs du monde, tant de pasMoiis insensées : vous les excusez , que dis-je ? vous les louez dans les desii's déréglés de leur ccpur : vous trouvez de la constance , de la fidélité , de la noblesse dans leurs passioas les plus honteuses ; vous donnez des noms Imnoraliles à leurs vices les plus indignes; et il n’y a qu’une ame juste et fidèle, qu'on serviteur du vrai Dieu, qui ne trouve auprès de vous aucune indulgence, et qui réussisse à s'attirer vos mépris et vus censDrcs?<^olttt tibi displicetDei rullor.' Mais, mes Frères, les plaisirs des Üiéàtres et des speclaeles sont ouverts parmi vous à la licence publique , et on n’y trouve point à redire ; la fureur du jini a ses partisans déclarés, et on les sonfTrc ; l’ambition a ses adorateurs et ses esclaves, et on les loue; la volupté a ses victimes et ses autels, et on ne les loi dispute pas ; l’avarice a ses idolâtres , et on n’en dit root ; toutes les passions, comme autant de divinités sacrilèges , ont leur cuite établi , sans qu’on s’en formalise : et le Seigneur tout seul de rDnivers,et le Souverain de tous les Itomines,

Pt Dieu tout seul sur la terre , ou ne sera pomi

I servi, ou ne pourra l’étre impunément, et sans qu'on y trouve à redire! fJf Devszoius iii ferrtz, oat NOM coliiur, «mI non art impuiir quod roliliir. j Gruid Dieu) vengez donc vous*mèfne votre I gloire ; rendez encore aujourd’hui à vos serviteurs I l’honneur et l’édat que les impies ne cessent de : leur ravir ; ne bites plus sortir , comme autrefois, i du fund des forêts, des bêles cruelles, pour dévo- I rer les conteniptears de la vertu et de la sainte j simpiietté de vos prophètes ; mais livrez -les à leurs I désirs déréglés , encore plus cruels et plus insatia- I bits que les lions et les ours, afin que finigués ,

I déclarés per les troubles secrets et par les fureurs I de leurs propres passions, il puissent connolire , tout le prix et toute l’excellence de la vertu qu’ils méprisent , et aspirer au bonheur et à la destinée des âmes qui vous servent.

Car, mes Frères, vous que ce discours regarde, souffrez que je le dise ici arec douleur i fani-il que vous soyez Us iiislruments dont le démon se sert pour tenter lea élus , et les entraîner , s’il e4ok possible, dans l’erreur P faut- U que vous ne soyez sur la terre que pour justifier les prédictions des Uvres saints sur lespersécutwusiitéviublesjusqa’à la lin à tous ceux qui voudront vivre dans U piété qui est en Jésus-Christ ? faut-il qne la succession affreuse des persécuteurs de la foi et de la vertu, qui doit durer autanlque l’Ii^Use , ne trouve sa suite et sa perpétuité qu'en vous seuls? faut-il qu’au défaut des tjTans et des supplices, l’Evangile trouve encore en vous seuls sou écueil et sou scandale ? Renoncez donc vous-mêmes à l’ospéranee qui est en Jésus-Clirist; unissez-vous à ces peuples barbares, ou à ces hommes Impies qui blasphèment a gloire et sa divinité, s’il vous paroU si digne de risée de vivre sous ses lois ti d’observer ses maximes. Uu infidèle, un nuvage pourroil nous croire dans l'erreur, nous qui le servons et qol l’adorons; U pourroil avoir pitié de notre crédnlité et de notre loiblesse, en voyant que nous sacrifions le présent à un avenir et une espérance qui lui paroIlroU cliiroérique et fabuleuse; mais , du moins , il seroit forcé d’avouer , que si nous ne nous trompons pas, et que notre fin soit certaine, nous sommes les plus sages et les plus eatimalrfes de tous les hommes. Mais pour vous, qui n’oseriez doul<îr de la certitude de la foi et de l’espérance qui est en Jésus-Christ , de quêta yeux OH infidèle regarderoit-il les censures que vous faites de ses serviteurs ? vous vous pnietcrnea devant sa croix, vous diroit-il, comme devant le gage de votre salut , et voua riez de ceux qui U portent dans leur ccbot, et qui mettent en elle toute leur e^iénuioe 1 Voua l’odorei comme votre

DE NOTRE SEIGNELR.

Jnge , et vous méprisez, et vous donnez du ridicule à ceux qui le craignent , et qui travaillent à se le rendre favorable ? Vous le croyez fidèle dans sa parole, et vous regardez comme des esprits foibles ceux qui se confient en lui , et qui sacrifient tout à la grandeur et à la certitude de ses promesses ! O homme si étonnant , si plein de contradictions , si peu d’accord avec vous-même, s’écrieroit l'infidèle, il faut donc que le Dieu des chrétiens soit bien grand et bien saint, puisqu’il n’a parmi ceux qui le connoissent que des ennemis de votre sorte I

Respectons donc la vertu, mes Frères. Honorons les dons de Dieu et les merveilles de sa grâce, dans ses serviteurs. Méritons par nas égards et par notre estime pour la piété , le bienfait de la piété même. Regardons les gens de bien comme les seuls qui attirent encore les grâces du ciel sur la terre , comme des ressources établies pour nous réconcilier un jour avec Dieu, comme des signes heureux qui nous marquent que le Seigneur regarde encore les hommes avec pitié , et continue ses miséricordes sur son Eglise. Encourageons par nos éloges les âmes qui reviennent è lui , si nous ne pouvons encore les soutenir par nos exemples : applaudissons à leur ciiangement, si nous ne croyons pas pouvoir encore changer nous-mêmes : falsoas-nous honneur du moins de les défendre ,

si nos passions ne nous permettent pas encore de les imiter. Mettons la vertu en honneur. N’ayons pour amis que les amis de Dieu ; ne comptons sur la fidélité des hommes , qn’autant qu’ils sont fidèles au maître qui les a faits : ne confions nos chagrins et nos peines qu’à ceux qui peuvent les offrir à celui seul qui peut les consoler : ne croyons dans nos intérêts véritables , que ceux qui sont dans les intérêts de notre salut. Aplanissons les voies de notre conversion ; préparons le monde, par notre respect pour les Justes, à nous voir un jour sans surprise; justes nous-mêmes, ne nous faisons pas , par nos dérisions et par nos censures, un respect humain invincible , qui nous empêchera toujours de nous déclarer sectateurs de la piété , que nous avons si luiutement et si publiquement méprisée. Rendons gloire à la vérité ; et , afin qu’elle nous délivre, recevons-la avec religion comme les mages , dès qu'elle se montre à nous ; ne la dissimulons pas comme les prêtres , lorsque nous la devons à nos frères; ne nous déclarons pas contre elle comme Hérode, quand nous ne IKiuvons plus nous la dissimuler à nous-mêmes , afin qu’aprês avoir suivi sur la terre les voies de la vérité, nous soyons un jour tous ensemble sanctifiés dans la vérité, et consommés dans la diarité.

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