‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 60 sur 348 · SUR LE JEUNE · texte numérisé non relu

SUR LE JEUNE

CHJotJejMnalU, noHte fieri skut hypocritœ, trUte4-

LonqoeToiujeADei. DeaorexpM triitM ctmmt le* bj* pocille*. (MATTi.,TI. 16.)

Cesl PÉv«ngile que PÉgliw met à la léle de ces jours de nlot et de miséricorde, et oomme l’indictioa d’un jeûne si^Del imposé 1 tout le corps des fidèles, pour apaiser la colère du Seigneur, faire cesser les fléaux qui nous affligent, expier nos iniquités, noos rappeler dans les roies de la justice dont noos nous sommes égarés, rétablir la disdpliDe des mœurs, si défigurée parmi les cliréliens ; rapproclier autant qn’il est passible, le relâdiement de ces demiets temps, du aéle et de la sainte anstérité de nos pères; inspirer par Ions ces debors lugubres, des sentiments de componction aux pécheurs; ranimer la foi et la piété des Justes, et nous préparer tous à la joie et à la grâce de la résunectioo.

Telles sont les vues que l’Église se propose dans l’instilnlion de la loi du jeiine ; telle est la fin du précepte; telles sont les grâces altadiées, dans les desseins de Dieu même, à ce temps de renouvellement et de repentir.

Que pouvons-nous donc annoncer de plus lieureux que l’ouverture de cette sainte carrière? i des pécheurs qui vont y trouver des moyens de pénitence; à dâ âmes foibles qni verront les occasions de péché s’éloigner, et naître de toutes parts des facilités de salut; è des justes dont la fervenr se ralentissant sans cesse doit tans cesse se renouveler de peur de s'éteindre; enfin 4 tous les fidèles, sur qui les larmes et les prières de l’Église vont ouvrir les trésors du ciel et attirer toutes les bénédictioiade la grâce.

Cependant , loin de voir arriver ces jours favorables avec une joie religieuse , on les craint , nii les regarde presque comme (les jours funestes et malheurenx ; et il faut que l'Église nous ontonne aujourd'hui de bannir de nos jeûnes rabattement et la tristesse ; iValile fieri tristes. Insensés ! dit saint Ambroise, nous allons triompher de la cliair et du démon par le secours de celte sainte abstinence ; la douleur et la tristesse siéent-elles bien 4 la victoire ? Que l’ennemi seid craigne ces jours heureux ; qu’il s’afflige de voir arriver ce temps de propitiation , dont la grâce va se servir pmir délivrer du pédié tant d’ames criminelles; qu'il tremble de voir tons ces debors consuUnls de pénitence, et tout cet appareil de miséricorde que la bonté de Dieu prépare aux pécheurs. Mais pour vous, mes Frères, dit saint Ambroise, parfumes vos têtes, entrez dans les sentiments d'une sainte allégresse; ce n’est pas aux vainqueurs 4 être tristes : l'Npile eopui tesirum : nenio Irfslis rormiolur; nemo mœsfui triumphat.

Car, mes Frères, il est des tristesses de plus d’une aorte. Il y a une tristesse de pénitence qui opère le saint; et la joie de l'Esprit saint en est toujours le plus doux fruit; une tristesue d'hypocrisie qui, observant la lettre de la loi , affecte des dehors pâles et défigurés, pour ne pas perdre devant les liommes le mérite de sa pénitence ; et celle-14 est rare ; enfin une lriste<se (le corruption, qui oppose 4 cette loi sainte un foruls de répugnance et de sensualité ; et l’on peut dire que c’est l’impression la plus universelle que hit sur nous le pi^pte du jeûne et de l’abstinence.

Or, de 14 il arrive ou qu’on se dispense (le l’observer sur des prétextes frivoles, ou qn’on ne l'observe qu’4 demi. Il bnporte donc d’examiner aujourd’hui les excuses dont on se sert pour se dispenser d'une loi si sainte, et en second lien les abus où l'on tombe en l'observant.

C’est l’idée d'instmct'ion la plus simple et la plus naturelle ; c’est-è-dire que je me propose d'établir l'obligation et l’étendue de la loi du jeûne. L’uliligalion, contre ceux qni en violent le devoir; l'étendue , contre ceux qui en adoucissent l'obscr-

LL MLRCRLDI DLS CLiNÜRLS.

vance. C’esl par où nousouvriruiia 1rs iiutruclions <le celte sainte carrière.

Mais avant >le les commencer, grand Dieu ! écoulez les plus sincères gémissements de mon cœur. Je sais tpie ce n’est pas à un pécheur de lacoiiter vos justices et de publier vos ordoimances; et je me découragerois dans le comiiiencemeiit <le mon ministère, si je ne savais aussi (pic les imstrunients les plus vils sont ceux dont votre puissance se sert quelquefois avec plus de succès, aliii i|ue l’homme ne s’attribue rieu à hii-mème, et que toute la gloire en soit rendue è votre giace. Soyez donc vous-iiième, ù mon Dieu, le docteur intérieur des lidèles qui m’écoulent. Inspire/ des désirs de pénitence, puisque vous nous ordomiez de l’an noticer à votre peuple. Soutenez le zèle des ministres qui vont évangéliser Sion. Mettez vousniènie dans leur bouche des paroles de vie et de saluU Rendez la force et la vertu à notre ministère. Kevètez-nous de cette dignité et de cette sagesse dont furent revêtus les premiers hommes afiostoli(|ues, et qui lit triompher votre Lvangile des phihisoplies et des Césars. Car c’esl de vous seul, ô mou Dieu, que nous attendons l’accroDscment; et toutes les foudres qui vont partir de ces cliaires évangéliques , comme autrefois de la montagne de Sinai , nu réussiront qu’à faire des rebelles et des incrédules, si votre doigt itivisihie ne grave luimèiuc dans les cu'urs les préceptes et les oitlonnances de la lui sainte. Implorons, etc. ^ére, Maria.

PUEMIKRE PARTIE.

Üi j'avois à parler devant des hommes rebelles à la vérité et pleins de mépris (tour les lois de l’Eglise , j’elablirois ce point de sa discipline ; et remontant jusqu’aux siècles les plus purs du diristianisme, je voua ferois voir la religion elle-mèine nee, pour ainsi dire, dons le sein du jeûne et de l’abslinenoe. Vous auriez vu les disciples encore assemblés i Jérusalem attendre dans la pratique des jeûnes cl des prières communes, qu’ils fiissent revêtus de la vertu du Très ilsiil. V’ous auriez vu les premiers lidèles faire dans les rigueurs de l’abstinenw l’appranlissage du martyre ; des légions même de elirëtiens au milieu de la licence des armées idolâtres, s’assembler pour célébrer avec plus de soleimilé les jeûnes pratiqués en ces temps heureux , et trouver dans l’affaiblissement d’un corps terrestre de nouvelles forces pour vainore les ennemis de l'empire. Vous auriez vu les tyrans ne recunnollre les clirétiens qu’à l’abattement de leur visage , et à cortahie odeur de piété et de

mnrtilicalion qui les discernait des antres hommes. Vous auriez vu enfin l’homme ennemi toujours attentif à faire servir à riui(|uité les usages les plus saints, poiLsser dès-lors des esprilji iix|uiels à des abstinences nouvelles et outrées, et faire retomber sur les viandes mêmes que le .Seigneur a toutes créées , et dont on pent user avec action de grâces , une défeicse qui n’est fondée que sur la révolte de la cliair, et sur une réparation due à la justice divine; si fort on éloit alors persuadé que depuis la mort de l’Epoux, le jeûne était devenu comme l’étal naturel de l’Eglise.

Mais je suppose <|ue je parle à des lidèles, qui d’un cûlé n’ont pas besoin qu’on justifie dans leur esprit les traditions saintes de nos pères; mais qui de l'autre, en respectant les lois de l'Eglise , ne les violent pas moins pour cela ; (|ui ne disent pas tout haut, coninie l’impie : Je n’obéirai point, non seiTÙim; mais qid, comme ces hommes de l’Évangile , iriiuvent toujours quehpie prétexte pour exniser leur désobéissance; et idro rogo te, liabe me ej-cusatum. ( Lie, xiv, I!).)

Or, pour diunéler ici le vrai du faux dans une matière d’un si grand mage , remaïquez d’abord, je vous prie, mes Frères, que puisque l’Elglise nous fait une loi du jeûne et de l’abstinence , il n’est que rimpossiliililé qui puisse en jtislilier l’inobservance. El quand je dis l’impossibilité, je renferme dans celte idée la difiloulté fondée sur un péril évident et oonsidérabis : car je conviens que l’Église , en élablissani oette loi , n’a pas prétendu fàire nne loi de mort , mais seulement une loi de pénitence.

Cette vérité supposée, examinons si les exensee sur lesquelles on se dispense tous les jours de celte loi sainte , sont dignes de la religion, et si la simple é(|ullé elle-mèiiie n’en est pas Ideasée. En second lieu, si lors même que ces excuses sont légitimes , il n’est pas vrai de dire qu’on n’est pas moins violateur (lu précepte , par la manière dont on use (le l’indulgenoe de l’Eglise.

Vous nous dites donc en premier lieu que vous ne vous dispensez, du jeûne que sur des rtistms légitimes ; que votre conscience ne vons reproche rien là-dessus; que si vous n’aviez rien à répoiidr* devant Dieu que de la transgression de ce précepte, vous pourriez vous y présenter avec eonlianee ; que vous êtes né avec on tempérament Ibible et incapable de aoulenir la rigueur de celle loi, et que le peu de santé dont vous jouissez , vous ne le devez qu’à des soins et à des précautions iufi- 1 nies.

I Mais je ponrrois vous demander d’abord si ce I ne sont pas ces soins et ces précatllloos elles-iiiè-

SUR LE

mes qoi Taflbiblissent? Seriez-\'ous d'une santé si peu assurée , si vous aviez moins de loisir pour y faire allention, ou si la Providence vous avoit niéiia^çé moins de moyens pour écouter là-dessus vos répu{?nances ? Celte délicatesse de tenq>éramcui dont vous vous plaidez n'est-elle pas une suite de la vie molle et voluptueuse que vous avez toujours menée? Est -elle autre chose qu’un usa.^e d'indolence et un corps accoutumé de tout temps à ne pouvoir se passer de tout ce qui le flatte ? Eh quoi! vous prétendez que ce qui vous rend la pénitence plus nécessaire, puisse devenir un litre légitime qui vous en dLs|>ense? et que la mollesse dans laquelle vous avez toujours vécu , si opposée à l’esprit de rKvan;riIe, et qui vous enp)$;e en des réparations particulières d'austérité et de souffrance, vous exemple de celles qui sont communes à tous les fidèles? Votre délicatesse est un crime elle-mCme que vous devez expier, et non pas une excuse qui vous dispense de l’expiation et de la souffrance.

Je pourrois vous demander encore, si ce ne sont pas ici les façons du ran;^ et de la naissance, pliilél que des besoins réels et effectifs? Si vous étiez moins plein, moins occupé de vous-ménïe ; si vous ne croyiez pas que dans le rang où vous êtes né , tout ce qui vous environne ne doit servir qti’â vo* tre félicité, ces foîbles raisons de santé vous paroliroicni-elles si considérables? L’orgueil qui vous rejail , même i votre Insu , de votre élévation et de vos litres, fait que tout ce qui vous regarde vous |>aroU devoir l’emporter sur tout : mais Dieu, à qui votre vie n’est pas plus chèi*e que celle d’une ame simple et vulgaire; Dieu, à la gloire duquel vous n’étes pas plus nécessaire qu'un insecte qui rampe sur la terre; Dieu, devant qui votre aine et votre santé n’est prédetuse qu’autant que vous l’employez pour sou service , ne mesure pas vos infirmités sur vus titres, mais sur sa loi; il ne juge pas de vos excuses par votre rang, mais par vos crimes.

David étoit un prince que les délices de la royauté auroiciil dû .sans doute amollir. Lisez dans ses divins cantiques riiistoirc de ses austérités , et voyez quel fut le detail triste et édifianl de sa pénitence. Et si vous croyez que le sexe vous donne là-<lessus quelque privilège ; Eslher, au milieu des plaisirs d'une cour siqierbe, savoil affliger son ame par le jeûne cl se dérober aux réjonis- .sances publiques, pour offrir à Dieu, dan.s le fond d’un apiarlemenl, le pain de sa douleur et le sacriflee de ses larmes. Judith, si disiingucc dans Israël , pleura coikstamment la mort de son époux dans le jeime et dans leciJice,et rien ne put adoucir

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