‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 7 sur 348 · ET LE MORT OU JUSTE · texte numérisé non relu

ET LE MORT OU JUSTE

ffaiti mortui qui in Domino moriuntur.

Heureux sont les morts qui meurent dans le Seigneur.

(APOc , ziv. 13.)

Les passions humaines ont toujours quelque cliose d’élonnant et d’iiH»mpréhensible. Tous les liommes veulent vivre; ils regardent la mort comme le dernier des malheurs; toutes leurs passions les allaclient i la vie : et cependant ce sont leurs passions elles-mêmes qui les poussent sans cesse vers cette mort pour laquelle ils ont tant d’horreur; et il semble qu’ils ne vivent que pour se bâter de mourir. Ils se promettent tous ([u’ils mourront de la mort des Justes ; ils l’espèrent , ils le désirent. Ne pouvant se flatler d’être immortels sur la terre , ils comptent du moins , qu’avant ce dernier moment, les passions, qui actuellement les souillent et les captivent , seront éteintes. Ils se représentent la destinée d’un pécheur qui meurt dans son péché et dans la ha’me de Dieu, comme unedestinéeaffreuse ;etcependant ils sela préparent à eux-mêmes tranquillement etsans inquiétude. Ce terme horrible de la vie humaine, qui est la mort dans le péché, les saisit et les épouvante; et cependant ils marchent en dansant comme des insensés par la voie qui y conduit. Nous avons beau leur annoncer qu’on menrt comme on a vécu : ils veulent vivre eu péclieurs, et mourir pourtant de la mort des Justes.

Je veux donc aujourd’hui , mes Frères, non pas vous détromper d’uneillusion sicommuneet si grossière (réservons ce sujet pour une autreoccasion); mais, puisque la mort du Juste vous paroit si désirable , et celle du pécheur si affreuse , je veux vous exposer ici l’une et l’autre, et réveiller sur l’une et sur l’autre vos désirs et votre terreur. Comme vous mourrez dans l’une de ces deux situations , il importe de vous en rapprocher le spectacle; a^ que , vous mettant sous les yeux le por-

HORT DU PÉCHEUR, etc.

trait affreux de l'une et l’image consolante de l’autre , vous puissiez décider par avance laquelle des deux destinées vous attend , et prendre des mesures afin que la décision vous soit favorable.

Dans le portrait du pécheur mourant , vous verrez où aboutit enfin le monde avec tous ses plaisirs et toute sa gloire : dans le réeit de la mort du J liste, vous apprendrez où conduit la vertu avec toutes ses peines. Dans l’une, vous verrez le iiiunde des yeux d’un pécheur qui va mourir; et iiu’il voik paroitra vain et frivole , et différent de ce ([u’il vous paroit aujourd'hui Dans l’autre , vous verrez la vertu des yeux du Juste qui expire ; et (|u’ellc vous paroitra grande et estimable! Dans l’une, vous comprendrez tout le malheur d'une aiiie qui a vécu dans l’oubli de Dieu ; dans l’autre , le Iwiiheur de celle qui n’a vécu que pour le servir et |Hiur lui plaire. En un mol , le s|icclaclc de la mort du péclieur vous fera souhaiter de vivre de la vie du Juste; et l’imagede la mort du Jasie vous inspirera une sainte liorrcur de la vie du pécheur. Implorons, etc. Ave, Maria.

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