‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 61 sur 348 · JEUNE · texte numérisé non relu

JEUNE

la douleur de sa perte, que les saintes rigireurs de sa retraite et de sa pénitence. Les Paule, les Marcelle, ces illustres femmes romaines, descendues devS maîtres de l’univers, quels exemples d'austérité n’oul-eilcs pas laissés aux siècles suivants?

Ah ! l’on n’avoit pas encore compris dans ces temps heureux, qu’il fallût user de distinction parmi les fidèles, lorsqu’il s’agissoit d’une loi qui U'i regardoit tous. On savoit seulement que nous étions tous membres d’un chef enteifié ; qu'être direlien et n’élre pas pénitent étoit iin monstre et une noiiveanté sans exemple; et les pafens euxmêmes en étaient si persuadés, dit saint l>éon , (jne , convaincus d’ailleurs de la vétité de l'Evangllc, la seule austérité de nos nitrurs, qu’ils regardoienl comme une suite néccï-soiredu baptême, différoit leur conversion, et remeltolt souvent à leur mort la profession publique de la foi de Jésus-Christ.

Mais d’ailleurs, si l’Eglise avoil ici des distinctions à faire et des privilèges à accorder, ah! ce devmil être en faveur de ces personnes, qui, nées dans une condition obscure, et dans une fortune métliocre, se sentent du déréglement des saisons , du malheur des temps , du poids des taxes et des charge-s publiques, et qui, renfermées dans un dumestifiue frugal et malaisé, ne voient les plaisirs que de loin , et bornent toute leur félicité à pouvoir SC défendre de la faim et de l’indlgencc. Mais vous , pour (|ui les plaisirs semblent être faits ; vous qui n’éprouvez rien de plus triste dans votre état que le dégoût et la satiété inséparables d’ime félicité sensuelle : mais je n’en dis pas assez; vous, «jui devant Dieu portez iwiit-ôtre plus de crimes tout seul fpi’un peuple entier de fidèles; vous qui par un fonds de corniplion que tout favj>ri.se dans la prospérité, ne vous êle.s pas borné aux folhles^es vulgaires, et avez peut-être poussé toutes les {vissions jusqu’aux excès les {dus affreux; vous, qui par l'éclat que votre rang a donné à vos désordres et à vos scandales, êtes peut-être coupable aux yeux de Dieti des crimes de tous ceux qui vous environnent, ah ! la seule distinction que vous ftonvez prétendre Id, est une distinction de sévérité, et une prolongation des rigueurs cationiques.

Quel abus! mes Frères. Les grand-set le.s puissanl.s, eux (]iti seuls spnihlcroieiit avoir besoin de pénitence, eux pour qui l’Eglise l’a prlncipalemenl établie en ce saint temps, sont les seuls (jul s’en di>|ten«cnt ; tandis que le citoyen obscur, que le vil oi lisait qui mange son pnin à la sueur de son front ; eux dont les jours les plus nl’ondanls seroirnt pour vous (les jours d'austérités et de souffrance , • respectent la loi de ce saint temps, et trouvent

itîO LE MERCREDI

dam leur frugalité même de quoi faire des relrancbeoiemsde piété et de pénitence! Grand Dieu ! vous vengerez un jour les iiiiéréls de votre loi eootre les vains prétextes des cupidités humaines. Les pharisiens de rKvangile déligiiroient leur vi> sage pour (aire connoltre aux hommes qu’ils jeiV noient : mais ce n’est plus là , à mon Dieu , riiypocrisie de notre siècle, et après une année entière de plaisirs et d’excès, on affecte à l'entrée de ces jours saints un extérieur pâle et défait , pour avoir un prétexte indigne de violer la loi du jeûne et de l’abstiaenoe.

Et en düet , souffrez que je vous demande encore : la foiblewe de votre complexion vous a-t-elle jamais privé d’un seul plaisir? Vous qui |H>iivez soutenir la Giiigoe des veilles « si capable d’aJicrer le corps le pins robuste ; vous qui ne succombez point à l’application et au sérieux d’un jen outré, dont la plus forte télé se trouveroit accablée; vous qui avez assez de force pour fournir à ragiiation des assemblées et des plaisirs , où l’ordre des repas, les heures du sommeil et tout le reste se trouve si fort dérangé , qu’il n’est qu’un lieureux tempérament qui puisse ne pas se sentir de ce désordre; vous qui, pour parvenir, dévorez toutes les fatigues du service, et vous accoutumez à une vie tloiit l’anachorète le plus pénitent auroU de la peine à s’accommoder; vous, en un mot, qui lorsque la gloire , riiilérél ou le plaisir s’en mêlent , êtes sobre, laborieux, morUnc, dur à vous-même, sam que les soins de votre santé s’y opposent ; l’austérité d'un jeûne vous alarme?

Ah ? c’est donc pour moi seul , dit le Seigneur daus son propliète , que vous refusez de .souffrir, ô Lsraêl ! Vous me paroissez infatigable dans les voies de l’iniquité, et tout vous rebute dam mon service.'Qu’avez-vousàrépondrepourvousjuslitier! IVttrra^si quidhabesutjustiftreris^{ls.^xi.Ui,26.)

Oui , mes Frères , les plaisirs ii’incommodenl peiisonne. Ce qn’on aime ne coûte jamais. Servir le monde , la fortune, les passons , n'a rien de pénible , parce qu’on est mondain , ambitieux , .•mensuel. .\b ! soyez diréüen et vous ne trouverez rien qui passe vos forces dans le service de Jésus- Christ.

Voyez cette aroe fidèle que la miséricorde de Dieu a retirée des égarements des passions. Lorsqu'elle vivoit comme nous, livrée au monde, aux sens et aux plaisirs, rien n’égaloit sa délicatesse ; elle reganloit la loi des jeûnes et des abstinences comme une loi meurtrière , et c'éloient toujours nouvelles ralsms pour s’eti dispenser. La voyezvous de|Hils (|u’ctle est entrée dans les voies de la giacc Cl du salut? Loin de regarder les dispenses

DES CENDRES

comme des liesoins , elle les regarde ctimme des crimes. Sa saiilé et .«es obligations ne sont plus iocompatibies. File ajoute même aux rigueurs de la loi , des rigueurs de surcroil. A vec moins de précaution , elle jouit d’une santé plus assurée , et comme ces trobi enfants juifs, on diroit qu’elle doit sa l()rce et son einbonimint û une vie plus dure et irabstinenee des viandes défendues. Ali! ce n'est |»a$ son tempérament qui a cliangé, c’est son cœur; ce n’est pas la nature qui s'e^ forliliée en elle, c’est la grâce; ce n’est pas la main de l’homme qui agit sur son corps, c’est le doigt de Dieu qui a opéré sur son aine; et imite la nouveauté que j’y trouve , n’est que le renonvellemenl de l’homme intérieur. Changez votre cœur, et tout vous deviendra possible.

Mais enfin, quand même l’abstinence afTolbliroil votre corps, n’csl-il pas juste d'imprimer le sceau douloureux de la croix sur une clmir (pii a été marquée tant de ftds du caractère honteux de la bêle? E^l-ce un corps de jiéciié comme le vôtre : qui niérile d'être tant inénogéPVous vous [daignez I de sa foiblesse; ah! vous ne .«entez (]ue trop en- ! core les effets funestes de sa force. Ne faut-il pas enfin affoihiir un ennemi qui ne garde pres(|ue plus de mesures dans sa révolte ? Pouvez-vous s<ms crime être encore idolâtre d’une chair (|ui a été si souvent réciieil de votre innocence , ou île celle de vos frères? N’cst-il pas temps enfin que vous diminuiez , afin que Jésus-Chri;4 crois.se , <{ue des membres qui ont .servi à l'iniquilé, servent à la justice; que la grâce se rortifie daus votre infirmité , et que vous appreniez à penlre votre amc pour la sauver?

Et croyez-vous que l'Eglise , en étahlis.sant la loi dujei^ne, n’ait pas [irétendu extémiervotrcclwiir? croyez-vousqu’elle ail voulu vous prescriredesaiistcfités que vous puis.«iez accomplir sans peine?Quoi! parce que le jeûne fcroiisur votre corp.s iesinipressions de langueur et d'abalteiiienl qu’elle avoit en vue en vous l’ordcHinant, vous vous en croiriez dispensé? parce (jue vous en retirez le fruit sensible et extérieur qu’elle a souhaité , elle vous en dcclarendt incapable ? Son intention est que vous souffriez; et la fin qu’elle se propose dans son préce[>le, ne sauroit devenir une raison qui vous en dispciLse.

Mais l’Eglise, elle-même qui impose ce joug , vous en a déchargé; et vous ne vousdispeiLsezdc la loi , que sur rautorité de.s supérieurs légitimes.

Ici votre conscience répond pour moi, que toute dispease obtenue conli'e les intentions del’JCglise, est uoe dispense vainc , et qui vous laisse toute

Page 1