‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 62 sur 348 · SUR LE JEUNE · texte numérisé non relu

SUR LE JEUNE

robli^tion de la loi; c'esl-à-dire que toute dis* pense qui ne suppose pas une impossibilité réelle d'obéir au preeepte, ne vous décharge point devant Dieu , et rend votre transgression aussi criminelle que celle des conlem{>leurs déclares de la loi même. C’est la doctrine des sainU. Donc, s'il n’y a rien en vous qui doive obliger l'Kglise à se relâcher en votre faveur, vous lui en imposez en obienaiil ces dispenses. Mais qu’avancez-vousen la surprenant? Vous la faites consentir en apparence à votre tram^ression; mais en êtes-vous moins réellement transgresseur? l’artilice seroil-il devenu pour vous un titre légitime? Ah! tout ce que je trouve ici de favorable à votre égard , c’est que vous ajoutez au crime de la transgression le blâme de la mauvaise fui et de la surprise.

Ce n’est pas que ri'!gllse soit tellement abusée, qu’elle ne découvre ces désordres. Elle voit avec douleur r«s lâches fidèles borner presque toute leur soumission à son égard à la faire consentir elle-même au violement de ses préceptes; et si, malgré ses lumières, elle paroU encore favoriser leurs injustes demandes, c'est pour ne pas révolter leur orgueil, c’est pour les tenir toujours unis à elle, du moins par les liens extérieurs du respect et de l’obéissance. Elle ne consent à voir ses lois inutiles, que de peur de les voir méprisées. C’est une mère compatissante, qui de deux maux souffre le moins dangereux. Mais niallieur à vous qui l’obligez à ces égards injustes! il faut que le mal soit bien désespéré, lorsqu’on permet au malade le genre de vie ({ii’ii souhaite. Souvenez-vous de ces Israélites ciutrnels , qui ne pouvant plus s’accommoder de la manne, obtinrent de Moïse, à force de murmures, des oiseaux du ciel. A peine eurentils louché â cette viande accordée â la dureté de leur cirur, qu’ils furent à l’instant frappés de mort , et que Dieu punit sur leurs personnes la sage condescendance de leur législateur : y^dhuc etetceorum eraui iii ore ipsorum. et ira Pei aseendit super eos. {Ps. 77, 30. ) Souvenez-vous-eii, et n’oubliez jamais que l’Kglise déleste quelquefois plus les abti.s qu’elle tolère, que ceux mêmes qn’elle punit.

Mais je vais plus loin : je suppose que vos raisons sont légitimes; et je dis que peut-être vous n’en êtes pas moias, aux yeux dcDieu, transgresseur de cette loi s^iinte, par ta manière dont vous usez de l’indulgence de l’ICglise.

El premièrement , au lieu que l’observance du jeAne couvroii le visage des plkarisieas d’une irîsd'liypucri>ie, rinipuissancc oti voas êtes de l’observer, protliiil elle dans vol recæur celte tristesse de foi , ce sacrifice d'un cœur humilié mille

I fois plus agréable à Dien que le sacrifice du corps, et rabsUnence des viandes défendues? Gémissez- ^ vous en secret de la foiblesse de votre chair, et I de riropossibilité où elle vous met de saiis&ireaux ' lois de l’Église? Prenez-vous, comme Ksllier,

I Dieu à témoin de voire nécessite , et de la liaine I qu’a voire anie pour les viandes profanes et pour I les repas des incirconcis ? Tu scis nece^siiatem I meam , quod non plamerit mi/ii coiirivium rerjis.

[ (Esth., li, 16.) Seigneur! vous qui soiKlez les ! ctrurs, vous voyez la douleur de mon ame ; vous I savez que Je déteste les viandes d’Assuériis : mais I vous êtes témoin de la triste situation oujeme ! trouve, et du désir qui presse mon c<rur de pou- I voir manger avec votre peuple les viandes permises ! parla loi sainte. Tiiscisneressitutem meam.guod [ non plamerit mihi roncivium reijis.

I Sont-ce U vos sentiments ? entrez-vou.s dans les I (neuses dispositions d'UriePQuoi! faut-il que je mange et que je boive i loisir, tandis qu'Lsiêf et Jnda comtûittent sous des tentes? Jsrael et Juda heAitant tn papifioniùu s , et ego iugrediar domunt weani, ut comedam et bibam? (Reg., ii, II.)

Pourquoi faut-il que je sois réduit à manger une cliair criminelle, tandis que toute l’Kglise combat SOU.S la cendre et sous le cilice, et que tous mes frères sont entrés généreusement dans la sainte carrière de la pénitence? Pourquoi, Seigneur, ii’aurois-je pas la force de satisfaire à vutre justice , ptiisque j’ai encore la force de l’ofTenser? Que n’avez- vous, Seigneur, donné un corps de fer à une ame aussi coupable que la mieime , afin que du moins je pusse trouver l’instrument de ma pénitence, où j’ai trouvé la source de tous mes crimes?

Ah! si vous aviez de la foi, vous devriez être houleux devant Dieu d’une distinciioii si peu convenable à votre vie passée : votis regiirderiez allé singularité comme une espèce d’anatlième et de retranchement du corps des fidèles ; comme une lèpre qui vous éloigne de la société et du commerce des saints, des sacrifices et des expialiuits, du temple et de l’autel ; rempla^'ant ainsi par la force et la ferveur de l’esprit , la foiblesse de la cliair.

Alors l’Eglise en uscroil à votre égard comiiie autrefois Judas Maecabce en usa envers ceux des Israélites que leur infirmité empêcha de combattre avec le reste du peuple, mais qui ne puiivuieul sc consoler de n’être (>as en état d’aller exposer leur vie avec leurs frères. 11 les associa à riionneur de la victoire, et au partage du butin : Pebitibus et orphauis divisei unt spoha. ( il Magc., H, 28. ) Mais vous êtes ravi d’avoir des raisons qui vous I exem{itent de la lui cuiiimune. Vous êtes iraits-

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gres5M»iiP(îii prcccjitc dans la préparai inndn cinir; ol loin de partai;er a> ec ceux qui l’arcompllssent, le mérite de roliscrvarice, vous parliri{>ez à l’ini- «pillé des pécheurs déclarés qui le méprisent.

En second lieu, remplacez- vous par d’autres œuvres tnortilianie', le Jei^iie que vous ne sauriez observer? Car,|K>ur être dispensé de cc précepte, vous ne l'êtes pas pour cela de la p<’nltence. L’esprit de riCu'Iise n’csl [>as de vous dcciiartrer de la croix, elle ne snui'oil; c’cst seulnnrnl de vous l’adoucir. Il faut (pie i«ir quelque endroit le carême soit pour vous un temps de rigueur cl de souffrance. Saint Paul dit (pie ceux qui ne disreriieul pas le pain eucharlsti(|ue des viandes coiiiinimes, se rendent coupables du corps du Seigneur: et jevoiis dis, quels que puissent être vos maux, (pie si vous ne discernez pas dans votre manière de vie le temps du carême des temps ordinaires, vous êu*s conjiables de la loi du jeftne.

Or, priez- vous phis que dans un autre temps ? êtes-vou.s plii-s diarilable envers les pauvre.s? et en les soulageant plus abondamment, détlommagez-vous Jé.sus-Clirisl en leur personne, des sonlagemenls que vous êtes obligé de vous accorder k vmis-même? Vous alMenez-voiis de certains plaisirs légitimes peut-être en une autre .raison? (>ar d»Sabiisez-vous r il faut user ici de compen.^iatiün. flans la loi, ceux qui ne pmivoient pas offtir le sacrinre d'un agneau, on leurdemnndoit l’offrande dcdeuxcnlombes. Dieu vent être dédommagé par (pielquc endroit. PiiiMpie vous ne pouvez pas afiHger votre chair par le jci’ine, il faut la punir par le retranchement de mille commodités dont elle peut se passer; moriiliervolrc esprit par la reirnite; avoir pendant ce saint temps, moins de commerce avec le monde; vous icnrcrmer un peu [dus dans vos devoirs domestiques; fréquenter plus souvent nos temples, les sacrements, les lieux de misc'riforde. Voilà le jediie, dit saint Chn soslùmc, que l'Egli.se demande de vous. Il ne faut pour cela ni force ni santé; il ne faut que de la foi et de la crainte de Dieu. Maf.s c’esl précisément cc (pii vous manque. Ou ne veut rien souffrir, qnch|uc grand pécheur que l'on soit. On se croit déchargé de tout, dès (|ii'on l'est de la loi du JcOne;cl parce qu’on ne peut pas faire tout ccqii’on doit, on se croit dis[>ensé de faire du moins ce (|iie l’on peut .

Enlin, dans I tisage des viandes défendues, ii’avez-vons égard qu’à la seule nécessité? Rejetezvous celles qui ne sont destinées qu’à llalter le goOt cl la volupté? \'os repas se senienl-ils de la frugalité de ce temps de pcnilence, et sont-ils inurqii(‘.s |tar quelque emlrtût du .secau de la mortiticaiion? car vous comprenez bleiuiuc l’inlcn-

DES CENDRES

lion de l’Eglise, en vous permettant l’usage des mets défendus , est de soulager votre fuiblesse , et non d'aider votre sensualité : vous comprenez bien qu’elle ne veut point aigrir, à la vérité, vos maux par mie alistiuoncc qui vous scroit nuisible; mais au.ssi ([u’elle ne prétend pas nourrir votre intem{KYance, en vous permeiianl des assaisonneineiiis et des mets e.\<|tiis dont vos maux peuvent se passer. Elle con.sent,àla bonne heure, que vous ne suiviez pas les Moïses sur la montagne pour jcêner quarante jours avec eux; mai.s elle n’enlend pas aussi que, demeuré dans la (daine, vous imitiez les joies profanes, les excès et les fistins des Israélites, et adoriez peut-être eiicore le veau d’or comme cc peuple infidèle.

Entrons donc^ mes Frères, dans l(*s véritables intentions de FEglise. Eh! pourriez-vous, tandis (ju’elle gémit, qu’elle se couvre de ses vêleineiils de deuil et de trislc.sse, que scs ministres pleurent entre le vestibule et l’autel, (pie vos frères ont pris les armes spirituelles de la pénitence pour (Mm1>altre contre la chair et le sang, que loat annonce les mystères pénibles d’un Dieu souffrant; environnés de tout cet appareil de souffrance, pourriez-vous croupir tout seuls dans une indigne mollesse ? Vous excusez si souvent vos désordres par l'exemple commun ; ne pourroit-il pas ici à son tour vous animer & la vertu? Ah! si votre corps ne peut prendre aucune part au changement extérieur de l’église, ctiangez votre cœur, et convertissez-vous enfin au Melgneur. 8i vous ne |x)uvez pas dédiirer parle jeàne cc vêtement de chair qui vous environne, déchirez, dit l’Esprit de Dieu, vos âmes par des lannes de douleur et de componction. Recueillez le fruit de l’abstinence, si votre fuiblesse ne vous permet [>as d'en accomplir la lettre. Surpas^z vos frères dans les disjiositions de l'esprit et du ca'uf , si vous ne pouvez pas les imiter dams les exercices du corps. Faites devant eux, à la loi du jpüiic que vous n’observez (las, une espèce d’hurninage el de réparation publique , par une attention plus clirélienne à tous vos autres devoirs. Réparez en queli[ue feçon , en présence des autres lidèles, par des imriirs plus pures el plus exactes, celte sorte de scandale (]ue vous êtes forcé de leur ordonner. En un mot, vivez plus .saintement qu’eux, et vous jethicrez plus utilement. Et après être convenu de rinsuftisance des excuses dont on se sert pour sc dispenser de celle lui, éonitez les abus ou l’on loiube en l’observant.

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