QUATRIÈME MOTIF
Les soupirs de celte cliaste épouse qui ne s’occupe en ce temps que de la conversion de ses enfants, qui ne prolonge la tristesse et l’harmonie de ses canli((ucs (pie pour attirer les regards et les miséricordes du Seigneur sur les scandales qui l'afiligeut, ou\Tent les trésors du ciel sur les iniquités de la terre. Tout le cor(is des Justes qui prie, et qui est toujourse.\aucé, rend le Seigneur bien plus attentif aux besoins de l'Eglise et aux misères de nos âmes.
Je ne parle (>as des jeûnes, des macérations , des austérités que les vrais fidèles pratiquent en ces jours de salut, et qu’ils offrent au Seigneur comme un sacrifice d’expiation , pour le réconcilier avec son peuple. Tant d’ames justes qui aflUigent leur chair par le jeûne et par la retraite , et dont la VMX, comme la voix du sang innocent, monte jiis([u’ati tn)ne de Dieu, non pour solliciter ses vengeances, mais pour attirer ses miséricordes. Hélas ! si J udîth toute seule dans Israël , aniigeauC ,
DES CENDRES
son aine sous la cendre et smi.s le cilire, réconcilia le Seigneur avec son (>euple cl détourna de lui les effets de son indignation et de sa colère , que ne devons-nous pas attendre de tant d’ames fidèles , qui, répandues dans toutes les parties de la terre, prient en ce temps saint pour vous , et offrent au ^Seigneur leur.s jeûnes et leurs macérations, pour obtenir le pardon de vos crimes ? Que ne deveavous pas attendre de tant de saints pasteurs qui on’rent leurs aines et leurs travaux pour vous enfanter à Jésus-Christ? de tant d’anachorètes pénitents , de tant de vierges pures, qui dans le fond de leur retraite gémissent comme la colombe, désarment le bras du Seigneur prêt à s’appesantir sur nous, et changent ses foudres en des rosées de béncdictioiis et de grâce ? Que de secours la religion présente à votre foiblesse! Que de portes la lioiiiéde Dieu vous ouvre, pour vous faire rentrer dans le sein de sa miséricorde et de sa clémence!
Je pourrois encore ajouter les instnictions que l’Eglise va vous donner ])or la bouclie de ses ministres. Hélas! mes Frères, si autrefois la lecture de la loi de Dieu toute seule, presque oubliée parmi les Juifs, renouvela tout Jérusalem : si tout le peuple fondit en larmes, si les grands elles prêtres eux-mêmes, touchés de la beauté et de la magnificence des préceptes divins, renoncèrent aux alliances profanes et renvoyèrent les femmes étrangères, que ne peut pas pour votre salut le zèle de tant dé ministres , qui vont vous annoncer les paroles de la vie étemelle ? Quel sentiment n’exciteront pas dans vos cœurs, si vous ne les fermez à la voix de Dieu , les maximes saintes et sublimes de l’Évangile, accompagnées de toute la force et de toute la terreur de notre ministère?
Oui , mes Frères , la vérité a des charmes dont nn bon cœur a peine à se défendre. Les règles de ia fui sont pleines de noblesse et d’équité. Elles forcent eu leur faveur une raison saine et épurée. Elles mettent t(jt ou tard un esprit sage et élevé dans leurs intérêts. Les passions peuvent éblouir pendant quelque temps, l’âge peut séduire, les exemples peuvent entraîner, les discours de l’impiété et du libeHinage peuvent étourdir ; mais enfin la vérité perce le nuage : le grand, le solide de la religion prend la place dans un bon esprit de tout le frivole qui l’avoit amusé. Lassé d’avoir couru long-temps après le songe et ladumère,on veut quelque chose de sûr et de réel , et ou ne le trouve que dans la religion , dans la vérité de ses maximes et la magnificence de ses promesses. Il n'y a qu’un esprit faux et superficiel qui puisse demeurer jusqu’à la Üii dans rillosion. Le monde ne peut séduire pour toujours que des hommes
MOilFS ÜK CONVERSION.
sans réflexion et sans caractère. Et remarquez ici que le monde lui-méme regarde comme tels ceux qui n'ont pas su mettre (|uel(|ues jours sérieux dans toute leur course, (|uol<iiie intcnailc entre la vie et la mort. Le gudt du frivole , qui nous avoit Élit d'abord applaudir , dès que l’âge ne rcxcuse plus, nous rend à la fîn méprisables.
Ne rdsislez donc pas à Dieu , mon cher Aii> diteur, qui vous ouvre , en ce temps de propitiation, tant de moyens de .salut. Ne vous opposez pas vous seul à tous les efiorLs que l'Egiisc va foire pour vous rappeler à une vie plus pure et plus clirétienne. Ne vous obstinez plus à périr, tandis que tout va s’empresser à vous sauver du naufrage. Que faut-il encore {«nir vous déterminer à finir vos égarements et à changer enfin une vie qui vous lasse, que le monde censure, dont vous sentez vous-méme le vide, et jieut-Ôtrc aus.si rindécence et le ridicule? Que rcslc-t-U à foire au Seigneur? Il vous agile par des remords secrets, et vous comlKiUez les saints mouvements de sa grâce : il vous offre tous les secours de la religion , et vous n’en faites aucun usage: il réunit toutes les prières de l’ICglUe en votre faveur, et vous ie.s rendez inutile.s par votre impéiiitence : il foil tonner dans ces cliaires chrétiennes les promesses et les menaces formidables de la loi, et elles s'effacent de votre cœur un moment après que son esprit les y a gravées. Que peut-il donc faire encore ? ciiâticr vos crimes et ceux de vos semblables par des calamités publiques; répandre sur nous la terreur de sa colère, comme autrefois sur ces villes <}ui avoient attiré son indignation par l’excès de leurs dissolutions et de leurs débauches. C’étoit, mes Frères, la seule ressource (|ui restoit à la miséricorde de Dieu |N)ur nous loucher. 11 parloU en vain au fond de nos cœurs; il nous frappe pour sc faire eutendre.
CINQUIÈME IMOTIF.
Comme nons avons mis le comble à nos crimes, il semble aussi rassembler sur nos tètes les trails de sa colère. Nos ennemis nous insultent. Les enfants d’Amalec ont la victoire sur le peuple de Dieu. Notre ancienne valeur semble s'èlre changée en foiblessc. Nos frontières sont ouvertes. Ces mnr inaccessibles, en qui nous mcitions notre confiance, sont rcnvers<^. Nos voisins, à peiné autrefois en sArelé dans leurs places les plus reculées, semblent déjà méditer la conquête de nos provinces, et se partager par avance nos terres et nos foyers. La justice de nos armes .scndile eti affoibhr la force et le succès. I.a jKuxautrefuis entre
nos mains s’éloigne de plus en plus de nons, et nos désirs ne font que la reiKire plus difficile. Le fléau de la guerre et de la désolation répand le deuil et la mbère sur nos villes et sur nos campagnes. Le peuple gémit sou.s le poids des cliarges que le malheur des temps a rendu nécessaires. La France , que nos premières années avoient vu si florissante, est maintenant plongée dans une tristesse amère et profonde : et nos ennemis, si jaloux autrefois de nos prospt^rilés, peuvent à peine se persuader nos malheurs et nos pertes.
D’où vient ce changement, mes Frère.s? Je l’ai dija dit. La colère de Dieu éclate sur nos crimes; leur énnnnilé est enfin monlcc jusqu'au trône de scs veugeancc.s. Il a rc^rdc du liant de sa demeure éternelle, dit le prophète : Prospexitde er~ reiso saucio suo (Ps. ci, 20); et il a vu les abominations qui sont au milieu de nous; les fidèles sans mœurs, les grands sans religion, les minbtres mêmes sans piété; le sexe sans pudenr et sans bienséance , s’avilissant par des indécences dont les siècles de nos pères anroieiit rougi , et n’élant plus en sûreté que par le dégoût qu’en ont ceux mêmes à qui il s’étudie de [ilaire. Prospexit de excelso saurio svo.
Il a regardédu liant du ciel, et il a vu les adullère.s et les aliominaiions en iionneur au milieu de son peuple; les rapines et les injustices rcvêiue.s des titres et des dignités publiques; Ic.s déliauclies et les excès affreux autorisés par de grands exemples ; un luxe moii.strueux et insensé croître et augmenter avec la misère publiijue ; les théâtres devenus des lieux deprostitulioii, parle dérèglement déclaré de ces victimes iiifortimées qu’on y court entendre; et les moeurs publiques devenues des scandales publics. ProfpexHde rxceho snueto suo.
Il a regardédu haiitdu ciel, et ilavti l'intrigue, l’ambition , le schisme et l’aigreur déshonorer son sanctuaire; les miiiistrc.s de la p:ii\ eux-mêmes divisés; la défense de la vérité «levenue le prétexte des animosités personnelles; le zèle allumé pnnm vil intérêt ; les |vis$ionsappelé(s à la défense de la religion (pii les condamne ; la piété cluiigéc en gain et eu une indigne hypocrisie ; et ce royaume autrefoi.s le Julien de la fol , et la plus pure portion de .«on Eglise , devenu par la liceiuîc de.s discours et riuqiictc des sentiments Icthéàlre d’Iionneur des philosophes et des incrédules. Prospexit de exceho sancio svo.
Il a regardé du haut du ciel , et il a vu un souverain pieux environné d’une cour dissolue; le courtisan tou jours parmi nous .servile imitateur du maître, devenir ici sou censeur sccrci; la piété sur te trône devenue plusiMliciise; leserimcss^
m Lt: MKKCHEm dls cenduks.
multiplier par la contrainte; le p«'rit de la débauche en assaisonner les excès; rninbition se revêtir des apiwrence* de la piété pour attirer les larircsses du souverain; riiypocrisie s’enrichir des bienfaits deslinésà réaMUfieiwer la vertu ; et la reliftian plus déshonorée par les nururs et les artifices de ces faux justes, que |»ar la licence des pécheurs les plus dt^larés. /Vospc.rif de e.veelso sancto suo.
£t alors il a versé sur nous la coupe de sa fureur et de sa colère. H a fait périr par le glaive de nos ennemis, nos enfants, nos époux, nos frères et DOS pi'oebes. 11 a répandu sur nos arinc^s un esprit de terreur et de vertige. Il a fait échouer nos projets; et nos prospt^rilés lassées n’ayant été pour nous que de nouveaux motifs d’orgueil et de dissolution , il a eu recours aux cliâlimeiUs, afin que, si nous avons été ingrats à ses faveurs ,nons ne soyons pas insensibles à notre anitclion et à nos peines.
Et cependant , quel usage faisons-nous de ces fléaux publics? Qu’opposons-nous à la colère de Dieu potir la désarmer ? Des plaintes inutiles , des lerreiirs liuniaines sur riiicerl Itude des événements, des inquiétudes sur les misères et sur les charges publiques; que dirai-je? des murmures peut-être contre le gouvernement ; de vaines réflexions et des censtires éternelles sur ceux qui sont à la tète des affaires; des clameurs inutiles contre ceux qui sont charges des enlrcprises et des projets, des dérisions souvent et des chants satiriques et profanes , symbole étemel de la légèrelc de la nation et qui nous ont toujours consolés dcnosmalheuis, en éternisant le souvenir de nos perles; c’est ce qu’un ancien Père reprochoit déjà de son tenq» ù nos ancêtres : Caiililcais i»r|ojfmjîa sua solantur. (Sai.viaxus.)
Insensés que nous sommes! nous nous en prenons aux hommes comme s'ils cloienl les auteurs de nos e^ilamilés. Nous accusons leur imprudence, leur peu d’habileté , leurs méprises , de nos malheurs. Nous ne remontons pas plus haut : nous ne voyons pas que les coups qui nous frappent parlent du ciel; que c’est Dieu liiimènie qui confond les conseils et la prudence de noscbeC<; qui aveugle nos sages cl nos vieillards; qui répand l’épouvame et la terreur dans nos armées; eUpienos crimes seuls enfantent tous nos inallicurs. Mettons Dieu de notre côté, mes Frères , cl alors nous semns les plus forts. Formons le Seigneur, par un re|jenlir sincère, A combattre jKKir noiis; et alors, ou il donnera la paix A son j)cuplc, ou nous dissiperons nos ennemis comme de la ponsdère.
Maistuid’Isrdèl.disoil autrefois le grand-prélrc Eliaclûm aux Juifs frappés comme nous de la
main de Dieu , et en proie aux troupes victorieuses des Assyriens; souvenez-vous comment Moïse, ce serviteur de Dieu, brisa autrefois la force d\V“ inalec, qui.se conlioil dans sa puissance, dans le nombre de .ses tnmpes, et dans la multitude deses chariots; Ulemoyes estotr aMoiisi servi Doiuini , qui y^maleeronfidentnn in ririute sua^et in exerritu .suo dejeeit. Ain.si disparollront devant vous vos ennemis , contimioit ce vénérable pontife, si vous demeurez lidèles dans la pratique des ordonnances de la loi , et si vous revenez au Seigneur l«r les géiiîbsemenls d’un emur bri.sé , et d’un repentir vif et sincère; A’ir rruiif iruiirrsi hostes Israely si mauentes pmnonseritis i»i jejuniis et orofionièus, inconspeetu Domini. (JruiTU, iv,
El voilà, mes Frèi-es, ce que le pontife saint' , qui nmis lionore ici de sa présence, cl que le Seigneur a suscité à s»)n peuple dans ce temps de calamite, vous a déjà dit avec les cxprc.ssioiis les pins vives du zèle pastoral et de réUMpience chrétienne. VüÜA les ressources <|u’U vous a marquées paruneimlicaiion solennelle dejeôiies eide prières , pour retnedier aux maux qui nous aflligenl. Mes Frères, vous a-t-il dit, nuLsou.s nos désordres, et nos malheurs finiront bientôt. Devenons plus fidèles, et nous deviendrons bientôt plus heureux et plus tranquilles. Faisons cesser les scandales qui sont au milieu de nous, et nos larmes seront bientôt e.'^uyées. Comenisson.s-nous au Seigneur, et le Seigneur combattra pour nous. Mettons-nous en paix avec Dieu , et nous l’aurons bientôt avec les hommes.
Voilà, mes Frères, ce que ses exemples vous prêchent encore plus efficacement que scs discours. Il souffre des malheurs qui vous affligent; mais il souffre encore plus des im({uilcs qui vous les attirent. Il porte avec vous le |H)itls de vos afflictions et de vos perles; mais il |>orie encore plus le poids de vos crime-s. Il demande pour vous au Seigneur des jours plus tranquilles et plus forlunds; mais il en demande aussi de plus saints.
Soulagez son zèle, mes Frères, en répondant à sa lcndres.se. Consolez sa piété en secomlant ses désirs. Ué‘compensez scs soins en vous conformant a ses excmfdcs. Dieu n’a pas encore abandonné son peuple, puisque, malgré tant de calamités dont il nous frapjie, il vous suscite encore un pjisleur fidèle, qui peut vous réconcilier avec le Seigneur, et arrêter lebrasde.soiiindignatiüu et desa colère. N’abusez donc [wsdu don de Dieu, mon cher Auditeur;
’ In rarUiiul éc Xoaillcs, Uevout qui cc scr-
luiHi fut prcctiO i èutrc-J>aiuc-
Digitizéd bÿXiOogle