LES CE. MIRES
usage plus sensé de sa raison , ou le fidèle qui croit, ou l’incrédule qui refuse de croire. La soumission à des faits i|u’on nous propose de croire peut être soupçonnée de crédulité , ou du côté de l’autorité qui nous persuade; si elle est légère, c’est foiblesse d’y ajouter foi : ou du cAté des clioscs qu’on veut nous persuader; si elles sont opfiosées aux principes de l’é<pnlé , de l’honnêlcté , de la société , de la conscience, c’est ignorance de les recel oir comme véritables : ou enfin du côté des motifs dont on se -sert pour nons persuader; s’ils sont vains , frivoles , incapables de déterminer un esprit sage , c’est imprudence de s’y laisser surprendre. Or, il e.st aisé de montrer que l’autorité qui exige la soumission du fidèle est la plus grande, la plus respectable , la mieux établie qui soit sur la terre ; que les vérités qu’on veut lui persuader sont les seules conformes aux principes de l’équité, de l’honnetêté , de la société, de la conscience; et enfin que les motifs dont on se sert pour le persuader sont les plus décisifs, les plus triomphants, les plus propres à soumettre les esprits les moins crédules.
Quand je parle de l’autorité de la religion chrétienne, je ne prétends pas restreindre l’étendue de ce terme à la seule autorité de ces assemblées saintes, où l’Eglise, par la bouche de ses |ia.steur8, forme des décisions, et propose à tous les fidèles les règles infaillibles du culte et de la doctrine. Comme ce n’est pas l’hérésie, mais l’incrédulité, que ce discours regarde, je ne considère pas tant ici la religion comme opposée aux sectes que l’esprit d’erreur a séparées de l’unité, c’est-à-dire, comme renfermée dans la seule église caüiolique, que comme formant depuis la naissance du monde une société à part , seule dépositaire de la connoissanced’iin Dieu et de la promessed’un médiateur, toujours opposée à toutes les religions qui sc sont depuis élevées dans l’univers ; toujours eontredite et toujours la même; et je dis que son autorité porte avec elle des caractères si éclatauts de vérité, qu’on ne peut sans extravagance refuser de s’y soumettre.
En premier lieu, l’ancienneté en matière de religion est un caractère que la raison respecté ; et l’on peut dire qu’une croyance consacrée par la religion des premiers hommes, et par la simplicité des prenders tciiqis, forme déjà un préjugé en sa f.iveur. Ce n’csl pas que le mensonge ne se glorifie souvent des mêmes litres, cl qu’il n’y ait (larmi les hommes de vieilles erreurs qui semblent disputer, avec la vérité, de l’ancienneté de leur origine. Mais à qui veut en suivre l’Iiistoire, il n’csl [Kis mal aisé de mnuiilcr jusqu’à leur naij-
Di.)ili. '-sJby Cnogif
VÉRITÉ DE LA KELIGIOiN.
unce. La nouveauté $c (ronvc toujours le caractère le plus constant et le plus inséparable de rerreur, et Ton peut leur faire à toutes le reproche du Prophète : iV^ori, recentfsqM veneruntf «luos non rolueruiit poires eorum. (Deux., xxxii, 17. )
En effet , 8*il y a une véritable religion sur la terre, elle doit être la plus ancienne de toutes; car s’il y a une vériiable religion sur la terre , elle doit être le premier et le plus essentiel devoir de l'homme envers le Dieu qui veut en être honoré. II faut <lonc que ce devoir soit aussi ancien que l’homnte; et comme il est attaché à sa nature, U doit, pour ainsi dire, être né avec lui. Et voilà, mes Frères, le premier caractère qui distingue d'abord la religion des chrétiens des superstitions et des sectes. Cest la plus ancienne religion qui soit au monde. Les premiers hommes, avant qu'un culte impie se fdt taillé des divinités de bois et de pierre, adorèrent le même Dieu que nous adorons, lui dressèrent des autels, lui offrirent des sacrihces, aiiendirent de sa libéralité la récompense de leur vertu, et de sa justice le châtiment de leur désobéissance. L'histoire de la naissance de celle religion est riiLstoirc de la naissance du monde même. Les livres divins qui l'ont conservée jusqu'à nous renferment les premiers monuments de l’origine des dioses. Ils sont eux-mèmes plus anciens que toutes ces productions fabuleuses de l’esprit humain, qui amusèrent si tristement depuis la crédulité des siècles suivants : et comme l’erreur naît toujours de la vérité, et n'en est qu'une vicieuse imitation, c'est dansles principaux traits de cette histoire divine que les fables du paganisme trouvèrent leur fondement ; de sorte que l'on peut dire qu'il n’est pas jusqu’à l'erreur qui ne rende par là hommage à l’andenneté et à l’autorité de nos saintes Ecritures.
Or, mes Frères , ce caractère tout seul n'a-t-U pas déjà quelque chose de respectable ? Les autres religions qui se sont vantées d'une origine plus ancienne ne nous ont donné pour garants de leur antiquité que des récits fabuleux, et qui tomboient d'eux-mèmes. Us ont défiguré riiistoire du monde par un chaos de siècles innombrables et imaginaires , dont il n’est resté aucun événement à la postérité, et que l'iiistoire du monde n'a jamais connus. auteurs de ces grossières fictions n’ont écrit (|ue plusieurs siècles après les faits qu’ils nous racontent, et c'est tout dire d’ajouter que cette théologie fut le fruit de la poésie, et les inventions de cet art, les plus solides fondements de leur reli^n.
Ici c’est une suite de falLs raisonnables, natuyelle, d’accord avec die-iuême. Ccsl l’hUloire
d’une famille continuée depuis son premier chef jusqu'à celui qui l’écrit, et justifiée dans toiitc's ses circonstances. C’est une généalogie où chaque chef est marqué par scs propres caractères, par des événements qui stibsisloieiil encore alors , par des traits (jii’on recoimoissoit encore dans les lieux qu’ils avoient habités. C’est une tradition vivante la plus sûre qu’il y eût alors sur la terre, puisque Moïse n’a écrit <pie ce qu’il avuit oui dire aux enfants des patriarches , et que les enfants des patriarches ne rapportoient que ce que leurs pères avoient eux-mêmes vu. Tout s’y soutient, tout s’y suit, tout s'y éclaircit de soi-même. Les traits n'en sont pas imités, ni les aventures puisées ailleurs , et accommodées au sujet. Avant Moïse , le peuple de Dieu n’avoit rien d’écrit. Il n’a laissé à la postérité que ce qu’il avoit recueilli de vive voix de ses ancêtres, c’est-à-dire toute la tradition du genre hunuin; et le premier, il a rédige en un volume l’histoire des merveilles de Dieu et de ses manifestations aux hommes, dont le souvenir avoit fait jusque-là toute la religion, toute la science et toute la consolation de la famille d’Al)raliam. 1.^ bonne foi de cet auteur parolt dans la naïveté de son histoire. II ne prend point de précaution pour être cru , parce qu’il suppose que cetix pour (|ui U écrit n’en ont pas besoin pour croire, et qu’il ne raconte que des faits publics parmi eux, pluldt pour en conserver la mémoire à leurs descendants que pour les en instruire eux-mêmes.
Voilà, mes Frères, |»ar où la religion chrétienne commence à s’actiuérir du crédit sur l’esprit des hommes. Tournez-vous de tous les côtes, lise/ l'bbtoire des peuples et des nations, vous ne trouverez rien de mieux établi sur la terre; que dis-je? rien même qui mérite les attentions d’un esprit sensé. Si les hommes sont nés pour une religion, ils ne sont nés que pour celle-ci. S'il y a un Être souverain qui ait montré la vérité aux hommes, il n’y a que celle-ci qui soit digne des hommes et de lui. Partout ailleurs l’origine est fabuleuse : ici elle est aussi sûre que tout le reste; et les derniers âges , qu’on ne peut conle'^ter, ne sont pourtant que les preuves de la certitude du premier. Donc, s’il y a une autorité dans le monde à laquelle la raison doive céder, c’est à celle de la religion chrétienne.
Au caractère de son ancienneté, il faut ajouter celui de sa perpétuité. Représentez-vous ici celte variété iulinie de religions et de sectes, qui out régné tour h tour sur la terre; suivez riiisloirc des superstitions de chaqtie peuple et de cha(|ue [tays, elles ont dun* un certain nombre d’amiées, et toinlté ensuite avçc la puissance de leurs sectateurs.
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m LE JEUDI APRÈS
Où soQt les dieux d*Eniaili,d*Arphad et deSephar* vaïra? Rappelez riiistoirc de ces premiers conquérants : ils vaincptoient les dieux des |>euplps en vainquant les peuples eux-mêmes, et alwlissoient leurs cultes en renversant leur domination. Qu’il est beau, mes Trères, de voir la religion de nos pères toute seule se maintenir des le commencement, survivre à tontes les sectes, et malgré les divtrs&s fortunes de ceux qui en ont fait profession, passer toujours des pères aux enfants, et ne pouvoir jamais être efracée du civiir des hommes !
Ce n’est pas un bras de chair qui l’a conser\cc. Ah! le peuple fidèle a presque toujours été foible, opprimé, persécuté. Non , ce n’est pas par le glaive, comme dit le Prophète, que nos pères possédèrent la terre : IVec euini tu glaüio suo possedermit ferrniM. ( Ps. xliii, i. ) Tantôt esclaves, tantôt fugitifs, tantôt tributaires des nations, ils virent mille fois la Ciialdce, l’Assyrie, nabylone, les puissances les plus formidables de la terre , tout Punivers conjurer leur mine et l’cxlinctioa entière de leur culte; mais ce peuple si foible, opprimé en Egypte, errant dans nn désert, transporte depuis captif dans des provinces étrangères, n’a jamais pu être exterminé, tandis que tant d’autres plus puissants ont suivi la destinée des choses humaines; et son culte a toujours suljsisté avec lui , malgré tous les efforts que dtaque siècle presiiue a faits pour ic détruire.
Or, d’où vient, mes Frères, qu’un ctilte si contredit, si pénible par ses observances, si rigou> reux par les chAtiments dont il punissoil les transgresseurs, si aisé même à s'établir et à tomber par l’inconstance cl la grossièreté toute seule du peuple qui en fut d’abord dépositaire; d’où vient qu’il s’est seul perpétué dans le monde au milieu de tant de révolutions, tandis que les superstitions soutenues de la puissance des empires et des royaumes sont retombées dans le néant d’où elles éloienl sorties? Eh! d’csI-cc pas Dieu, et non l'hoinme, qui a fait toutes ces choses? N'est-cc pas le bras du Tout-Puissant qui a conservé .<^n ouvrage? Et pui^iue tout ce que l’esprit humain avoit inventtl a péri , ne faiit-il pas conclure ({ue ce qui a toujours demeuré, étoit .s<nd l’ouvrage de la sagesse divine ? lionne Deus fccH hac omnia, et non homo?
Enfin, si à son ancienneté et a sa |MT[»éluité, vous njoulez son uniformité, il ne restera plus de piclexlc à la raison pour sc défendre. Car, mes , Frères, tout change sur la terre, parce que tout ; suit la mutabilité de son origine. Les occasions, ' les différences des siècJes, les diverses Immeurs des Üoials, la nécessité des temps, out inlrudnit i
LES CENDRES
mille changements à toutes les lois humaines. La fui seule na jamais changé, Telle que nos pères la reçurent , telle l’avons-nous aujourd’hui , telle nos descendants la recevront un jour. Elle s’est développée [ar la suite des siècles, et par la nécessité de la garantir des erreurs qu’on vouloil y mêler, je l’avone ; mais ce <]ui une fois a paru lui appartenir, a toujours {»aru tel. Il est aisé de durer, quand oii s’accommode aux tem|»s et aux conjonctures , et ()n’on |KMit ajouter ou diminuer, selon le goôt des sk'cles et de ceux ({ui gouvernent : mais ne jamais rien reldchcr, malgré le changement des mœurs et des temps; voir tout changer autour de soi, et être toujours la même, c’est le grand privilège de la religion chrétienne. Et par ces trois caractère,* d’ariciennelé, de peipétnité et d’uniformité qui Int sont propres, son autorité se trotive la seule sur la leri e capihie de déterminer un esprit sage.
Mais si la sotiiiiUsion du fidèle est raisonnable du côté de l’autorité qui l’exige, elle ne l'est pas moins du ci^té de.s choses qu’on lui propose de croire. El ici , mes Frères , entrons dans le fonds du culte des dirétiens. Il ne craint pas d’être vu de près , comme ces mystères abominables de l’idolâtrie dont les ténèbres cacboienl la honte et l'horrciir. Une religion, dit Tertullien, qui n’aimeroit pas d’être approfondie et qui craindroit rexamen, seroil suspecte : Cfctcrùm sn.specfo est lex qttœ prohnri mm ruff. Plus vous approfondissez le culte des dirétiens, plus vous y trouvez de beautés et de merveilles cadiées. L’idolâtrie insfuroit à l’homme des sentiments insimsés de la Divinité; la philosophie, des sentiments peu raisonnables de lui-même; la cupidité, des sentiments injustes envers les autres hommes. Or, admirez la sagesse de la religion qui remédie à ces trois plaies, que la raison <le tous les siècles n’avoit jamaU pu ni guérir , ni même connoitre.
El premièrement, ([uel autre législateur a parlé de la Divinité comme celui des chrétiens? Trouvez ailleurs , si vous le pouvez , des idées plus sublimes de sa puissance, de son immensité , de sa sagesse, do sa boule, de sa justice, que celles que nous en dunnciil nos Ecritures. S’il y a au-dt^ssiis de nous un Etre siijn-ême et l'îlernei, en qui toutes choses vivent , il faut qu’il soit tel que la religion cbrélinme le repn^nte. Nous .seuls ne le comparons pas à la ressemblance de l’homme. Nous seuls i’niiotons a.ssis sur les chérubins, remplissant tout par sa prt^ence, réglant tout par sa sagesse, créant la lumière et les ténèbres, auteur du bien , vengeur du vice. Nous seuls riionorons comme il veut être honoré; c'est-à-dire, nous ne faisons pas cuiisislcr le cuite qui lui e&l dô , eu la multitude