‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 75 sur 348 · VÉRITÉ DE LA HELIGION · texte numérisé non relu

VÉRITÉ DE LA HELIGION

des victimes, ni dans Tappareil extérieur de nos homma^s ; mais dans ra<lüration , dans l’amour, dans la louange , dans l’action de grâces. Nous lui rapportons le bien (]tii est en nous, comme à son princif»e; et nous nous attribuons toujours le vice, (|ui n’a sa source qtie dans notre corru|ilion. Nous espérons de trouver en lui la récompense d’une fidélilé qui est le don de sa grâce, et la peine des transgressions qui sont toujoui's la suite du mauvais usage que nous faisons de notre lil>crtê. Or, qnoi de plus digne de l’Klre souverain que toutes ces idées !

En second lieu , une vaine plnlosopliie, ou avoit dégradé riionime jusqu’au rang des bêles, en lui faisant clierclier sa réltcUc dans les sens; ou l’avoit follement élevé jusqu’à la ressemhlnucc de Pieu, en lui persuadant qu’il pouvoit trouver son bonheur dans sa propre sagesse. Or, b morale des chrétiens évite ces deux excès : elle retire l’homme des plaisirs charnels , en lui découvrant l’excellence de sa nature et la sainteté de sa destinatiwi ; elle corrige son orgueil en lui bisant sentir sa misère et sa bassesse.

Enfin, la cupidité rendoit l’homme injuste envers les autres hommes. Or, quelle autre doctrine que celle des chrétiens a jamais luiciix réglé nos devoirs à cet égard? Elle nous apprerul à olMiir aux puissances, comme établies de Dieu, non seulement par la crainte de l’autorité, mais par une obligniion de conscience ; à respecter nos maîtres , soufTiir nos égaux, être affables envers nos inférieurs, aimer tous les hommes comme nousmêmes. Elle seule sait former de bons citoyens, des sujets lidèles , des serviteurs patients, des maîtres humbles, des magistrats incorriiplibles , des princes cléments, des aniLs véritables. Elle seule rend inviolable la bonne fol des mariages, assure la paix des familles, maintient la tranquillité des étals. Non seulement elle arrête les usurpations, mais elle interdit jusqu’au désir d’un bien étranger : non seulentent elle ne veut pas i|u'on reganle d’un rril d’envIc la prospérité de son frère , niais elle ordonne qu’on partage avec lui son propre bien lorsqu’il en a besoin : non .seulement elle nous défend d’attenter à sa vie, mais elle veut que nous fassions du bien à (^ux mêines qui nous font du ma! ; que nous bénissions ceux qui nous matidisseiu, et ipie nous n’ayons tous tpi’un c^nir et qu’une aine. Donnez-moi, disoit autrefois saint Augustin aux païens de son temps, un royaume tout composé de gens de cette sorte: bon Dieu! quelle j»aix! quelle féücbé! quelle image du ciel sur la terre! Tontes les idées de la phUosopiûc out-dks jamais opprudié du plan de

celle république céleste ? et n* est-il pas vrai que si un Dieu a {larlé aux hommes pour leur montrer les voies du salut, il n’a pu leur tenir un autre langage?

Il est vrai qu’à Imites ces maximes si dignes de la raison , la religion ajoute des mystères qui nous passent. Mais outre que le bon sens vouloit qu’on se soumit là-dessus à une religion si vénérable dans son aiUiquilc, si divine dans sanK>rale,si supérieure à tout ce qui est sur la terre dans son autorité, et la seule digne d'être crue, les inolife dont elle sc sert pour nous persuader, achèvent de forcer l’incrédulité.

Premièrement. Ces mystères ont été prédits plusieurs siècles avant leur accomplissement, et prédits avec toutes les circonstances deslem|>s, des lieux et des moindres événements; et ce ne sont pas ici de ces prophéties vagues, renvoyées à la créilulité du simple vtdgaîre, qu’on débite dans un coin de la (erre, qui sont toujours du même :1ge que les événements, et ipi’on ignore dans le reste de l’univers. Ce sont des prophéties qui ont fait, depuis la naissance du monde, toute la religion d’un peuple entier; que les [lères transmettoienl à leurs eufanis comme leur plus prédeux héritage; f[ui étoient conservées dans le temple saint comme le gage le plus sacré des promesses divines; et enfin, dont la nation la plus ennemie de Jésus-Christ, qui eu a été la première dépositaire, atteste encore aujourd’hui la vérité à la face de l’univers : des prophéties qu’on ne cadioit point mystérieusement au peuple, de peur qu’il n'en découvrit la faiLsscté , comme ces vains oracles des Sibylles resseiTés avec soin dans le Capitole, fabriqués pour soutenir l’orgueil des Romains, exposés aux yeux des seuls pontifes, et produits de temps en temps par morceaux, {>our auloiiser dans l’esprit du peuple, ou uue entreprise iKTillouse, ou une guerre injuste. Ici, nos livres propbctir|ues étoient la lecture journalière de tout un peuple. Txs jeunes et les vieillards, les femmes cl les enfants, les prêtres et les hommes du commun, les rois et les sujets dévoient les avoir san> cesse entre les moins; chacun avoit droit d’y étudier scs devoirs, et d’y découvrir ses espéi'ances. Loin de flatter leur orgueil, iU ne leur piirlüienl tpie de ringratîlude de leurs pères ; ils leur aiinonçuient à diaque page des malheurs, comme le juste diàliment de leurs crimes; ils reprociioicnt aux rois leur dissolution, aux iMuitifcs leurs injustices; aux grands leur profusion, au pc!if4eson inconstance et son incrédulité; et cependant CCS livres saints leurétoicnt chers; et par les oracles qu’ils y vüyoicnl s’accomplir tous les

m U: JEUDI APRÈS

jours, ils atienduicnt avec confiance raccompliste- | ment de ceux dont tout l'univers est aujourd'hui témoin. Or, la coimoissancc de l’avenir est le caractère le moins suspect de la Divinité.

Secomiement. Ces mystères sont fondés sur des faits miraculeux si éclatants, si publics dans la Judée , si convenus alors même par ceux qui avoient intérêt de les nier, si marqués par des événements qui inléressoient toute la nation, si répétés dans les villes, dans les campagnes, dans le temple, dans les places publiques, qu’il faut fermer les yeux à la lumière pour les révoquer en doute. Les apdtres les ont prédiés , les ont écrits dans la Judée même peu de temps après lair accomplissement, c’est-à-dire, dans un temps où les pontifes qui avoient condamné Jésus-Christ, encore vivants, auroienlpu les confondre et crier à l’imposture, s'ils avoient impose au genre humain. Jésus-Christ , en ressuscitant selon sa promesse, confirma son Evangile. El l’on ne peut supposer ni que les a{)êlre8 se soient trompés sur ce fait si décisif, si essentiel pour eux ; sur ce fait tant de fois prédit, attendu comme le point principal où tout le reste se rapportoit; ce fait tant de fois confirmé et devant des témoins si nombreux; ni qu’ils aient voulu nous tromper eux-mêmes, et aller prêcher aux hommes un mensonge anx dépens de leur repos, de leur honneur et de leur vie, le seul prix qu’ils aUendoient de leur imposture. Ces hommes, qui ne nous ont laissé que des enseignements si sages et si pieux, auroient donc donné à la terre un exemple d’extravagances ioconnnjusqu’àcuxàtousiespeuples, clseseroient, de sang-froid , sans vue , sans intérêt , sans motif, dévoués aux tourments les plus affreux, et à une mort soufTerle avec une piété héroïque, seulement pour aller soutenir la vérité d’un fait dont ils connoissoient eux-mêmes la fausseté ? Ces liommes scToienl tous morts tranquillement pour un autre homme qui les auroit trompés, et qui, n’ayant pas ressuscité, comme il l’avoit promis, se seroit joué pendant sa vie de leur crédulité et de leur foibtesse ? Que l’impie ne nous reproche plus, comme une créiiulilé, les mystères incompréhensibles de la foi. Il faut qu’il soit bien crédule lui-même, pour pouvoir se persuader des suppositions si incroyables.

Enlin la foi de ces mystères a trouvé tout l’univers docile : les césars , qu’elle dégradml du rang des dieux; les philosophes, qu’elle coovainquoit d’ignorance et de vauité; les voluptueux, à qui elle ne prêcUoit <]ue des croix et des souffrances; les riches , qu'elle ohligeoit à la pauvreté et an dépouillement ; les ))auvi‘es, à qui elle ordoivmit d'aimer

LES CENDRES

lenr abjection et leur indigence ; tous les htmimes , dont elle combaltoit toutes les passions. Cette foi précitée par douxe pauvres sans science, sans talent, sans appui, a soumis les empereurs, les savants, les ignorants, les villes, les empires. Des mystères si insensés en apparence ont renversé toutes les sectes et tous les monuments d’une orgueilleuse raison; et la folie de la croix a été plus sage que tonte la sagesse du siècle. Que dis-je? tout l’univers a conspiré contre elle, et les efforts de ses ennemis l’ont affomie. Etre fidèle et être destiné à la mort éloient deux dtoses inséparables; et cependant le danger étoit un nouvel attrait : plus les persécutions éloient violentes, plus la foi faisoitde progrès; et le sang des martyrs étoit la semence des fidèles. O Dieuf qui ne sentiroil ici votre doigt? qni ne reconnollroit à ses traits le caractère de votre ouvrage? Où est la raison qui ne sente tomber ici la vanité de ses doutes, et qui rougisse encore de se soumettre à une doctrine qni a soumis tout l'nnivers? Mais non seulement cette soumission est raisonnable, elle est encore glorieuse à l’homme.

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