PREMIÈRE PARTIE
Les trois principes les plus communs qui lient les hommes les uns avec les autres, et qui fomient toutes les unions et les amitiés humaines, sont le goût , la cupidité , et la vanité. Le goût. On suit un certain penchant de la nature, qui, nous faisant trouver en quelques personnes plus de rapport avec nos inclinations , peut-être aussi plus de complaisance pour nos défauts, nous lie à elles, et fait que nous ii'ouvons dans leur société une «louceur qui se change en un ennui avec le reste des hommes. cupidité. On chcrclie des amis utiles; ils sont dignes de notre amitié , dès qu'ils deviennent nécessaires à nos plaisirs ou à notre fortune; l’intérél est un grand attrait pour la plupart des ccpurs : les titres qui nous rendent puissants se diaiigenl bientôt en des qualités qui nous fimt paroltre aimables; et l'on ne manque jamais d’amis , quand on peut payer ramitié de ceux qui nous aiment. Eniiii la vanité. Des amis qui nous font honneur nons .sont toujours chers ; il semlde qu’en les aimant nous entrons en part avec eux de la (UsUnction qu’ils ont dans le monde; nous clier-
dioiifi à nous jmr«*r, pour ainsi dire, de leur réputatîoii; et, ne p«mvant nlldiulre à leur mérite, nous iKiiis honorons de leur société, [snir faire penser du moins qu’il n'y a pas loin d eux à nous, et que nous n'aimons «pie nos semblables.
VoiU les trois grands liens de la société lui-^ maine. I.a religion et 1a charité n’unissent pres«|ue personne : et de là vient que, dès «|ue les hommes choquent notre goût , qu'ils ne sont pas favoi alHes à nas inléiétH , ou «ju ils blessent notre réputation et notre vanité, 1rs liems luimains et fragiles qui nous unls.«ioient à tux se rom|)ent; notre cœur s'éloigne d’eux, et ne trouve plus en lui i leur égard qti’aigreur et amertume. Et voiU les trois sources les plus universelles des haines que les hommes nourrissent les uns envers les autres; qui font des douceurs de U scKÎété un achanieinenl éternel; qui empoisonnent toute la joie des conversations , et toute l'innocence des commerces; et qui , attaquant la religion dans le cœur, s’offrent ncanmuiiis à nous sous des appareiK’Cs d'équité qui les justifient à nus yeux, et qui nous rassurent.
Je dis, dès que les hommes choquent notre gCHit, et c’est le premier prétexte et la première source de notre éloignement et de nos Iiaiiies envers nos frères. Vous dites que vous êtes incompatible avec cette personne ; que tout vous choque et vous di^lalt en elle; «pie c'est une antipathie dont vous n’èles pas le maître ; que toutes ses manières semblent affectées pour vous aigrir, que de la voir ne serviroit qu'à augmenter l’aversion naturelle que vous avez {lour eile , et que la nature a mis en nous des haines et des amours, des rapports et des aversions, dont il ne faut demander compte qu’à elle-môine.
A cela je (tourroLs vous répondre d’alxtrd, en établis.sanl les fondements de ta doctrine chrctieime sur l'amour de nos frères : Cet homme pour vous déplaire, et n'<Mrc pas de votre goût, en est-il moins votre frère, eiifanl de Dieu, citoyen du ciel, membre de J(>ii.s-Clirist, et héritier des promesses éternelles ? KOii hiiiiK'ur, son caractère, «|uel «ju’il puisse être, eRace-l-ü quelqu'un de ces augustes traits qu'il a re^’us sur les fuiit.s .sacrés qui runissenl à vous par des liens divins et immortels, et qui doivent vous le rendre cher et respectable? Lorsque Jésus-Christ nous oixlonne d’aimer nos frères comme nou-s-mèmes, prdeml-ilfaireunpréceptequi ne coûte rien au cu‘ur, el dans raccumplissemcnt duquel nous ne trouvions ni difliculté, ni peine? Kh! qu’eûl-il etc iK'soin qu'il nous eût commandé d'aimer nos frères , si , en vertu de ce cumniandement , nous frétions obligés que d’aimer ceux pour