‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 82 sur 348 · I.SO LK VENDUEDI APHËS LES CENÜKES · texte numérisé non relu

I.SO LK VENDUEDI APHËS LES CENÜKES

tejjse au-de<lans de noiis*m^‘me5 , et (|ui commence par nous punir cl nous rendre nialheiireiix! Quel plaisir cruel fjue celui de haïr» c*esi-à-dire de porter sur le c«rur un piuils d’aincrUimc qui empoisonne tout le reste de la vie ! Quelle niani^îre bart>are de se consoler! Kl n’^les-vous pas à plain<lre de chercher à vos maux une ressource ({lii ne fait qu’eleriiiser par la haine une oiïense jMSsaffère ?

Mais laissons ce lan^ase humain t parlons celnl <le rKvanffilc auquel luw Iwïiches sont consacrées. Si vous clier chrétien , moucher Auditeur; si YoiLS ii'aviez pas perthi la foi, loin de haïr ceux ilunl Dleus’cstseni pour renverser vos espérances et vos projets de forlnnc, vous les regartleriez comme les instniineiils des miséricordes tie Pieu sur votre ame, comme les ministres de voire sanctilication, et les écueils heureux (pii n'otU servi qu’à vous sauver du naufnii;e. Vous vous seriez perdu dans le crédit et dans lelé^al^ou; vous y auriez oublié Dieu : votre ambition auroit crd avec votre fortune, et la mort vous aundl surpris dans le tourbillon du monde , des passions et des espérances humaines. Mais le Seigneur, pour préserver votre ame , vous a suscile , dans sa grande miséricorde, des olwlacles qui vous ont arrêté en chemin : Il s’est servi d’im envieux, d’un concurrent pour vous supidanler, v(mis éloigner des grâce», et sc meilre entre vous et le précjjdce où vous alliez vous abîmer cl périr sans ressource : il a sectHidé pour ainsi dire sou ambition; il a favorisé ses desseins; et, par un excès incompréhensible de bonté sur vous , il a traversé le» vôtres : il a élevé votre ennemi dans le temps pour vous sauver dans l’éternité. \*ous devez donc adorer les desseins de sa justice et de sa miséricorde sur les iioromes; regarder votre frère comme l’occasion Ireureuse de votre salut; demander à Dieu que puisqu’il s'esl servi de son amliitioii, ou de sa mauvaise volonté pour vous sauver, il lui inspire un re|>entir sincère; et qu’il ne permette (>as que celui qui a tant contribue à votre salut , périsse luimèrae.

l.)ui, mes Frères, nos liaines ne viennent que de noire peu de fui. Hélas ! si nous regardions tout ce (|ui passe, comme une fumée qui n’a point de coiisUlance; si nous étions bien convaincus que tout ceci n’esl rien, que le salut est la grande affaire, et que notre trésor et nos ricliesses véritables ne sont (|ue dans l'elernilé, où nous nous troiiveniiisen un clin d’ail; si nous en étions convaincus, hélas! nous regard» rions les hommes qui s’aigri.sscnt, qui s’cchanffeiil , qui ont entre eux des disscusiuiis et des quci*eUes pour les dignités de

la terre, comme des enfants qui disputent entre eux pour des jouets qui servent d’amusement à leur âge, dont les haines et les animosités puériles ne roulent que sur des riens que IVnfanre toute seule et la foihiesse de la raison grossit ù leurs yeux. Tranquilles sur les |^ns grands et les plus tristes événements, sur la perte du patrimoine de leurs pères, cl la décadence de leur famille , et vifs jtisqn’Â l’excès dès qu’ils sc voient ravir les objets petits et frivoles qui réjoulssoienl leur enfance! Ainsi, à mon Dieu, les lioiimm» insensés et puériles ne sentent point la perte de leur héritage céleste, de ce patrimoine immortel que Jt«us-Cl>risl leur a laissé, et dont leurs frèn's jouissent déjà dans le ciel! Ils voient de sang-froid le royaume de Dieu et les biens véritables leur échapper; et ils s’arment de fureur comme des enfants les uns contre les autres , dès qu’on touche à leurs biens frivoles, et qu’on leur enlève les jouets puériles, qui n’ont rien de plus sérieux que de tromper leur foihie raison, et servir comme d’aimisemrnt à leur enfance.

l.’inlérét est donc pour un chrétien un prétexte indigne et criminel de ses haines envers ses frères ; mais la vanité, (jut en est la dernière source, est encore moins excu.sable.

Car, mes Frères, nous vonlons qu’on nous approuve, qu’on applaudisse à nos défauts comme à nos vertus ; et, quoique nous sentions nos foilMesse», nous sommes assez injustes pour exiger que les autres ne les voient pas, et qu’ils nous fessent honneur de certaines qualités que nous nous reprochons à nous-mêmes comme des vices. Nous voudrions que toutes les bouches ne s’ouvrissent (|iie pour publier nos louanges, et que le monde, (|tii ne pardonne rien , (|ui n’épargne pas même ses maîtres , admirât en nous ce qu’il censure dans les autres.

En effet, vous vous plaignez ()ue votre ennemi vous a décrié en secret et en publie; qu’il a ajouté la calomnie à la médisance; qu’il vou.s a attaqué par les endroits les plus vifs et les plus sensibles, et qu’il n’a rien oublié |)oiir vous perdre d’honneur et de répiilalinn devant les hommes.

Mais avant ipie de vous répondre, je |>oiirrojs vous dire d’alwrd : Défiez-vous des rapports qu’on VOU.S a faits de votre frère : les discours les |)l(is iniiiK^ents nous reviennent tous les jours si em(K)isoniiés par la tnaligiiilé des langues par (^n ils (Kisseiil; il y a tant de tlaKciirs indignes qui cliercheiità plaire aux dépens de eenx (|ui ne plaisent |>as ; il y a tant d’esprits noirs et mauvais, qui ne trouvent de plaisir (|u’â niellre le mal <ki il o’csi pas, et voir la dissension i>anm les honunes;

lût

01 PAIiÜON DES UFl-ENSES.

il Y a UrU de caractères indiscrets lcpers,etqni disent à conlre-tem|is et d’un air enveiiitnt' ce qui n’aYoil été dit d'altord (jiravec des intentions iiinocenles; Il y a laïud’iiommesnalitrelleincnl mitres et rlans la Ixmche descjuelî» tout s’enile. irml grossit , tout sort de la vérité simple et naturelle; j’en apijelle ici h vmis-mèmc. Ne votis est-il jamais arrivé qu’on ait envenimé vos discours les plus innocents» et ajouté à vos récits des circonstances que vous n’nviez pas même pense ? Ne vous êtes- vous pas plaints alnrsde l’injusilce et de la maiig:nité des rwiites? Pourquoi ne {Kuirriez-vons jws avoir été lrom|x‘s à votre tour? cl si tout ce qui |>nssc par tant de canaux s'altère d’ordinaire, et ne revient jamais A nous comme il a été dit dans sa source , poun|uni voudriez-vous que les discours qui votis re;ran)ent vous seul russenl exempts de cette destinée, cl mérilasseiU ]>lus d’alieniiuii et de créance ?

Vous nous répondrez sans doute qu’il ne s’agit pas ici de ces maximes générales , et que les faits dont vous vous plaignez ne sont pas douteux. Je le veux ; et je vous demande si votre frère n’a pas de son cdté les mêmes reproches à vous faire; si ses défauts vous ont toujours trouvé fort indulgent et fort charilahle; si vonsavez même toujours rendu justice à ses bonnes qualités; si vous n'avez jamais aonffert qu’on l’ail déchiré en votre présence; si vous n’avez pas aidé à In malignité de ces discours par une feinte modération et par un demi-silence qui n’a fait qu’allumer le feu do la délraction, et fournir de nouveaux traits contre votre frère. Je TOUS demande si vous usez même de beaucoup de circonspeclion envers les antres hommes; si vous faites l>eancoupde grâce aux foiblesses d’autrui; si votre langue ii’est pas toujours trempt'e dans le fiel et dans l’absinthe; si la réputation la mieux établie n’(*sl pas toujours en danger entre vos mains ; et si les histoires Ic^pinsl^i^te8el les pins secrètes ne deviennent pas bientôt «les événements ptiblh^s par votre malignité et par votre imprudence. O hmiime ! vous poussez si loin la délicatesse et la sensibilité sur ce qui vous regarde’ Nous avons liesoin de toute la terreur de ntilre ministère, et de tous les motifsles phisgravesde la religion pour vous porter A fwrdonner A votre frère un seul discours, lin mot souvent que rimpriulenre, que le hasard , <)tie la conjoncture , qu’un juste ressentiment peutêtre lui aarraclié; et la licence de vos discours envers les autres ne oonnoil pas même les l>orncs de la politesse et de la bienséance que le monde tout seul prescrit.

Mais je veux tpie vous n’ayez rien à vous reprocher du côte de la moiléralion envers votre fièrc.

Que faites-vous en le baîs'anl? i-nacez-vous le* impressions sinistres t|ue ses discours ont pu laisser dans l’esprit des antres hommes? Vous faites A votre cœur une nouvelle plaie; vous vous enfoncez vons-môme un trait qui dotine ta mort à votre ame; vous lui arrachez le glaive d’entre les mains, si j’ose parler ainsi , pour vous en percer vousmême. Mon'rez dans l’innocence de vos mœurs cl dans rinlégritë de votre OHidnile, l’injustice de ses discuuis ; détruisez par une vie sans reprodie les préjugés qu’il a pu donner contre vous,; faites retomber sur lui, par les vertus opjKisces aux défauts (pi’ii rmis impute, la bassesse et l’iniquité de ses calomnies ; voilà une manière juste et licite de vous venger. Triomphez de sa malice i>ar vos mœurs et par votre silence ; vous assemblerez des charlM^ns de feu sur sa tête; vous mettrez le public de votre cc^c; vous ne laisserez à votre ennemi que la lirmte de ses emportements cl de ses impostures. Mais de le ba!r, c’est la vengeance des fblbles, c’e^t la triste consolation des coupables; en un mol, c’est la ressource de ceux qui n’en saiiroient trouver dans la vertu et dans l’innocence.

Maisenlin, lais'X^ns toutes ces raisons et venons au |)oint essentiel. Il vous est ordonné d’aimer ceux <{ui vous maltraitent et qui vous calomnient, de prier pour eux ; de demander à Dieu qu’il le.s oonverllsj*e , qu’il change leur cœur aigri, (]n’il leur inspire des sentiments de paix et de cliarilé, et «pi’il les mette au nombre de ses saints. 11 vous est ordonné de les regarder par avance comme des citoyeiw de la cidesle Jérusalem, avec lesquels vous bénirez éternellement les riclu*.sses de la miséricorde divine, réuni avec eux dans le .sein de Dieu, heureux du même bonheur, et avec Icstjuels vous ne formerez plus qu’une voix pour clianler les louanges immortelles de It grâce. 11 vous est ordonné de regarder les injures comme des bienfaits, comme la peine de vos crimes cachés, pour lesquels vous avez tant de fois mérite d’être couvert de confusion devant les hommes; a)mme le prix du royaume de Dieu, qui n’est promis qu’à ceux rpii souffrent avec piété la persecution cl la calomnie.

Car, enfin, il faut en venir là. L'amour-propre siiflmiit pour aimer ceux qui nous aiment, qui nous louent, (pii publient nos vertus fausses ou véritables; c'éloii là, dit Jiisns-Cbrist , tonte la vertu des payons; .Vomie el Kthnici hoc fariuut (Mattii. , v, i7.) Mais la religion va plus loin : elle veut cpie nous aimions ceux qui nous baissent et qui nous dédiirenl : elle met à ce prix les miséricordes de Dieu sur nous; et nous déclaré qu*U

Vô'i LE VKNDKKDI APUKS LES CLNJUlKS.

n'y a point de pardon à espérer pour itouü , si nous ne raccordons à nos frères.

El de bonne foi , voulez-vous que Dieu oublie ]es crimes et les horreurs de toute votre vie; qu’il soit insensible â sa gloire que vous avez tant de fuis üiilragêe, tandis que vous ne {K>uvez vous résoudre à oublier un mot ; lamiU que vous êtes si vif, si délicat ^ si furieux sur les intérêts de voire gloire; vous qui peut-être jouissez d'une réputation que vous n'avez Jamais méritée; vous qui seriez couvert d’une confusion éternelle, si l’on vous conuoissoil tel que vous éles; vous, en un mot, dont les discours les plus injurieux ne représentent qu’à demi les iiiiRTes secrètes dont Dieu vous connoU coiqialile? Grand Dieu? que les pcclieurs auront peu d’excuses à vous alléguer, quand vous leur prononcerez l’arrèl de leur condamnation cUTiielIcl

Vous nous direz peut-être que vous convenez là-dessus des devoirs que la religion inqKise; mais que les luis ilc l’Iiontieur l’uni emporte sur celtes de la religion ; (|u'i) faut s’attendre à être di^tioooré à jamais devant liomnies, si l’on souffre tranquillement des discours et des procédés d’une certaine nature; que In religion qui pardonne, est une lâcheté et une tache que le monde ne pardonne point, et que l’iioimeur ne coimoit pas làdessus d’exception et de privilège.

Quel est cet honneur, mes Frères, qu’on ne peut acheter qu'au prix de son aine ri de son saint éternel! et que l'un est à plaindre, si Ton ne peut se sauver de l’ignominie que par un crime ! Je sais que c’est ici où les fausses lois du momie semblent reinpurter sur celles île la religion; et que les plus sages mêmes , qui convieiinenl de la folie de cet abus, sont puuriaiil d'avis qu'il faut 6*y soumetlre. Mais je [larle devant un prince qiit, plus sage que le monde, et justement indigné contre une fureur aussi opposée aux maximes de n-!van • gile qu’aux intérêts de l’état , a montré à ses sujets quel est le véritable honneur; et qui, en lui arrachant des mains des armes criminelles, a noté d’une infamie éternelle ces vengeances aiix<|uclles Terreur publique avoU altadié une gloire déplorable.

Quoi! mes Frères, une maxime al>omiiial>Ie, que la hari>arie des premières minirs de nos ancêtres toute seule a consacré'c cl a fait [tasser jusqu'à nous, TeiiqKJrtcroil sur toutes les règles <!ii chrisltanistne , cl sur les lois les plus inviulables de l’étal? On neseroil f>as déshonoré en trempant ses mains dans le sang de sun ficre, et un le seroil en olndssanl à Uieii et à celui qui lient sa place Mir la terre? La gloire ne scruil donc [dus qu'une

fureur; et la làclielé, qu'uu respect généreux pour la religion et pour son maître. Vous craignez de passer pour un Uchc? Montrez votre valeur en réjtandaiil votre sang pour la défense de la patrie; allez à la tête de nos armées aiïroiiler les périls , et cherchez la gloire dans le devoir; assurez votre réputation par des actions dignes de |>asser dans nos histoires, et d'être comptées [tarmi les événements méiuoraUes d’un règne si glorieux : voilà une valeur que l’cUit exige, et que la religion autorise. Alors iné[>risez ces vengeances brutales et personnelles; regardez-les cumine une ostentation puerile de valeur, qui aiciie souvent une véritable làciielé ; comme la ressource vile et vulgaire de ceux ([ni n’onl rien qui les signale; comme une preuve forcée et étpiivoque de 4X>unige que le momie uons arrache, et à la<|uelle souvent le creur SC refuse. Loiiule vous Thiiputcràla honte, le monde lui-même vous eu fera un nouveau titre d’homieur : vous en paroiirez plus grand ; et vous apprendrez à vos égaux que la valeur déplacée iTesl plus qu'une brutale timidité; que la sagesse et la modération entrent toujours dans la véritable gloire; <{ue tout ce qui déshonoré l’humanité , ne sauroit honorer les hommes; et <pie TKvangile, qui ordonne de pardonner, a fait plus de héros (|tie le moude lui-même qui veut <|u'on se venge.

V'ous nous direz encore peut-être que ces maximes ne vous regardent pas ; que vous avez oublié les sujets de plainte que vous aviez contre votre frère; et qu’ime réconciliation a lini l’èdat de vos démêlés et de votre rupture. Or , je dis <[ue c’est encore ici oii vous vous abusez; et après vous avoir moiiliv l’injustice de nos haines , il faut vous faire ctmvcnir de la fausseté de nos réconciliations.

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