DEUXIEME PARTIE
Il n’est point de précepte dans la loi , qui laisse moins de lieu au doute et à la méprise, que celui qui nous oblige d’aimer nus frères; et cependant il ii’eri est [MiiU sur letiuel on se fasse plus d’MIusionsetde fatisses maximes. En effet, il n’esl presque personne qui ne nous dise qu’il a pardonné de tout son cnnir à son frère, et (|ue sa conbcience là-dessus est iranijuiile; et ce(>eiMhinl rien n'est plus rare (pie de pardonner, et il n'esl guère de l'éconcijiatiun qui change le c(rur, et qui ne soit une fausse apparence de retour ; soit qu'on la considère dans son principe, suit qu'on en exa- I mine les démarches et Je.s suites.
Je dis dans son principe ; car, mes Frères, aliu I qiTnne réc<inclliation soit sincère et n^lle, il faut ([U elle panne sa source dans U chut Uc et dans un
Dt PAUÜÜxN DES OFFE^SLS. i'iS
amour chrélien de noire frère. Or, les motifs hu> mains ont d'ordinaire toute la part à un ouvrage , qui ne peut être que l’ouvrage de la grâce. On se réconcilié pour céder aux instances de ses amis, pour éviter un certain éclat désagréable qu’une guerre déclarée aliireroit après soi, et qui pourroit retomber sur nous-mémes ; pour ne pas s’interdire certaines sociétés dont il Eaudroit se bannir, si l’on s’obstinoit à vouloir être irréconciliable avec son frère. On se réconcilie par déférence pour des grands qui exigent de nous celle complaisance ; pour se faire une réputation de modération et de grandeur d’ame ; pour ne pas donner dc^s scènes au public, <jui ne répondioienl pas à l’idée que nous voulons qu’on ail de nous; pour couper court aux plaintes cleriielles et aux discours outrageants d’uii ennemi <{ui peut-être nous cminoil trop, et a été trop avant dans notre confidence pour ue pas mériter que nous le ménagions, et qu’une récoiieilialion lui impose silence. Que diraije encore? on se réconcilie peut-être comme Saùl , pour nuire plus sûrement à son ennemi , et endormir ses précautions et sa vigilance.
Tels sont les motifs ordinaires des rccoiiciliatious qui se font tous les jours dans le inonde. £tce que je dis ici est si vrai , tpic des pécheurs qui ne laissent itaroltre d'ailleurs aucun signe de piété, se ré- Citncilieiil {KUirlanl tous les jours avec leurs frères; et eux qui ne sauroienl se vaincre sur les devoirs les plus aisés <le la vie du etienne, paroissent des héros dans l’accomplissement de celui-ci, le plus difficile de tous. Alt f c’est que ce sont des héros de la vanité et non pas de la charité : c'est qu’ils laissent de la réconciliation ce (pi’elle a d'héroïque cl de (lénihle devant Dieu, qui est l’oubli de finjurc et le diangeinenl de notre cœur envers notre frère; et ils n’en relieimeul que ce qu’elle a de glorieux devant les hoannes , qui est une apparence de modération et une facilite à revenir que le monde luimëine loue.
Mais si la plupart des réconciliations sont fausses, quand on en examine les motifs, elles ne le sont pas moins si on les considère dans leurs démarches. Oui, mes Frères, que de mesures! que de négociations ! que de funnaliles ! que de peines pour les conclure ! liue d’attentions à apporter ! que de mciiagcments à ultserver ! que d'intérêts à concilier! que d’obstacles à lever! <{ue de démarches àcoinpasser! .Ainsi votre réconciliation n’est pas l’ouvrage de la charité, mais de la sagesse et de riiabilelé de vos amis; c'est uncafTaire du monde; Ce ri'esl pas une démarclie de religion, c’est un traité heiitcuseuienl conclu; ce n’est jkis un devoir de la fui accuiupii : elle est l’ouvrage de
l’homme, mais elle ii’esl {»as l'truvre de Dieu : en tm mot, c'est une paix qui vient de la terre; ce n’est pas la paix qui descend du ciel.
Car, de bonne foi , les hommes , (lar leurs ménagements et l’habileté de leurs mesures, ont-ils pu, en vous réconciliant avec votre frère, faire revivre la charité qui étoit éteinte dans votre cœur? ont-ils pu vous rendre ce trésor que vous aviez perdu? Ils ^ ont bien pu faire cesser le scaudiile d’une rupture déclarée, et rétablir entre vous et votre frère les devoirs extérieurs de la société ; mais ils n’ont pas changé votre cœur, que Dieu seul lient entre .ses mains; mais ils ii'unl pas éteint la haine que la grâce toute seule peut éteindre. Vous vous êtes donc réconcilié, niais vous ti’ainiez pas encore votre frère; et en effet, si vous rnimiezsincèreineni, auroil-il fallu tant d’enlremeUeurs |>our vous réconcilier avec- lui? L’amour e»l à iui-niênie son niédialenr et son iiiler|M‘èie. La charité est cette parole abrégée qui auroît é|sirgm' à vos amis ces soins infinis qu’il a fallu employer pour vous ramener: elle n’est pas simesurt^; elle témoigne simplement ce qu’elle sent sincèrement. Or, vous avez exigé mille conditions avant que de vous reiulrc; vous avez dUpulé toutes vos démaiclies ; vous n’avez voulu avancer que jusqu’à un certain point; vous avez exigé que votre frère fh les premiers pas pour revenir à vous. I.;i charité ne cminoit {>as toutes ces règles; elle n’en a qu’une : c’est d’oublier l’injure, et d'aimer son frère comme soi-même.
Je conviens qu’il y a certaines mesures de prudence à observer; cl que souvent des démarches trop précipitées et faites à contre-leinpspourroient ne pas réussir et aigrir peut-être davantage notre frère. Mais je dis que la charité doit régler res mesures , et non pas la vanité : je dis et je répète (pie toutes ces réconciliations, qu’on a tant de peine à conclure; où de part et d’autre ou ne se relâche que jusqu'à un certain point , et avec tant de pi ecauüonssisévèresetsi précises; où il entre tantd’expédienlsel tant de mystères, sont des fruits de la prudence de la chair; corrigent les manières, mais ne touclienl point au ccrur ; rapprochent les personnes, mais ne rapproclicnl{)a.Hlcsarrccliuns; rétahlUscnl les bienséances, mais laissent les mêmes sentiments; en un mot font cesser le scandale de la haine, iiiaU n’en font pas cesser le iiéché. Aussi Jésus- Cbrlsl nous ordonne sini|ilemetu de nous aller réconcilier avec notre frère, yade reeoiiciliari fratri fuo. (Matth., v, 2i.) Il ne nous dit pas : ri’avancez pas tix>p de |>eur ipie votre frère ii’eii abuse; a.vstirez-vuus aiipaiavanl qu’il fera la moitié du cliemin ; ne le reciierciiez [sis de |>eur (jii’il ne rcgaide votre dcmaiclic comme r;q)ologie de