LE VEINDUEDI APRÈS LES CENDRES
tu
sn {ilainles, comme un aveu tacite de votre tort, et un arr^fl que vimis prononcez contre vous-mi'ine. Jésus-ChrÎNl muis dit siinplcnieiit : Allez vous r«v concilier avec votre frère. Il veut que la charité toute seule se nu'le de nous raccomiiimleravec lui: i| supjHtse «jiic pour aniuT nos frères nous n’avons pas l»esoui d’cntmneltcur, et que notre orur doit se siitlireà liii-înèine.
l’elles sont les démarches des réconciliations; aussi les motifs en étant prcsipic toujours hmnains, les déniarclics vicieuses, les suites nVn (M'uvent être que vaines c! de nul effet. Jedisles.suit«*s;car, mes Tréres, à quoi se teniiincnl ]a plupart des réconciliations qui se font tous les Jours dans le monde ? quel en est le fniil ? qu’aj»pcllc-l-on s’ôlre réconcilié avec son eimeiiii? Le voici :
^'ous nous dites en premier lieu que vous êtes réetmciliéavec votre frère, que vous lui avez fwrdonné de bon cirnr; mais <|ue vous avez pris votre parti de ne le phis voir , et de n’avoir désormais aucun commenvavec lui. lit là dessus vous vivez tranquille; vous croyez que riCvangile ne prescrit rien de plus , et qu’un confesseur léest pvxs en droit d’en exiger davantage. Or, je vmisiU^lare que vous n’avez pas panlouné à voire frère, et que vous èie.s encore à son égard daas la liaiiie, dans la mort et dans le péidié.
bar je vous demande ; Craint-on de viûr ce qu'on aime? et si votre ennemi est devenu voire fiîère, que peut avoir is)ur vous sa prm*nce de si odieux et de si triste? Vous dites que vous lui avez pardonné, que vous l’aimiez; mais que pour éviter tout accident, et de peur que sa présence ne vous réveille des iilées fâcheuses, vous trouvez pins sûr de vous l’interdire. Mais quel est cet amour que la seule jo-é^ence de rohjel aimé irrite contre lui , et enllamme de haine et de colère ? Vous l’aimez! c’csl-à «liie votis ne voudriez pas |»eut‘ètre lui nuire et le perdre. Mais ce n’est pas assez; la religion vous ordonne encore de l’aimer : car |wur ne |)a.s vouloir nuire à un ennemi, l’honneur, l’indolence, la modération, la crainte, U* défaut d’ocrasioii .siifTisciit ; mais po'ir l’aimer, il faut être chrétien : et voilà précisément ce que vous ne voulez (WLS être.
ICI , de bonne foi , voudriez-vons que V)ieu vous aimât, à condition qu’il ne vous vermit jamais? Scxiez-vous couleiU de sa Imnic et de ses misériconlesjs'il vous bamilssjut pour toujours de sa «fivine présence ? Car il vous traitera, vous le savez, eomme >o:is aurez traité votre frère. Si le prince lui-mème vous défendoit devons présenter jamais de^alll lui, voii.s croirie/.-vuiis fort a>aiil dam scs bonnes giuccs? Vous dites tous les jouis
qu'un homme est disgracié, quand il ne lui est plus permis de paroitre devant le maître; et vous venez nous faire valoir <jue vous aimez votre frère cl qu’il ne vous reste aueune aigreur contre lui , tandis que sa seule présence vous déplaît et vous irrite !
Et quelle marque moins is|uiv(K{iie peut-on donner do son animosité contre son frère, que de ne pouvoir mêtiie souffrir sa prose we ? c’est le dernier excès de l’aigreur et de la haine. C^r il est des haines plus nuxlérées et plus tranquilles, qui du moiiLs se eaehenl. sc eontraigneiil, cmpninlenl les deliors de In p«ililesseet de la hieiLvéance; et qui . en refusant le e^rur au devoir, ont assez d'empire sur olli^ pour donner les apparences au mmiiie. Mais la votre est à un point qu’elle ne p<Mit im'ine se contraindre; qu’elle ne connoU ni ménagemeiU, ni hienséance; et vous voulez nous persuader qu’elle n'est plus! voirs laissez fjaroitre encore le* nuirquos les plus violentes de l’animosité , et vous voulez que nous les regardions comme les signes indubitables d’un amour chrétien et sinetTe !
Mais d’ailleurs, les chrétiens sont-ils faits pour ne f>as sc voir et s’intenlire toute société les uns avec les autres? Les chréliensî les membres d’un même cor|is, les enfants d’un même p^*re, les disciples d’un même maître, les héritiers d’un même royaume, les pierres d’un nu'me é«lifice, les porti(ms d’une même masse! Les chrétiens! laparlieJ|>atioii d’un même esprit, d’une même rédemption et d’une même justice ! Les chrétiens) soi lU du même sein, régénérés dans les mêmes eaux, incorporés dans la même Eglise, radieiés d’un même prix, sont-ils faits pour se fuir, se faire mi supplice de se voir et ne (Miuvoir se souffrir les uns les autres? Toute la religion nous lie, nou.s unil ensemble; les sacrements auxquels nous partieipoiLs, le.« prières publiques et les actions de grâces que nous chantons , le |>ain de bénédiction que nous offmius, les ctTénionies du culte dont nous nous glorifuins, l’assemblée des lidèles où nous assistons; tous ces dehors ne sont que les symlHjles de l’iinion qui nous lie easemble. I'«n»lc la religion clle-iuème n’esl qu’une sainte société, une communication divine de prières, de sacrifices, d’anjvres et de mérites. Tout nous rassemble, tout nous lie . tout ne fait de nos frères et de nous , qu'une fiuiiille, «pi’im cor|»s, qn’un eteur et qu’une ame, cl vous croyez aimer votre frère et conserver avec lui les liens les plus sacrés de la reliirlon , tandis que vous rompez même ceux de la stM'ii lé, et que vous ne |k)uvcz soiiiïrir sa seule présence!
l)ü PAKDON DES OFEEiNSES. V6U
Je dis bien pins : Comment poorrez-vous avoir avec lui la même espérance ^ car, par cette espérance commune, vous devez vivre éternellement avec lui , être heureux avec lui , vous foire un l»onheur du sien, être réuni avec lui dans le sein de Dieu , et chanter avec lui les louantes éternelles de la gr<‘ice. Eh! comment p«)urrlez-vous esfx'rer d'être éternellement réuni avec lui, et foire de cette espt^rance la plus douce consolation de votre vie, s’il vousparolt si doux de vivre séparé de lui, et si sa pitance seule est pour vous un supplice ? Renoncez donc aux promesses et aux espérances de la foi ; séparez-vous comme un anaihéine de la communion des Kdèles; interdisez -vous rautcl et les m^-stères redoutables; bannissez-vous de Tas* semblf^ des sainis ; ne venez plus ofTrir vos dons et vos prières , puisque tous ces devoirs religieux , vous supposant réuni avec votre frère, deviennent des dérisions, si vous ne Têtes pas, di-posent contre >’ous à la face des autels , et vous annoncent de sortir de l’assemblée sainte, comme un piiblicain et on infidèle.
Peut-être effrayé de ces grandes vérité , vous nous direz enfin , que vous prendrez sur vous de voir votre frère , de l)ieii vivre avec lui; que vous ne manquerez point aux bienst'aiices ; mais que du reste vous savez à quoi vous en tenir, et qu’il ne doit pas l)eaucoup compter sur votre amitié.
Vous ne manquerez point aux hiensc'ances! Et vous croyez, mon clier Auditeur, que c’est là pardonner, se réconcilier avec son frère et Taimer comme soi-même ? Mais la charité que l’Évangile vous ordonne est dans le creur : ce n’est pas une simple bienséance , un vain extérieur, une cérc^ monie inutile; c’est un sentiment r('*el , c’fôt un amour effectif, c’est une tendresse sincère et prête â se manifester par les œuvres. Vous aimez en juif et en pharisien; mais vous n’ciifnez pas en chrétien et en disciple tie Jésus-Christ. 1^ loi de la charité est la loi du rieur : elle règle les sentiments, elle change les inclinations, elle verse Thuile de la {>aix et de la douceur sur les plaies d’une volonté aigrie et blesst'e; et vous en faites nne loi toute extérieure , une loi pI)arL«aîque et superficielle, qui ne règle que les dehors, qui ne concerte que les manières , (|ui s'accomplit par de vaines apparences.
Mais il ne vous est pas ordonné seulement de ne pas blesser envers votre frère les règles de l’honnêteté , A de lui rendre imis les devoirs que la société nous impose les uns envers les autres : c’est le monde qui vous prescrit cette loi ; ce sont la ses règles et ses usages. Mois Jésus-Christ vous onloune de Taimer; et tandis que votre cwur est
éloigné de lui , en vain accordez-vous les dehors à la bienséance. Vous refusez Tessentiel à la religion; et tout ce que vous avez par-dessus les pécheurs qui refiiseuldc voir leurs frères, c’est que vous savez vous ciHilraimire |>our le monde, et vous ncsavez [tas vous faire violence [tour le salut.
Et certes, mes Frères, si les hommes n’étoicnl unis ensemble que [>ar les liens extérieurs de la société, il sufliroit sans di>ute de se rendre des devoirs extérieurs, et de maintenir ce commerce mutuel de soins, de (tolitesses et de bienséances, qui font comme toute Thamionie du coi[>s |>o]itiqiie. Mais nous sommes unis ensemble par les liens sacrés eliniiines de la foi, de Tcspérance , de la cfaaiiié,de la religion. IVuus formons au milieu du monde une société lotile intérieure et toute sainte, dontla charité est leiien invisible, et tôlste sc|»arée de la socicU; civile que les législateurs ont établie. Ainsi, en remplissant à T égard de vos frères les bienséances extérieures, vous satisfaites aux devoirs de la société civile, mais vous ne rem plissez [tas ceux de la religion; vous ne troublez pas Tordre de la politique , mais vous renversez Tordre de la charité ; vous êtes un bon citoyen , mais vous n’êtes pas im citoyen du ciel ; vous êtes un liomme du siècle , mais vous n’étes pas un homme du siècle à venir ; le ntonde peut vous absoudre, et iTen pns demander davantage; mais vous ne faites rien devaiit Dieu , parce que vous n’êles pas dans la charité, et votre condamnation est certaine. Venez nous dire après cela que vous ne man(|uerez point aux bienséances , et que c’est tout ce que la religion exige de bons. Elle n’exige donc que des feintes, que des dehors, que de vaines apparences ? Elle n’exige donc rien de vrai, rien de réel , rien qui diange le cœur ? et le grand [tréceptede la charité, qui seul donne de la réalité à toutes nos œuvres, ne seroit donc plus qu’un faux semblant, et une vaine hypocrisie?
Aussi ne nous en croyez point là-dessus; consultez le public lui-même. Voyez si malgré toutes les apparences que vous gardez encore avec votre frère , ce iTe.sl [las une opinion établie dans te monde, que vous ne Tnimez [>oint: si le monde n’agit pas constU|uemment à cette persuasion. Voyez si vos créatures, si tous ceux qui vous approchent et qui vous sont attachés , n’affeclcnt pas de .s'éloigner de votre frère. Voyez si lou.s ceux qui le haïssent, qui sont dans désintérêts op|K)sés aux siens, ne recherchent pas voire amitié , ne fonnent pas avec vous des liaisons nouvelles, et si ccUe per-uasion ne vous donne pas pour amis tous ceux qui ne le sont pas de votre frère. Voyez si ceu.\ qui ailendcul de vous des