‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 85 sur 348 · LE VENDKEDI APRÈS LES CENDRES · texte numérisé non relu

LE VENDKEDI APRÈS LES CENDRES

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gracOf ue coniiueiiceiil pas par Tabandotuier, et s'iKne cruient pas vous faire leur cour en ne grossUsaiil plus la sienne. Vous voyez que le mocKle vouscoiiuoit mieux que vous ne vous connoîKsez vüus-nièiue ; qu'il ne prend point le cliaiige sur vos scminienu ^ et que malgré toutes ces vaines api^rences envers votre frère , il est si vrai i|ue vous êtes dans la liaine et dans la mort , que le monde lui-niéme peii.se sur cela comme nous ; lui que , partout ailleurs , nous avons toujours à combattre.

Voilà à quoi se terminent la plupart des réconciliations (|ui se font tous 1rs jours dans le monde. Ou se revoit , mais on ne se réunit pas ; on se promet une amiiténiutuelle«inais un ne se la rend pas; on se: rapproche, mais les ctrurs demeurentlou jours éloi;;nes : et j'ai eu raison de dire que les liaines sont éternelles , et <{ue prestpie toutes les réconciliations sont des feintes ; qu’on pardoime l'ofrense, mais qu’on n’aime jamais rofTeiiseur; qu’on cesse de traiter son ficre comme un ennemi, mais qu’on ne le re.garde jamais comme un frère.

PU voilà ce qui se |»sse tous les jours à nos yeux. Ou voit dans le inonde des personnes publiques, des familles d’un grand nom, garder encore ensemble certaines mesures de bieuscance qu’on ne (leiil rompre sans scandale, et neanmoins vivre (laïui des intérêts différents . dans des seiilimenls publics et déclarés d’ctivie , de jalousie , d’animosité mutuelle; se croiser, se détruire, se regarder avec des yeux jaloux, faire cliaciin de ses créatures les partisans üc ses ressenliinenis et (le son aversion; partager le monde , la cour, la ville; faire de ses dissensions domestiques la querelle du public : et établir c«tte opinion et ce scandale dans le monde, (pi’on ne s’aime point; qu’on voudroit se détruire muluellenient ; qu’on garde encore à la vérité les apfiarenees, mais (ju’au fond les alTectiims et les inlcrèls sont pour toujours cl saiLs retour éloignés. El cependant de part et d’autre, on vil dans une réputation de piété et dans la pratique des bonnes onivres; on a des confesseurs distingués et d’une grande répulaliiHi dans le monde : et cependant , en se rendant encore mutuellement certains devoirs, et vivant d’ailleurs dans un éloignement public et déclaré, ou fréquente les sacrements, ou est tou.s les jours dans le commerce des choses sainles, on approclie de sang-froid de l’autel, on se présente frcquemiuent et sans scrupule au tribunal de la pénitence ; et loin d’y confesser sa haine devant le Seigneur, et de gémir du scandale que le public en reçoit, ou y fait des plaintes cunire euacuii ; un l'acL Usc, loin de s'accuser soi-mème; on lait

valoir les devoirs extérieurs, qu’on lui rend, comme des man)ues que le coHir n’est point aigri ; que dirai-je? et les ministres de la pénitence euxmémes, qui auroient dû être les juges de notre liaine , en deviennent souvent les apologistes , sc partagent avec le public , entrent dans les animosités et dans les préventions de leurs pénitents, publient l’équité de leur querelle, cl font que le seul remède destiné à guérir le mal, ne sert qu’à le revêtir des apparences du bien, et le rendre plus incurable.

(îrand Dieu ! vous seul pouvez fermer les plaies qu’une orgueilleuse sensibilité a faites à mon ccpur en y nouirissant des lutines injustes.

Faites, grand Dieu! que j’oublie des offenses légères, alla que vous puissiez oublier les crimes de toute ma vie.

Est-ce à moi, û mon Dieu ! à être si sensible et si inexorable aux plus petits outrages, moi qui ai tant de besoin que vous usiez à mon égard d'indulgence et d’une grande miséricorde ?

Ijts injures dont je me plains égalent-elles celles dont j’ai mille fuisdésbuDoré votre grandeur suprême?

Faut-il, grand Dieu I que le verde terre s’irrite et s'enna mille des moimlres mépris, tandis que votre majesté souveraine souffre depuis si longtemps et avec tant de bonté , ses rébellions et ses offenses ?

Qui suis-je pour être si touché des intérêts de ma gloire; moi qui n’ose jeter les yeux devant vous sur mon ignominie se<n^le ; moi qui mériterois d’être l’opprobre des hommes et le rebut de mon peuple; moi qui n’ai rien de louable, même selon le monde, que le bonheur de lui avoir caché mes hontes et mes foibh'sses ; moi que les outrages les plus sanglants épargneruienl encore , et iraiteroicnt avec itululgence; moi eiiliii qui ii’ai plus de salut à espérer, si vous n’oubliez vnasluême votre propre gloire que j’ai tant de fols outragée?

Mais , non , grand Dieu ! vous niellez vi^lre gloireà pardonner au p<?clieur, et je mettrai la mienne à pardonner à mon frère. Acceptez , Seigneur, ce sacrifice que je vous fais de mes ressentiments. Nejugez pas de son prix par les offenses légères que J’oublie, mais par rorgueil qui les avoit grossies et me les avoil rendues si sensibles. Et puisque vous avez promis de remettre nos fautes, dès que nous les remettons à nos frères, accomplissez , Seigneur , vus promesses. C’est dans cette espérance que j'ose compter .sur vos miséricordes éternelles.

^iusi soif-if.

SUR LA PAROLE DE DîEü.

SERMON

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