‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 87 sur 348 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Ce qui distingue les Justes des chix-liens diarnels , dit saint Augustin , n’est pas le corps des œuvres extérieures; c’est l'esprit invisible qui les anime. Les actions de la piété sont souvent communes aux bons et aux méchants; c’est la disposition du cœur qui les discerne. Toius courent , dit l'Apôtre ; mais tous n'arrivent pas au but , parce que ce n'est pas le même esprit qui les pousse.

Or, pour appliquer cette maxime à mon sujet , de tous les devoirs de la piété chrétienne , il n’en est point .sans doute dont les gens du monde et les gens de bien remplissent plus également les dehors , que celui de venir écouter la parole de i’Hvangile. Tous viennent en foule, comme antrefnis les Israélites au pied de la montagne sainte , entendre les paroles de la loi. L’enceinte de nos temples peut à peine suffire à la multitude des fidèles ; l’heure même des mystères terribles ne voit pas les anlek environués de tant d’adorateurs; les assemblées profanes cessent pour venir grossir rassemblée sainte au temps de rinsiruclinn; et les siècles qui œit vu refroidir le zèle des clirétiens sur tous les autres devoirs de la religion , n’oot pu , ce semble , te ralentir sur celui-ci. Cependant de tous les ministères confiés à l'KgUse pour la consommation des élu.s, il n’en est presque pas de plus inutile que celui de la parole ; et le moyen le plus puissant que la religion ait de tout temps employé pour la conversion des hommes , est devenu aujourd’hui la plus foible de ses res-

PRF.MÎKn niMANClIF DR CARRME.

w)iirce«. A’ons êtes vmis-m<>mes . mes Frères, une (i iste preuve <le ce^e wriié. Jamais les iiistructiuns lie furem plus rrt-<}ueiiles qu’elles le soiil Ue nos jours , el jamais les conversions n'onl êlé plus rares.

Il importe donc de développer ici les causes d^uii abus si commun et si déplorable: ur, la pre* iiiière est sans doute dans le défont des disposi* lions qui doivent vous conduire dans ce lieu saint pour y écouter la parole du salut. Et certes , si saint Paul ordonnoil autrefois aux fidèles de s^éprotiver avant que de venir manger le pain de vie, s'il leur déclaroil que ne pas le discerner des viandes communes, c’éloit se rendre coupable dti ooqts du Seigneur ; noos n’avons {^s moins raison de vous dire que vous devez vous éprouver, et préparer votre ame avant que de venir participer à la nourriture spirituelle que nous rompons au peuple ; et que ne pas la discerner par la manière de l’entendre de la parole des tiommes , c'est se rendre coupable de la parole même de Jésus- Clirist.

En première disposition que demande de vous la saiulelé de cette |>arole, lorsi^ue vous venez renlendre , e'est un désir qu’elle vous soit utile. Vous devez dans le secret de votre maison, avant de venir dans nos temples, vous adresser au Père des Inmières , et lui demander qu’il vous donne ces oreilles du etpur, (|ui seules font entendre sa voix ; qu’il donne à sa parole cette vertu , cette onction secrète, ces allraiis si puissants et si heureux (M)tir la conversion des pécheurs; qu'il surmonte cette insensibilité que vous avez juspi’ici opposée à toutes les vérités entendues; qu’il fixe ces sensibilités d’on moment , que vons avez si souvent éprouvées en nous écoutant , et qui n’ont jamais eu de suite pour votre salut ; qu’il nons donne à nous-mêmes ce zèle , celte sagesvse, celte dignité, celle plénitude de son esprit, ces lumières vives, celle véhémence divine, toujours persuasive et qui ne parle jamais en vain; (ju’il forme dans nos cœurs le goût des vérités qu'il met dans nos bouches ; qu’il nous rende insensibles à vos louanges ou à vos censures, afin que nous soyons plus utiles à vos l>esoin$; que le désir de votre salut supplée en nous aux talents que la nature nous refuse ; el qae nous honorions notre ministère, en ne chercliant pas à vous plaire, mais à vous sauver.

El certes, mes Frères, si les Israélites autrefois, sur le point d'approcher de la montagne de Sinaî, et d’y entendre les paroles de la loi que l'ange devoH leur annoncer, furent (diligés par l’ordre du Seigneur de se purifier, de laver leurs vête-

ments cl de s’ah'lenir même des salais devoirs dn mariage innir se pr< parer à celle grande action, el ne rien porter au pied de la montagne qui ne fîU digne de la sainteté de la loi qu’ils alloient entendre; n'est-il pas plus raisonnable, dit saint Chrysostdme, lorsque vous venez écouler les ()aroles divines d’une loi plus sainte, d’y apporter du moins les précautions de foi, de piété , de re$|»ect même extérieur, qiii marquent en vous un désir sincère de conformer vos mœurs aux maximes que nous allons vous annoncer? Quoi! mes Frères, les préceptes de Jésus-Christ, les paroles de la vie éternelle seroienl-elles entendues avec moins de précaution que les onlonnances d’une loi figurative? Est-ce parce qu'un ange ne descend plus da ciel pour vous les annoncer? Mais ne sommes-nous pas ici comme lui les envoyés de Dieu, et ne vous parions-nous pas comme lui à sa place? L’ange stfr la montagne portoii-il plus de caractère de la Divinité , que nous en portons ? Il écrivent U loi sur des tables de pierre; la grâce de imlre ministère la grave dans les cœurs. 11 promeitoit le lait el le miel ; et nous annonçons les biens véritables. Il parloit aux clie^ des tribus, ces héros qui vainquirent les peuples de Cbanaan et conquirent leurs villes ; et noos parlons devant les princes et les rois de la terre , et devant un roi encore plus grand par sa piété que par ses conquêtes. Les foudres, et les éclairs qui accompagnoient ses menaces contre les transgresseurs de la loi , renversoienl le peuple frappé de terreur au pied de la moulagiie ; mats qu éloit-ce que ces menaces et ces maicdictiom temporelles , leurs villes démolies, leurs femmes et leurs enfants menés en captivité, si vous le comparez au malltenr éternel que nous ne cessons de prédire aux violateurs de la loi de Dieu? Séparez ce que nous sommes du ministère que nous remplissons; qu’y a-t-il kt de moins terrible et de moins respectable que sor la montagne de Sinaf ?

Kt 04;pendant quelles préparatioiis vous condoisent à une action si sainte el si digne de respect ? Une vaine curiosité qu’on veut satisfaire; un loisir inutile qu'on est bien aise d’amuser; un spectacle de religion dont on veut avoir le plaisir; une coutume (jti’on suit , parce que le monde l’a reçue ; (|ue sais-je? le désir de plaire au maître en imitant son respect pour la parole de l'Evangile , et de s’attirer plulùl ses regards, que ceux de la miséricorde divine : que saLs-je encore ? des vues peut-être plus criminelles, et dont on n’oseroit parler de peur d’avilir la gravité de notre ministère. Nul motif de salut ne vous conduit ici; nulle vue de foi ne vous y prépare; nul sentiment

Sun I.A PAROLE DE DIEU.

do pîélé ne vous y accompagne; en un mot, venir ccou cr \d parole sainte n c.>( môme [lour vous nue cruvre de reli^flon.

Première raUun de rînuillîté de notre ministère. Car commetii voulez-vous qu*ane dèmarclie toute profane sene de disposition à la grâce; et que dans celte nuililtude de fidèles assemblés en ce Heu saint, la bonté de Dieu aille vous discerner de la fouie pour ouvrir votre cceiir à la |«iole de vie, TOUS qui n’avez apporté ici que les dis(M)sitlons les pins propres à éloigner de vous celte miséricorde? Mes Frères, comme la religion n’a rien de plus grand en un sens que le dé(xH de la doctrine et de la vérité, la piété ne conuoU rien aussi de plus important et qui demande des précautions plus religieuses, que de l’écouter et de s’en in»truire.

La seconde disposition qui doit vous conduire en ce lieu saint, est une disiiosilion de douleur et de confusion, fondée sur le peu de fruit que vous avez retiré jusqu’ici de tant de vérités entendues. Vous devez rappeler tant de mouvements de componction que le Seigneur a opérés d«ns vos cœurs par le ministère de 1a parole, et <]tii ont toujours été sans succès pour votre salut; latil dé pieuses résolutions inspirées en ce lieu, (]ui scmbloient proraeltre un changement de vie, et qui au sortir ont éclioné contre le premier écueil. Car ce qui doit vous effrayer Ici davantage , c'est qu’aillant de vérités , qui n’ont fait sur vous que des impressions passagères, sont autant de témoins qui déposeront contre vous devant le tribunal de Jésus-Christ : autant de fois (jue la parole de l’Evangile ne vous a |»as touché jiisqu’â pénitence; autant de foU elle vous a rendu pins indigne d’obleiiir la grâce du repentir. La foi ne coiinolt point ici de niüien; et si vous n’en éles pas sorti changé, vous en ôles toujours sorli en quei(|ue façon plus coupable, puisque vous avez ajouté à tous vos autres crimes celui du mépris de la pan>le sainte.

Voilà les réflexions qui doivent occuper votre foi, et en ireniblanl sur le passé lorsque vous venez dans l’assemblée des lldëies, vous devez vous demander à vous-niéme: Vais-je éeouter une parole qui me jugera , ou des vérités qui me délivreront ? vais-je offrir à la miséricorde de Dieu un cœur docile et préparé, ou à sa justice de nouveaux motifsde condamnation contre moi? Depuis si long-temps on m’annonce des vérités, dont toute rindulgence que j’ai pour mes passions ne peut affüiblir la force dans mon esprit , et qui me font en secret convenir malgré moi de régarement de mes voies; ai-je fait une seule démarche pour en

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sortir? Depuis si long temps on m’avorlit que le corps du dirélieii est le temple <!<• Dieu ; en suls-je devenu plus chaste? Depuis si loiig-leinps j’eiitemls dire qu’il faut arraclier l’œil qui scandalise , et le jeter loin de sol ; en suîs-jc venu àcesM'paratioiis que je cunnois moi-méiuc si imlispen>ables à mon salut? Depuis si long temps ou me déclare que difTerer de jour en jour sa pénitence, eW vouloir mourir daiLs son péclié; me trouve-je {ilus disjiosé à sortir de mou étal dép(urahle, et à commencer tout de bon Fouvrage de mon salut?

Grand Dieu! ne vous lassere/ vuus ftas de me donner un eœiir sensible à des vérités qui me touchent tiujours, et qui ne me changent jamais? et ne punirez-vous pas l’abus que je fais de votre parole, en lui (Hanté mon égard cette force que vofLs Ini laissez encore iRiiir me rap|)eler à la pénitence? El certes, mes Frères, coinbien de ndèles qui in’érouleiU , Miisibles autrefois auv vérités que nous annonçons, ne vieiiiieiU pitis aujourd’liui leur offrir qu’un orur tranquille et endurci? Ils négligèrent ces temps lieureux,où la grâce vouloil encore leur ouvrir celte voie de conversion: cl depuis une si longue et si funeste négligence, ils nous écoulent de sang-froid ; et les vérités les plus terribles dans nos iKxicbes ne sont plus pour eux qu’un airain sonnant et une cymbale retentissante.

Or, je vous demande, mes Frères, ce sentiment de douleur sur le peu d’usage que vous avez fait jiis(|u’ici de tant d’inslructious entendues, vou-s est-il même connu? La seule pompe extérieure que voits portez ici, fimunes du monde, nous annonce-t-elle cette disposition? Les mêmes soins d’indécence et de vanité qui vous préparent aux spectacles profanes, ne vOus conduisent-ils pas ù nos iaslniclions où le monde est comlamné? Y faites-vous quelque différence? et ne semide-t-il t>as ou (]tie nous devons vous y annoncer les maxinks insenséesdes théâtres, ou que vous n’y venez vous-même que p«uir insulter par un appareil indécent, mênic selon le inonde, aux saintes maximes de l'Evangile?

Mais que dis-je, mon cher Auditeur? Loin de vous reproclicr tant de vérités jusqu’ici entendue.s .sans fruit , hélas ! vous vous savez peut-être lH>n gré d’y être insensible; pe ut-être vous faites-vous une espèce de force et de vanité déplorable de nous (icouier de sang-froid; vous regardez peutêtre comme un bon air et une sujk-tîoi ité d’esprit, que ce (jui louche tous les autres vous laisse tout seul calme et tranquille; vous faites peut-être ostentation de votre Insensibilité : il semble que ce seroil une foiblesse à vous d’être sensible à des

PREMIER DIMANCHE DE CARftME.

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vt^rilés qui tiîoinpIiîTcnt aiili-crois des philosophes et des césars; â des vériU^ descendues du ciel, et qui portent avec elles des caractères si divins d*élé> vaiion et de sai^sse ; à des vérités qui font tant d*honneiir à Tliomnie , et les seules dignes de la raison ; à dfs vérius si consolantes pour le cœur, et seules capables de porter la paix ét la tranquillité aii'dedans de nous-mêmes; à des vérités enün, j qui nous proposent de si grands intérêts, et pour | lesquelles on ne peut être indifférent sans fureur et sans extravagance. Vous vous vantez du peu de \ succès de notre zèle, et que tous nos discours vous laissenttels qu’ils voiistrouvent; et vous croyez par-là faire lionneur à votre raison. Je ne vous dis pas que vous vous vantez d'être dans ce fond de l’abimc , et dans cet état de réprobation , où il n'est presque plus de ressource, ce qui est digne en même temps d’horreur et de pitié : mais je vous dis que la marque même la plus sûre d'un esprit frivole et léger, d'une raison médiocre et bornée, < d’un cœur mal fait et incapable de grandeur et d’élévation, c'est de ne trouver rien qui frappe, qui étonne, qui satisfasse, qui inléresse dans les vérités si sages et si sublimes de la morale de Jésus- Christ.

Car du moins les péclietirs d'un autre caractère conservent encore un reste de respect, et une certaine sensibilité pour la vérité, qui sulisiste avec une vie d’ailleurs criminelle , mais qui est toujours la marque d’iui bon rmiir, d’un cœur à qui il reste encore du goût pour le bien , d’une raison sensée; qui quoique enlraliié par le monde cl par les passions, sait se rendre justice, sent encore la force de la vérité qui la condamne , et laisse en nous des ressources de salut et de repentir. Ces péchenrs conviennent du moins que nous avons raison : ils ne changent rien à leurs mœurs, il est vrai; mais du moins la vérité les loudie, les trouble, les agite , excite en eux de foibles désirs de salut , et des espérances d’une conversion à venir : ils sont fâchés même de se trouver trop seitsibles aux terreurs de la foi : ils craignent presque de nous entendre, de peur de |»erdre cette fausse tranquillité, qui fait toute ia douceur de leurs crimes: ils cherchent , au .sortir de nos discours, à se dissiper pour égayer un fonds de trouble et de tristesse, que les vérités entendues ont laissé dans leur ame ; ils vont aussitôt |>orter an milieu du monde et des plaisirs l’aiguillon secret que la parole de Dieu a laissé dans leur cœur , a/ln d'y trouver une main tlalleuse qui l’arrache, et qui renferme la plaie d’où devoit sortir leur guérison : ils craignent qu'on ne ' brise leurs fers : ils tournent la tête pour ne pas voir la lumière qui vient troubler la douceur de

leur sommeil. Ils aiment leurs |>assions, je l'avoue, mais du moins ils n'insiilleiit pas à la vérité ; au contraire , ils rendent gloire à .sa puissance en se faisaut des remparts contre elle : ce sont des pécheurs foibles , qui , craignant de ne pouvoir se défendre contre Dieu , le fuient et l’évitent. Mais pour vous, vous vous faites une gloire affreuse de l’aUendrc de sang-froid , et de ne pas le craindre ; vous trouvez de l'élévation et de la philosophie à vous mettre au-dessus de ces terreurs vulgaires; vous croyez qu’une crainte religieuse déslioiioreroit l'orgueil de votre raison ; et tandis qu'en secret vous êtes l'ame la plus lâche et la plus timide, la plus abattue au premier péril qui vous menace, la moins ferme contre les événements, la plus agiti^ au gré des espérances et des craintes frivoles delà terre, vous vous piquez de courage contre la vérité : c’est-à-dire, vous avez tout ce qu’il y a de bas et de vulgaire dans la crainte, K vous rougissez d’en avoir ce qu'il y a de grand et de raisonnable; vous n’avez point de force contre le monde , et vous faites parade d'une valeur insensée contre Dieu.

Seconde disposition qui doit vous conduire à nos instructions, une douleur sur le peu de fruit que vous en avez retiré jusqu’ici. La dernière , c’est un sentiment de reconnoissance sur ce moyen de salut que Dieu vous ménage en vous consenant le dépôt de la vérité , et continuant au milieu de vous la succession des ministres seuls autorisés à vous annoncer la parole sainte.

En effet, le plus terrible cliôtimcnt dont Dieu frappoit autrefois les iniquités de son peuple , c'étoil de rendre au milieu d’eux sa parole rare et précieuse. lU parcourront, dit-il dans son prophète ( Amos, VIII ,12), de l’orient à l’occident , pour cliercher queU|u’un qui leur annonce ma parole , et ils ne le trouveront pas. Et non seulement il ne suscitoit plus de véritable prophète dans Israël , mais il permettoit qu’il s’élevât au milieu de son peuple de faux docteurs, qui détoumoient les tribus de son culte , et veiioient leur prêcher des dieux que leurs pères n’avoient pas connus.

Or , c’est une miséricorde de Dieu bien signalée, mes l'rères, que malgré les iniquités qui semblent montées à leur comble parmi vous , il vous suscite encore des prophètes et des pasteurs qui vous annoncent une parole saine et irrépréhensible. C’est une protection du Seigneur bien singulière, de n'avoir pas permis que l’erreur ait prévalu sur la vérité au milieu de nous , comme parmi tant de peuples voisins de cette monarchie, et que l'étincelle du schimieet de la nouveauté , qui s'éleva le siècle passé, et qui pensa embraser tome l'Eii-

SlIK LA PAROLE DE DIEU.

rope, n’ail {wia tout son lH*riiaire, et succédé daiisnos Gaules, uù elle semblüit avoir pris naissance, et CKi elle avoii déjà fait de si tristes progrès , à U foi de nos pères.

Oui, mes Frères, c'est sa bonté toute seule qui a conservé la paix à ce troupeau , la liberté à notre ministère, la succession légitime à nos pasteurs, les usages ancleas et vénérables au culte, le dépôt de la doctrine et de la vérité à nos églises. Combien d'infortunés, dans les lieux où Terreur est sur le trône, trouvent aujourd'luii aux pieds des mêmes chaires où leurs ancêtres avoieiit ouï les paroles de la vie étemelle et Tévangile de paix, unedoclrine de mort , de rébellion et de mensonge? Combien d'ames séparées de Tuniié, mais dis[K> sées à recevoir la vérité et à l'aimer, ne périssent que parce qu’on leur propose Terreur revêtue des apparences de la vérité, et qu’on se sert pour les perdre de la même docilité qui auroit dû les sauver?

Eh! qu'avez-vous fait quimérilât que vous fussiez discernés de tant de nations séduites? pourquoi n'aTez-vous pas été enveloppés daas la même condamnation? pourquoi avez-vous liabité cette heureuse terre de Gessen, seule éclairée des lumières du ciel, tandis que tout le reste de Tb^ypte fut frappé de ténèbres ? N’est-ce pas lu miséricorde de Dieu toute seule qui vous a disceriKfs de tant de peuples qui s’applaudissent de leurs erreurs et de leur schisme? Vous êies encore sous les yeux de vos pasteurs; vous recevez encore la dociriiie des apôtres des mains de leurs successeurs; la vérité coule encore sur vous d'une source pure et divine ! les chaires chrétiennes retentissent encore de toutes paris des maximes de la foi et de la piété; et la bonté de Dieu vous ménage encore mille moyens de salut, en vous conservant celui de Tinstruciion et de la doctrine.

Cependant venez-vous nous écouter avec un cœur touché de reconooissauce ? Regardez-vous comme un bieufait signalé de Dieu sur vous le dépôt de la vérité et de la parole sainte qu'il vous a conservée et qu’on vous annonce encore? Ditesvous quelquefois avec le Prophète : Jl >Ten a pas usé âe même em*crs toiif de iiatioMS, auxquetles il ne daigne pas manifesier ses jugements et ses justices? (Ps. cxLvii, 20.)

Hélas! vous ne portez ici qu’un dégoût d’irréligion et de vanité; les moments les plus ennuyeux sont ceux que vous employez A écouter des vérités qui devroient faire toute la consolation de votre vie : vous êtes fâches que la religion du maître vous en fasse une espèce de devoir et de bienséance. Nous sommes même obligés de respecter

vos ennuis et vos dégoiiLs, en mêlant souvent à la vérité des ornements humains qui toujours TafTcHhlissenl : il semble que nous venons ici vous parler pour nous; et vous nous écoutez comme des importuns qui viendi oient vous demander des grâces. Au milieu d'un spectacle profane, vous n’avez point de regret aux moments que des plaisirs si frivoles occupent : c’est là que toutes les pensées d’affaires, de fortune, de famille cessent; et que tout le reste oublié , l'esprit né pour des choses plus sérieuses se repaît avidement d’aventures chimériques : c'est de là qu'on sort toujours plein, occupé, transporté des maximes lascives qu’un Uiéâlre criminel a chantées. On en repasse les endroits qui ont fait sur le cœur des impressions plus dangereuses; on en porte Je souvenir jusqu’aux pieds des autels. Ces images, si fatales à Tiimo* cence , ne peuvent plus s^effacer ; et au sortir de la parole saint.e , tout ce (]ue vous en avez retenu , ce sont peut-être les défauts de celui qui vous Ta annoncée.

Mes Frères, Dieu ne punit plus d’une manière sensible le mépris de sa paroje. Il pourroit encore sans doute transporter son Évangile au milieu de ces nations barbares qui n’ont jamais entendu parler de lui, et abandonner de nouveau son héritage: U pourroit tirer du fond de leurs déserts des peuples féroces et infidèles , et leur livrer nos temples et nos foyers, comme il leur livra autrefois ces églises si célèbres , que les Terlullien , les Cyprien, les Augustin, avoient illustrées, et où il ne reste plus maintenant de trace de clirUtianisme, que dans les outrages que Jésus-Christ y reçoit, et dans les fers dont les fidèles y sont cliargés : il le pourroit; mais il se venge plus secrètement, et peut-être plus terriblement. Il vous laisse encore le spectacle et tout Tappareil extérieur de la prédication de TÉvangiie ; mais il en détourne le fruit sur les simples et sur les ignorantsqui habitent les campagnes; les terreurs de la foi ne sont plus que pour eux. Il ne retire plus ses prophètes du milieu des villes; mais il leur ôte, si j’ose parler ainsi, la force et la vertu de leur ministère; il frappe ces uuées saintes d’aridité et de sécheresse : il vous en suscite qui vous rendent la vérité belle, mais qui ne vous la rendent pas aimable; qui vous plaisent, mais qui ne vous convertissent pas ; il laissé anbiblir dans nos bouches les saintes terreurs de sa doctrine : il ne tire plus des trésors de sa miséricorde de ces hommes extraordinaires suscités autrefois dans les siècles de nos pères, qui renouveloient les villes et les royaumes, qui entralnoient les grands et le peuple, qui cliangeoient les palais des rois en des maisons de pénitence ^ des Bernard

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