PREMIÈRE PARTIE
Ce n'est pas d'aujourd'hui que les hommes s'en prennent à Dieu même de leurs dérèglements, et tâchent de rendre sa sagesse et sa bonté responsables de leurs foiblesses injustes. On peut dire que cet aveuglement entre dans le monde avec 1- pèche. Le premier homme ne chercha point ailleurs l'ev use de son crime : et loin d'apaiser. par un humble aveu de sa inisere. le Seigneur auquel il venoit de désobéir, il l'accusa d'avoir été lui-même, en l'associant à la femme, la cause de sa désobéissance.
Et voilà, mes Frères, l'illusion de presque toutes les âmes qui virent dans le crime, et qui renvoient à l'avenir la conversion que Dieu demande d'elles. Elles nous redisent sans cesse que la conversion ne dépend pas de nous; que c'est au Seigneur a changer leur cœur, et à leur donner la foi et la grâce qui leur manquent. Ainsi elles ne se contentent pas de l'irriter en différant de se convertir, elles 1 insultent même en l'accusant de leur endurcissement et du délai de leur pénitence. Confondons auiourdhui l'égarement et 1 impiété ck
n TROISIÈME DIMANCHE DE LAVENT.
cette disposition ; et pour rendre Famé criminelle plus inexcusable
dans son impénitence, ôtons-lui-en du moins le prétexte.
Vous nous dites donc, en premier lieu, que vous vous convertiriez si vous aviez la foi, si vous étiez bien persuadé de la religion ; mais que la foi est un don de Dieu, que vous l'attendez de lui seul, et que , dès qu'il vous l'aura donnée, il ne vous en coûtera pas beaucoup de commencer toutde bon et de prendre votre parti. Premier prétexte . on n'a pas la foi, et c'est à Dieuseul à la donner.
Mais je ne vous demande pas d'abord : Commentl'avez-vous donc perdue, cette foi si précieuse? Vous l'aviez reçue dans votre baptême ; une éducation chrétienne l'a voit conservée dans votre cœur; elle avoit crû avec vous ; c'étoit un talent inestimable que le Seigneur vous avoit confié, en vous discernant de tant de nations infidèles, et en vous marquant du sceau du salut au sortir du sein de votre mère. Qu'avez- vous donc fait du don de Dieu? quia effacé de dessus votre front ce signe d'élection éternelle? N'est-ce pas le dérèglement des passions, et les ténèbres, qui en ont été la juste peine ?Doutiez-vous de la foi de vos pères avant que d'être impudique et dissolu? N'est-
guide
quoi vous en prenez-vous donc à Dieu de la dissipation que vous avez faite de ses grâces? C'est à lui à vous redemander son propre don , à vous faire rendre compte du talent qu'il vous avoit confié; à vous dire: Serviteur injuste et ingrat, qu'avois-je fait pour les autres que je n'eusse fait pour vous? J'avois embelli votre ame du don delà foi, et du caractère de mes enfants: vous avez jeté cette pierre précieuse devant des animaux immondes ; vous avez éteint la foi et la lumière que j'avois mise au-dedans de vous : je l'ai conservée long-temps, malgré vous-même, dans votre cœur ; jel'ai fait survivre à tous les efforts impies que vous avez faits pour l'éteindre, parce qu'elle étoit devenue incommode à vos désordres : vous savez ce qu'il vous en a coûté pour secouer le joug de la foi, et en venir au point où vous êtes ; et ce terrible état , qui est la plus juste peine de vos crimes , en deviendroit aujourd'hui la seule excuse? Et vous dites que ce n'est pas votre faute que de manquer de foi , puisqu'elle ne dépend pas de l'homme, vous qui avez eu tant de peine à l'arracher du fond de votre ame ? Et vous prétendez que c'est à moi à vous la donner, si je veux que vous me serviez, moi qui vous la redemande, rt qui ai tant lieu de me plaindre que vous l'ayez perdue? Entrez en jugement avec votre Seigneur; et justifiez- vous, si vous avez quelque chose à lui répondre.
Et pour mieux vous faire sentir, mon cher auditeur, toute la foi- HiQNfl de ce prétexte : vous vous plaignez que vous manquez de foi ; vous dites que vous souhaiteriez de l'avoir; que rien n'est plus heureux que d'été vivement persuadé, et que rien ne coûte dans cet
état : mais sî vous souhaitez d'avoir la foi ; si vous croyez que rien n'est plus heureux que d'être véritablement convaincu des vérité? du salut et de l'illusion de tout ce qui se passe ; si vous enviez la destinée des âmes qui sont parvenues à cet état souhaitable-, si cela est , voilà donc la foi que vous attendez, et que vous croyez avoir perdue. Que vous faut-il connoître encore de plus pour finir une vie criminelle, que le bonheur de ceux qui en sont sortis pour travailler à leur salut? Vous dites que vous souhaiteriez avoir la foi : mais vous l'avez dès que vous la croyez digne d'être souhaitée ; du moins vous en avez assez pour connoître que le plus grand bonheur de l'homme est de tout sacrifier à ses promesses. Or les âmes qui reviennent tous les jours à Dieu n'y sont pas attirées par d'autres lumières ; les Justes qui portent son joug ne sont pas soutenus et animés par d'autres vérités : nous-mêmes, qui le servons , n'en connoissons pas davantage.
Cessez donc de vous séduire vous-même, et d'attendre ce que vous avez déjà. Ah ! ce n'est pas la foi qui vous manque, c'est la volonté de remplir les devoirs qu'elle vous impose ; ce ne sont pas vos doutes qui vous arrêtent, ce sont vos passions. Vous ne vous connoissez pas ▼ous-même, vous êtes bien aise de vous persuader que vous manquez de foi, parce que ce prétexte que vous opposez à la grâce est moins humiliant pour l'amour-propre , que celui des vices honteux qui vous retiennent. Mais remontez à la source; vua doutes ne sont nés que de vos dérèglements : réglez donc vos mœurs, et la foi ne vous offrira plus rien que de certain et de consolant ; soyez chaste, pudique, tempérant, et je vous réponds de la foi que vous croyez avoir perdue ; vivez bien, et il ne vous en coûtera plus rien de croire.
Et une preuve que je vous dis vrai, c'est que si, pour revenir à Dieu , il ne devoit vous en coûter que de soumettre votre raison à des mystères qui nous passent ; si la vie chrétienne ne vous offroit poi nt d'autres d ifficul lés que certai nés contradictions apparentes, qu'il faut croire sans les pouvoir comprendre; si la foi ne proposoit point de devoirs pénibles à remplir ; si, pour changer de vie , il ne falloit pas renoncer aux passions les plus vives et aux attachements les plus chers ; si c'étoit ici une affaire purement d'esprit et de croyance, et que le cœur et les penchants n'y souffrissent rien, vous n'auriez plus de peine à vous rendre : vous regarderiez comme des insensés ceux qui mettroient en balance des difficultés de pure spéculation, qu'il n'en coûte rien de croire, avec une éternité malheureuse qui, au fond, peut devenir le partage des incrédules. La foi ne vous paroît donc difficile que parce qu'elle règle les passions, et non parce qu'elle propose des mystères. C'est donc la sainteté de ses maximes qui vous révolte , plutôt que l'incompréhensibilité de ses secrets : vous êtes donc corrompu ; mais vous n'êtes pas incrédule.
Et en effet , malgré vos doutes prétendus sur la foi , vous sentez que l'incrédulité déclarée est un parti affreux; vous n'oseriez vous
y fixer : c'est un sable mouvant sous lequel vous entrevoyez mille précipices qui vous font horreur, où vous ne trouvez point de consistance, et où vous n'oseriez marcher d'un pied ferme et assuré. Vous dites tous les jours vous-même qu'on ne risque rien en se donnant à Dieu ; qu'au fond , quand il ne seroit pas si certain qu'il y auroit quelque chose après cette vie , l'alternative est trop affreuse pour ne pas prendre des mesures ; et que , dans une incertitude même effective des vérités de la foi, le parti de l'homme de bien seroit toujours le plus sûr et le plus sage. Votre état est donc plutôt une irrésolution vague d'un cœur agité, et qui craint de rompre ses chaînes, qu'un culte réel et effectif sur la foi, et une crainte que vous ne perdiez vos peines en lui sacrifiant vos plaisirs injustes : vos incertitudes sont donc plutôt des efforts que vous faites pour vous défendre contre un reste de foi qui vous éclaire encore en secret, qu'une marque que vous l'ayez perdue. Ne cherchez donc plus à vous convaincre ; travaillez plutôt à ne plus combattre la conviction intérieure qui vous éclaire, et qui vous condamne. Revenez à votre cœur, réconciliez-vous avec vous-même , laissez parler une conscience qui plaide encore sans cesse au dedans de vous pour la foi , contre vos propres dérèglements ; en un mot écoutez-vous vous-même, et vous serez fidèle.
Maison convient, direz-vous,que s'il ne falloit que croire, il n'en coûteroit pas beaucoup. C'est ici un second prétexte des pécheurs qui diffèrent : c'est la grâce qui manque , et l on attend ; la conversion n'est pas l'ouvrage de l'homme, et c'est à Dieu seul à changer le cœur. Or je dis que ce prétexte , si vulgaire, si souvent répété dans le monde, est dans la bouche presque de tous ceux qui vivent dans le crime : si nous considérons le pécheur qui l'allègue , il est injuste ; si nous avons égard à Dieu à qui il s'en prend , il est téméraire et ingrat; si nous l'examinons en lui-même, il est insensé et insoutenable.
Premièrement ; si nous considérons le pécheur qui l'allègue, il est injuste ; car vous vous plaignez que Dieu ne vous a pas encore touché, que vous ne sentez aucun goût pour la dévotion , et qu'il faut attendre que le goût vienne pour changer de vie : mais , plein de passions comme vous êtes, êtes vous raisonnable d'attendre et fl' exiger que Dieu vous fasse sentir un grand goût pour la pieté? Vous voulez que votre cœur, encore plongé dans le désordre , sente les douceurs et les attraits chastes de la vertu ! Vous ressemblez à un homme qui ne se nourriroit que de fiel et d'absinthe, et qui se plaindrait après cela qu'il trouve tout amer. Vous dites que c'est à Dieu à vous donner du goût pour son service , s'il veut que vous le serviez, vous qui abrutissez tous les jours votre cœur par des excès indignes, vous qui mettez tous les jours um n/wva chaos entre Dien et vous par de nouveaux dérèglements; vou * e \u qui achevez d'éteindre tous les jours dans votre ame, par d'; nouvelles
débauches, ces sentiments mêmes de vertu naturelle, ces impressions heureuses d'innocence et de régularité nées avec nous, qui auroient pu servir à vous rappeler à la vertu et à la justice ! O homme , n'étes-vous donc injuste que lorsqu'il s'agit d'accuser la sagesse et la justice de votre Dieu ?
Mais je dis plus : quand Dieu opéreroit dans votre cœur ce goût et ces sentiments de salut que vous attendez , dissolu et corrompu comme vous êtes, sentiriez-vous seulement l'opération de sa grâce? Quand il vous appelleroit, l'entendriez- vous, dissipé comme vous êtes par les plaisirs dune vie toute mondaine ? Quand il vous toucheroit, ce sentiment de grâce auroit-il quelque suite, pour votre conversion, éteint qu'il seroit d'abord par la vivacité et l'emportement des pas* sions profanes? Et, en effet, il opère encore dans votre cœur, ce Dieu plein de longanimité et de patience ; il répand encore au-dedans de vous les richesses de sa bonté et de sa miséricorde. Ah ! ce n'est pas sa grâce qui vous manque ; mais vous la recevez dans un cœur si plein de corruption et de misère, qu'elle n'y fait rien, pour ainsi dire, qu'elle n'y excite rien : c'est une étincelle de feu qui tombe dans un abîme de boue et de puanteur, et qui s'éteint dans le moment même qu'elle est tombée.
Rentrez donc en vous-même, mon cher auditeur, et comprenez toute l'injustice de vos prétextes. Vous vous plaignez que Dieu vous manque , et que vous attendez sa grâce pour vous contenir ; mais est-il un pécheur dans la bouche de qui cett** plainte soit plus injuste que dans la vôtre? Rappelez ici tous le cours de votre vie, suivez depuis le premier âge jusqu'aujourd nui. Le Seigneur vous a voit prévenu dès votre enfance de ses bénédictions , il avoit mis en vous un naturel heureux, une ame bonne , et toutes les inclinations les plus favorables à la vertu ; il vous avoit ménagé , dans l'enceinte même d'une famille, des secours et des exemples domestiques de foi et de piété. Les miséricordes du Seigneur ont été encore plus loin : il vous a préservé de mille périls ; il vous a fait survivre à des occasions où les malheurs de la guerre ont vu périr àvos côtés vos amis, et peut-être les complices de vos désordres; il n'a pas épargné, pour vous ramener à lui , les afflictions , les dégoûts et les disgrâces ; il vous a enlevé les objets criminels de vos passions , dans le temps que votre cœur y tenoit plus fortement ; il a conduit votre destinée avec tant de miséricorde , que vos passions ont toujours été traversées de mille obstacles , que vous n'avez jamais ju parvenir à l'accomplissement de tous vos souhaits criminels, et qu'il a toujours manqué quelque chose à votre bonheur injuste ; il vous a formé des engagements et des devoirs sérieux, qui vous ont imposé malgré vous l'obligation d'une vie sage et réglée devant les hommes ; il n'a pas permis que votre conscience se soit endurcie dans le dérèglement, et vous n'avez jamais pu réussir à calmer vos remords, et à vivre tranquille dans le crime ; il n'y a pas eu de jour où vous M. I. 7
n'ayez senti le vide do monde et l'horreur de votre état ; au milieu même de vos plaisirs et de vos excès, la conscience s'est réveillée, et vous n'avez calmé vos inquiétudes secrètes qu'en vous promettant
vous donné
tache au vêtement, pour ronger sans cesse votre cœur, et vous faire de l'importunité de sa morsure un remède salutaire. A l'heure même que-je vous parle, il opère au-dedans de vous, et ne met dans ma bouche ses vérités saintes,et ne m'envoie ici vous les annoncer,que pour vous rappeler peut-être vous seul. Qu'est donc votre vie tout entière, qu'un enchaînement de grâces? Qui êtes-vous vous-même, qu'un enfant de dilection et l'ouvrage des miséricordes du Seigneur? Injuste que vous êtes! et vous vous plaignez après cela que sa grâce tous manque, vous sur qui seul le Seigneur semble jeter des regards sur la terre, vous dans le cœur de qui il opère si continuellement, comme s'il n'avoit que vous seul à sauver de tous les hommes, vous pour qui seul il semble ménager la plupart des événements qui arrivent autour de vous ; vous, en un mot, dont tous les moments sont de nouvelles grâces, et dont le plus grand crime sera d'en avoir trop reçu, et d'en avoir toujours abusé !
Mais pour achever de vous confondre, sur quoi vous fondet-vous pour nous dire que la grâce vous manque? Vous le dites, sans doute, parce que vous sentez qu'il vous en coûteroit trop, dans l'état où vous êtes, pour revenir à Dieu. Mais vous croyez donc qu'avoir la grâce, c'est se convertir sans qu'il en coûte rien, sans qu'on se fasse aucune violence, sans s'en apercevoir presque soi-même? Voua croyez donc qu'avoir la grâce, c'est n'avoir plus de passions à combattre, plus de chaînes à rompre, plus de tentations à surmonter; que c'est renaître par la pénitence , sans pleurs, sans douleur, sans difficulté ? Ah! je vous réponds que sur ce pied-là vous ne l'aurez jamais, cette grâce chimérique ; car il vous en coûtera toujours pour vous convertir ; il faudra toujours , quelle que puisse être la grâce , faire des efforts héroïques, réprimer vos penchants, vous arracher aux objets les plus chers, etsacriûer tout ce qui vous captive encore. Voyez s'il n'en coûte rien à ceux qui reviennent tous les jours à Dieu ; et cependant ils ont la grâce, puisque c'est elle qui les délivre et change leur cœur. Informez-vous d'eux si la grâce aplanit tout, facilite tout, si elle ne laisse plus rien à souffrir à l'amour-propre. Demaudez-leur s'ils n'ont pas eu mille combats à soutenir, mille obstacles à vaincre, mille passions à modérer; et vous saurez si avoir la grâce, c'est se convertir sans y mettre rien du sien. Voyez s'il n en coûta rien autrefois à Augustin : quels efforts pour s'arracher *ab0Qei P01"" romPre ,a chatoe de fer qui lioit sa volonté rebelle! ^cependant en quel cœur la grâce opéra-t-eile jamais avec plus «■^^•^'etd«forwqiWdAMleikm?Ucooverfkm«rtdo^usj
sacrifice pénible,un baptême laborieux,un enfantement douloureux, une victoire qui suppose des combats et des fatigues. La grâce les adoucit, je l'avoue, mais elle ne fait pas qu'on n'ait plus à combattre; et si, pour changer de vie, vous attendez une grâce de cette nature, je vous déclare qu'il n'y en eut jamais , et que c'est être résolu de périr, que d'attendre si follement son salut et sa délivrance.
Mais si le prétexte du défaut de la grâce est injuste du côté du pécheur qui l'allègue, il n'est pas moins téméraire et ingrat par rapport à Dieu, à qui il s'en prend.
Car vous dites que Dieu est le maître, et que, lorsqu'il voudra de vous, il saura bien vous trouver. C'est-à-dire que vous n'avez qu'à le laisser faire tout seul, et que, sans que vous vous meltiezen peine de votre salut, il saura bien, quand il voudra, changer votre cœur ; c'est-à-dire que vous n'avez qu'à passer agréablement la vie dans les plaisirs et dans le crime et que, sans que vous vous en mêliez, sans y penser seulement, sans apporter, à la conversion que vous attendez , d'autres dispositions qu'une vie entière de désordres et de résistances éternelles à sa grâce, il saura bien vous prendre quand son moment sera venu; c'est-à-dire que votre salut, cette grande affaire, cette unique affaire que vous avez sur la terre, n'est plus votre affaire, et que leSei eneur, qui ne vous a donné à conduire que celle-là , qui vous ordonne de la préférer à toutes les autres, de les négliger toutes pour vaquer à celle-là toute seule, vous en a pourtant absolument déchargé , pour la prendre tout entière sur lui seul. Montrez-nous donc cette promesse dans quelque nouvel Évangile ; car vous savez qu'on ne la trouve pas dans celui de Jésus- Christ. Le pécheur, dit un prophète, n'a rien que d'insensé à répondre pour se justifier, et son cœur prend de mauvaise foi le parti de ses crimes contre Dieu même : Stultus fatua loquetur, et cor ejusfaciet iniquitatem, ut perficiat simulationem, et loquatur ad Dominumfraudulenter ( Is., xxxn , 6 ).
Enfin, ce prétexte est insensé en lui-même. Car vous dites que la grâce vous manque ; je vous ai déjà répondu que vous vous trompez ; que, si vous êtes de bonne foi , vous devez reconnoître que la grâce ne vous a pas manqué; que vous avez ressenti plus d'une fois ses impressions salutaires ; qu'elle auroit triomphé de vos passions , si votre dureté et l'impénitence de votre cœur n'y avoient toujours opposé une résistance opiniâtre; que Dieu, qui veut que tous les hommes soient sauvés , qui n'a tiré du néant des créatures raisonnables qu'afin qu'elles le louent, le bénissent, le glorifient; en un mot , qui ne nous a faits que pour lui , vous a ouvert à vous , mon cher auditeur, comme à tant d'autres pécheurs, mille voies de conversion qui vous auroient amené infailliblement dans le droit chemin, si vous n'aviez pas fermé l'oreille à sa voix lorsqu'il vous appeloit La grâce vous manque , dites-vous : eh bien ! que prétendez-vous par-là ? Seroit-ce de donner à entendre que Dieu qui est notre père,
100 TK01S1ÈME DIMANCHE DE L'AVËNT.
et dont nous sommes les enfants ; qui a pour nous une affection qui surpasse iuûuimenlcelledelamèrela plus tendre pour un fils unique, qu'un Dieu si bon nous laisse , faute de secours, dans l'impossibilité Je faire le bien? Mais pensez- vous qu'un tel langage seroit un blasphème contre la sagesse de Dieu, et la justification de tous les crimes ? Ignorez- yous donc que quelque plaie qu'ait faite à notre liberté la ( iiute d'Adam, elle nous l'a pourtant encore laissée ; qu'il n'y auroit plus de lois et de devoirs imposés à l'homme, s'iln'avoit pas le pouvoir réel et véritable de les accomplir; que la religion, loin d'être un secours et une consolation, ne seroit plus qu'un désespoir et un I iêge; que si, malgré tous les soins que Dieu a de notre salut, nous IPiïssons, c'est toujours la faute de notre volonté, et non pas le défaut de sa grâce; que nous sommes tout seuls les auteurs de notre nerle et de nos malheurs ; qu'il n'a tenu qu'à nous de les éviter; et jue mille pécheurs, nayantpas plus de grâces et de secours que nous, ont rompu leurs chaînes, et rendu gloire à Dieu et à ses miséricordes par une vie toute nouvelle?
Mais quand ces vérités de la foi seroient moins sûres, et qu'il seroit vrai , mon cher auditeur, que la grâce vous manque, il seroit donc v rai que Lieu vous a abandonné tout à fait , que vous êtes marqué d'un caractère de réprobation, et que votre état ne sauroil être pire. Car, n'avoir point de grâce, c'est la plus terrible de toutes les situalions, et le préjugé le plus certain d'une condamnation éternelle. Et cependant c'est cette pensée affreuse elle-même qui vous rassure , qui justifie à vos yeux votre tranquillité dans le crime, qui vous fait différer votre conversion sans trouble, sans remords, qui sert même d'excuse à vos désordres : c'est-à-dire que vous êtes ravi de ne la point avoir, cette grâce précieuse; que vous vous dites avec complaisance à vous-même : Dieu ne veut point encore de moi ; je n'ai qu'à vivre, en attendant, tranquillement dans le crime; sa grâce ne viendra pas encore si tôt : c'est-à-dire que vous ne la souhaitez pas, et que vous seriez même fâché qu'elle vînt rompre des chaînes que vous aimez encore N'avoir pas la grâce devroit être pour vous le motif le plus effrayant, le plus puissant, pour sortir de votre état déplorable, et c'est le seul qui vous calme et qui vous arrête.
D'ailleurs, plus vous différez, moins vous en aurez de grâce; car, plus vous différez, plus vos crimes se multiplient, plus Dieu s'éloigne de vous: ses miséricordes s'épuisent, ses moments d'indulgence s'écoulent, votre mesure se remplit, le terme terrible de son indignation approche ; et s'il est vrai que vous n'ayez pas assez de grâce aujourd'hui pour vous convertir , vous n'en aurez pas assez dans quelque temps pour comprendre même que vous ayez besoin de conversion et de pénitence.
Ce n'est donc pas à la grâce qu'il faut vous en prendre, c'est à vous-même. Augustin, dans ses foibles désirs de conversion, s'en l'ienoit-il au Seigneur, du délai de sa pénitence? Ah ! il n'en cher-
choit pas la raison ailleurs que dans la foiblesse et le dérèglement de son cœur. Je traînois, dit- il lui-même, un cœur malade et déchiré de remords, n'accusant que moi seul de mes malheurs, et des délais que j 'apportais à une vie nouvelle. Sic œgrotabam, et excruciabar^ accusans memetipsum ( Confess., /. vm , ch. n, n. 1 ). Je me roulois dans mes propres chaînes sans faire aucun effort, comme si elles avoient dû se rompre d'elles-mêmes : Volvensacversansme in wiculomeo, donec abrumperetur totum{Ibid.). Pour vous, Seigneur, vous ne cessiez de châtier mon cœur par des amertumes secrètes , y opérant sans cesse , par une sévérité miséricordieuse , des remords cuisants qui troubloient toute la douceur de ma vie : Et instabas tu in occultis meis. Domine , severd misericordid flagella ingeminas timorisetpudoris{Jbid.). Cependant les amusements du monde, que j'avois toujours aimés et que j'aimois encore, me retenoient : Retinebant me nugœ nugarum antiquœ amicœmeœ (Ibid., I. xm, ch. n «.26) ; et ils me disoient tout bas : Yousallez donc renoncera tous les plaisirs ? Dimitnsne ??r< ( Ibia. ) ? Dès ce moment vous allez dire adieu pour toujours à tout ;cqui o lai* iusqu'ici tout l'agrément de votrr vie? A * itentois'n, ne enmus tecum ultra in œternum {Ibid.)? Qu^i ! désor^ air in vous sera »^us permis de voir les personnes qui vous ont étr ic* plus chères il faudra vous séparer de vos amis de plaisir, v* îs baT jr oe *eu~~ issemblées, vous interdire les joies les plus irnocentes, et » 'tes les douceurs de la société? Amomentoisto,non1 >ihceb. locetlh ultra in œternum(Ibid.)? Mais croyez- vous jouvoir soutenir l'ennui d'une vie si triste, si vide, si unie, si différente ^e celle que vous avez jusqu'ici menée? Putasnc sine istis poteris { Confess., I vin, ch. n, n. 26.)?
Voilà où ce pécheur, à demi touché, trouvoit les raisons de ses délais et de ses résistances, dans la crainte de renoncer à ses passions, et de ne pouvoir soutenir la démarche d'une nouvelle vie, et non dans le défaut de la grâce : et voilà précisément où vous en êtes, et ce que vous dites tous les jours en secret à vous-même.
Car, après tout, supposons que la grâce vous manque, qu'en concluez-vous? Que les crimes où vous vous plongez tous les jours, si la mort vous surprend dans cet état déplorable, ne vous damneront pas ? Vous n'oseriez le dire. Que vous n'avez qu'à vivre tranquille dans vos désordres, en attendant que Dieu vous touche et que la grâce vous soit donnée? Mais il est extravagant d'attendre la grâce, en s'en rendant tous les jours indigne. Que vous n'êtes pas coupable devant Dieu du délai de votre conversion, puisqu'elle ne dépend pas de vous? Mais tous les pécheurs qui diffèrent et qui meurent impénitents seroient donc justifiés, et l'enfer ne seroit plus que pour les Justes qui se convertissent? Que vous ne devez plus vous occuper de votre salut; et le laisser au hasard, sans vous en mettre en peine? Mais c'est le parti du désespoir et de l'impiété. Que le moment de votre conversion est marqué, et qu'un peu plus ou un peu moins de dérèglement
m TROISIÈME DIMANCHE DE LAVENT, ne l'avancera ou ne le reculera pas d'un instant? Mais vous n'avez donc qu'à vous percer le cœur d'un glaive, ou vous aller précipiter au milieu des ondes, sous prétexte que le moment de votre mort est marqué et que cette témérité ne le hâtera et ne le retardera pas d'un seul instant. O homme , s'écrie l'Apôtre en répondant à la folie et à l'impiété de ce prétexte, est-ce ainsi que vous méprisez les richesses de la bonté de votre Dieu ? Ignorez- vous que sa patience à souffrir vos désordres, loin de les autoriser, doit vous rappeler a la pénitence? et cependant c'est sa longanimité même qui vousrassure dans le crime, et , par l'endurcissement de votre cœur, vous amassez un trésor abondant décolère pour le jour terrible qui vous surprendra, et où il sera rendu à chacun selon ses œuvres.
L.. seule conséquence sensée qu'il vous seroit donc permis de tirer, supposé que la grâce vous manque, c'est que vous devez prier plus qu'un autre pour l'obtenir, ne rien oublier pour fléchir un Dieu irrité, et qui s'est retiré de votre cœur; vaincre par vos importunités sa résistance ; éloigner , en attendant , tout ce qui éloigne sa grâce de votre cœur, lui préparer les voies , écarter tous les obstacles qui vous l'ont rendue jusqu'ici inutile, vous interdire les occasions où votre innocence trouve toujours de nouveaux écueils, et qui achèvent de fermer votre cœur aux saintes inspirations : voilà une manière cii rétienne et sage de rendre gloire à Dieu, de confesser qu'il est le seul maître des cœurs, et que tout don vient de lui Mais de dire, comme ous dites tous les jours, sans rien changer à vos mœurs désordonnées : Quand Dieu voudra de moi , il saura bien me trouver ; c'est dire : Je ne veux point encore de lui ; je puis encore me passer de lui; je vis heureux et tranquille ; quand il me forcera, et queje ne pourr ' plus léviter, alors je me rendrai: mais, en attendant, je jouirai de ma bonne fortune, et du privilège qu'il m'accorde de ne pas me convertir encore. Quelle affreuse préparation à cette grâce précieuse pi change le cœur ! Voilà pourtant tout ce qui la fait attendre avec -on fiance à l'ame impénitente.
Tels sont les prétextes que le pécheur qui diffère sa conversion iire du coté de Dieu. Venons à ceux qu'il prend dans lui-même.
SECONDE PARTIE
il est étonnant, mes Frères, que la vie étant si courte, le moment •e la mort si incertain, tous les instants si précieux, les conversions i rans, les exemples de ceux qui sont surpris si fréquents l'avenir m terrible, on puisse se former à soi-même tant de prétextes frivoles pour différer de changer de vie. Dans tous les autres dangersqui menacent ou noire vie, ounotre honneur, ou notre fortune, les précautions sont promptes et présentes ; il n'est que le péril qui soit douteux < t éteigne : \< i le péril est certain et présent, et les précautions sont t'»t>!oars incertaine* et reculées. Il semble ou que le salut soit une tfiose arbitraire , ou que notre vie soit entre nos mains , ou que le
temps de faire pénitence nous ait été promis, ou que mourir sans l'avoir faite ne soit pas un fort grand malheur ; tous les pécheurs s'endorment tranquillement dans cette espérance qu'Us se convertiront un jour, sans travailler jamais à changer de vie. Et ce qu'il y a de plus incompréhensible dans le délai de leur pénitence, c'est qu'ils conviennent tous du besoin qu'ils ont de se convertir, du mauvais état de leur conscience ; qu'ils regardent tous comme le dernier des malheurs de mourir dans cet état funeste, et cependant qu'ils diffèrent tous d'en sortir sur des prétextes si puérils, que le sérieux même de la chaire chrétienne souffre de les réfuter et de les combattre.
L'âge, les passions, les suites d'un changement de vie qu'on craint de ne pouvoir soutenir , voilà les vains prétextes qu'on suppose à soi-même pour différer la conversion que Dieu demande de nous.
Je dis premièrement l'âge. On veut laisser passer les années delà jeunesse , à laquelle un parti aussi sérieux que celui de la piété ne paroît pas convenir : on attend une certaine saison de la vie où, la première fleur de l'âge effacée, les mœurs devenues plus sérieuses, les bienséances plus exactes , le monde moins attentif sur nous , l'esprit même plus mûr et plus capable de soutenir cette grande entreprise, on se promet à soi-même qu on y travaillera, et que rien ne sera plus capable alors de nous en détourner.
Mais il seroit naturel de vous demander d'abord qui vous a dit que vous arriverez au terme que vous vous marquez à vous-même, que la mort ne vous surprendra pas dans le cours de ces années que vous destinez encore au monde et aux passions, et que le Seigneur, que vous n'attendez que vers la fin du jour, n'arrivera pas dès le matin, et lorsque vous y penserez le moins ? La jeunesse est-elle un garant bien sûr contre la mort? Voyez, sans parler ici de ce qui arrive tous les jours au reste des hommes, si , en vous renfermant même dans le petit nombre de vos amis et de vos proches , vous n'en trouverez pointa qui la justice de Dieu ait creusé un tombeau dès les premières années de lr«ir course ; qui, comme la fleur des champs , aient séché du matin au soir , et ne vous aient laissé que le triste regret de voir éclore une vie qui a été aussitôt éteinte. Insensé ! on va peut-être au premier jour vous demander votre ame : et ces projets de conversion que vous renvoyez à l'avenir, de quoi vous serviront-ils? Et ces grandes résolutions que vous vous promettez d'exécuter un jour, que changeront-elles à votre malheur éternel , si la mort les prévient comme elle les prévient tous les jours, et ne vous laisse que le regret iuutile de les avoir en vain formées?
Mais je veux que la mort ne vous surprenne pas, et je vous demande sur quoi vous promettez-vous que l'âge changera votre cœur, et vous disposera plus que vousnel'êtes aujourd'hui à une vie nou\ elle?L'âge changea-t-il le cœur de Salomon ? ah ! c'est alors que ses dissolutions montèrent au plus haut point, et que sa honteuse fragilité ne connut plus de bornes. L'âge prépara-t-il Saûl à sa conversion? ah! c'est
alcrs i'<*ndan
aux désordres de Jézabel qu'elles parurent plus ambitieuses, plus voluptueuses, plus attenUve» à plaire que jamais. Peut-être , en avançant en âge, sortirez-vous de certaines mœurs déréglées, parceque le dégoût tout seul qui le? suit vous en aura retiré ; mais vous ne vous convertirez pas pour cela : vous ne vivrez plus dans le désordre, mais vous ne vous repentirez pas, mais vous ne ferez pas pénitence, mais votre cœur ne sera pas changé; vous serez encore mondain, ambitieux, voluptueux, sensuel ; vous vivrez tranquille dans cet état , parceque vous n'aurez plus que toutes les dispositions de ces vices, sans vous livrera leurs excès. Les années, les exemples, le long usage du monde, n'auront servi qu'à vous endurcir la conscience, qu'à substituer une indolence et une sagesse mondaine aux passions, et à effacer cette sensibilité de religion que le premier âge laisse dans l'ame, encore alors craintive eUimorée ; vous mourrez impénitent
Et si vous croyez que ce soit ici un simple mouvement de zèle, et non une vérité fondée sur l'expérience , examinez ce qui se passe tous les jours à vos yeux , voyez tuutes les âmes qui ont vieilli dans le monde, et que l'âge tout seul a retirées des plaisirs : l'amour du monde ne meurt qu'avec elles ; sous des dehors différents, et que la bienséance seule a changés, vous voyez le même goût pour le monde, les mêmes penchants, la même vivacité pour les plaisirs, un cœur jeune encore dans un corps changé et effacé. On rappelle avec complaisance les joies des premières années ; on fait revivre par l'erreur de l'imagination tout ce que l'âge et le temps nous ont ôté ; on regarde avec envie une jeunesse florissante, et les amusements qui la suivent ; on en prend tout ce qui peut encore compatir avec le sérieux de son état , on se fait des prétextes pour être encore de certains plaisirs avec bienséance, et sans s'exposer à la risée publique. Enfin , à mesure que le monde s'enfuit et nous échappe , on court après lui avec plus de goût que jamais : le long usage qu'on en a fait n'a servi qu'à nous le rendre plus nécessaire, et nous mettre hors d'état de nous en passer ; et l'âge n'a point fait encore de conversion.
Mais quand ce malheur ne seroit point à craindre, le Seigneur n'est-il pas le Dieu de tous les temps et de tous les âges? Est-il un seul de nos jours qui ne lui appartienne, et qu'il nous ait laissé pour le monde et pour la vanité? IVest-il pas jaloux même des prémices de notre cœur et de notre vie, figurées par ces prémices des fruits de In torre qun la loi ordonnoit de lui offrir? Pourquoi lui retrancheri^z-vous donc la plus belle partie de vos années, pour la consacrer ;m démon et à ses cnuvros? La vie est-elle trop longue, pour être tout entière employée à la gloire du Seigneur, qui nous l'a donnée, et qui nous enprometune immortelle? Le premier âge est-il trop précieux, pour élre consacré à mériter la possession éternelle de l'Etre souv<v
rsin ? Vous ne lui réservez donc que les restes et le rebut de vos passions et de votre vie? Et c'est comme si vous lui disiez: Seigneur, tant que je serai propre au monde et aux plaisirs , n'attendez pas que je revienne à vous et que je vous cherche ; tant que le monde voudra de moi , je ne saurois me résoudre à vouloir de vous ; quand il commencera à m'oublier, à m'échapper, et que je ut- pourrai plus en faire usage, alors je me tournerai vers vous , je vous dirai : Me voici ; je vous prierai d'accepler un cœur que le monde rejettera, et qui sera même triste de la dure nécessité où il se trouvera de se donner à vous ; mais jusque là n'attendez de moi qu'une indifférence entière et un oubli parfait ; au fond, vous n'êtes bon à servir que lorsqu'on n'est plus soi-même bon à rien ; on est sûr du moins qu'on vous trouve toujours, tous les temps vous sont les mêmes : mars le monde, après une certaine saison de la vie, on n'y est plus propre ; et il faut se hâter d'en jouir avant qu'il nous échappe, et tandis qu'il est encore temps. Ame indigne de confesser jamais les miséricordes d'un Dieu que vous traitez avec tant d'outrage ! et croyez-vous qu'alors il acceptera des hommages si forcés et si honteux à sa gloire, lui qui ne veut que des sacrifices volontaires, lui qui n'a pas besoin de 1 homme, et qui lui fait grâce lors même qu'il accepte ses vœux les plus purs et ses hommages les plus sincères ?
Le prophète Isaïe insultoit autrefois en ces termes à ceux qui adoroient de vaines idoles : Vous prenez un cèdre sur le Liban, leur di soit-il ; vous en retranchez la plus belle et la meilleure partie pour fournir à vos besoins, à vos plaisirs, au luxe et à l'ornement de vos palais, et, quand vous ne savez plus à quoi employer ce qui vous reste, vous en faites une vaine idole, et vous lui offrez des vœux et des hommages ridicules : Et dereliquoejus idolumfaciam (Is.,xliv, 19). Et * Y!iià ce que je puis vous dire ici à mon tour : Vous retranchez de votre vie les plus belles et les plus florissantes années, pour satisfaire vos goûts et vos passions injustes ; et quand vous ne savez plus quel usage faire de ce qui vous reste, et qu'il devient inutile au monde et aux plaisirs, alors vous en faites une idole, vous le faites servir à la religion , vous vous en formez une vertu fausse, superficielle, inanimée, à laquelle vous consacrez à regret les restes de vos passions et de vos désordres : Et de reliquo ejus idolum faciam. O mon Dieu ! est-ce donc là vous regarder comme un Dieu jaloux , qu'une tache légère dans les offrandes les plus pures blesse et offense, ou comme une vaine idole qui ne sentiroit pas l'indignité et la simulation des hommages qu'on lui offre ? Et de reliquo ejus idolumfaciam.
Oui , mes Frères, on ne recueille dans un âge avancé que ce qu'on a semé les premières années de la vie. Si vous semez dans la corruption, dit l'Apôtre, vous moissonnerez dans la corruption : vous le dites tous les jours vous-mêmes, qu'on meurt toujours comme on a vécu ; que les caractères ne changent point ; qu'on porte dans la vieillesse tous les défauts et tous les penchants du premier âge , et
que rien n'est plus heureux que de se former de bonne heure des inclinations louables, et de s'accoutumer, comme dit un prophète, à porter le joug du Seigneur dès une tendre jeunesse : Bonum est viro, cum portaient jugum ab adolescentid sud (Threm., m , 27). Et en effet, mes Frères, quand nous n'aurions égard qu'au repos seul de notre vie ; quand nous n'aurions point d'autre intérêt que de nous préparer même ici-bas des jours heureux et paisibles ; quel bonheur de prévenir d'avance, et d'étouffer dans leur naissance, en se tournant d'abord à la vertu , tant de passions violentes qui déchirent ensuite lecœur, et qui font tout le malheur et toute l'amertume de notre vie ! Bonum estviro, cum portaverit jugum ab adolescentid sud. Quel bonheur de n'avoir mis en soi que des idées douces et innocentes, de s'épargner la funeste expérience de tant de plaisirs criminels, qui corrompent le cœur pour toujours, qui souillent l'imagination, qui nous laissent mille image honteuses et importunes, lesquelles nous accompagnentjusquedansla vertu, survivent toujours à nos crimes, et en deviennent souvent de nouveaux elles-mêmes ! Bonum est viro, cum portaient jugum ab adolescentid sud. Quel bonheur de s'être fait, dans ses premières années , des plaisirs in nocents et tranquilles , d'avoir accoutumé le cœur à s'en contenter, de n'avoir pas contracté la triste nécessité de ne pouvoir plus se passer des plaisirs violents et criminels ; et de ne s'être pas rendu insupportable, par un long usage des passions vives et tumultueuses, la douceur et la tranquillité de la vertu et de l'innocence ! Bonum estviro, cum portaverit jugum ab adolescentid sud. Que ces premières années, passées dans la pudeur et dans l'horreur du vice, attirent de grâces sur tout le reste de la vie ! qu'elles rendent le Seigneur attentif à toutes nos voies ! et qu'elles nous rendent nousmêmes l'objet bien-aimé de ses soins et de ses complaisances paternelles ! Bonum est viro, cum portaient jugum ab adolescentid sud. Mais on convient, direz-vous, qu'il est heureux de s'être donné à Dieu de bonne heure, et d'avoir pu se préserver de tous les inconvénients de l'âge et des plaisirs. Mais on n'en est pas là : on a suivi la route ordinaire; le torrent du monde et des passions ont entraîné; on se trouve même encore actuellement dans des engagements trop vifs, et qu'il n'est point en soi de rompre; on attend une situation plus favorable; et on se promet que, lorsque la passion qui nous captive sera éteinte , on ne se rengagera plus dans de nouveaux liens, it on se rangera tout de bon au devoir et à la vertu. Second prétexte : les passions et les engagements dont on ne peut encore sortir.
Mais premièrement, cette situation plus favorable que vous attendez pour revenir à Dieu, étes-vous bien sûr qu'elle arrive? Qui vous a révélé le cours et la durée des passions qui vous arrêtent actuellement? Qui leuramarquéun terme, etleuradit, comme leSeigneuraux flots «1 une mer agitôe : Vous tiendrez jusque là ,et vous y verrez briser voire impétuosité et la fureur de vos vagues ? Usquè hue renies
(Joi,*xxvui, 11 ). Quand finiront-elles? le savez-vous? Pouvez^ vous répondre qu'elles finiront un jour, qu'elles finiront du moins avant que vous finissiez vous-même ? Seriez- vousle premier pécheur surpris dans ses passions déplorables? Tous les hommes presque qui meurent à vos yeux , ne meurent-ils pas dans ce triste état ? meurt-on autrement dans le monde? les ministres appelés au secours des mourants trouvent-ils au lit de la mort beaucoup de pécheurs qui , depuis long-temps quittes de leurs habitudes, se préparoient à ce dernier moment? Qu'y trouvons-nous, que des âmes encore liées de mille chaînes que la mort seule va dissoudre ; que des consciences inexplicables , si j'ose parler ainsi , et encore enveloppées dans le chaos d'une vie toute désordonnée ? Qu'y entendons-nous que des regrets inutiles sur cette terrible surprise, et de vaines protestations qu'on auroit pris d'autres mesures si l'on avoit pu la prévoir? Quels sont les soins ordinaires qui occupent notre ministère dans ces derniers moments? D'éclaircir des consciences, que nous ne devrions plus alors que consoler ; d'aider à rappeler des crimes, que nous ne devrions plus alors qu'exhorter à oublier; de faire expliquer au pécheur mourant ses désordres, nous qui devrions alors le soutenir et l'animer par le souvenir de ses vertus ; en un mot , d'ouvrir les abîmes de son cœur, nous qui ne devrions plus ouvrir alors à l'ame prête à se dégager de son corps, que le sein d'Abraham et les trésors d'une gloire immortelle. Voilà les tristes offices que nous vous rendrons peut-être un jour : vous nous appellerez à votre tour; et, au lieu que nous aurions dû nous consoler alors avec vous, en vous entretenant des avantages que promet au fidèle une sainte mort , nous ne serons occupés qu'à vous faire raconter les crimes de votre vie. Mais, quand vos passions n'iroient pas jusqu'à cette dernière heure, plus vous différez, plus vous jetez de profondes racines dans le crime ; plus vos chaînes forment de nouveaux replis sur votre cœur ; plus ce levain de corruption que vous portez au-dedans de vous se dilate , s'étend, aigrit et corrompt toute la capacité de votre ame. Jugez-en par le progrès que la passion a fait jusqu'ici dans votre cœur. Ce n'étoient d'abord que des libertés timides , et où , pour vous calmer, vous cherchiez encore une ombre d'innocence; ce n'étoient ensuite que des actions douteuses , et où vous aviez encore peine à démêler le crime, de la simple offense ; le désordre suivit de près, mais les excès marqués en étoient encore rares : vous vous les reprochiez aussitôt à vous-même, vous ne pouviez les porter long-temps sur la conscience, encore effrayée de son état. Insensiblement les chutes se sont multipliées ; le désordre est devenu un état fixe et habituel ; la conscience n'a plus crié que foiblement contre l'empire de la passion; le crime vous est devenu nécessaire , il n'a plus réveillé de remords; vous l'avez avalé comme de l'eau qui coule sans se faire sentir, et sans piquer d'aucun goût le palais par où elle passe. Plus vous avencez , plus le venin gagne ; plus un reste de force que la pudeur,
108 TROISIÈME DIMANCHE DE LAVENT. que la raison, que la grâce avoit mis en vous, s'affoiblit; plus ce quit étoit encore sain dans votre arae s'infecte et se souille. Quelle folie donc de laisser vieilliret corrompre des plaies, sous prétexte qu'elles seront plus aisées à guérir! Et que faites-vous , en différant, que rendre vos maux plus incurables, etôterà l'espérance de votre conversion toutes les ressources qui pourroient vous rester encore?
Yous vous flattez peut-être sur ce qu'il n'est pas de passions éternelles , et que le temps et le dégoût en font revenir tôt ou tard. A cela je vous réponds, premièrement, que vous pourrez bien à la vérité vous lasser des objets qui aujourd'hui vous captivent, mais que vos passions ne finiront pas pour cela. A ous pourrez bien vous former de nouveaux liens, mais vous ne vous formerez pas un nouveau cœur. 11 n'est point de passions éternelles, je l'avoue ; mais la corruption et le désordre le sont presque toujours : les passions, que le dégoût tout seul unit, laissent toujours le cœur tout prêt pour une autre, et d'ordinaire c'est un nouveau feu qui chasse et éteint le premier. Rappelez-vous vous-même cequi vous est arrivé jusqu'ici : vous croyiez qu'un tel engagement Cni, vous seriez libre, et en état de revenir à Dieu; vous marquiez à ce moment heureux le terme de vos désordres et le commencement de votre pénitence : cet engagement a fini, la mort, riucuioL^e , le ? '^oût, ou quelqueautre accident, l'a rompu, et cependant vous ne vous êtes pas converti ; de nouvelles occasions se sont présentées , vous vous êtes formé de nouveaux liens, vous avez oublié vos premières résolutions, et votre dernier état est devenu pire que le premier. Les passions que la grâce n'éteint pas ne font que rallumer le cœur pour des passions nouvelles.
Je vous réponds, secondement: Quand même tous vos engagements criminels seroient finis; quand il n'y auroit plus d'objet particulier qui occupât votre cœur; si le temps et le dégoût tout seuls vous ont mené là , vous n'en serez pas plus avancé pour votre conversion. Yous tiendrez encore à tout, en ne tenant plus à rien : vous vous trouverez dans un certain état vague d'indolence et d'insensibilité, plus éloigné du royaume de Uieu que la vivacité même des passions insensées : votre cœur, libre de passion particulière, sera comme plein d'une passion universelle, si j'ose parler ainsi, d'un grand vide qui l'occupera tout entier. Il vous sera même d'autant plus difficile de sortir de cet état , que vous n'aurez rien de marqué à quoi vous prendre. Yous vous trouverez sans force, sans goût, sans aucun senti mont pour le salut ; et le défaut d'objet, en vous laissant plus tranquille pour les créatures , ne fera qu'augmenter votre dégoût affn-ux pour le Soigneur. C'est un calme dont vous aurez plus de peine i v ous tirer quo do la tempête même : car les mêmes vents qui forment I orage , quelquefois par un coup heureux peuvent nous jeter dans le [M.rt ; mais le calme, plus il est grand, plus il conduit sûrement au naufrage.
Mais, enfin, on voudrait bien changer, et prendre le parti d'une vie
plus raisonnable et plus chrétienne. On sent le vide du monde et des plaisirs ; on se prête aux amusements, el à une certaine dissipation, sans goût et comme à regret : on souhaileroit d'y renoncer, et de travailler sérieusement à son salut ; mais cette première démarche fait peur. C'est un coup d'éclat qui nous engage envers le public, et qu'on craint de ne pouvoir soutenir : on est d'un rang où le plus petit changement sera remarqué, et Ton craint de n aller donner, comme tant d'autres , qu'une scène qui ne durera pas, et qui ne nous laissera que le ridicule de la dévotion, sans nous en laisser le mérite.
Vous craignez de ne pouvoir vous soutenir, mon cher auditeur ! Eh quoi ! en différant de vous convertir, vous vous promettez que Dieu vous touchera un jour ; et en vous convertissant aujourd'hui, vous n'osez vous promettre qu'il vous soutiendra ! Vous comptez sur ses miséricordes en l'outrageant, et vous n'osez y comptez en le glorifiant ! Vous croyez ne rien risquer de son côté en continuant à l'offenser, et vous vous en déûez en commençant à le servir ! O homme , où est ici cette raison et cette équité de jugement dont vous vous piquez si fort ? Et faut-il que, sur l'affaire de votre salut seulement , vous soyez un abîme de contradiction , et un paradoxe incompréhensible?
D'ailleurs , n'aurions-nous pas raison de vous dire : Commencez toujours ; essayez si en effet vous ne pourrez pas vous soutenir dans le service de Dieu ? La chose ne vaut-elle pas du moins la peine d être tentée? Est-ce qu'un homme que la tempête a jeté au milieu de la mer, et qui seroit à la merci des flots et sur le point d'un triste naufrage, ne tente pas, premièrement, s'il pourra aborder au port à la nage , avant de se laisser submerger aux ondes? ne fait-il point d'efforts? n'essaie-t-il rien? se dit-il à lui-même, pour ne rien tenter : Peut-être je ne me soutiendrai pas; les forces peut-être me manqueront en chemin? Ah ! il essaie, il fait des efforts, il combat contre le danger, il va jusqu'au dernier moment de sa force, et ne succombe enfin que lorsque, gagné par la violence des flots , il est forcé de céder au malheur de sa destinée. Vous périssez, mon cher auditeur; les ondes vous gagnent , le torrent vous entraîne ; et vous balancez si vous essaierez de vous sauver du danger ! et vous mettez à sonder vos forces les seuls moments qui vous restent pour pourvoir à votre sûreté ! et vous perdez à délibérer un temps qui ne vous est laissé que pour vous dégager du péril qui presse, et où tant d'autres périssent à vos yeux ?
Mais, enûn , je veux que dans la suite les difficultés de la vertu lassent votre faiblesse , et que vous soyez obligé de reculer. Toujours auriez-vous du moins passé quelque temps sans offenser votre Dieu ; toujours auriez-vous du moins fait quelques efforts pour l'apaiser; toujours auriez-vous du moins consacré quelques jours à bénir sou saint nom ; toujours ce seroit du moins autant de retranché de voire vie criminelle , et de ce trésor d'iniquité que vous amassez pour le
Jour terrible des vengeances; toujours vous seriez-vous acquis le droit de représenter à Dieu votre foiblesse, et lui dire : Seigneur, vous voyez mes désirs et mon impuissance ; que n'ai -je un cœur plus constant pour vous, ô mon Dieu! plus ferme dans l'amour de la vérité, plus insensible au monde, et moins aisé à se laisser séduire! Fixez, Seigneur, mes incertitudes et mes inconstances; ôtez au monde l'empire qu'il a sur mon cœur ; reprenez-y vos anciens droits, et ne m'attirez plus à demi , de peur que je ne vous échappe encore. Les variations éternelles de ma vie me couvrent de honte , Seigneur, et font que je n'ose plus lever les yeux vers vous , et vous promettre une fidélité constante. J'ai si souvent trahi là-dessus mes promesses, après vous avoir juré un amour éternel ; ma foiblesse m'a si souvent fait oublier le bonheur de cet engagement , que je n'ai plus le courage de vous répondre de moi-même. Mon cœur m'échappe à chaque instant ; et mille fois , au sortir même de vos pieds , et les yeux encore baignés des larmes que la douleur de vous avoir déplu m'avoit fait répandre, une occasion m'a séduit, et les mêmes infidélités que je venois de détester m'ont retrouvé comme auparavant foible et infidèle : avec un cœur si léger et si incertain , que puis-je vous assurer, grand Dieu! et qu'oserai-je me promettre à moi-même? J'ai cru si souvent qu'enfin mes résolutions alloient être constantes; je me suis trouvé dans des moments de grâce et de componction si vifs et si touchants, et qui sembloient me répondre que ma fidélité seroit éternelle , que je ne vois plus rien qui soit capable de me fixer, et qui puisse me faire espérer cette solidité de vertu à laquelle jusqu'ici je n'ai pu atteindre. Laissez- vous toucher, Seigneur, au danger de mon état : le caractère de mon cœur me décourage et m'épouvante : je sais que l'inconstance dans vos voies est un préjugé de perdition, et que vous maudissez dans vos livres saints les âmes incertaines et légères. Mais , Seigneur, tandis que je serai encore sensible aux saintes inspirations de votre grâce, j'essaierai encore de rentrer dans vos voies; et si j'ai à me perdre, j'aime encore mieux périr en faisant des efforts pour retourner à vous, ô mon Dieu! qui ne permettez pas que lame qui vous cherche sincèrement périsse , et qui êtes le seul Seigneur digne d'être servi , qu'en cherchant une affreuse tranquillité dans une révolte fixe et déclarée , et eu renonçant à l'espérance des biens éternels oue vous préparez à ceux qui vous aiment. Ainsi soit-il.
Parafe viam Domim : rectas facile semitns ejus
Préparez la voie du Seigneur : rendez droits ses sentiers (Luc, m, 4).
Sire,
Voilà ce qae l'Eglise ne cesse de nous répéter en ce saint temps , pour nous disposer à la naissance de Jésus-Christ : Préparez, ditelle à tous ses enfants, préparez la voie du Seigneur, qui descend du ciel pour visiter son peuple et pour le racheter ; rendez droits ses sentiers ; que les vallées soient remplies ; que les montagnes et les collines soient abaissées ; que les chemins tortus deviennent droits et les raboteux unis. Ou , pour dire la même chose sans figure : Préparez-vous, nous dit-elle , à recueillir le fruit du grand mystère que nous allons célébrer, par l'abaissement du cœur, la douceur de la charité, la droiture de l'intention, l'uniformité de la vie; par le renoncement à votre propre sagesse et à votre propre justice, mortifiant la chair et humiliant l'esprit.
Qu'il me soit permis de vous tenir le même langage à vous , Chrétiens mes frères , qui dans cette solennité viendrez vous purifier dans les tribunaux de la pénitence, pour donner à Jésus-Christ dans vos cœurs une nouvelle naissance, en le recevant à la table sacrée : Parate viam Domini: Préparez la voie du Seigneur. L'action que vous allez faire est la plus sainte de la religion, et la source des plus grandes grâces : ne la faites donc pas sans y apporter tous les soins et toutes les précautions qu'elle exige; ne vous exposez point à perdre, par votre faute, les avantages inestimables qui doivent vous en revenir : Parate viam Domini.
La communion doit faire naître Jésus-Christ dans nos cœurs : mais quelle différence y auroit-il entre le Juste et le pécheur, entre celui qui discerne le corps du Seigneur, et celui qui traite sa chair sainte comme une viande commune, s'il naissoit également dans le cœur de tous ceux qui le reçoivent? Ne vous y trompez pas, mes Frères : il y a une manière de recevoir Jésus-Christ, qui nous rend sa présence inutile ; et plût à Dieu qu'en le recevant de cette manière, nous nous privassions seulement des grâces qui accompagnent une sainte communion ! Ah ! mes Frères, si la communion ne fait pas naître Jésus- Christ dans nos cœurs, elle l'y fait mourir ; si elle ne nous rend point participants de son esprit et de ses grâces, elle est pour nous l'arrêt de notre condamnation ; si elle n'est pas pour notre ame un fruit de vie, elle est un fruit de mort : alternative terrible qui doit nous faire trembler, mais qui ne doit pas nous éloigner entièrement delà tabli
sacrée. Le pain qu'on y distribue est la véritable nourriture de nos ;unes, la force des forts, le soutien des foibles, la consolation des affligés, le gage de la bienheureuse immortalité : combien seroit-il donc dangereux de s'en priver ! Mais il le seroit inûniment davantage de le manger sans y être préparé. C'est pourquoi je vous le répèle de nouveau avec l'Eglise , mes très-chers Frères : Parate nom Domùii : Préparez la voie du Seigneur ; disposez-vous de longue main à le recevoir ; bannissez de vos cœurs tout ce qui peut lui déplaire; instruisez-vous des dispositions qr/il exige de ceux qui le reçoivent ; faites tous vos efforts pour 1er acquérir ; point d'autre moyen de ne pas vous exposer à une communio. indigne, et d'attirer Jésus Christ dans vos âmes.
Matière importante, qui demande toute votre attention. D'un côté, il s'agit de vous faire éviter un crime aussi affreux qne la profanation du corps et du sang adorable du Fils de Dieu ; de l'autre, il est question de vous apprendre à recueillir de la communion toutes les grâces qu'elle ^st ~. .pable de produire lans nos cœurs. Quelles sont donc ces dispositions si essentielles pour communier dignement et avec fruit? je les réduis à quatre, qui feront le sujet et le partage de ce discours. Implorons , etc. Ave , Maria.