SERMON POUR LE JOUR DE LA CIRCONCISION DE NOTRE SEIGNEUR
yocalum est nomen cjus Jésus , quod vocatum est ah angelo.
Il fut nommé Jésus, qui étoit le nom que l'ange lui avoit donné.
( Luc, h, 21. )
Un Dieu qui s'abaisse jusqu'à se faire homme étonne et confond la raison ; et dans quels abîmes d'erreur ne se précipite-t-ollc pas , si la lumière de la foi ne vient promptement à son secours, pour lui découvrir toute la profondeur de la sagesse divine, cichée dans la folie apparente du mystère de l'Horame-Dieu ! Aussi, dans tous les temps, ce point fondamental de notre sainte religion, j'entends la divinité de Jésus-Christ , a-t-ilélé l'objet le plus exposé aux contradictions insensées de l'esprit humain. Les hommes orgueilleux, qui ne dévoient avoir dans la bouche que des actions de grâces pour le don ineffable que le Père des miséricordes leur a fait de son Fils unique , n'ont cessé de l'outrager , en vomissant contre ce Fils adorable les blasphèmes les plus impies. Aveugles , qui n'ont pas vu que le nom seul de Jésus qui lai est imposé en ce jour , ce nom qu'il reçoit d'abord dans le ciel , et qu'un ange apporte sur la terre à Marie et à Joseph , est la preuve incontestable de sa divinité. Ce nom sacré l'établit Sauveur du genre humain : Sauveur, en ce que, par l'effusion de son sang, qui devient notre rançon , il nous délivre du péché et des suites qui en sont inséparables , la tyrannie du démon et de l'enfer; Sauveur, en ce qu'attirant sur sa tête le châtiment qui étoit dû à nos prévarications , il nous réconcilie avec Dieu , et nous ouvre de nouveau l'entrée du sanctuaire éternel que le péché nous avoit fermée. Mais , mes Frères , si le Fils de Marie n'est qu'un pur homme , de quel prix sera aux yeux de Dieu l'oblation de son sang? Si Jésus -Christ n'est pas Dieu, comment sa médiation sera-t-cllc acceptée, tandis qu'il auroit besoin lui-même *5 médiateur pour se réconcilier avec Dieu?
Coite preuve que je ne fais ici qu'ébaucher, et tant d'autres que la religion me fournit , fermeroient bientôt la bouche à l'impie, et confondaient son impiété , si j'entreprenois de les montrer dans tout leur jour, et de leur donner une juste étendue. Mais à Dieu Dfl plaise que je vienne ici dans le temple saint, où les autels de noire divin Sauveur sont élevés, où s'assemblent ses adorateurs , entrer en contestation comme si je parlois devant ses ennemis, et faire l'apologie du mystère de l'Homme-Dicu devant un peuple fi~ •61e, et vn présence d'un souverain dont le litre le plus pompeu*
et le plus cher est le titre de chrétien ! Ce n'est donc pas pour combattre ces impies, que je consacre aujourd'hui ce discours à Ja divinité et à la gloire éternelle de Jésus , fils du Dieu vivant. Je viens seulement consoler notre foi , en racontant les merveilles de celui qui en est l'auteur et le consommateur, et ranimer notre piété, en vous exposant la gloire et la divinité du Médiateur qui en est l'objet et la plus douce espérance.
11 est à propos même de renouveler de temps en temps ces grandes vérités dans l'esprit des grands et des princes du peuple, pour les affermir contre les discours de l'incrédulité dont ils ne sont d'ordinaire que trop environnés , et de lever quelquefois le voile qui couvre le sanctuaire , pour exposer à leurs yeux ces beautés cachées que la religion ne propose qu'à leur respect et à leurs hommages.
Or la divinité du Médiateur ne peut être prouvée que par son ministère; ses titres ne sauroient paroître que dans ses fonctions; et, pour savoir s'il est descendu du ciel et égal au Très-Haut, il n'y a qu'à raconter ce qu'il est venu faire sur la terre. Il est venu , mes Frères , former un peuple saint et fidèle ; un peuple fidèle qui captive sa raison sous le joug sacré de la foi , un peuple saint dont la conversation est dans le ciel, et qui n'est plus redevable à la chair pour vivre selon la chair : tel est le grand dessein de sa mission temporelle. L'éclat de son ministère est le fondement le plus inébranlable de notre foi ; l'esprit de son ministère , la règle unique de nos mœurs. Or, s'il n'étoit qu'un homme envoyé de Dieu, l'éclat de son ministère dcviendroit l'occasion inévitable de notre superstition et de notre idolâtrie, l'esprit de son ministère seroit le piège funeste de notre innocence. Ainsi, soit que nous considérions l'éclat ou l'esprit de son ministère , la gloire de sa divinité demeure également et invinciblement établie.
0 Jés s , seul Seigneur de tous , recevez cet hommage public de notre confession et de notre foi ! Tandis que l'impiété blasphème en secret et dans les ténèbres contre votre gloire , laissez-nous la consolation de la publier avec la voix de tous les siècles , à la face de ces autels : et formez dans notre cœur, non-seulement cette foi qui vous confesse et qui vous adore , mais encore celle qui vous suit et qui vous imite. Implorons, etc. Ave, Maria.