‹ Œuvres de MassillonChapitre 72 sur 88 · HOMÉLIE SUR L'ÉVANGILE DE LAZARE · texte numérisé non relu

HOMÉLIE SUR L'ÉVANGILE DE LAZARE

Vent et vide.

Venez et voyez ( Joan. , xi , 31 ).

Il n'est point de pécheur invétéré qui eût la force de se souilrir dans l'horreur de son état, s'il pouvoit se voir au naturel et se connottre Une ame qui a vieilli dans le crime n'est supportable à ellemême, que pareeque la même passion qui fait tous ses malheurs, les lui cache : et que son désordre est en même temps et le glaive cruel qui fait la plaie, et le bandeau fatal qui la dérobe aux yeux du malade.

Voilà pourquoi l'Eglise, pour découvrir le pécheur à lui-même durant ce temps de pénitence , nous représente presque tous les jours , sous de nouvelles images , l'état déplorable d'une ame qui croupit depuis long-temps dans son péché : tantôt sous la figure d'un paralytique de trente-huit ans ; et c'est pour nous marquer l'insensibilité et la paix funeste qui suit toujours l'habitude du crime : tantôt sous le symbole d'un prodigue réduit à vivre avec les plus vils animaux ; et sous ces traits , elle veut nous faire sentir son avilissement et sa honte : tantôt sous l'image d'un aveugle-né; et c'est pour nous peindre l'horreur et la profondeur de ses ténèbres : tantôt enfin sous la parabole d'un esprit sourd et muet; et c'est pour nous figurer plus vivement l'asservissement où l'habitude criminelle retient toutes les puissances d'une ame infortunée.

Aujourd'hui , comme pour rassembler tous ces traits différents sous une seule image encore plus terrible et plus touchante, l'Eglise nous propose Lazare dans le tombeau ; mort depuis quatre jours , exhalant déjà l'infection et la puanteur, les pieds et les mains liés, le visage couvert d'un voile lugubre, et n'excitant plus quel'hor- M. I. 47

reur de ceux mêmes que la tendresse et le sang lui avoient le plus étroitement unis pendant sa vie.

Venez donc, et voyez, vous, mon cher Auditeur, qui vivez depuis tant d'années sous le joug honteux du désordre, et qui n'êtes point touché du malheur de votre état : Veni et vide. Accourez à ce tombeau que la voix de Jésus-Christ va ouvrir aujourd'hui à vos yeux; et venez voir dans ce spectacle d'infection et de pourriture, l'image naturelle de votre amc : Veni et vide. Vous courez à des spectacles profanes, pour y voir vos passions représentées sous des couleurs agréables et trompeuses : venez les voir ici exprimées au naturel ; venez voir dans ce cadavre infect et puant, ce que vous êtes aux yeux de Dieu, et combien votre état est digne de vos larmes : Veni et vide.

Mais de peur qu'en exposant ici seulement toute l'horreur de l'état d'une ame qui vit dans le désordre, je la trouble et là décourage, sanslui tendre la main, etlui aider à sortir de cet abîme ; pour ne rien omettre de l'histoire de notre Évangile , je la partagerai en trois réflexions : vous verrez dans la première, combien est affreux et déplorable l'état d'une ame qui vit dans l'habitude du désordre : je vous montrerai dans la seconde, par quels moyens elle en peut sortir : et dans la troisième, quels sont les motifs qui déterminent Jésus-Christ à opérer le miracle de sa résurrection et de sa délivrance. O mon Dieu! faites entendre aujourd'hui votre voix puissante à ces âmes infortunées qui reposent dans les ténèbres et dans les ombres de la mort : ordonnez encore une fois à ces ossements arides de se ranimer, et de recouvrer la lumière et la vie de la grâce qu'ils ont perdue. Ave, Maria.

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