KAIICB DU II JUIN
On venait d'apprendre la mort de Franklin. Mirabeau, qui, toonnenté par une cruelle ophthalmie, n'avait pas paru à Fat' teioblée depuis plusieurs jours, s'y présente, et dit :
Messieurs^ Franklin est mort Il est retourné au
kein de la Divinité^ le génie qui affranchit l'Amérique kl versa sur l'Europe des torrens de lumière. f Le sage que deux mondes réclament^ l'homme que K disputent l'histoire des sciences et l'histoire des emlires, tenait sans doute un rang élevé dans l'espèce jktunaine.
[ Assez long-temps les cabinets politiques ont notifié fb mort de ceux qui ne furent^ grands que dans leur ^floge funèbre. Assez long- temps l'étiquette des cours a proclamé des deuils hypocrites. Les nations ne doivent porter que le deuil de leurs bienfeûteurs. Les représentons des nations ne doivent recommander à leur homiQage que les héros de l'humanité.
Le congrès a ordonné dans les quatorze états de la
%%U BISCOVRS ET OPINiOKS.
confédération un deuil de deux mois pour la mort de Franklin^ et l'Amérique acquitte en ce moment ce tributi de vénération pour l'un des pères de sa constitution h
Ne S6rait41 pas digne de nous^ messieurs^ de nous unir à Cet acte rdigîeUx, de participer à cet hommagd rendu, à la face de l'univers, et aux droits de l'homme et au philosophe qui a le plus contribué à en propager la conquête sur toute la terre ? L'antiquité eût élevé des autels à ce vaste et puissant génie^ qui, au profit des mortels, embrassant dans sa pensée le ciel et la téiTe, àut dompter la foudre et les tyrans. La France, éclairée et libre, doit du moins un témoignage de souvenir et de regret à l'un des plus grands des homma qui aient jamais servi la philosophie et la liberté.
Je propose quHl soit décrété que l'Assemblée nationale portera pendant trois jours le deuil de Benja* min Franklin.
Les plus vifs applaudissemehs se font etiletidfé, ÎA ^roposi- Uba est décrétée par acclamation, et le prerHier jdbr dé denil est fixé au luDdl 14*
SiAHGX DU aZ AOUT.
Vt, Fi^ndt^rillë âVait éiê eènsUfé pouf ad dtsfcmiH Violaiti 11 fit imprimer son discours avec ce titre : Discours qui a m Vhonneur d'cire censuré par l'Assemblée nationale. Gouppii dénonça cet outrage fait à rassemblée, et conclut à ce que U coupable fût condamne à*huit jours de pHson. M. de Faucigny,. se précipitant au milieu de ta salle : « Ceci, dlt-i), à W\)t d'une 4 gubi*rë ouverte de la mdjoHté contré Ih WirtoHié} il n'y é s «^a'un iboyea de U ntir» ftutiT) e'««t Ai* tôitib«r à eootM d6 sabre » sur tes gaillards^ià. (Du geste il indique tout U tàié gauche.) •
Ces paroles réyoltent l'assemblée. On demaade de tous côtés que M, de Faucigny soit arrêté sur-le-champ.
votre comité diplom»répooaeqae
le be^oio de la paix, 'elle ne sera pas troitliiiiiion nonrelle, i'esaiiicn de cetie imporiouJre avec succès^ nous le la poliiit^e actadie, et rentp? puissances de l'Ea- >v5tème'qD'avait vciiiemeni français, de la Douvet ordre de choses. H re DOS devoirs et dos iDlé* cr avec la prudence; il (allait les plus convenables d'éviter le la guerre; il fallait snrtont cette constitution, aatonr dnterinùier les secours qne nous 'ule la force publique de l*Etat, ^yens de l'empire doiTent former râble.
I considérei' que l'objet de la coa-
'evée entre les cours de Londres et
! devrions pas même sapposer qne
'ooblée. Le territoire que se dispn-
icea n'appartient ni à roue nî à
aa4 DISCOURS et opinions.
« L'assemblée , satisfaite des témoignages de votre repentir^ yous remet la peine que vous avez encourue. »
SiANCB DU %% AOUT.
On s'occupait d*un projet de loi sur les délits de la presse. Malouet dénonce un libelle signé Marat, dans lequel, après a?oir rendu compte de la motion du licenciement des troupes faite par Mirabeau , le libelliste s'exprimait ainsi : « Si les noir^ » et les ministres gangrenés et archi-gangreués sont assez hardis > pour la faire passer, citoyens, éle?ez huit cents potences, pen* » dez-y tous ces traîtres, et à leur tête Tinfâme Riquetti Tainé..." Malouet voulait que Marat fAt livré aux tribunaux. Mirabeau :
Je demande si ce n'est pas une dérision tout-a-£aij indigne de l'assemblée que de lui dénoncer de pareilld démences; sans doute il est bon de faire des lois sui les délits qui se commettent par la voie de la presse comme sur tous les autres dâits : il est vrai que ceuxi ci méritent peut-être une plus grande considérationj parce que leur propagation est plus rapide; mais c^ qui est mauvais^c'estdese hâter sur une semblable mai lière^ c'est de se hâter^ parce qu'on publie des extrava^ gances.
Je vous prie de remarquer que dans ce paragraphj d'un homme ivre^ qui vient d'être lu^ je suis sei^ nommé. On parle des noirs dans ce libelle : eh bienj c'est au Châtelet du Sénégal qu'il faut dénoncer ce lii belle. Eh! que signifie^ en effets cette expression , h noirs? Messieurs. ... parmi les libelles infâmes^ il ei est un, le libellas /ainosus ; et celui-là est de l'hommi à qui l'on veut renvoyer Vextravagance qu'on voa dénonce; cet homme est M. le procureur du roi dt Châtelet de Paris. Passons à l'ordre du jour.
ASSEMBLÉE MATIONAU. — 1790. 99^
L'anembl^ paisa à Tordra du jour.
liAffoi ou aS' AOOT.
Mirabeau^ rapporteur du comiti diplonaatique :
Messieurs; vous avez chargé votre comité diplomatique de vous présenter son avis sur la réponse que demande l*Espagne. Le désir^ le besoin de la paix^ Tespérance presque certaine qu'elle ne sera pas troublce^ les principes de notre constitution nouvelle^ nous ont seuls guidés dans l'examen de cette importante question. Pour la résoudre avec succès^ nous avons dû considérer l'état de la politique actuelle, et nos rapports avec les différentes puissances de l'Europe; nous avons dû distinguer le système «qu'avait embrassé jusqu'ici le gouvernement français, de la théorie qui convient à un nouvel ordre de choses. Il ne sufifisait pas de connaître nos devoirs et nos intérêts, il fallait les concilier avec la prudence; il fallait découvrir les moyens les plus convenables d'éviter sans faiblesse le fléau de la guerre ; il fallait surtout l'écarter du berceau de cette constitution, autour duquel, avant que de déterminer les secours que nous devons à des alliés, toute la force publique de l'Etat , ou plutôt tous les citoyens de l'empire doivent former Qne barrière impénétrable.
Si nous n'avions à considérer que l'objet de la contestation qui s'est élevée entre les cours de Londres et de Madrid, nous ne devrions pas même supposer que la paix pût £tre troublée. Le territoire que se disputent ces deux puissances n'appartient ni à Tune ni à
IT. i5
1)46 mMOtfks w OPiKtôm.
l'autre; il est incontç9tal>leiMnt aux peaplei indépendans que la nature y a fait naître : cette ligne de démarcation vaut bien celle que le pape s'est permis de tracer ; et ces peuples^ s'ils sont opprimés, sont aussi nos alliés : nous ne ferons donc pas cette injure à deux nations éclairées, de penser qu'elles veuillent prodigfuer leurs trésors et leur sang pour une acquisition aussi éloignée, pour des richesses aussi incertaines. Ces vérités simples, notre impartialité ne cessera de les rappeler, s'il en est besoin ; mais ce premier point de vue ne décide pas la question .
Si, d'un autre côté, nous devions uniquement nom déterminer par la nécessité que les circonstances nousi imposent, non-seulement d'éloigner la guerre, mais d'en éviter les formidables apprêts, pourrions-nous vous dissimuler l'état de nos finances non encore régénérées, et celui de notre armée et de notre marine non encore organisées? Pourrions-nous vous cacher que dans les innombrables malheurs d'une guerre même injuste , le plus grand pour nous serait de détoumet de la constitution les regards des citoyens, de les dis^ traire du seul objet qui doive concentrer leurs vœu^ et leurs espérances, de diviser le cours de cette opi^ nioh publique , dont toutes les forces suffisent à peine pour détruire les obstacles qui nous restent à surmon* ter? Mais les malheurs de la guerre, mais les inconvé^ niens tirés de notre position actuelle ne suffisent pas encore pour décider la question des alliances. Enfioi si nous devions nous conduire aujourd'hui d'après ce que nous serons un jour ; si, franchissant rintervalli qui sépare l'Europe de la destinée qui l'attend, nous pouvions donner dès ce moment le signal de cette
bienrâllaiice tmiverselle qM prépare la reconnaissaoce des droits dea nations^ nous n'aurions pas même à délibérer sur les allianees ni sur la guerre. L'Europe annht-elle besoin de politique, lorsqu'il n'y aura plus dI despotes ni esclares? la France aura«t-elle besoin, d'alliés^ lorsqu'elle n'aura pins d'ennemis? U n'est pas loin denouspeut^étre, ce moment où la liberté, régnant lans rivale sur les deux mondes, réalisera le vœu de la philosophie, absoudra l'espèce humaine du crime de la guerre, et proclamera la paix universelle : alors le bonheur des peuples sera le seul but des législatenn^ la seule force des lois, la seule gloire des nations : alors les passions particulières, tranformées en vertus publi*> (pus, ne déchireront plus par des querelles sanglantes les nœuds de la fraternité qui doivent unir tous les goovernemens et tous les hommes; alors se consom^ mera le pacte de la fédération du genre humain ; mais> avouons^le à regret, ces considérations, toutes puissantes qu'elles sont, ne peuvent pas seules dans ce mo* ment déterminer notre conduite.
La nation française, en changeant ses lois et ses mœurs, doit sans doute changer sa politique ; mais elle est en«* eore condamnée, par les erreurs qui régnent en Europe, â suivre partiellement un ancien système qu'elle ne pourrait détruire soudainement sans péril. La sagesse érige de ne renverser aucune base de sa sûreté publi«» que avant de l'avoir remplacée. Ehl qui ne sait qu'en politique extérieure, comme en politique intérieure, tout btervalle est un danger; que l'interrègne des princes est l'époque des troubles; que l'interrègne des lois est le règne de l'anarchie ; et, si j'ose m'exprimer liosi, que l'interrègne des traités pourrait devenir luia
•aa8 DiscouES bt. opimions.
crbe perillease pour la prospérité nationale? L'influence^ tôt ou tard irrésistible^ d'une nation forte de ving^H{uatre millions d'hommes parlant la même langue^ ramenant l'art social aux notions simples de liberté et d'équité^ qui, douées d'un charme irrésistible pour lé cœur humain, trouveront dans toutes les contrées du monde des missionnaires et des prosélytes; rinfluencè d'une telle nation conquerra sans doute l'Europe entière à la yérité, à la modération, à la justice; mais non pas tout à la fois, non pas en un seul jour, non pas en un même instant. Trop de préjugés garottent encore les mortels, trop de passions les éga-| rent, trop de tyrans les asservissent ; et cependant notre position géographique nous permet-elle de nous isoler? Nos possessions lointaines, parsemées dans les deux mondes, ne nous exposent-elles pas à des attaques que nous ne pouvons pas repousser seuls sur tous les points du globè, puisque, faute d'instruction, tou^ les peuples ne croient pas avoir le même intérêt politique, celui de la paix et des services mutuels, des bien- &its réciproques? Ne £stut-il pas opposer Taifection des uns à l'iniquiétude des autres, et du moins retenir par une contenance imposante ceux qui seraient tentés d'abûsér de nos agitations et de leurs prospérités?
Tant que nous aurons des rivaux, la prudence nous commiandera de mettre hors de toute atteinte les propriétés particulières de la fortune nationale^ de surveiller l'ambition étrangère, puisqu'il £siut encore parler d'ambition, et de régler notre force publique d'après celle qui pourrait menacer nos domaines. Tant que nos voisins n'adopteront pas entièrement nos principes^ nous serons contraints, même en suivant une politique
▲SSEUBLÉE HATTOKALE. ^-^ ^"JQO. asg
^tis franche, de ne pas renoncer aux précantions que a'c'ame la prudence. Si nos ambassadeurs n'ont plus a plaider la cause de nos passions, ils auront à dé« fendre celle de la raison, et ils n'en déviendront ^e plus habiles. Il n'est que trop yrai que la nation qui veot partout conserver la paix entreprend un travail pins difficile que celle qui enflamme l'ambition en offrant des brigandages à la cupidité , des conquêtes à h gloire.
Telles sont, messieurs, les réflexions les plus importantes qui ont frappé votre comité ; elles l'ont d'abord conduit à deux principes qu'il a adoptés, et que je dois vous soumettre avant d'entrer dans de plus grands détails sur l'affaire particulière d'Espagne.
Ces deux principes sont, i^ que tous les traités précàlemment conclus par le roi des Français doivent être observés par la nation française jusqu'à ce qu'elle les ait annulés, changés ou modifiés diaprés le travail ^ sera frdt à cet égard au sdn de cette assemblée et ic ses comités, et d'après les instructions que le roi lera prié de donner à ses agens auprès des différentes cours de l'Europe ;
!i<»Que, dès ce moment, le roi doit être prié de faire conn^tre à toutes les puisisances avec lesquelles ions avons des relations, que le désir inaltérable de la paix, et la renonciation à toute conquête étant la base ^ notre conduite, la nation fi^mçaise ne regarde comme existantes et comme obligatoires, dans tous les traités, que les stipulations purement défensives. Ces deux principes nous ont paru parfaitement coufermes à l'esprit de notre constitution ; et 3s nous tablent d'autant plus importans à décréter que.
a3o DI6COt7B8 ET CHAINIONS.
d'une part, ils suffiraient au besoin pour rassurer noi allies ; que^ de Tautre^ ils ne laisseraient aucun doute sur notre amour pour la paix, notre désir de Yoir s'é^ leiiidre à jamais les torches de la g^uerre, notre inten* iion de ne prendre les armes que pour réprimer là injustes oppresseurs. Ce n'est point assez que Tambi' tion qui cherche sans cesse i s'agrandir^ que la poli tique qui veut tout bouleverser^ nous soient toujoui étrangères ; il faut encore apprendre à toutes les natiooi que si, pour étouffer à jamais le germe des combats il allait renoncer a toute force extérieure, détruis nos forteresses, dissoudre notre armée et brûler no flottes, nous en donnerions les premiers l'exemple Les deux principes que je viens de rappeler indiquen déjà la réponse qu'il semble que le roi doive £iire i la cour d'Espagne; mais votre comité entrera dan quelques détails; nous avons examiné notre alliane avec l'Espagne sous ces rapports : l'époque de cet ar rangement, son utilité, sa forme^ nos moyens, la posi* tion actuelle des Espagnols, et les vues apparentes d^
Voici les résultats de nos recherches : les Espagnol ont été long^^temps nos ennemis ; après plus d'un siècl de combats, la paix des Pyrénées vint enfin désamifi les moins redoutables de deux peuples également fia et belliqueux, qui se ruinaient et se déchiraient pou l'orgueil de quelques hommes et pour le malheur ait deux nations. Le repos de l'Europe fut court : les pafl sions des princes ne connaissent qu'un léger soounal Louis XIV réunit dans sa Emilie les sceptres de 1 France et d'Espagne ; cette réunion, et les vues ambi tieoses qu'ellerecelaitpeal-ètre^ soulevèrentcontrenoa
ASSEBULtS If ATIOVAIiBi «— 1790. 33 1
toutes lef puiftsaoces) él si l6 êott ne remplit qu'à moitié leurs projets de veng;eance ^ si nous no suocombâmes pas sous tant de coups portes à la fois ^ nous ne pûmes échapper à cet épuisement, à cette destruction intérieure qui est la suite d'une longue jaerre. On s'aperçut bientôt que cette raccetsion^ qui avait coûté tant de Sang, n'assurait pas encore le repos des deux nations. Les rois étaient parens, lespèu*. pies n'étaient pas unis, les ministres étaient rivaux j et TAngleterre, profitant de leurs divisions pour les a^ faiblir, s'emparait impunément du sceptre des mers et (lu commerce du monde.
Eijfin^ après cette guerre funeste, qui avait coûté à la nation française ses vaisseaux^ ses richesses et ses plus belles colonies, nos malheurs fournirent au carao* tère espagnol une occasion glorieuse de se déployer tel que depuis lors il n'a cessé d'être» Ce peuple généreux, dont la bonne foi a passé en proverbe, noua reconnut pour ses amis quand il nous vit près de suo« comber . Il vint partager nos infortunes, relever nos espé* rances, affaiblir nos rivaux, et ses ministres signèrent, en 1761, un traité d'alliance avec nous sur les troiA-r çons brisés de nos armes, sur la ruine de notre créditi sur les débris de notre marine* Quel fut le fruit de. cette union? Seize années de paix et de tranquillité, (g n'auraient pas encore éprouvé d'interruption, si VÀnijjij^ terre eût respecté dans ses colonies les principes sacréa qu'elle adore chez elle, et si les Français, protecteura de la liberté des autres avant d'avoir su la conquérir pour eux-mêmes, n'avaient pressé leur roi de combature pour défendre les Américains.
Cette querelle, absolument étrangère à la cour d'Eli»
pagne; pouvait même l'inquiéter sur ses colonies^ et compromettre en apparence ses intérêts les pins chers. Mab les Anglais ayant les premiers violé la paix^ l'Espagnol, fidèle à ses trait éS| courut aux armes, nous livra Bts flottes, ses trésors, ses soldats, et c'est avec lui que nous acquîmes l'immortel honneur d'avoir restitué à la liberté une grande portion du genre hu-*
main.
Depuis la paix mémorable qui couronna nos efforts^ la guerre a paru près de se rallumer entre la France et l'Angleterre. Dès que le roi des Français eut averti son allié qu'il armait, les ports d'Espagne se remplirent de flottes redoutables. Elles n'attendaient qu'un avis pour voler à notre secours , et l'Angleterre con-*
vint avec nous de désarmer Mais jetons un voile
sur cette époque honteuse où l'impéritie de nos ministres nous ravit un allié que nous avions conquis par nos bien&its, que nous eussions suffisamment protégé en nous montrant seulement prêts à le défendre, et nous priva ainsi d'un moyen presque assuré d'être à jamais en Europe les arbitres de la paix. C'est en nous rappelant cette conduite de l'Espagne, et les services qu'elle nous a rendus, que nous nous sommes demandé si la France devait rompre un traité généreusement conclu, fréquemment utile, religieusement observé. Nous nous sommes surtout demandé s'il conviendrait d'annuler un engagement aussi solennel dans l'instant où l'Espagne serait pressée par les mêmes dangers qu'elle a trois fois repoussés loin de nous.
Nous n'aurions rien à ajouter pour ceux qui craindraient qu'une des deux nations l'emportàts ur l'autre en générosité; mais l'intérêt nous dicte-t-il d'autra
ASSEMBLÉE HÀTIONALB. — 1790. !l33
bis qne la reconnaissance? Quelques hommes^ forts de leur caractère et orgueilleux de leur patrie^ croient que la France armée peut rester invincible^ quoique isolée. Il est de ces hommes parmi nous^ et ce sentiment est d'autant plus honorable qu'il confond la brce publique avec l'énergie de la liberté. Mais la liberté publique n'est la plus grande force des empires qu'aussi long -temps qu'étrangères à toute injustice^ i toute conquête^ les nations s'appliquent uniqueineot au développement de leur richesse intérieure et de leur véritable prospérité. Mais la France compte ièn$ ses annales des triomphes qui invitent à la vengeance; elle a des colonies qui excitent l'ambition^ un commerce qui irrite la cupidité ; et si elle peut un jour le défendre sans alliés^ ce que je crois aussi fortement que tout autre^il ne faut pas néanmoins qu'elle s'expose I combattre seule des puissances dont les forces actuelles sont supérieures aux siennes : car il ne s'agit pas de ce que peut inspirer la nécessité, mais de ce qu'exige h prudence; il ne s'agit pas de faire une périlleuse montre de nos dernières ressources, mais de prendre kl moyens les plus propres pour assurer la paix.
Nous ne regardons aucun peuple comme notre ennemi ; il ne l'est plus, celui qu'une insidieuse politique lous avait représenté jusqu'ici comme notre rival , cdui dont nous avons suivi les traces, dont les grands exemples nous ont aidés à conquérir la liberté, et dont tant de nouveaux motifs nous rapprochent. Un autre genre de rivalité, l'émulation des bonnes lois, va prendre la place de celle qui se nourrissait de politique et d'ambition. Non, ne croyez pas qu'un peuple libre et éclûré veuille profiter de nos troubles passagers pour
a34 DISCOURS ET OPintOKS.
nnovTeler injustement les malheurs de la ffuerre, pour attaquer votre liberté naissante, pour étouffer l'heureux développement des principes qu'il nous a transmis ; ce serait pour lui un Bacrilé{fe de le tenter, ce serait pour nous un sacrilège de le croire. La mémo religion politique n'unit-elle pas aujourd'hui la Fronce et U Graudc'Bretaf^e 1* le despotisme et ses a^aa ne bom-i ils pas nos ennemis communs? les Ani^lais ne aeroni-{ ils pas plus rertains de rester libres lorsqu'ils auront des Fraii(^aia libres pour auxiliaires? Mais en rendant hommaj^e .'i la pliilosopbie de ce peuple, notre frère aîni' en liberté, écoutons encore les conseils da la prudence, La politique doit raisonner, mime sur des suppoiitions auxquelles elle ne croit pas : et le bonbeur da peuples vaut bien que pour l'assurer on se tienne et garde contre les plus incertaines. Supposons donc que l'Anglclerre prévoie avec inquiétude raccroissemenl qu'une constitution libre doit un jour donnera noi forces, à notre commerce, à notre crédit; qu'elle liu dans sa propre histoire l'avenir de nos de!>ttDéra, et que, par une fausse politique, elle veuille profiler des cir* constances pour rompre une alliance formidable dont elle a souvent senti tout le poids : quelles sont les mesures qu'une telle supposition doit nous inspirer? rfou
' ne pouvons balancer le nombre des vaisseaux anf^luii qu'avec ceux de notre allié : notre iniérât nous Db%« donc (le coiiliniicr noiic allluiice uvcc l'Ivïpujpic) seul iiinjcn de la noriserver, c'est de remplie li nos Huilés. On dira pL'ul-fitre que coUfi fidi peut iuncnor pluM rapidciiicnt la i',\f< régéiiénuian, rjiuiscr nus fîniuip!' mées i mai» que repondra'4
ÀSSEMUiS NATIOKAUfi* «— 1790. ftSS
gletare Teot la d^aerre, on die ne la yeiit pas. Si eDi M la TCDt pas, si die n'arme qae pour négoder ateo plus de succès, la conduite que nous tous proposons oe saurait être regardée par elle comme une proTOca* don, et vous remplisses vos enj^agemens sans compronettre votre tranquillité ; si, au conirmre, rAngleterm fcot la guerre, alors tous ne deTes plus compter sur tt JQSlioe, sur sa générosité; notre inaction augmente^ nit nos périls, au lieu de les éloigner. Si llEqMgne Te^ BÙt i succomber, ne serionsHDOus pas Inentôt l\>ljet de la même ambition et d'une vengeance plus animée? Les mêmes malheurs que Ton redoute dans le maintien d^mie alliance ne menaceraient4b pas alors et nos finances et nos armées? Et combien d'autres maux n'est-il pB bcHe de préToir !
La nadon qui nous a choiâs pour être les instituteurs de ses lois, nous demande aussi la sûreté de ses possesâonB tt de son commerce* L'inquiétude afbiUirait l'e»* prit public peut-être, et certainement le respect dû à TQs dédstons ; le hasard semblerait accuser notre pré<» Toysnce ; une confiance excessiTe, même en justifiant votre loyauté, compromettrait votre sagesse, il serait i oaindre que les bons dtoyens, dont la Iwtune serût feippée par le premier coup d'une guerre impréTue, se fussent aigiis par le malheur ; que le regret d'aToir perdu un anden allié ne vint se mâer au sentiment d sotres pertes accumulées ; enfin qu'on ne nous repro* diit, puisqu'il (aut nous décider entre des chances éga* iement incertaines, de n'aToir pas pr^sré celle qui, même en oflfeant des périls égaux, nous fournit plus de nojens de les surmonter. On pensera peut-être que lli^gne, sûre de notre appui, se rendra diflficile dans
a36 DISCOURS et opimïoits.
la né^ciation de la paix ; au-'Iîeu, dira-t-on, qu'en ne □ouB mêlant pas de cette qnerelle, l'accommodement que nous désirons n'éprouverait ni lenteurs ni difficultés. I
Nous avons déjà réprouvé cette objection; les principes que nous vous proposons de décréter ne laisseront aucun doute à la Grande-Bretagne sur nos intentions, et feront évidemment connaître à l'Espagne que notre constitution regarde setilement comme obligatoires les en^ag;eniens défensifs; notre conduite ne It | portera donc à aucune démarche hostile que ne nécessiterait pas une juste défense ; elle ne pourra non plus contrarier les Anglais que dans le cas où ils voudraient être agresseurs. D'ailleurs, s'il est certain que l'abandon de nos engagcmens forcerait l'Espagne à négocier plus promptement la paix avec l'Angleterre, il n'est que trop facile de prévoir quelle pourrait être dans ce cas la nature de cet accommodement, et le tort irréparable qu'une semblable négociation pourrait faire à notre crédit, à notre commerce. Ce n'est point le pacte de famille en entier que nous vous proposons de ratifier, conclu dans un temps où les rois parlaient seuls au nom des peuples, comme si les pays qu'ils gouvernaient n'étaient que leur patrimoine, ou que la volonté du monarque pût décider de leurs destinées. ' Ce traité porte le nom singulier àt pacte defamiUe^ ' et il n'existe aucun de nos décrets qui n'ait annoncé à riMirope entière que nous ne reconnaîtrions désormais que des pactes denation. Ce même traité, préparc par lin ministre français dont l'ambition brûlait de réparer les humiliations d'une guerre malkenreuse, renfenne ' -urs articles propres à lier l'Espagne à ses vues, et
kSSrumjfK KAT109ALS. — 1790. 287
àrofal^gcr â Doos secooiir dans k cas même oà nous 2IBMMIS été ks agrcsseuis. Qr^ poiaque nous reoonçou i ûfasenrer de pareiUcs daiiaes envers les aaires^ noua Be ks lédamons ptos poor ncNis-oiêaies.
Il est des ardcks qui doîvent être ratifiés : ceux qui sont idalîii a k garantie rmproqne des posgogion^ aux secours matods que les deux nations doivent se fauier, aux avantages de oommerce qa'dles s'assurent. D antres ont besoin d'être édaîrds; car vous nepoovcs nolirir pas même Fa^parence des danses offisaisivesy aoxqndles^ ks premiers dans FEnrope^ vous avez dûoné Fexem^e de renoncer.
La senle mesure que vous prt^iose à cet ^ard votre comité, dans k cas où vous adopterez en ce miMnent k projet de décret qu'il va vous soiunettre, c'est que TOUS le chargiez d^ezaminer en détail les articles du facte de iamilk, pour vous mettre a portée de resserrer nos liens avec l'Espagne, en faisant de ce traité un |iàcte national, en retranchant toutes les stipuktions înzdks et offensives, et en priant le roi d'ordonner à 8oa ministre de négodtf en E^gne le renouvellement èi traité d'après les bases qui auront reçu votre approkdon. Ici Fintéré tde FEspagne sera d'accord avec le vùcre. Qu'est-ce qu'un pacte de cabinet a cabinet? Un Biiiiktre Fa kit, im ministre peut k détruire; l'ambitioaFa conçu, k rivalité peut l'anéantir; souvent Finkîix personnel d'un monarque Fa seul dicté, et k nation, qui en est l'unique garant, n'j prend aucune part. 1 a'en serait pas ainsi d'un pacte vraiment national qui aeenncnterait en qudquesorte deux pays Fnn à Faut:e, et cparéiuiirait tout à k fois de grands intérêts et de poioans effiorls. Ce pacte seul lie chaque individa
tS8 DI9C0tTftS BTd» INtOlfS.
par la volmté g^nërale^ produit ane allianee indusol» ble^ et a pour base inébranlable la foi publique.
Tel est la résultat du travail de TOtrq comité. H ren^ ferme trois poinu distincts Tun de l'autrei qnoicpe in! divisibles^ comme voue le voyc^ : le développemcm des deux principes qui doivent être la base de votri aystème politique ; une décision qui conserve une al liance utile, en assurant le roi d'Espagne que nous reni plirons nos engagemens ; la demande d'un décret qti lïbarge votre comité des modifications qu'exige cette al liance lorsqu'il faudra la renouveler. Mais cette àéut mination^ si vous l'adoptei, indique nécessairemed d'autres mesures ; le maintien de notre alliance avo l'Espagne serait illusoire, si, même au sein de la pail et en nous bornant à ajouter tout le poids de noureiol fluence luix négociations qui doivent assurer le repoi d'une partie de l'Europe, nous n'augmentions pas do| armemens dans la même proportion que ceux de noi voisins. Ce n'est pas lorsqu'on a des possessioal éloignées, ce n'est pas lorsqu'on croit avoir de grande richesses à une grande distance^ qu'on peut se résoudn à ne prendre les armes qu'au moment même de l'agrei sion. Le commerce a besoin d'être garanti non-seuli ment des dangers réels, mais de la crainte des daingen et il n'a jamais été plus important d'apprendre à no colonies qu'elles seront protégées. Yoiîà les maux oi conduit cette exécrable défiance qui porte les peuple voisins à se surveiller, à se redouter, à se regarde comme ennemis. Pourquoi &ul«il que la nécessité mém d'assurer la paix force les nations à se ruiner en prépa \ défense.^ Puisse cette affireuse politique êm ^ horreur sur toute la terre I
jLsszwnÉÊ VÂTioirALft. •— > 1790. ^3^
C^tst pitmr rëttiiir les diff<ir«ns objets annoncés dans son rapport qtt3 votre comité vous propose son décret suivant, comme le plus propre à remplir vos engagemm sans imprudence, à changer Tancien système sans lecousse, à éviter la guerre sans faiblesse. L'Assemblée nationale décrète :
« I® Que tous les traités précédemment conclus continueront à être respectés par la nation française jus- ^'au moment où elle aura revu ou modifié ces divers actes d'après le travail qui sera fait à cet égard, et les
f^"structions que le roi sera prié de donner à ses agens près des différentes puissances de l'Europe ;
» 2° Que, préliminairement, le roi sera prié de faire connaître à toutes les puissances avec lesquelles la france ades engagemens, que, la justice et l'amour de bpaix étant la base de la constitution française, la na« ioQ ne peut, en aucun, cas, reconnsdtre dans les trailés que les stipulaitions purement défensives et commerciales;
» Décrète en conséquence que le roi sera prié de |bire connaître à Sa Majesté catholique que la nation lançaisc, en prenant toutes les mesures propres à Maintenir la paix, observera tous les engagemens contractés avec l'Espagne.
» Décrète, en outre, que le roi est prié de charger iDn ambassadeur en Espagne de négocier avec les ministres de Sa Majesté catholique, à l'effet de resserrer par un traité national des liens utiles aux deux peuples^ et de fixer avec précision et clarté toute stipulation ^Ine serait pas entièrement uniforme aux vues de paix générale et aux principes de justice qui seront à jamais la politique des Français.
V^ DISCOTJKS ET (wniKun.
m Aa sorpliu, rAssemblée nationale, prenant en canàdératlon les armcmeDs de différesies nations de l'Europe, leur accroissemenL progressif et la EÛreté de nos colonies et da commerce national, décrète que le roi sera prié de donner des ordres pour que nos flotin ai commission soient portées à trente vaisseaux île ligne, dont hait au moins seront armés dans les ports de la Méditerranée. »
Ce rapport ett uniTertelleiimt applaudi. Le gouTemenKH espagnol es ardanoa la traduction daus la langue, et la pub!i'
' sàtmcE SD 37 Aùtrr.
U. de Montesquioa, aprè* avoir fait, an nom du comilé do ioauces, un rapport sur la liquidation de la dette publique, pcésenle ces Jeux questions : ■ Les elTets donaés en rembount^ ■ nent seront-ils en quittance de finance, ou en awignitt-
• monnaie, k la volonté descréaDcîen k rembourser? ou sermi-
• i!s l'un el lautre? ■ Hîrabeau monte k la tribune. Le préûJett mnonce ua méoioire de Hecker. Blirabeau :
Se demande (jue l'assemblée décide » la lecture da mémoire du ministre sera iaite avant oa après qne j'aurai parlé. Quant à mot, que diz^itiit mois de tranu-1 parnni vous n'ont pas accoutamé à l'initiative ninislcrielle , j'avoue qu'il me parait singulier qu( qnand un membre de celte assemblée esta la tnbuoe, sn l'eu écarle par le mémoire d'im miobtre.