II. aa
SiAirCB DU 27 irOVBMBlLI»
Quelques évéques députés avaient protesté, dans un libelle, contre les divers aetn^i^le rMiemblée, et y excitaient le peuple à la révolte et ii la désobéissance aux lois. Mirabeau :
Mossieurs, tandis que de toutes parts les ennemis (Je la liberté publique vous accusent 4^avoir juré la perte de la religion y je me leva en ce mpini^n t ppur vov conjurer^ au nom de la patrie^ de soutenir de toute liPL force dont la nation vous a revêtus cette religion menacée par ses propres mînif très, et qui ne chanodi jamais que aous les coups dont Torgueil et le fetnatume dfis prêtres Font trop souvent outra{3fée I
Quelle est^ en effet, cette exposition qui vient, i k suite de protestations et de déclarations turbulentes, susciter de nouvelles interruptions à vos travaux et A aouvelles inquiétudes aux bons citoyens ? Ne balançoni pas à le dire^ messieurs; c'est encore ici la ruse d'une bypoorisie qui cacke, sous lé masque de la piété et(k la bonne foi, le punissable dessein de tromper la reli» {[ion publiqtie et d'égarer le jug;emeitt du peuple. C'eH rartifioe d'une cabale formée dans votre propre seiir, qui continue à méditer des mesuras pour le rénver»^ ment de la constitution, en affectant le ton de la pain et qui met en mouvement tous les ressorts du troubll et fie la sédition, lorsqu'elle se donne pour ne vouloii plaider que la cause de Dieu et revendiquer les droin de la puissance spirituelle.
Non, messieurs, ce qu'on veut n'est pas que voui apportiez des tempéramens et des modifications à ce que vous avez statué sur la constitution civile du clergé;
ASSEUUn MATtONALB. •^1790. 33q
^M TOUS cessiez d'être sages, que vous renon^ da â tonte justice ; qu'après avoir réglé le dehors de h idigion, tous eu attaquiez le fend ; que tous Ibulia mx pîada la £m de tob pères ; que tous anéautiasic^ BB culte dont tous aves lié la destinée à cdle de Teiii*pire, afin que votre clmte dans l'impiété vous imprima an caractère odieux, et semble intérfsser la piété des peuples À la di^tfsioB des législateurs de qui la France pncndait aa régénération.
Maés s'il était vrai que le sacerdoee français dàt à la
religion et à sa propre conscience d'opposer des récb-
BMtions à vos décrets, ces réclamations devraiwi>elles
àrs conçues, rédigées, publiées par les évéques dé^
pûtes a l'Assemblée nationale? Si cette exposition ett
■a devoir indispensable pour le corps des pasieiin,
pourquoi nos collègues dans la rqprésentation nMio^
ade se rendentnls les organes d'une résistance qui, futr
itte nécessaire, aurait toujours ses inoonvéniens et ses
éangers? Pourquoi £attt41 que ce smt du fiond de ce
VDctuaire même de la loi qu'il s'élève des voîi pour
b mine de la loi ? N'était-ce pas là une commission dér
kate et terrible dont la prudence voulait (pi'cm choi^t
ks instrumens au dehors du corps législatif, et dans
■ae classe d'hommes libres des méuagemeus et des
hieaséanees que la nation impose aux dépositaires de
m confiance et de son autorité? Ce ténébreux pbéno**
ttoae ne s'explique, mesdeurs, que par la détermina*»
lîoD prise depuis long-temps de faire haïr des persécu"^
tcus du christianisme dans les fondateurs de la liberté»
et de léveiUer contre vous l'ancien et infernal génie des
faraffs sacrées. Un tel dessein demande des agens sus**
ôréi an milieu de vous. Leur caractère public donne
du poids à leurs calomnies. On a voulu, pour imprimer au ressort contre-révolutionnaire une teinte codslitutionnelle et nationale, que les moteurs en fussent pris parmi les spectateurs et les compagnons de vos travaux. Il résulte de là un signal solennel de scission qui ranime toutes les espérances, et qui, sans les vertus personnelles du prince que vous avez appelé le restaurateur de la liberté française, promettrait au despotisme abattu des forces pour briser son tombeau, et pour redresser son trône sur les cadavres des hommes écliappés a ses fers.
Pour démêler, messieurs, ce caractère faux et perfide qu'on s'est vainement efforcé de couvrir de tous les voiles d'une raison modérée et d'une religion sage et tranquille, il vous suffira de remarquer les paroles qui terminent cette étrange exposition : a Nous pensoDt >i que notre premier devoir est o'iiTTENDRE avec co5« » FIANCE la réponse du successeur de saint Pierre, qni| >i placé dans le centre de Tunité catholique et de II » communion, doit être l'interprète et l'organe (la » vœu de TEglise universelle. »
Concevez- vous, messieurs, comment des pa«tenii qui sont dans l'attente d'une décision suprême et trèsprochaine de la part d'un tribunal dont ils veulent à tout prix reconnaître la souveraineté, tombent dans l'inconséquence de prévenir ce jugement et de s'établir les précurseurs du conseil de Rome, qui doit appa* remment armer la France catholique contre la France libre? N'est-ce pas là publier que l'on sait à l'avance^ parce qu'on Ta dictée, une réponse à laquelle on veut attacher les destins de cet empire? N'est-ce pas laisser transpirer la connivence établie entre le clergé français
ASSEMBLÉE KATIOMÀLE. — 1790. 34t
it le dergé romain^ pour combiner des manœuvres de iontre-rëvolution, et déconcerter, par la perspective ioistre d*un schisme, la force qni nous a soutenus jusplci contre tant d*orages? ou pliiiôt, messieurs, on fous prévieut sans détour que vous êtes destinés à subir » dernier jouç, si vous ne vous hfttcz de recommencer a constitution du clergé sur les principes exposés xir les iiféques députés à t Assemblée nationale. (Nous voulouS; disent-ils, employer tous les moyens ide sagesse et de charité pour prévenir les troubles I dont une déplorable scission peut devenir Tou- » vrage. Nous ne pouvons pas transporter le schisme I dans nos principes^ quand nous cherchons les moyens » d'en préserver la nation. » Et ce sont des représcn«* lans des Français qui tiennent à leurs commcitans ce an(^age menaçant et séditieux ! et ce sont les ministres la Dieu de paix, les pasteurs des hommes, qui sonf* lent r&>prit de discorde et de révolte parmi leurs troupeaux !
Jamais Tincrédulité systématique n'ourdit de roa- Meuvres ni si dangereuses ni si profondément dcstruc* livcs de tous les principes du christianisme. Aucun impie n^en a tenté la ruine en lui incorporant les intérêts et les passions les plus incompatibles avec la lurée de son règne, et en semant dans son sein tous les germes d'une inquiétude et d'une fermentation si iocuruble, que, pour le voir s'évanouir et se perdre lans les goutfrcs du temps, il n'y ait plus qu'à Tabanionner à sa propre destinée. Voilà, messieurs, ce que bnt les évèques députés à l'Assemblée nationale; ils reulent charger la religion du soin de vous punir et le les venger. Ils savent à quels dangers ils l'exposent;
349^ DISCOURS ST OPINIÔH8.
mak ils en ont fiiit le sacrifice. Ils sont résolus à Id feire oonrir tous les hasard» de ce cboc terrible^ et à la voir s'écrouler sur ses antiques et augustes fondemens^ pounru qu'en tombant elle enveloppe dans ses mines vos lois et la bbertëé
Certes^ messieurs^ quand on vous reproche ^ de rétrécir l'ancienne juridiction de l'Eglise^ et de mécoo» naître la ncoessité et l'étendue d'un pouvoir qu'eUe exerçait sous les. empereur s païens y et dans les temps des perséoét tiens, n'esl^^ce pas vous inviter i soumettre à une révision sévère le système d'organisation sacerdotale que vous avez adopté ^ à ramener la religion à l'existence qu'elle avait sous le gouvernement des Césars^ et à la dépouiller de toute correspondance et de toute relation avec le régime de Fempire ? Quella merveille que des empereurs païens^ pour qui la religion n'était rien^ et dans un temps où l'institutiod chrétienne n'était ni reçue dans l'Etat^ ni reconnue pal l'Etat; ni entretenue sur les fonds de l'Etat^ aient laissa cette institution se régir dans son indivisibilité^ suivant des maximes qui ne pouvaient avoir d'effets pth blics) et qui ne touchaient par aucun point l'adminis' tration civile I Le sacerdoce^ entièrement détaché dq r^ime social > et dans son état de nullité politique pouvait^ du sein des cavernes où il avait construit sa sanctuaires^ dibter et rétrécir au gré de ses opiniom religieuses le cercle de ses droits spirituels et de M dépendances hiérarchiques. Il pouvait régler^ sanseX'^ citer nulle sensation , ces limites et ces démarcation^ diocésaines qui ne signifiaient alors que le partage dtf
' Page S dé V Exposition dès éifSfuot,
kssEMnÈn MATionAhB.^^i^go. 343
mu apostolique, et <{ai n'dbtfearcissaieni et ii*eni** >arra»aie0t en rien la dîitribation des proTÎnces ronaines*
Alors, messieiirs, la reU^^on n^était que soufferte. Hors les i^êtres ne demandaient pour elle, aux maîtres da monde, que de la laisser épancher dans le sein de rbomme se» bienfaits inestimables* Alors ses pontifes béaissaient les puissances de laisser reposer le gLuve pi arait immolé tant de pasteors vénérables , et de regarder les modestes organes de l'Évangile avec bien*' ▼eillaoce, ou même sans colère. Alors ces onvrien austères et infetigables ne connabsaient d'antre re»^ lource de leur frugale subsistance que les aumônes de ceux qui recevaient l'Évangile et qui employaient leur minblère.
Concevez*votis, messieurs, quels eussent été les trans»
ports de ces hommes si dignes de la tendre et religieuse
f éncration qu'ils inspirent, si la puissance romaine eût
mcnagé de leur temps à la religion le triomphe que lui
asâurent aujourd'hui les législateurs de la France ? £l
c est ce moment où vous rendes sa destinée inséparable
de celle de la nation, on vous l'incorporez a l'eûs^
tence de ce grand empire, où vous consacres à la per««
péioité de son règne et de son culte la plus solide por*
don de la substance de l'État; c'est ce moment où vous
la faites si glorieusement intervenir dans cette sublime
dÎTision du plus beaa royaume de l'univers, et où^
plantant le signe auguste du christianisme sur la <nme
de tous les départemens de la France^ ifons confesseSi
à la fece de toutes les nations et de tous les siècles, que
Dieu est aussi nécessaire que la liberté au peuple fran*
r^ais; c'est ce moment que nos évêqoes ont choisi pour
344 DISCOURS ET opinions*
vous dénoncer comme violateurs des droits de la religion, pour vous prêter le caractère des anciens persécuteurs du christianisme j pour vous imputer, par conséquent, le crime d'avoir voulu tarir la dernière ressource de l'ordre public, et éteindre le dernier espoir de la vertu malheureuse.
Et nous ne pouvons pas douter, messieurs, que ce ne soit dans une intention aussi malveillante ^ qu^on cherche à insinuer que la n^Igion est perdue, si c'est le choix du peuple qui décerne les places ecclésiastiques; car nos évéques savent, comme toute la France, à quel odieux brigandaf^e la plupart d^entre eux sont redevables du caractère qu'ils déploient maintenant avec tant de hardiesse contre la sagesse de vos lois. Certes, il en est plusieurs qui auraient trop à rougir de voir se dévoiler au grand jour les obscures et indécentes intrigues qui ont déterminé leur vocation à Tépiscopat; et le clergé, dans sa conscience, ne peut se dissimuler ce que c'était que l'administration de la feuille des bénéfices. Je ne veux pas remuer ici cette source impure, qui a si long-temps infecté la France de sa corruption profonde, ni retracer cette iniquité publique et scanda^ leuse qui repoussait loin des dignités du sanctuaire la portion saine et laborieuse de l'ordre ecclésiastique, qui faisait ruisseler dans le sein de l'oisiveté et de l'ignorance tous les trésors de la religion et des pauvres, et qtii couronnait de la tiare sacrée des fronts couverts du mépris public et flétris de l'empreinte de tous les vices : mais je dirai que des prélats d'une création aussi anti-canonique, des prélats entrés dans le bercail da
* Page 99 dtVMx^iition,
▲SSEMBliÉE NATIONALE. 179O. 3^5
troupeau dn Seigneur par une porte aussi proiane, sont les yéritables intrus que la relig^ion réprouve, et qu'ils ne peuvent, sans blesser toute pudeur^ condamner la loi qui leur assigne pour successeurs ceux qui obtiendront l'estime toujours impartiale et pure de leurs concitoyens.
uOn sait disent41s^ à quel point la forme qu'on » propose pour les élections est contraire aux règles
» anciennes Il n'y a pas d'exemple d'une forme
» d'élection sur laquelle le clergé n'ait pas eu la priiincipale influence; cette influence est anéantie; il y a » des départemens dans lesquels on ne compte pas un » ecclésiastique parmi les électeurs *. » Vous deviez bien frémir, ô vous qui brûlez de tant de zèle pour la restauration de l'ancienne discipline, lorsque, sous l'ancien régime, le clergé se mêlait si peu du choix des premiers pasteurs, et qu'un minbtre, vendu aux volontés et aux caprices de ce qu'il y eut jamais de plus pervers et de plus dissolu autour du trône, distribuait en mercenaire les honneurs et les richesses de l'Église de Fnmce au commandement des mêmes oppresseurs qui se jouaient des larmes du peuple, et qui trafiquaient impunément du bonheur et du malheur des hommes! Pourquoi donc ne vit-on jamais sortir de ces assemblées du clerjgé ni doléances, ni réclamations, ni remontrances contre un abus qui tuait si visiblement la religion dans ses plus intimes élémens, et qui corrompait si scandaleusement toutes les sources de morale?
Non, messieurs, on ne veut pas sincèrement l'ordre et la justice; on ne veut que brouiUer et bouleverser.
' Pagis s3 et «4 de rzjyeitriwi.
346 Discovis iT onniom»
On n'eit irriti que de la force de la âigM qna tooi avet opposée au torrent des paMions sacerdotales. On cherche à paralyser la constitution de l'État pour faire revivre Fancienne constitution du clergé; on aspire à faire éranouir tous vos travaux dans les longueurs et la continuité des interruptions qu'on y apporte^ et i voir toutes nos scènes politiques se dénouer dans les horreurs d'une guerre religieuse^
Ceux qui revendiquent la part qu'avait autrefois le clergé à l'élection des minbtres de l'Eglise soDt*ils de bonne foi ? Il n'y a qu'un mot i leur répondre^ le voici. Si le clergé actuel ne doit jamais devenir constitution* nel et citoyen, son intervention dans le choix des pas^ teurs serait un mal public^ et le foyer du trouble résiderait à perpétuité dans le sein de l'Eglise de France* S'il prend enfin l'esprit de la révolution et de la liberté^ le peuple s'honorera d'invoquer sa sagesse et d'écoater ses conseils dans toutes les grandes déterminatiooi qu'il aura à statuer pomr le maintien des lois et pour la juste distribution des emplois religieux et politiques.
L'influence de l'ancien clergé sur les élections ecclé* sîasliques n'a point d'autre origine que le respect et la confiance du peuple. Vous savex^ prélats qui m'enten* des^ vous savez qu'il ne tient qu'à vous de voua &ire adorer des hommes^ . et de devenir les oracles de tous leurs conseils. Ressemblez i vos anciens prédécesseurs, ei vous verrez bientât lo peuple ressembler aux anciens fidèles^ et ne vouloir rien foire sans ses pasteurs.
Quoique je n'aie pas en dessein^ messieurs^ de vous exposer l'analyat et la réfotation d'un éerit qui n'a pour base que les traditions surannées d'une théologie arbitraire et inconséquMte^ je ne puis néaonioio^
▲SSEMMLÉB HATI01IALI.«-I790. 34^
me dupenser d'attirer un moment Tattention de l'at» lemblée sur le fond de la gestion considérée en elle« même^ parce qu'enfin il entre )>eat-étre de la vraie reli-« gion dans toutes ces réfleûons et toutes ces inquiétudes thcologiques, et qu'autant nous devons de sévérité i l'esprit de mécontentement et de murmure^ autant nous devons de patience, de discussion et d'eihortation aux doutes des âmes timorées.
Le prétexte politique de cette espèce d*insurrection sacerdotale^ c'est, messieurs, que la même puissance qui a changé l'ancienne distribution du royaume ne pouvait rien changer à lancienne démarcation des dio*-* cèses sans le concert de la puissance spirituelle; ils disent que, le corps législatif n'ayant nul caractère pour restreindre ou pour étendre la juridiction des évâques, ceux-ci ont besoin d'une nouvelle insdtution pour se remettre an cours de leurs fonctions.
J avouerai volontiers que la théologie n'entra jamais dans le plan de mes études ; mais, sur le point dont il s'agit ici, j'ai eu quelques entreûons avec des eccté« sidatiques instruits et d'une raison exacte et saine. En sondant leurs réflexions dans les principes qui appartiennent aux seuls procédés d'un bon esprit et d'une logiique inflexible» j'ai acquis le résultat que je vais mettre sous vos yeux.
Le premier des quatre articles qui servent de base aux libertés de t Église gallicane , énonce ^ue les ivéques tiennent immédiatement de Dieu /ajaridio tion spirituelle qu'ils exerceni dans l'Église : paroles qui ne signifient rien du tout, si elles ne signifient qne les évèques reçoivent dans leur inauguration la pmssanoa de réigir les fidèles dans l'ordre spirituel, et
que cette puissance est essentiellement illimitée; car elle est le fond et Tessence de l'épiscopat^ et ne saurait par conséquent connaître d'autres bornes que celles de l'univers entier. Un caractère divin qui perdrait son existence au-delà d'une circonférence donnée» serait un caractère chimérique et illusoire ; un pouvoir fondé sur une mission divine et absolue ne se peut ni restreindre ni circonscrire; en sorte que chaque évéque est solidairement, et par l'institution divine , le pasteur de rÉ(];lise universelle. Aussi le fondateur du christianisme n'a-t-il point partagé entre les apôtres la juridiction a exercer dans les différentes contrées du monde^ et n'a-t-il assigné à aucun d'eux le cercle où il devait se renfermer. Mais chacun d'eux a reçu la puissance de tous; tous ont été indivisiblement établis les recteurs et les chefs de tout le troupeau de Dieu. Répandez-vous^ leur dit-il^ dans tout le monde^ annoncez VÉuangik à toute créature. Je vous em^oie comme mon père m*a envoyé. Voilà une décision évidente, ou il faut dire que notre épiscopat est d'une autre nature que celui que Jésus-Christ a institué.
La division de l'Église universelle en diverses sections ou diocèses est une économie d'ordre et de police ecclésiastique^ établie à des époques fort postérieures à la détermination de la puissance épiscopale: un démembrement commandé par la nécessité des circonstances et par Timpossibilité que chaque évéque gouvernât toute l'Église, n'a pu rien changer à l'institution primitive des choses, ni faire qu'un pouvoir illimité par sa nature devint précaire et local.
Sans doute le bon ordre a voulu que, la démarcation des diocèses une fois déterminée^ chaque évéque se
ASSEBOIiÉB NATIOlfALB. «^ 1790. 349
renfermât dans lai limites de son Église. Mais qne les théologiens^ à force de voir cette discipline s'oI»erver^ se soient avisés d'enseigner qne la juridiction d'un éréqne se mesure sur Tétendue de son territoire diocésain, et que hors de là il est dépouillé de toute puis» tance et de toute autorité spirituelle^ c'est là une erreur absurde qui n'a pu naiire que de l'entier oubli des prin» dpes élémentaires de la constitution de l'Église.
Sans rechercher en quoi consiste la supériorité du souverain pontife^ il est évident qu'il n'a pas une juridiction spécifiquement difiérente de celle d'un autre évêque, car la papauté n'est point un ordre hiérarchique : on n*est pas ordonné ni sacré pape. Or^ une plus grande juridiction spirituelle^ possédée de droit àivin^ ne se peut conférer que par une ordination ipécialcy parce qu'une plus grande juridiction suppose rimpression d'un caractère plus éminent, et la collation d*nn plus haut et plus parfait sacerdoce. La primauté du pape n'est donc qu'une supériorité extérieure, et dont l'institution n'a pour but que d'assigner au corps des pasteurs un point de ralliement et uu centre d'unité. La primauté de saint Pierre ne lui attribuait pas une puissance d'une autre espèce que celle qui appartenait aux autres apôtres, et n'empêchait pas que chacun de ses collègues ne fut comme lui l'mstituieur de Vunivers, et le pasteur né du genre humain. Voilà une règle st\re pour déterminer le rapport à maintenir entre nos évéques et le souverain pontife ^ U n y a là^
* Tovt een te rétome en on raifonoemeot qnî ctt sans réplique, et «{ve jVDonee de cette manière : « LUie juridiction qa*on ne tient qne
• de Dieu, et qni en dérive iromédiatementt ne peut être limitée
• <t affectée a certains Ueox» qn*en Tcrtn d^nne diapensation difine.
3{S0 BISGOUat BT eFXMICHS.
measieuriy ni sobtiluéi^ ni sophismes^ et tout esprit ^it et non préTenu est ju^ compétent de l'évidence de cette théorie.
• Or, la partitîoD d« TEgUse univarselle en des lectiont on diocèic* » séparas, n*est pas une inâtitution divine.
»D«pe oeite panitioa n^tpporte aueaoe reUrletion à PimiterttlHé » de U juridjctipo épisçopale. »
Si nous jetons un conp«d*œll sur les temps apostoUcpies ei sur lei premièrtïs époques de la fondation des églises particulières, nom leroiis pleinement eonvaineus ^e l'idée d'ane juridiction illimitée était IfuéparabUment aiti^ehée è^ oelie de répi«eopat« et ^ne ce n'hélait qu'ae* cidenteilement, e| par des vues de position çt de circoostapcesi quVa ëvéque s'attachait à un territoire déterminé. Nous lisons dans 1« 4ctet dea Apôtres, chap. xx, que saint Paul, après avoir établi un nombre d'évéques dané r^iic, Ifpr dil»eo tour faisant ses adieux :«Vcilf^lez votre conduite et ceil^ dv troupeaw sur lequel le Seigneur vous s » établis évéques, en vous donnant la puissance de régir l'Eglise de
• Dieo, que Jésus-Christ a fondée par son sang. » Voilà des parolet aspmrévDf nt bien copeliiantea ai biep précises. Voulona-'nMis savmr dsos quel sen^ Timotbée était évéque d'Ë)>hèse? Ecoutons Domweiftt saiat Paul lui écrit peu de temps après qu'il lui eut remis la conduite de èettq église: «Js vous ai vtui (ITimoth., i, 3} de rester à EpUèse p; pendant iqne J'irais en Macédoine, afin que vous Inssies à portée p d'empêcher certains faux doct^rs da répandre wà eps^if nem«at
» différent de celui que j*y ai porté » Il écrit à peu près dans lei
mêmes termes à Tite, évéque de Crète }« Mon dessein, dit-il, xir vous a liAissawff Da»t i/Ilb de CmirB, a été que vous voua appliquassiez k I réformer quelques abua qui y régnent ci>eore»et à étahiir dea prèirei » dans les différentes villes, comme je vous Ta! recommandé,» (Tit., I, I.) Il faut convenir que ce langage serait fort étrange dans U 'bouche d'un homme qui aut-ait cru que Ttmothée et Tite n'avaient de juridjation, l'tm q«e aui» les Ephésiena» tt f autre que aur UaOélois* C'est doQc comme si saint Paul. eût dit à l'un et à Tautre : «Par » l'institution divine, et en vertu de l'imposition des mains, vous étei
• les pasteurs de l'univers. Mais, par la nécessité de soigner en détail » le troupeau du Seigneur, vous vous renfermerez dans rarrondis^ea ment où je vous ai laisaé#, et vous exercerez auprès d'un peaple qae 9 j'ai spccialemeut conUé à votre 9èle« une p«tissanee queDlea voas t « dpvaêa pour la salut de tous les pauplaa de k terra. »
(Nqêê é$ MùmkMm.)
jLSSEMnJm HAnonÂu. «~ 1790. '3f i
Uais^ J9 Tai dk, rincérêt de rtppeler les droiis de Ytffhaê n'est ici qne le prétexte de î'eiitreprbe de nos évéques, et l'on ne peut méconnaiire k véritable cause de leur rénstanee.
Les vrais amis de la constitution et de la liberté ne peuvent se dissimuler que nos pasteurs et nos prêtres persévèrent à composer une classe à part^ et i mettre au nombre des devoirs de leur état l'étude des mesures qui peuvent arrêter la révolution. Ce sont des prêtres qui rédigent et qui font circuler les feuilles les plus fécondes en explosions frénétiques contre vos travaux ; et ces prêures sont soutenus de toute la prélature aristocratique : on exalte leur dévoûment aux anciens abus, comme Théroïsme du zèle apostolique; on les honore comme les réclainateurs imperturbables des droits de Dieu et des rois ; on les encense, on les canonise comme les jémbroise et les jithanase de leur siècle ; il ne leur m^inque que de mourir victimes de leur fanatisme et de leurs transports séditieux^ pour recevoir les couronnes de l'apothéose^ et pour obtenir la gloire d'être inscriu sur le tableau des martyrs de la relig^ion.
PontifeSi qui partagCE avec nous l'honneur de représenter ici la nation française, à Dieu ne plaise que j'at* tire sur vous, ni sur vos collègues dispersés dans leurs églises, des reproches qui vous compromettraient aux jeux d^un peuplé dont le respect et la confiance sont nécessaires au succès de vos augustes fonctions. Mais^ après cette dernière éruption d'une inquiétude qui menace tout, pouvons-nous croire que vous ne prêtez ni votre appui ni votre suffrage aux écrivains anti<eoiistitutionnels qui décpient la liberté aju nom de l'Ë-
tangile, el qui ne vuent à rien moins qa'i présenter la révolution tous les couleurs d^une manœuvre impie et sacrilég;e? Et quand tous vous seriez bornés au 0h lence de la neutralité et de l'insouciance^ ce silence n'eùt4l pas déjà été lui»méme un scandale public? Des premiers pasteurs peuvent^ils se taire dans ces (j^andes crises où le peuple a un si pressant besoin d'entendre la voix de ses guides^ de recevoir de leur bouche des conseils de paix et de sagesse? Oui, j'étais déjà profondément scandalisé de ne pas voir Tépiscopat français adresser à ses ouailles de fréquentes et fortes instructions pastorales sur les devoirs actuels des citoyens; sur la nécessité de la subordination , sur les avantages à venir de la liberté, sur Fliorreur du crime qtie commettent tous ces esprits perturbateurs et mal- ▼eillans qui méditent des contre-révolutions à exécuter dans le sang de leurs concitoyens* J'étais scandalisé de ne pas voir des mandemens civiques se répandre dans toutes les parties de ce royaume, porter jusc{u'à ses extrémités les plus reculées des maximes et des leçons conformes à l'esprit d'une ré volution qui trouve sa saoction dans les principes et dans les plus £imiliers élémens du christianisme. J'étais enfin scandalisé et iodi- , gné de voir des pasteurs inférieurs afiecter la même indifférence, écarter de leurs instructions publiques j tout ce qui pourrait affermir le peuple dans Tamour de son nouveau régime, laisser plutôt transpirer des principes favorables à la résurrection de l'ancien des^ potisme, et se permettre souvent des réticences per" fides. Je m'arrête pour éviter des inductions trop i^ cheuses.
Prélats et pasteurs, je ne poss^e pas plus qu'on
antre mortel le don de prophétie^ mais j'ai quelque connaissance du caractère des hommes et de la marche des choses. Or save3&-vous ce qui arrivera si îes âmes ecclésiastiques^ persévérant à se fermer à l'esprit de la liberté^ viennent enfin à faire désespérer de leur conversion à la constitution^ et par conséquent de leur aptitude à être citoyen ? L'indignation publique^ montée à son comble^ ne pourra plus soufGnr que la conduite des hommes demeure confiée aux ennemis de leur prospérité ; et ce qui serait peut-être encore aujourd'hui une motion violente^ ne tardera pas à acquérir le caractère d'une mesure raisonnable^ sage, et comma.ndée par la nécessité d'achever le salut de TËtat Où proposera à l'Assemblée nationale^ comme l'unique moyen de nettoyer le sein de la nation de tout l'ancien levain qui voudrait se refiltrer dans ses organes y on proposera de décréter la vacance universelle des places ecclésiastiques conférées sous l'ancien régime , pour les soumettre toutes à l'élection des départemens^ pour mettre le peuple à portée de se donner des pasteurs dignes de sa confiance , et de pouvoir chérir dans les apôtres de la religion les amis de sa délivrance et de sa liberté.
Et ce projet , messieurs, tout brusque qu'il pourrait paraître au premier coup-d'œil, attirera d'autant plus l'attention des députés qui sont animés d'un véritable zèle pour répandre partout l'esprit de la constitution , que son exécution ne pourra jamais entraîner que le déplacement de ceux qui ont donné lieu à la défiance publique, qui sont bien décidément réputés fauteurs ou approbateurs des menées de l'aristocratie, et par conséquent incapables de faire aucun bien réel dans