qui a, du moins à l'extérieur, beaucoup de la
que et morale du duc de Luynes..... Je ne crois
^e du mariage de la princesse Caroline de Bruns-
>e tout-à-fait aimable, spirituelle, jolie, vive, sé-
ja princesse Caroline, mariée en 1759 au prince
depuis reine divorcée d'Angleterre.
.^ fois qu'il ne s'agit pas du monarqae prussien, de ses ndfaits de détail, le baron de Trenck rend jostice à Mirabean \ le même beaàcoap de justesse dans a^ aperçus politiqaesi et rofondes sur Fétat actad de TEarope.
202 AVANT- PROPOS
Nous ajouterons ) ici quelques réflexions utiles de la préface mise par M. Brissot-Thivars en tête de l'édition de 1821.
« La pudeur ministérielle^ qui s'accommodait fort bien de la peinture occulte djes désordres d'une cour voisine, s'e/ fraya d'avoir le public pou r confident. Le parlement reçut ordre de poursuivre : il atteigoât le livre ; l'auteur disparut sous Ke voile de Tanonyme, et la ville s'égaya de la mauvaise humeur de la cour. Les ctats^généraux étaient convoqués; la noblesse repoussa Mirabeau^ le tiers-état l'accueillit; et les privilégiés prc»dîguèrent les injures à l'auteur de VHistoirc seèrète,
)» Parmi les pamphlets de l'époque ^ on remarque d'Examen politique et critique de l'Histoire secrète de la cour de Berlin^ par Frédéric, baron deTrenck^. Le baron de Trenck était Prussien ; à ce titre il avait quelques droits d'entrer en lice; il 7 trouvait aussi son intérêt. Depuis long-temps il était mal avec son gouvernement; il se trouvait heureux d'acheter son pardon en brisant une lance pour l'honneur de son pays.
» Mirabeau prétend que les Prussiens sont un peuple lourd* Le baron de Trenck avoue qu'il en est ainsi; maiS| ajoute^t-il, c'est par système.
» Mirabeau donne à entendre que les deux fils du prince Fer^ dinand sont fils du comte de Schmettau. Le baron de Trenck lui jépond qu'il a examiné de près les eufans de la princesse. Ferdinand : «Ils sont destinés, dit-il, à tenir une place glorieuse dans
» la maison de Brandebourg Je ue garantirai jamais, ajoute-
» t-ily la naissance d'aucun homme; tout ce que je puis savoir, » c'est qu'il est fils d'un homme..... Il serait à souhaiter que, dans » certaine familles royales de l'Europe^ on fît ce que l'on fait en
% Angleterre pour les chevaux de course Il est inutile et ridi-
» cule de chercher (](uels sont les pères des rois qui nous gou- » vernent; il vaudrait mieux souvent qu'ils dussent l'existence à y^ de sages et vigoureux roturiers qu'à une race prétendue noble, 9 qui n'a de supériorité sur les autres que par une opimpu assise t sur d'absurdes préjugésr.. Je félicite sincèrement le prince Fçr^ » dinand d'être le chef d'une famille aussi intéressante que U » sienne. »
» Mirabeau avait reti^^cé cpielques scènes des amours de Frédéric -Guillaume; le baron examine gravement ci^s deui: iJUfôtioos :
« Un gros vol. ia-S». Le baron de Trenck est cqpna par ses Wfi^ljBftiyf et par quelques écrits.
DE l'Édite VR. 5io3
K i^ Est-il rrai que le roi de Prusse aime les femmes? —Personne n'en doute»
» a"* Est-ce un crime dans un roi ? Guillaume, en amour, est capable d'un tendre attachement; il sait estimer sa maîtresse. Délicat et sensible, c'est par l'intérêt personnel qu'il peut inspirer qu'il cherche à plaire à la femme qu'il aime; il oublie son rang, son pouvoir; c'est pour lui-même qu'il veut plaire... Mademoiselle de Yoss lui a résisté pendant vingt mois La jouissance
n'a pas refroidi son amour... Dans l'état où est la Prusse, le roi peut préférer les myrtes de Gupidon aux lauriers de Mars. »
>La réfutation du baron de Trenck aura -t- elle réhabilité Frédérîc-Ouillaume et le prince Ferdinand, l'un dans ses droits paternels^ Tautre dans le respect et la vénération qu'un monarque vertueux est en droit d'attendre de son peuple? Nous ne le croyons pas; il nous semble, au contraire, qu'il restera démontré que Mirabeau avait bien observé, et qu'il avait dit vrai, puisque son adversaire est réduit à représenter le concubinage et l'adultère comme le passe-temps accoutumé des grands, et comme la ressource légitime d'un monarque : les faits parlaient donc bien haut, puisqu'il n'y avait plus d'autre moyen d'en atténuer la honte.
» En l'absence de la logique et de la raison, le baron 4e Trenck adresse à Mirabeau les noms d'imposteur et de vil espion. Des injures ne prouvent rien, et, même de nos jours, il y a des hommes qui pensent que celui à qui on en dit a raison ^.
» Au moment de la publication de VHistoire secrète^ le temps avait confirmé presque toutes les prédictions de Mirabeau^ l'invasion de la Hollande, les ridicules combinaisons du cabinet français, etc.. Aujourd'hui, après plus de trente années, la malignité va retrouver quelques personnages encore vivans. « Le duc » d'Yorck, est-il dit page 176, est arrivé ici ce soir. Ce duc, puis- » sant chasseur, rieur infatigable, sans grâce, sans contenance, » sans politesse, et qui a, du moins à l'extérieur, beaucoup de la » tournure physique et morale du duc de Lu3mes..... Je ne crois » pas qu'il s'agisse du mariage de la princesse Caroline de Bruns- » wick, princesse tout-à-fait aimable, spirituelle, jolie, vive, sé- > millante,,. » La princesse Caroline, mariée en 1759 au prince de Galles, fut depuis reine divorcée d'Angleterre.
> Toatc5 les fois qa^il ne s'agit pas do monarque prussien, de ses ministres et des faits de détail, le haron de Trenck rend justice à Mirabeau j il lui accorde même beaucoup de justesse dans ses aperçus politiqaesy et des vues profondes sur l'état aotadi de TEurope.
ao4 AVANT-PROPOS
» Il faut bien l'avouer^ dans les arrêts qu'il a portés, Mirabean a pu se tromper parfois. Il a jugé des hommes ; et, pour le bioi comme pour le mal, l'espèce humaine est sujette aux yanmtioiis. Le temps ou l'éducation modifie les caractères, dénature les penchans. L'horoscope que Mirabeau a tiré du prince royal de Prusse, aujourd'hui monarque régnant, s'est-il réalisé? Ce prince a-t-il ressuscité le grand Frédéric? Mirabeau recommande à M. de Galonné l'abbé de Périgord. « L'abbé de Périgord, dit-il; » joint à un talent très-réel et fort exercé une circonspection pro* » fonde et un secret à ^oute épreuve. Jamais vous ne poorrei » choisir un homme plus pieux au culte de la reconnaissance^ >» plus curieux de bien faire....: » Le prince de Talleyrand» avant la révolution, portait le nom d'abbé de Périgord
Nous ne devons pas omettre, au nombre des choses cnrieBses qui se rattachent k cet ouvrage, l'arrêt qui le condamna an feu; nous rapporterons cette pièce comme un monument de la jnriaprudence de l'époque.
Arrèl de la Cour de parlement, renda les chambres assemblées, les Pdrs y séant, qai condamne an imprimé ayant poar titre : Histoire seçréu de la cour de Berlin^ oa Correspondance tJCun "voyageur frangés (le comte de Mirabeau, député de la sénéchaussée d'Aix aux étatst-géséraux), à être lacéré et brûlé par rezécuteur de la haute justice.
Extrait des registres du parlement , du dixjëvrier mil sept oemt
guatrc'vingt'neuf*
« Ce jour la Cour, toutes les chambres assemblées, les pairs y séant, les gens du roi sont entrés, et M^ Antoine-Louis SeguicTf avocat dudit seigneur roi, portant la parole, ont dit :
» Messieurs, justement indigné de l'impression d'un libelle aussi atroce qu'inconcevable, le roi, en remettant entre nos mains les deux imprimés que nous apportons à la Cour, s'en est reposé sur la vigilance de notre ministère pour les dénoncer et en poursuivre la condanmation.
» Ce libelle, répandu dans la capitale, a déjà causé la plus vive sensation. Le cri de l'indignation s'est fait entendre; la voix pu« blique a prononcé, et cet ouvrage de ténèbres a été marqué d'avance du sceau d'une réprobation universelle.
D U est dans l'ordre de la justice de proscrire, avec les qualifications les plus fortes, une correspondance que l'auteur cherche à accréditer en s'annonçant comme l'agent secret d'un ministre qui ne voulait pas être connu; cette flétrissure, prononcée par
DE l'éditeur. 2o5
la Cour des pairs, n'en sera que plus éclatante; et, en vous dé« nonçant cet ouvrage clandestin, nous nous proposons de poursuivre également l'auteur et rimprimeur, s'il est possible de les découvrir par la voie de l'information.
» Vous serez sans doute surpris que, spectateur muet de la réclamation de tous les ordres de l'État, notre ministère ait eu besoin en quelque sorte d'être provoqué par la bouche même du souverain pour sortir de l'inaction à laquelle il semble s'être volontairement condamné. Mais dans ce moment de crise, où tous les esprits en travail enfantent chaque jour de nouvelles productions, alternativement extravagantes et sages^ violentes et modérées , circonspectes et licencieuses , dictées par l'esprit de faction et inspirées par le patriotisme ; dans cette manie universelle, où la liberté indéfinie de la presse distribue avec une égale profusion les fruits du savoir, de l'ignorance et de la frénésie ; enfin, dans ce renversement total des principes, il ne fallait pas moins qu'un ordre émané du trône pour nous déterminer à remplir des fonctions indispensables dans toute autre circon^ stance, mais dont il nous a paru prudent de suspendre l'exercice au milieu du fanatisme des opinions. Il est des momens ou, par une sorte de pudeur publique, le magistrat ne doit pas interroger l'oracle de la loi.
» Nous ne nous dissimulons point à nous-mêmes, et nous verrons d'un œil stoïque le produit du ressentiment et de la ven-: geance; le passé nous est garant de l'avenir. Devons-nous craindre de l'avouer en présence de magistrats qui, en réclamant la liberté légitime de la presse, sont bien éloignés de vouloir favoriser ce déluge de feuilles anonymes, de brochures séditieuses, de pamphlets scandaleux, dont la France est inondée. La tolérance dégénère en abus, l'impunité enhardit la licence, et la licence est parvenue à son dernier période : rien n'est respecté; les rangs, les places, les services sont méconnus : les puissances, les têtes couronnées elles-mêmes deviennent l'objet de la dérision et de la satire : rexccs du mal est tel qu'en cherchant à en arrêter les progrès, on doit craindre d'augmenter l'épidémie, surtout depuis que les flétrissures sont un attrait de plus pour rechercher un libelle. La plus simple prohibition ajoute à la célébrité de l'auteur, accélère le débit de l'ouvrage, en double le prix, et donne une plus grande publicité à Timposture et à la calomnie.
» L'imprimé que nous venons dénoncer en ce moment n'a point été composé dans l'intention de féconder encore les germes de division qui ne sont que trop répandus dans le royaume; mai$
306 i.TAIfT-PAOPOS
il est de nature h influer sur l'accueil et la manière d'eK*
la noblesse française dans les cours ùlran{;ùrcs ; et, loir
mer la haute opinion qu'elle a toujours doni
loin de ta caracliriscr par cet esprit frauc i
chevalerie qui la conduit \ l'honricur et à
duction vile et iufAme ne peut qu'iBipirt"'
tion contre ua pctiple i>uli, facile, cou-
fainiliariiicr partout où il peut faire L
sa sensibilité, se livrer à son oujouonieni
par le cliarmc de cette sociabilité qui te dist
ttons de l'Europe.
• Cet imiirimé, en deux volumes, est iiititulû .de la COUT de Berlin , ou Corvapondimce d'un voj çais, depuis le mois de juillet ijSti Jusqu'au ig jam ouvrage /tiifilutrne, 178g, Sans nom d'auteur ni d'imprioi du lieu de l'impression.
« Ce titre semble indiquer que l'auteur n'existe plus, et qn>. ce n'est pas de son aveu que l'ouvrage a été donné à l'impression; mais, en sn])posant, cmnmc le frontispice l'annonce, que cette Histoire sncrcte est le résultat des obscr^-atinns d'un écri- Tain qui a cessé d'exister, s'il a fallu deux années entières pour faire imprimer et distribuer un ouvrage de cette nature, n'en résnlte-t-il pas ijuc l'éditeur est plus coupable que l'auteur même, puisqu'il a mis au Jour une Corresponde /ac établie sous le sceau de la conCaoce, et qui, dans le principe, n'était pas destinée i devenir le véhicule de la diffamation et l'aliment de la méchanceté ?
■ L'époque oii commence cette Histoire secrète sera à jamais mémorable dans les anuales du corps germanique. Le court e^ pace de temps qu'elle embrasse renferme des événemens &t(S pour intéresser la politique de toutes les couronnes. Frédéric II, dont le nom seul sullisait pour entretenir l'équilibre de puissance qui assurait à l'Europe sou bonheur et sa tranquillité, Frédéric régnait encore; mais ce prince touchait à son déclin ; et la gloir^ qui ne l'abandonna jamais pendant sa vie, assise sur une tombe que la murt entr'ouvrait, semblait l'appeler et l'attendre pour **? précipiter avec lui. C'est à ce moment que le prétendu voya- ^ur français se place pour s'insinuer chez les plus grands per- •onnages de l'État, pnur recueillir les propos fugitifs de la conversation, pour épier la marche des esprits, et, au milieu du tnnUe, des agitatians, des changemens imprévus d'un nouveau règne, tiirprendre les secrets du ministère, deviner le but de
Yambitioii des grands, découvrir le manège des «eonnisans, et approfondir les intrigues d'une cour prête à se laieser conduire par des ressorts depuis long-temps inconnus. Si Toa en croit ofii observateur déguisé, son habileté surmonte tous les obstaclee. Bientôt il est accueilli; et, loin de panuUre suspect, il ohtieol une confiance presque générale. Les princes le traitent ^vee bienveillance -, les ministres lui ouvrent leurs cabinets; les granda l'admettent dans leur société; le Toile de la politique se déchire à ses yeux. Frédéric meurt, Frédéric -Guillaume lui sueoide| Varmée n'a point encore prêté le sentait de fidélité, et déjà m politique attentif connaît l'esprit, le caractère, les ressouiee» des personnes en crédit. Le plan de l'administration n'est, plus un mystère; et le souverain lui-mém^ qui soupçonne sa mi»-* sion, ne prend aucun ombrage de sesassiduités et de ses Uaisona* 9 Après avoir rendu compte des bases sur lesquelles sera fondée cette Correspondance, après avoir indiqué les sources où il se propose de puiser ses instructions, enfin, après avoir exposé ses relations et son intimité avec les principaux membres de la ùt* miUe régnante 9 le panégyrique du roi que la Prusse venait d^ perdre est le premier objet dont l'auteur a cru devoir s'occuper é Il fait Télexe de ce grand homme; et c'est presque le seul dont il se soit permis de donner nne grande idée^ même de dire dH bien dans une Histoire secrète qui n'a d'autre authenticité que les observations, les aperçus, les combinaisons vraies ou fiiiissci d'un écrivain sans titre et sans qualité. £h! comment n'aurait-il pas rendu à Frédéric II la justice qui lui était due? Digne. dn l'admiration de son siècle, nos guerriers allaient s'instruire à son école, étudier ses manœuvres, observer ses évolutions, surtout sa discipline militaire^ et croyaient rapporter en France une port tion de ce génie, créateur d'une tactique inconnue^ et, pour ainsi dire, d'un nouvel art de la guerre. Au milieu des hommages qoie la force de la vérité arrache à ce correspondant mystérieux, on trouve des reproches contre la mémoire du plus grand hommi de l'Europe ; mais en dépit de l'observateur et de ses r^oiunrquesi de ses réflexions et de sa critique, Frédéric^ ami des scienees et protecteur des lettres, législateur et philosophe, politique pror* fond et guerrier infatigable, a réuni dans sa personne et montré sur le trône tous les talens d'un héros et d'qn roi : son nom» même avant son trépas, était inscrit dans le temple de l'im*» mortalité.
» Pourquoi l'auteur de cette Correspondance n'a^t-4l pas ea le même respect pour un prince formé du même sapg^ ■animé ^
208 AVANT-PnOPOS
même esprit et doué des mêmes talens? Le prince Henri D*a-l-il pas fait Toir à l'Allemagne attentive un général digne de commander sous son auguste frère^ de seconder ses vueSf d'exécuter ses projets? Frédéric lui-même ne pouvait se défendre d'an seiH timent de rivalité en apprenant ses succès. Les plus grands gé* nies ont eu leurs erreurs; les plus grands capitaines ont fait des fautes, et les plus habiles ont essuyé des revers. Seul exempt de cette commune destinée, la fortune a pu renoncer pour lui à son inconstance naturelle, ou plutôt l'expérience de Henri a su maîtriser les caprices du sort, et fixer la victoire sous ses étendards. Que ne pouvons-nous interpeller ici les braves témoins de ses hauts faits, les compagnons de sa gloire, les véritables juges de son mérite ? ils diraient, d'une voix unanime, que, doux et afftble dans le commerce de la vie , intrépide et tranquille dans le feu de l'action, humain et compatissant après le combat, par un heureux accord des qualités les plus éminentes, il joint à l'activité d'Annibal la prudence de Fabius et la sagesse de Scipion. Mais avons-nous besoin de rendre témoignage à un prince généralement révéré des officiers et du soldat ? C'est à tout le nùlitaire français à le venger. Son éloge languît dans la bouche d'an magistrat, ami de la paix; et le ministre de la justice ose à peine joindre sa voix aux acclamations de la renommée.
» On est tenté de croire que, du sein de sa. position nébuleuse^ l'auteur a pris à tâche de verser à grands flots le fiel de la méchanceté sur toutes les personnes que leur élévation et leur caractère devaient rendre plus respectables à ses yeux. Ce n'est point assez d'avoir accablé d'invectives l'oncle du nouveau roi ; ce souverain lui-même, son auguste famille, les princesses de son sang, les ministres, toute la cour enfin est traitée avec une indécence si criminelle, que nous rougirions de répéter les expressions infâmes dont l'auteur s'est fait un jeu d'employer l'obscénité;
» Son existence amphibie lui permet de s'écarter quelquefois du lieu de sa résidence ; son imagination le transporte dans les pays lointains ; elle lui fait faire des incursions en Autriche, en Pologne, et jusque dans le fond du T7ord; et c'est toujours dans le coupable dessein de recueillir de nouvelles horreurs, de surcharger sa Correspondance de rapports infidèles, et de faire circuler, avec ses découvertes , les plus noirs poisons de la calomnie.
» Quelle idée peut- on se former de cette Histoire secrète^ plus abominable encore que celle de Thistorien Procopc, qui se permettait d'écrire le pour et le contre s^ur le même empereur?
DE l'éditeur. 209
Elle ne présente partout qu'un recueil d'impostures honteuses , invraisemblables, et inventées à plaisir, plutôt pour satisfaire la manie de l'écrivain que pour attacher la curiosité d'un lecteur qui cherche à s'instruire.
» C'est une collection de portraits où l'imagination a plus de part que la vérité. La main du peintre a détrempé ses couleurs dans la bile amère dont son pinceau était abreuvé; et, si l'on pouvait se persuader qu'il a rendu les objets tels qu'il les envisageait, il faudrait aussi convenir que son œil malade leur prétait la nuance dont il était lui-même obscurci.
» C'est un assemblage de réflexions hasardées sur des conver'sations malignes, sur des rapports mensongers^ sur des confidences artificieuses et sur des faits enfin dénués de certitude, rapprochés à la hâte, transcrits avec précipitation, et que J'émissaire caché n'a pas craint d'af&rmer comme véritables, parce que c'était la seule monnaie avec laquelle il pouvait compenser le traitement qu'on lui faisait, et dont il reproche sans cesse la médiocrité.
» Il est malheureux d'avoir un grand talent quand on n'a pas une trempe de caractère assez forte pour le diriger vers le bien. Si la perversité de l'âme étouffe le sentiment de l'honneur et le cri de la conscience, le génie est un présent funeste de la nature. Que penser d'un écrivain qui adopte volontairement le rôle de délateur caché, qui va s'établir dans une cour étrangère avec cette franchise, cette aisance, cette aménité qui forment les liaisons, et qui, abusant bientôt des sentimens qu'il a inspirés, ose révéler des particularités qu'il ne doit qu'à la confiance la plus intime, ose calomnier tous ceux qui l'ont reçu avec bonté, ose leur prêter des propos et des projets dont rien ne garantit la fidélité, et porte Taudace jusqu'à insulter, avec un cynisme odieux, des personnages si fort au-dessus de cet agent subalterne^ ainsi qu'il se qualifie lui-même, qu'il est difficile d'ajouter foi à ses assertions, parce que, pour être vraies, elles doivent être fondées sur la plus grande intimité, sur une fréquentation, pour ainsi dire, habituelle et un commerce d'égal à égal ? Encore quel est l'homme qui s'expose à rougir devant son semblable ? Les grands peuvent s'oublier en présence des personnes de leur intérieur : les besoins d'un service journalier les rendent nécessaires. Elles voient l'homme tel qu'il est en effet, et dépouillé de l'appareil du faste et de la grandeur. Mais un roi, mais un prince, mais un homme constitué en dignité, sait toujours se respecter devant un étranger : quelque familiarité qu'on lui accorde, il est vm. j4
2IO AVÂNT-PROPOS
moralement suspect; il n'obtient qu une confiance passagère; cm forme uvcc lui des liaisons du moment plutôt que d'habitude; Quel peut en être le produit lorsque cet étranger aroue !uiméme qu'il est regardé comme un espion ? Et s'il est soupçonné de vouloir pénétrer les secrets du gouvernement, une sage oîroonspection n'engage- t-el le pas à lui donner le change, et à le tromper par l'apparence même de la confiance qu'il veut sorprendre pour en abuser ?
» Supposons néanmoins que l'auteur, trompé par de fauxrap* ports ou par de fausses combinaisons, ait cru voir réellement tout ce qu'il a inséré dans ses lettres anonymes, l'ouvrage entier n'en présentera pas moins une violation du droit des gens, un abus de rhospitalilé , une infamie d autant moins pardonnable^ que la familiarité était en lui le manteau de la periidie, et que la sainte amitié devenait l'instrument de la trahison.
» Ces réflexions conduisent nécessairement à prononcer et sur l'auteur de cet ouvrage prétendu posthume, et sur l'ouvrage en lui-même. £t d'abord, quant à l'auteur, il est des règles sim-< pies, mais sûres, d'après lesquelles on peut le juger, sansoourir le risque de se tromper. S'est-il écarté des lois de l'honneur et de la probité? s'est-il élevé au-dessus de toutes les bienséances? s'est-il oublié au point de violer la décence publique? a-t-il manqué au respect dont les Français donnèrent toujours k leurs rois des preuves sensibles , autant par amour que par devoir, mais que tout français doit aux puissances amies ou enneaiies de la France, que tout homme doit à un autre homme, que tout particulier se doit à lui-même? Cet écrivain est un esprit indiscipliuable. Sa perversité naturelle le rend téméraire, violent » emporté; et, après avoir brisé toutes les digues que la prudence oppose aux efforts de la licence, il ne peut que porter le trouble et le remords dans le cœur des êtres assez malheureux pour se laisser surprendre à ses fables, à ses mensonges et à ses calomnies.
» Nous sommes néanmoins forcés de convenir que, si cet auteur inconnu n'a fait que remplir la mission particulière qu'il suppose avoir reçue; si les lettres qui composent celte Histoire secrète ne sont sorties de sa plume que pour arriver directement à leur destination ; s'il n'en a point délivré de copies ; si ce n'est pas par son fait qu'elles sont devenues publiques; enfin, s'il est absolument étranger à l'impression, quelque honteux que soit le personnage obscur qu il a consenti de jouer, c'est à lui seul à 9^ reprocher sa bassesse et sa turpitude, et la justice ne peut lui
tfk t'Éi>iTËtii. lit
ftfre titt crime de la piiblieité dé ad thntspôflJài^. VéâitÈut' sèal mérite d'étfe potitstiitl , et Tlimpriniéiif, également tôu)^ bte, doit partager là puniilkm cPtiii délit âUsë! cdiitt^it^ k Vhéû^ '• néteté publique qu'au droit géttéral des HÎiUdÉis.
« Quant à l'ouvrage, il est difBèilëd'tfiivlsager cette Odmfspok" dance autrement que comme un libelle difTamatcnré, digne dé' tonte la sévérité de la lof. Pai^ \xhé sdfté de fMÉlité, les écrite de ce genre piquent davantage la curiosité; plui ils 8<anit inéchaïki^pins ils sont recherchés. Lé cœnn humain é» laisse entralttei:' avec fttilité vers le hial En blâmant l^écrivâitt, on s*arrache àoil libelle. La malignité sourit, Thothmë honnête té contente dés<M*^ pirer, et la diframaticm reste inipunie, Ic^^ne Tindlgnatlon de» "ftêïi dénoncer et poùrsnivre le cfalomniâteur. VÉUtbire teetéu^ de la tour deBerUn n'a'point éprouvé la même Indalgenee. TiHlf les esprits se sont révoltés; Tophiiott publique amesuré llnjtM^ non par celui qui à vdulu la faire, mais par Féiévation de eeitf 4 qtu elle était faite. La distance du rang a paru ajouter encore à la gravité de l'outrage. On a regardé ce libelle eomne proprid à soulever toutes les puissances, si la Justice ne se hâtait do io proscrire.
« Le hri devait aux principales tétes couronnées de l'Europe âne espèce de désaveu solennel des calomnies publiées et imprh« mées dans ses États. Il devait Une Vengeance aulhentlquo il'tttt libelle A coupable sous tous les rapports possibles, qu'il a flte* aient affecté ceut mêmes que le lecteur à ciftl reconnaître, ott qui ont aperçu l'intention perfide de les louer et de les axnàfitù^ mettre sous l'indication de lettres inidales; leurdéficateseOi Jhém tement blessée de ^application qu'on pourrait fidre de loiM noms à ces abréviations insidieuses, s'est empressée de HMlMiÊt publiquement l'ouvrage et d'en témoigner la phia Vheet la (^ noble indignation.
» Cest par l'ordre du roi que nous avons dénottèé cette Oto** respondance supposée; c'est en son nom que nons venons en requérir la condamnation; et, après l'avoir abandonnée âtt< flammes qui l'attendent, notre ministère emploiera tottté son aC' tivité pour en découvrir l'auteur, l'éditeur et l'imprimeur.
» C'est l'objet des conclusions par écrit que nous avons prises. Noos les laissons à la Cour, avec les deux volumes imprimés dont il s'agit.
» Eux retirés;
» Vu un imprimé en deux volumes, intitulé : BùWiiff sacfètg de la Cour de BcrUn, ou ÇormpmdMie d^mH taifrageÊf'/hàiimà
ai a AVANT-PROPOS
depuis le mois de;uillet 1786 jusqu'au igjantfieri'jt^f ouvrage posthume^ 17891 sans nom d'auteur ni d'imprimeory contenant lAvoir, le premier volume 3 18 pages, et le second 376. Condusions du procureur-général du roi ;
' »Ouï le rapport de M'' Adrien-*Louis liefôvrei conseiller: tout considéré ;
» La Cour ordonne que lesdits deux volumes imprimés seront lacérés et brûlés en la cour du palais, au pied du grand escalier d'icelui , par l'exécuteur de la haute justice , comme libelle diffamatoire et calomnieux, aussi contraire au respect dû aux puissances qu'au droit des gens et au droit public des nations ; eit^ joint à tous ceux qui en ont des exemplaires de les apporter an greffe de la Cour, pour y être supprimés; fait très-expresses inhibitions et défenses à tous libraires et imprimeurs, d'im« primer, vendre et débiter ledit imprimé, et à tous colporteurs, distributeurs et autres, de le colporter ou distribuer, à peine d'être poursuivis extraordinairement et punis suivant la rigueur des ordonnances; ordonne qu'à la requête du procureur-général du roi, il sera informé tant contre l'auteur que contre l'éditeur et l'imprimeur, par-devant le conseiller rapporteur que la Cour commet à cet effet pour les témoins qui se trouveront à Paris, et par-devant le lieutenant criminel des bailliages et sénéchaussées du ressort, pour les témoins qui demeurent en province, de la composition et distribution dudit imprimé ; pour, les informations faites, rapportées et communiquées au procureur général du roi, être par lui requis, et par la Cour ordonné ce qu'il appartiendra; ordonne à cet effet qu'un exemplaire dudit imprimé sera déposé au greffe de la Cour pour servir à l'instruction du procès. Ordonne que le présent arrêt sera imprimé, publié et afQché partout où besoin sera, et copies coUationnées envoyées aux bailliages et sénéchaussées du ressort, pour y être lu, publié et affiché ; enjoint aux substituts du procureur- général du roi esdits sièges d'y tenir la main et d'en certifier la Cour dans le mois. Fait en parlement , toutes les chambres assemblées, les pairs y séant, le dix février mil sept cent quatre-vingtneuf.
» CoUadonné LUTTON.
» Signé ISABEAU.
» Et ledit jour, dix février mil sept cent quatre-vingt-neuf, 9 à la levçp de la Cour^ ledit imprimé ci-dessus énoncé, intitulé :
DB L^ÉDITEUR. 2l3
» JBistoîre secrète de la Cour de Berlin^ ou Correspondance d'un » voyageur françaisy a été lacéré et brûlé par l'exécuteur de la » haute justice, au pied du grand escalier du palais, en présence 9 de moi , Dagobert-Étienne Isabeau, écuyer^ l'un des greffiers » de la grand'chambre, assisté de deux huissiers de la Cour.
> Signé ISABEAU. >
K la suite de V Histoire secrète, on trouvera une lettre remise par Mirabeau à Frédéric-Guillaume le jour de son avènement au trône. C'était le neveu du grand Frédéric et le père du roi aujourd'hui régnant. Ce prince n'est connu comme guerrier que par l'invasion de la Champagne en 179a. Il reçut avec bienveillance l'écrit de Mirabeau; mais il ne prévit pas les leçons que le voyageur français lui avait tracées.
BE
AVANT -PROPOS