‹ Œuvres de MirabeauChapitre 17 sur 79 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

avant d'avoir la certitude d'être non-seulement accueilliei mais protégée contre la puissance qui^ ayant la force en main et l'habitude de la prendre pour code, s'efforcera de contrecarrer et de prévenir tout ce qui pourrait tendre k donner une constitution solide à la Ck>urlande| et à (aire respecter son indépendance politique.

Je ne vois (et c'est ici le second point que je me suis proposé d'établir dans ce Mémoire) que le cabinet de Berlin que l'on puisse espérer d'y intéresser: i^ parce que la situation des États prussiens est telle que la sta** bilité et la prospérité de la Courlande ne doit pas moins toucher le roi de Prusse que si elle était une de ses provinces ) %^ parce qu'il ne peut avec sagesse convoiter ce pays, dont la Russie ne lui permettrait jâmw une tranquille possession, et qui ne ferait que prolonger les flancs de ses États, déjà beaucoup trop élen^ dus, sans rendre sa puissance ni plus réelle ni plus compacte.

Ge dernier point se démontre par sa propre énon» dation ; et, quant à l'avantage que la Prusse retirerait d'une plus grande stabilité de la Courlande et d'un dé^ veloppement plus énergique de son activité, cela est évident par la seule inspection de la carte. La maison ée Brandebourg n'a entre ses possessions et la Russie que ce démembrement de la Pologne, qui forme aujourd'hui une partie de la Lithuanie prussienne et de la Ck>urlande, dont le roi de Prusse sera, politiquement parlant, le propriétaire utile, le jour où il en sera le gardien et le protecteur. Or la Russie n'est nécessaire* ment et incontestablement redoutable en Europe que pour la Prusse, à qui elle peut faire du mal sans en recevoir.

D'un autre côté, on suit qu'entre les États prussiens

et la Gonrlande il n'y a qu'une très-étroite lisière de la Lithuanie polonaise ^ cette lisière est à peine de cinq ou sis lieues. La Prusse y ferdit aisément des acquisitions légales ti amiables^ suffisantes pour que le Mémel et les canaux qu'on en peut tirer jusqu'aux rivières de la Courlande lui ouvrissent cette branche précieuse de commerce de transit ^ et les ports de la Baltique dont j'ai déjà parlé.

Je me trompe fort^ ou il ne serait pas difficile de faire entendre au cabinet de Berlin qu'au lieu de former des projets ambitieux sur cette république, son véritable intérêt est de se déclarer en quelque sorte pour le représentant des engagemens de la Pologne envers la Courlande, stipulés par \tspacta conventa et les pacta subjecUoniSy lesquels sont détruits par le fait et la nécessité. La Prusse trouvera cent raisons de droit public à alléguer, indépendamment de sa dignité et de sa sûreté. Cette proposition, et celle d'accéder à notre traité de commerce avec les Courlandais, ne serait donc pas une imprudence ; ce serait peut-être même un assez bon moyen de rassurer la maison de Brandebourg sur notre politique dans le nord; et il ne me paraît pas impossible qu'à cette condition le roi de Prusse appuie à la cour de Pétersbourg notre déclaration que nous voulons protéger et ne pas laisser humilier un pays libre, lié à la France par d'anciens traités, et sur lequel nous ne souffirirons l'influence directe et législative d'aucime

cour.

Cette déclaration, qu'on adoucira par toutes les formules diplomatiques qu'il est si abé de trouver, me paraîtrait suffisante en ce moment, surtout elle était concertée avec la cour de Berlin, pour ai ►rtir du moins les projets usur » < Bl la Cour--

lande. Quoi qu'il en soit^ ce petit pays^ trop peu connu, réclame, aussi bien que la Pologne et le corps germanique, l'attention sérieuse du roi de France^ qui ne me parait pas avoir en général d'autre intérêt dans le continent que celui de maintenir la paix et la sûreté des possessions réciproques.

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