‹ Œuvres de MirabeauChapitre 22 sur 79 · LETTRE IX · texte numérisé non relu

LETTRE IX

3i juillet 1786.

Je pense bien qu'en effet, dans ces premiers momens, on attend de mes lettres pour m'écrîre ; cependant si l'on a bien déchififré et médité ma lettre du ig juillet, on ne disconviendra pas que je n'aie besoin de renseignemens. La poUtique est dans la crise, je le répèle ; il est imp qa ne change pas.

a54 HICTOIRE SECRÈTE

soit par la force accélérée des choses^ soit par les ef* £3rts pour la retarder. Tout annonce que le systèms oriental est plus que jamais en vigueur. Je ne doute pas qu'il ne soit tôt ou tard destructif de celui de l'Oocident. Mais il s'agit d'aujourd'hui, de demain, du pa^ sage d'un ordre de choses à l'autre. Si la Turquie européenne, en langage politique et commercial, est une de nos colonies ; si nous ne sommes pas déddës à IV bandonner à son sort, n'est41 donc pas temps d'y i^ garder, au moins sous ce rapport, abstraction feùte du système général de l'Europe! Si le roi de Prusse ttHril dix ans de moms, il saurait bien rétablir l'équilibre ) car il prendrait en Pologne autant que les autres prendraient ailleurs ; mais il meurt, et il n'aura pas de sue^ eesseur. Quoi qu'il en soit, il est aisé de comprendre que , pour mon fait particulier, je me consumerai eii stériles efTorts, et serai beaucoup moins utile âveo beaucoup plus de peine, si je ne sais pas sur quelle pisie marcher et m'informer.

Le roi peut mourir tous les jours; mais il peut aussi vivre plusieurs mois. Je persiste dans mes pronostics de l'automne. Le prince Henri m'ayant mandé à Rheinsberg par une lettre très-formelle et fort aimable, il j aurait de l'affectation à n'y pas aller, et je partirai mercredi après le courrier. J'y serai huit jours tout an plus : au reste, je me trouverai là très en mesure de savoir des nouvelles du roi, et de m'informer de beaucoup de choses.

P. S. Le roi est sensiblement plus mal ; il a ea la fièvre ces deux derniers jours ; elle peut ou le tuet oa le prolonger. La nature a toujours tant fait pour cet homme extraordinaire, qu'il ne faut qu'une explosion

des hémorroïdes pour lui redonner de la vie. La force musculaire est très-grande.

On écrit devienne à la légation anglaise que l'empereur est en Transylvanie, et qu'on ignore ce qu'il fait, ce qu'il fera, et mênie quel point il occupe.

On a arrêté pour son compte sur le Danube tous les bateaux

La société maritime voulait accaparer le privilège exclusif de la vente du tabac en Suède, moyennant un demi -million annuel qu'elle aurait donné au roi de Suède 'y mais les états se sont entièrement refusés k défendre la culture du tabac dans le royaume, et c'était la condition sine qua non. Sur le tout, les actions de ce roi baissent beaucoup ; une autre diète comme celleci, et l'autorité monarchique succombe encx)re une fois dans ces contrées. Il parait certain que le bruit qui s'est répandu que ce prince s'est fait catholique à son passage à Rome a aUéné tout le peuple ; mais les intri-^ gués de la Russie ne sont-elles pour rien dans la fer^ mentation ?

Struensé répète qu'en cas de banque, il est tout prét| lui, ses amis, c'est-à-dire les plus gros capitalistes d'ici, et probablement, sous le nouveau règne, le gouverne** ment. Cet homme est très à ménager. Il serait important que je pusse lui donner souvent de bons avis sur l'état de la place. Avisez à cela 5 il a ses racines en lui-^ même, et probablement il survivra à son ministk'e. Il a immensément gagné dans les fonds anglais; il Êiut le détourner de là, et il y est porté, car il sent et dit que la chance des fonds anglais est épuisée pomr le reste de sa vie.

^56 HISTOIRE SKKÈTE

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