‹ Œuvres de MirabeauChapitre 27 sur 79 · LETTRE XV · texte numérisé non relu

LETTRE XV

iSaoût 17S6.

Le prince Henri a été averti un peu tard de la mort (seulement hier 1 7 à minuit); mais peut-être parce que, pour lui envoyer un officier de sa connaissance, on lui a dépêché un fort mauvais écuyer. La lettre du roi était d'une page et demie, toute de sa main , trèsamicale, et le mandait. Il est arrivé aujourd'hui à trois heures après midi. Aussitôt qu'il a fait nuit, son aide-de-camp est venu me chercher ; et tout ce qui va suivre est le précis de la relation du prince. Il a eu une conversation d'une heure et demie avec le roi, et n'en est pas plus avancé dans la connaissance de ce que sera lui, prince Henri. Le roi a été très-simple avec sa

«^wtfïetJiWi»-

DE LA COUR DE BERLIN. aGg

famille, très-atlendri avec le prince, dit celui-ci, et cependant nullement confiant; au reste, l'oncle n'a rien entamé que la politique extérieure. Il a reçu immédiatement la grâce qu'il a demandée pour son favori Tauensein (capitaine et aide-de-camp de son altesse royale).

Résolu au système français, mais voulant voir venir pourquoi ? la dignité, la prudence, les vifs

mécontentemens de la Hollande Etes-vous frère

ou roi? Comme frère, intéressez-vous. Comme roi, ne vous mêlez pas, vous n'en aurez que plus d'influence. Au reste, votre père, dont vous ne parlez qu'en pleurant, était aussi Français que moi : je vous le démontrerai par ses lettres Oh! a répondu le roi, j'en ai

vu la preuve dans celles de la reine de Suède.

Vienne.... On compte sur des avances. On les recevra. On finira de bonne foi la guerre de paix. Le

système anglais Dieu m'en préserve. (C'est Hertz-

berg qui chauffe pour la Hollande ; et , sous ce masque^ le bout de l'oreille anglaise passe.) La Russie.... A peine y a-t-on pensé.

Tout ce jour s'est écoulé en charlatanisme bien entendu . Le roi s'est montré à cheval avec son fils aîné ; il a parlé aux généraux avec toutes sortes de caresses... w Si vous serviez moins bien que vous n'avez fait, c'est moi qui serais puni d'être obligé de punir. » Un peu plus sérieusement aux ministres, avec lesquels pourtant il a dîné. Sévèrement aux secrétaires... « Je sais que vous avez commis beaucoup d'indiscrétions. Je vous conseille de changer de manière. »

Jusqu'ici Herlzberg a la grande main (le roi n'a pas prononcé son nom au prince Henri, ni le prince à lui)j cependant le roi a embrassé .;endrcixnent le comte Fin-

ebestein (g^rand chevalier des Français^ et le seul homme après Knyphausen à qui le prince Henri se fie, Tolontairement du moins....) « Je vous remercie, lui a-t*il dli| des éminens services que vous ave^ si infii« diablement rendus à mon oncle, et je vous demande de vouloir m'en rendre à mon tour.... n II est à noter que le comte Finchestein est l'ennemi implacable de Hertzberg, mais l'oncle de la bien -aimée mademoiseDe de Yoss.

Le testament sera ouvert demain devant les ihlé^ ressés. Le roi n'en chicane pas une ligne, sauf tin article, que, dit-il, il soumet à ses oncles, pour déci* der de la nécessité de l'abroger. Le vieux Iroi a été généreux. La part du prince Henri est deux cent taille écus et une belle bague, indépendamment de ce qui lui revenait par la convention de famille. Les antres iont très-bien traités aussi, mais moins magnifiquement.

Le prince Henri a une occasion naturelle de rester ^ Fenterrement, qui se fait à Postdam, lui en donne le prétexte. Le roi ira de là en Prusse et en Silésie, pour recevoir les hommages. C'est un vieil usage de la monarchie. Le prince Henri aura une explication avant le départ ; mais il est résolu d'attendre jusqu'au bout, afin, s'il est possible, de laisser le roi entamer de hii-mème*

Le roi a dit en parlant de moi : « Je soupçoniïé qu'il est chargé de m'observer; probablement sùû amour pour l'empereur ne l'exposera pas à la tentâ'^ tion de dire du mal de moi, lorsqu'il n'y en aura paé à dire. »

IjC prince Henri craint qu'au genre de vie près, la méthode et surtout les rites du gouvernement ne resteûl les mêmes. Il me charge de dire que le comte d'Ësterno

est beaucoup trop froid^ trop pincé^ trop ministre pour le nouveau roi. Il supplie qu'on ne marchande pas long-temps les gages de confiance. On dit, et j'ai oublié de le demander au prince Henri, qui peut-^tte d'ailleurs ne l'aurait pas su, que le duc de Brunswick est mandé. Le ministre Sehulefmbourg est dans la crise; Le prince Henri^ qui l'a si long-temps abhorré et décrié^ est résolu de le soutenir. Ce ministre n'est rerenu que ce matin. Il a fait, ou plutôt fait faire par Struensé^ un Mémoire apologétique trè»-adroit, très^sophistique^ et où il met sur le compte du feu roi l'ordre de choses auquel il propose de remédier. Il se déchaîne contre les monopoles, lui qui est à la tête de tous les mono^ pôles ; mais il s'efforce de prouver qu'ils (et surtout celui de la société maritime) ne peuvent pas être brusquement détruits.

Page 1