LETTRE XVI
2!l août 1786.
Le prince Henri est singulièrement content du nouveau roi, qui passa avant-hier dimanche la plus grande partie de l'après-midi chez son oncle; Celui-ci avait été le matin prendre le mot. Il prétend que son neveu lui marque toute sorte de confiance; mais j'ai peur qu'il ne prenne des complimens pour des paroles. H assure que Hertzberg est prêt à tombet, et je »e le crois pas. Son neveu et lui s'en sont expliqués, dit le prince; je crains qu'en ce cas le neveu n'ait trompé l'oncle ; l'esprit conciliateur du roi, sa bonté naturelle,
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qui le porte à Caire à tout le monde le même accueil , peuvent d'ailleurs induire en erreur^ même sans mauvaise foi y et montrent plutôt que son cœur est sensîblc; qu'ils n'annoncent que son caractère est fort.
Le prince Henri assure que le nouveau roi est entiè* rement à la France. Il demande en grâce que Ton ne ksse pas attention à ce qu'on a envoyé le colonel ou major Geysau à Londres pour complimenter : ce n'est^ dit-il^ que comme famille ; on a d'ailleurs trompé le roi : on lui a dit que la cour de Saint-James avait envoyé complimenter à la mort du roi Georges^ ce qui n^est pas vrai. C'est ^ ajoute- t-on^ un tour de M. de Hertzberg. Le prince Henri n'est pas arrivé à temps pour l'empêcher. Si cela était à faire^ on ne le ferait pas. (C'est toujours le prince qui parle.) On n'a envoyé ni à Vienne ni à Pétersboug. (A Vienne, au chef de Fempire, presque aussi parent que le roi d'Angleterre. — A Pétersbourg; aussi M. de Romanzow en a-t-il porté des plaintes si amères, que le comte Finchestein, tout modéré qu'il est^ lui a demandé s'il avait donc ordre de sa cour de lui parler ainsi.) Mais, chose assez singulière ! on a envoyé partout ailleurs, et nommément le comte Charles de Podewils (frère de celui qui est à Vienne), pour porter la nouvelle en Suède. Ceci s'écarte du vieux système, auquel le roi veut d'ailleurs, dit-on, paraître rester fidèle ; car le roi de Suède était un objet d'aversion pour le feu roi, et il ne l'est pas moins pour le ^ prince Henri. Le colonel Stein (espèce de Êivori de l'intérieur) est allé en Saxe, à Weimar, à Deux-Ponts, etc.
Le prince Henri voudrait que le ministre des af&ires étrangères écrivît, et bientôt, que la cour de France espère que le nouveau roi consolidera l'amiiié com-
DE LA COTTR DE BEBLIN. Skjî
mencée par son prédécesseur^ qu'il doimât à entendre qu'on ne croît pas tous les ministres pmssi^is aussi faîeji intentionnés pour la France que le roi lui-même (je ne suis pas du tout de cet avis^ car c'est signaler Hertat-^' berg^ et l'acharner à la guerre contre notre cabinet: si ce ministre est à détruire^ il ne le £Buit essayer qu'eai lui imputant de gouYjemer le roi)^ et que la récipro* dté de bienveillance et de bons offices peut et ÛM amener une liaison plus étroite* U voudrait que M. de Galonné lui écrivît bientôt^ à lui prince Henri^ une lettre ostensible et très-aimable^ mais, qu'une occasion sûre devrait apporter. U voudrait que l'on reccmmumh dât à M. d'Esterno de se dérider; il voudrait surtout que Von trouvât une manière de calmer un peu les afEaires de Hollande^ et que l'on se fît valoir beaiiicoup par là.
Le duc de Bruns^rick a été mandé^ et doit arriycMr jeudi. Il apporte^ ditron^un second testament^ qui était déposé dans ses mains. Lt premier n'a point été là ^ devant la f^imille^ mais seulement devant les deu2 ondes et les deux ministres. On a d'ailleurs été porter à dÊâr cun son article ; la date de ce testamait est de 1769; 3 est fastueux , écrit avec soin et d'un ton oratoire. Le roi a grande attention de spécifier que les dons qn^ fait sont sur ses épargnes personnelles. Vmdi le préck des legs. —La reine a dix mille écus annuels d'augmentation de revenu. — Le prince Henri deux cent mille écus une fois payés^ un gros diamant vert, un lustre de cristal de roche^ estimé quinze mille écus^ un attiH lage de huit chevaux , deux chevaux de main richement caparaçonnés, cinquante ant ix (petits to > neaux de vin de Hongrie). — Le QCCf Fer cinquante mille écus une fii
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gri0. — - La princesse Ferdinand dix miUe écas ammds (ce qui ne s'explique que parce qu'elle était en 1 769 la seule jNrincesse de la maison qui eût des en&ns) et une boite. — La princesse Henri six mille écus annuels. »*-La douairière de Brunswick dix mille ëcus annuels. »»^La princesse Amélie dix mille écus annuels et tonte la vûsselle particulière du feu roi. — La princesse de Wurtemberg vingt mille écus une fois payés. — ^Le duc de Wurtemberg une bague. — Le landgrave de Hesse dix mille écus une fois payés. — Le prince Frédéric de Brunsvrick idem . — Le duc régnant de Brunsvrick idem, huit chevaux (entre autres les derniers que Frédéric a montés) et une bague de diamans estimée vingt-deux mille écus^ etc., etc. Le roi a confirmé tout cela de très*bonne grâce. Le seul article qu'il n'ait pas passé est une fantaisie bizarre que le feu roi avait eue pour son corps ; il voulait être enterré près de ses chiens. Telle est la dernière marque de mépris qu'il a jugé i propos de donner aux hommes. Je ne sais si l'on aura autant de respect pour le testament qu'on attend que pour celui qu'on vient d'ouvrir, lors même qu'ils ne feraient pas contradictoires.
Quant à la situation de cour, la vérité est , je croîs , qu'on ignore absolument ce que fera le roi, et que le prince Henri s'exagère son ascendant ; il bavarde beaucoup avec son neveu ; mais en résultat il n'y a pas en focore un seul point convenu entre eux. A peine cinq jomrs sont-ils écoulés, il est vrai ; mais pourquoi présumer? Il soutient le ministre Schulenbourg, et je sais que Schulenbourg a trouvé le roi sec et froid. Il avait un choix pour la mission de France, et je sais que le roi en a un autre, qu'il ne le lui a pas même caché. P'aiileurs il écoute tout et ne s'explique sur rien.
DE X.A. COUR m nnLiN. %ji
Bîsbopswerder lui-même ne sak peut-âtre pas ce <pi'il sera, et, s'il est sage, il ne se pressera pas.
J'ai vu deux fois Mi Herta^erg. Je l'ai retroavé^ k même, à un peu de dissimulation près. U A'est beau*» coup défendu avec mm d'être Anglais. Il ne m'a pai paru croire le moins du monde avoir besoin du p^inot Henri, chez lequel il n'a pasiuême été» ce qui est trètr marqué ou plutôt indécem;^ d'après sa promoUon à Vi^ gle noir. J'ai voulu lui insinuer qu'il lui serait très-aisé de se rapprocher de l'oncle par le neveu. Il â dédiné en me remettant cependant pour le prince Henri uB mémoire apolc^étique sur ses diseussions personnelles avec le baron Knyphausen. Ou le prince Henri^ ou Hertzberg sont très-trompés, et peut-être ils le sont tous<leux : toujours est41 que Hertzberg soupe presque tous les soirs avec le roi^ et que l'opinion de quel^ ques gens instruits est que ce ministre et le général Moellendorf seront chargés de l'éducation du prince de Prusse.
Le marquis de Luchesini a conservé sa place aujùrès du nouveau roi ; mais jusqu'ici il n'a été chargé qufi du poème pour l'enterrement; c'est le secrétake da prince Henri qui^ dit-on^ £iit la musique. El voilà Jine de ces choses qui tournent la tête à l'oncle I
J'ai envoyé au roi mon grand mémoire : il m'en it seulement accusé la réception^ en ajoutant que je poavais être sûr que ce qui lui viendrait de moi lui ferait toujours plaisir, et que les choses obligeantes qui bip arriveraient ne lui paraîtraient jamais plus flatteuM^ que de ma part.
P. S. Les ministres ont prêté serment hier à Iroif heures; ainsi point de <4iangemais ^probables d'ia;i
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quelque temps. Le comte d'Arnim-Boytzembourg^ mande par le roi; est venu en toute diligence^ et a passé la soirée hier avec lui. Je ne le crois propre qu'à une place de cour ; cependant il pourrait être question de la mission de France^ plus probablement de la place de grand-maréchal ou du ministère du landschafft, espèce de président des Etats^ qui influe sur la répartition de l'impôt et autres arrangemens intérieurs.