LETTRE XVII
a6 août 17S6.
Je crains que mes prophéties ne se vérifient. Le prince Henri me paraît n'en être plus qu'à l'attitude avec son neveu. Un article du testament de l'aïeul du roi a disposé la succession de certains bailliages de manière à donner quarante ou cinquante mille écus de rente de plus au prince Henri, y compris une augmentation de revenu au prince Ferdinand. Les circonstances n'étant pas exactemeut les mêmes que celles qu'a prévues le testateur, les minisires, c'est-à-dire Hertzberg, ont prétendu que la substitution n'avait plus lieu; et le roi, en éludant l'exécution du legs, a proposé à son oncle de faire juger la question de droit en Allemagne^ en France ou en Italie. Le prince lui a écrit une lettre ingénieuse et noble, mais où il indique l'ennemi. Le roi a redoublé de caresses extérieures pour son oncle et soumis le procès aux trois ministres de justice qu'a nommés le prince ; mais j'en conclus que l'oncle gagnera le procès du bailliage et jamais celui de la régence. Cependant Hertzberg m'a chargé de quelques avances
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auprès du prince^ et cela inoDtre^ ce me semble^ qa'3 n'est pas parfaitement sûr de son £adt . Je n'ai jamais pu engagner le prince à s'y prêter ; tantôt bouffi, tantôt agité^ il ne sait commander ni à son visage ni à ses prenûeiB mouvemens : il est fâux^ et né sait pas être dissimulé ; doué d'idées d'esprit et même de quelque talent, il n'a pas un avis à lui. Petits moyens, petits conseils, j^edtes passions, petites vues, tout est petit dans l'âmé de cet homme, tandis qu'il y a du gigantesque et nulle mé^ thode dans son esprit ; haut comme un parvenu, vaniteux comme un homme qui n'aurait nul droit à la considération, il ne peut ni mener ni être mené. C'est un de ces exemples trop fréquens qu'un petit caractère peut tuer les plus grandes qualités.
Ce que le nouveau roi craint le plus, c'est de passer pour être gouverné : sous ce rapport, le prince Henri est de tous les hommes celui qui lui convient le moins; car je crois qu'il consentirait à ne pas gouverner^ pourvu qu'il passât pour tout faire.
Changement notable. Le directoire général est remis sur le pied où il était soùs Frédéric-Guillaume V^. C'est une bonne opération. De la fureur de Frédéric n de tout faire, il avait résulté qu'il était un des rois de l'Europe le plus trompé. De la manie d'expédier toutes les affaires du royaume en une heure et demie, il suivait que les ministres étaient maîtres absolus dans leurs départemens. Maintenant ils seront obligés de tout conclure en comité ; chacun aura besoin de l'aven^ de la sanction de tous les autres. C'est en un mot une espèce de conseil. Cela sans doute a ses inconvéniens; maïs où n'y en a-t-il pas?
L'arrêt de suppression de loto est signé^ à ce qu'on assure. J'aurai du moins i; ce en à ce pays; mats
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le roi laisse sortir le dernier tiragfc^ et cela est maladroit ; il aurait fallu qu'il n'y en eût point sous son r^e. Au reste^ ceci n'est peut-être qu'un bruit po« pulaire.
Le duc de Bruns^rick est arrivé cette nuit. M. de Ardenberg-Reventlau, homme de mérite et son ministre Êivori, comme M. de Feronce est le principal^ l'aTait précédé à quatre heures un quart. Le duc est entré chez le roi, qui se lève à quatre heures ; à six heures et demie il était aux manœuvres. Le roi n'a été aveô lui ni froid ni chaud. Il se pourrait qu'à ce voyage il n'y eût entre eux que de la politesse. La seule force des choses peut amener un tel premier ministre, qui au reste ne tapisserait pas en dehors, et une fois arrivé serait tenace. Je ne causerai avec lui que demain. Le testament qu'il a apporté sera probablement brûlé j il est, dit -on, fort antérieur à l'autre, et remonte à 1755.
Le landgrave de Cassel vient, à ce qu'on assure; le duc de Weymar aussi ; celui de Deux-Ponts encore, et même le duc d'Yorck ; je doute au moins de celui-ci. Hertzberg prétend que, le roi se portant caution du stadhouder, nous devons être tranquilles sur la Hollande; mais il ne nous dit pas les moyens de faire respecter celte caution. Le prince Henri voudrait que l'on fît mettre dans un bulletin que M. de Hertzberg, dont tout le monde ne dit pas du bien, parait avoir toute la confiance du nouveau roi, et même être le maître des affaires. Il est probable que cette dernière imputation est en effet le meilleur moyen de perdre on homme sous ce règne.
Il y a beaucoup de petites faveurs de cour d'accordées, et pas une grande place de donnée. J'ai essayé
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(j'étais en mesure pour cela) de raccooiinodcr Herii^ berg et Knyphausen^ en leur montrant que leur coalt* tien serait un trône inébranlable. Knjphauflen a r^is^ parce que^ m'a-t-il dit^ Hertzberg est à, bux qu'on ae peut jamais savoir s'il est sincèrement réconcilié } or il Yaut mieux^ dit le baron^ être ennemi ouvert qu'ami équivoque d'un homme qui a plus de crédit que nooa# Je suis porté à croire qu'il faut culbuter Hertsbarg^ si l'on veut que les Prussiens soient Français. Au retêe trois mois sont nécessaires pour tirer un pronostic un peu raisonnable ; mais encore une fois , si vous ave* quelque grande vue politique sur ce pays et surFAUor magne^ finissez ces querellesbourgepises de la Hollande^ qui aussi bien ne sont que des tracasseries bonnes à ceux qui ont leur fortune à faire, et non à ceux qui ont leur fortune faite*