LETTRE XVIII
og aoèi 1785*
Le pronostic devient tous les' jours plus difficile i tirer ; et ce n'est que du temps que l'on peut en atteo* dre un raisonnable. Le roi parait vouloir renoncer à toutes ses habitudes ; c'est le prendre bien haut. Il a £Eiit trois voyages à Schuenhausen ; il n'a pas même regardé mademoiselle de Y oss ; il n'a pas eu l'appa» rence d'une orgie^ pas touché une gorge de femam depuis qu'il est sur le trône. Un confident de faîMessct lui a proposé d'aller à Charlottenbourg; il a dît t Non; toutes mes anciennes allures sont làmUm
a8o HISTOIRE SECRÈTE
che âvanl dix heures du soir^ et il est levé à quatre : 0 travaille prodigieusement^ et certainement avec quelque difficulté. S'il persévère, il sera Texemple unique d'une habitude de trente ans vaincue^ et sans doute alors il a un grand caractère qui nous déjouera tous ; mais dans cette supposition-là même^ qui est si loin d'être probable^ combien peu d'esprit et de moyens ! Il faut que cela soit bien fort^ puisque ceux4à mêmes qui le louent le plus extatiquement commencent par abandonner la cause de son esprit. Le dernier jour où il a fait manœuvrer, il fut ridicule, lent, lourd, monotone. Les troupes furent mises quatre fois de suite en colonne, et finirent par parader ; cela dura trois heures, et cela sous les yeux d'un connaisseur tel que
le duc de Brunswick Tout le monde était mécon-
tent ; hier il fut mal au premier jour de cour; il oublia quelques-uns des ministres étrangers, ne dit que des mots communs, hâtés, embarrassés, mal arrangés; cela dura à peine cinq minutes ; il nous quitta aussitôt pour aller à l'église, car il ne manque point à l'église, et déjà le zèle religieux , les homélies, les flatteries dans la chaire sortent de toutes parts.
Le prince Henri a gagné le procès des bailliages, comme je l'avais prévu ; il n'est d'ailleurs pas plus avancé qu'il n'était, et par conséquent il l'est moins. A dine tous les jours avec le roi, et £ait mal; il affecte de lui parler à l'oreille, et fait mal ; il ne cesse de lui parler affaires, et fait mal. Le roi va seul chez le duc de Brunswick ; il y va aussi avec Herlzberg , ou l'y rencontre. Le duc prétend ne se mêler que du militaire^ la seule chose qu'il entende, dit-il. Je ne l'ai encore vu que devant du monde. Il m'a fait donner pour mer^ credi matin un rendez-vous particulier.
DE I. OOmi DE KHblN. âfti
Le parti anglais s'agite tonjouis beaucoup ; tiiaé cela même prouve qu'il rencontre des difficultés ; et en effet c'est une alliance â Ibrt contre nature que celle qu'il peut offrir^ en comparaison de la nôtre^ qu'A ne faudrait pas même^ ce me semble^ se laisser dé-* voyer par des gaucheries^ si le nouveau roi en faisait.
Au reste^ ce prince déviait très-difficile à observer utilement. Il prend les rites sévères de l'étiquette allemande. On croit qu'il ne verra point 'd'étrangers^ du moins de quelque temps. Or je saurai bien ce qu'on peut apprendre par l'espionnage subalterne des valetiE^^ des courtisans^ des secrétaires^ et l'intempérance de langue du prince Henri ; mais il n'y a que deux moyens d'influer ; c'est en donnant^ ou plutôt faisant naître des idées au maître ou à ses ministres ; au maître , com-> ment^ dès qu'on ne l'aborde pas? aux ministres^ il n'est ni facile ni très-convenable de leur parler d'al» faires quand on n'est pas accrédité^ et les discussions de hasard sont courtes, vagues et tronquées. Si l'on me croit propre à quelque chose^ on doit m'envoyer en Heu où je sois accrédité ; autrement, j'ai peur de coûter ici plus que je n'en rapporterai. Le comte de Goertz va en Hollande : je ne sais si c'est pour relever Thulemeier ou ad tempus. Le fils du comte Ârnim lé suit : c'est un plançon pour le corps diplomatique. Ce M. de Goeriz n'est point un homme sans habileté : envoyé en Russie avec toutes sortes de désavantages, il est parvenu à bien connaître le pays; il est froid , sec, disgracieux, mais fin, maître de lui, quoique vio<^ lent, et bon observateur. Certainement au reste il est du parti anglais : féal de Hertzberg, et convaincu que l'alliance de la Hollande avec nous, tout-à-fait contre nature, ne saurait diuer long-temps. J'avoue que jt
jBa HJiTOIRE 8BCRÈTB
le pense comme lui y surtout si nous abusons de qos avantages.
Il y a un nouveau minisu^e désigné in petto pour la France ; je n'ai pas pu découvrir encore qui c'est ; mais Ilerizberg soutiendra autant qu'il le pourra ce ridicule Goltz. Le Schulenbourg baisse tous les jours: déjà Ton a entamé à la société maritime son monopole du café : ce n'est pas un objet de moins de quatre millions et demi de livres pesant de cette fève pour ks diverses provinces de la monarchie prussienne; sur quoi Ton peut remarquer qu'en général Fusa^ du café^ tous les jours plus universel en Allemagne, fidt tomber successivement et beaucoup celui de lalnère« Il y aurait un profit prodigieux à ôter à la même corn» pagnie les sucres ; mais ce n'est pas trop la peine de détruire les monopoles pour les remplacer par des monopoles, même au compte du roi.
On paie les dettes personnelles du nouveau roi ; c'est le ministre de Blumenthal qui a ce détail* U y aura, dit- on, d'assez grandes détractions, mais elles doivent n'être pas injustes ; car on ne crie point à cet égard. Au reste, Frédéric H, outre le trésor, a laissé des épargnes considérables, que les dettes personnelles de Fré* déric-Ouillaume absorberont à peine ; il réformera son opéra italien, dit-on; tout le monde croit qu'il en aura un français : cela certainement ne serait pas un médiocre point d'appui pour l'intrigue. La liberté du scrutin est rendue à l'académie, et les Allemands y seront désormais admis. Je regarde la curatelle de et corps comme une faveur et un assez grand ressort pour Hertzberg, qui sera curateur de nom et président de fait. Or la présidence de l'académie est si bien un ministère, que Frédéric l'avait prise pour son conqpic
DE là CenPR OK KKUN. 301^
depuis rinquîet et morose Maiipartins. M. de Hemberg m'a dit à la cour : « Vous me devez on complimieiit; » — Lequel? — Je suis curateur de Facadéraîe^ et jfy » suis plus sensible^ je m'eft trouve ph» hcmoré qpe <hi » cordon. » (Quarante personnes nous écoutaient.) •-<« » Assurément^ lui aî-je répondu^ si c^est le minist^ M de l'instruction^ c'est le premier de tons. »
Le roi ne se ruine pas en dons^ : il n'a encore Wù* féré^ au-delà des prébendes <pii ne lux coûtent rieu^ qu'une pension de trois cents ëcus (au général Le^ vald).... J'apprends qu'il yient d'en donnar une àé huit cents écus an poète Rammler : il y aurait pteut-^ être pins de délicatesse à ne pas commencer par les trompettes.