‹ Œuvres de MirabeauChapitre 31 sur 79 · LETTRE XIX · texte numérisé non relu

LETTRE XIX

Tout confirme mes prédictions* Le prince Henri esta peu près brouillé avec son neveu; l'oncle ne i^ eon* sole pas^ et pense à Êiire retraite à Rheinsberg : il y rcM tournera presque certainement pendant le voyage du roi en Prusse et en Silésie ; ce n'est probablement qu'au retour de ces deux voyages que nous verrons de grand» changemens^ s'il doit y en ftv<»r* Il en est cependaAl> outre celui que j'ai mandé ^ un autre très* marqué) c'est une commission pour examiner la régie^ ce qu'tt faut en conserver^ les droits que l'on pent en £ura disparaître^ ce qu'il faut relâcher^ surtout en bit dTac* cises.

a84 niSTOIKE SECRÈTE

M. deWerdcr^ ministre d'État^ ami intime de HertzhetQy ennemi de Schulenbourg; ^ qui Fa mis en place, beau-père du secrétaire de la légation anglaise, ou peutêtre de sa femme, est a la tête de cette commission : les autres membres sont des choix ridicules ; mais ce seul projet de réforme est très-agréable à la nation, autant que la pension de huit cents écus faite au poète Rammler, et la promesse de l'admission des Allemands dans Tacadémie, Test aux distributeurs de la renommée. Reste à savoir si ce n'est pas trop tôt £siire espérer au peuple, et s'il ne fallait pas être sûr des remplacemens, avant de faire pressentir des soulagemens.

Le roi va en Prusse avec MM. de Hertzberg (chose sans exemple qu'un ministre suive le roi hors de son département!); Goltz, surnommé le Tartare; Boulet, ingénieur français ; le général de Goertz; Gaudi et Bischoswerder.

Ce Goltz le Tartare est celui qui, dans la dernière campagne de la guerre de sept ans, ameuta cinquante mille Tarlares de la Crimée et des environs, qui venaient faire une diversion en faveur du roi de Prusse, et déjà étaient à Bender lorsque la paix se conclut. Avec tout cela, ce Goltz est peu de chose au-delà d'un bon officier et d'un homme très-actif. Il ne dut ce grand et singulier succès qu'à un Hollandais nommé Biskamp, qu'il trouva en Crimée, et s'attacha cet homme très-habile, très-actif, qui savait la langue, connaissait le pays, et il servit à souhait Frédéric II, qu'à la vérité il a bien fait payer. Ce Biskamp est à Varsovie oublié, et cela est fort étrange. J'ai cru que le détail de ce fait, très-peu connu, pourrait intéresser.

Boulet est un honnête homme auquel le roi, qui lui doit ce qu'il sait sur les fortifications, montre de l'af-

fection. Le général de Goertz est le frère de celai qui va en Hollande, et ne le vaut pas ; c'est un homme fin, astucieux 9 et dont la foi est très-soupçonnée. Gaudi est le frère du célèbre général de ce nom; peu connu jusqu'ici comme ministre du département de Prusse, mais homme capable, instruit, ferme, décidé^ et in-^ contestablement le plus fait pour influer dans l'intérieur depuis la reconstruction du grand directoire. Youssa-^ vez qui est Bischoswerder ; il vient d'être fait lieutenantcolonel, aussi bien que Boulet.

Le roi a dit à Schulenbourg qu'il déciderait au retour de la Prusse lesquels de ses neuf départemens lui seraient ôtés. Lui et sa femme sont les seules failles de ministres non invitées à la cour. Toutes les probabilités sont que âchulenbourg demandera son congé si ses collègues continuent à l'humilier et le roi à le dédaigner; mais Struensé restera probablement; et alors il se propose de travailler dans nos fonds publics de concert avec nous, surtout si le roi lui donne^ comme il est apparent, la manutention des quatre mit lions d'écus (à peu près seize millions de notre mon^ naie) qu'il destine à des opérations de finance antérieures. Struensé est le seul qui les entende^ et ceci n'est pas à négliger, comme on Ta fait jusqu'ici, au point même de me mettre dans l'impossibilité de le tenir au courant. Nous pouvons tirer parti de lui pendant la paix ; mais si par malheur les nouvelles qui se disent à l'oreille de la plus mauvaise santé de l'électeur de Bavière s'aggravaient, comptez sur la guerre, car elle me paraît inévitable. Est-il bien temps de vivre au jour le jour comme nous faisons, quand chaque mois (la mort de ce prince peut arriver même avec

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probabilité tous les mois) menace de jeter l'Europe dans une inextricable confusion ?

M. de Larrey^ envoyé pour complimenter de k part du stathouder, dit hautement qu'il est impossible que les affaires de la Hollande s'accommodent sans êSiision de sang ; et sur cela Hertzberg spécule à perte de vue ; mais le secret est fort bien gardé par les entours du roi.

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