A M. LE DUC DE
1 septembre 17S6.
Par quelle fatalité^ monsieur le duc, votre lettre du i6 ne me parvient-elle qu'aujourd'hui^ et surtout pourvu» n'a-t-elle pas été écrite quelques semaines plus tôt? On ae saura jamais peut-être combien la proposition qui termine cette lettre^ laquelle^ faite dans d'autres circonstances que les derniers jours de la vie du roi^ eik été acceptée courrier par courrier, pouvait être impor-»tante. On ne saura jamais ce que, présentée à temps> elle eût fait, empêché, dirigé, avec un prince qui a peu d'étoffe peut«>être, mais qui est reconnaissant, et qui est plus certainement un honnête honune qu'il ne sera un grand roi ; de sorte que c'est plus à son cœur qu'à son esprit qu'il faut parler, et surtout qu'il le allait dans un temps où il était tout autrement accessible qu'aujourd'hui que le voilà palissade par système et par l'intrigue. Comment aucun autre que vous
DE UL COUR Dm BOLIN. ^Bf
n'a^t'il eu cette idée dam le pays.qae tous liafaiieE? Comment le cabinet de VemiUee A-tâ abandonné à Serilly le mérite. d'offrir^ et de petites sommes encove? Coomient a-t«on kiaMs a», duc de Gaiurlande celni da nettoyer tontes les detftm criardes? Que les vues mesf quines^ et l'étroite xouittie^ et ia lourde prudence da certains personnages sont impolîtiques et désastraosesl Dans quelles mesures cela mettait noos^ €C moi par* sonnellement avec lui I Tout m'eût été possible et h^ cile!... mais il n'y âtut plus penser, il ne Êiut que se souvenir de cette preuve nouveUe que vous avez tou^ jours raison.
J'ai tenu depuis la mort du roi votre cabinet trè6 au courant des phrases antiques ; et ma dépêche d'auH jourd'hui, dont notre ami commun vous lira sans doute une grande partie, est un résumé fait de mom mieux des probabilités actuelles et ftiturea. Vous y verrez que le prince Henri a déjà £ût son sort ; qoa son petit caractère a échoué contre l'écneil de sa grande vanité, dans cette circonstance si grave comme dans tant d'autres ; qu'U a montré tout à-la-foîs une avidité prodigieuse de régner, une morgue repoussante, us pédantisme insupportable, le dédain de l'intrigue, tai^ dis que sa vie n^est que petite, basse et sale intrigue; le mépris des ministres influens, tandis qu'à un seiid homme près (le baron de Knyphansen, tous les jomas à la veille d'une apoplexie), il n'a pas un entoor mar^ quant qui ne soit sot, vil ou firipon j qtt'enfin il est imposable d'être plus Imn de la &veur et surtout d« crédit, et même de s'être mis en ntuatiou où il sok plus difficile de la recouvrer.
Je persiste donc à croire que le duc de Brunsvrick^ maître de lui, nullement ostentaleur^ et profoodément
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habile^ sera rhomme de la chose, non pas anjoard'hm^ mais au jour de la nécessité. J'en ai longuement dé* duit les raisons^ et je les crois sans réplique, vu l'ordre de &its et de circonstances que je vois et celui que je préycis. Tout cela ne rend que plus nécessaire l'exécution de votre projet, que je regarde comme trèspraticable, même avec les a poco^ par les mains desquels il vous faudra les faire passer, si vous suivez, avec votre dextérité naturelle et votre irrésistible séduction, le plan d'y intéresser Tamour-propre du maître, de manière que ce soit sa chose, et que, comme vous dites si bien, par lui seul elle soit apprise à ses ministres. Je dis que votre projet n'en devient que plus nécessaire à réaliser; car TAngleterre intrigue ici avec une grande activité pour son compte, à l'ombre des intérêts de la Hol\^nde, qui tiennent fort au cœur du cabinet de Berlin. Or ce que j'insinue souvent ici, à savoir que la puissance prussienne n'est point assez consolidée pour que le choc de notre système combiné avec celui de l'Autriche ne la réduisît pas en poudre, n'est pas tellement irréplicable, grâce à la Russie, qu'il n'y ait beaucoup de choses à m'objecter : et toujours resterait-il , même dans les suppositions les plus défiivorables à la Prusse, i^ que ce serait ouvrir une déplorable carrière à des jeux sanglans, sous un directeur aussi malhabile que l'empereur, le moins militaire des hommes; a^ que le plus grand succès laisserait sans contrepoids en Europe un prince qui a des droits et des prétentions à tout; 3^ enfin et surtout que c'est chercher bien péniblement ce que la nature des choses nous oSre, comme le printemps fait succéder des bour^ geons productifs à du bois mort et sec. Il y a quelques fautes de chiffres qui font que je n'ai
DE tA. COUE BE mXiIN. afll^
pu sabir la b^se de votre dissentiment areo. moi nr le système maritime ; mais je connais trop l'extièaie justesse de votre esprit, qai ne se paie pas d'illusions, pour croire que nous soyons très-opposés; et quanta moi je n'ai jamais prétendu dire que nous ne dusôons avoir une marine capable de faire respecter notre commerce. Il s'agit seulement de détenniner jusqu'où do|t s'étendre ce commerce, du menus, activement protégé.* Vous sentez tout aussi biien que tnm qu\me allimioe avec l'Angleterre ^e peut porter solidement que sar un traité de commerce qui trace une ligne de démarcation nette, précise et distincte; car ils n'auraient pas aussi beau jeu que nous à une liberté illimitée; com-* :v
ment soutiendraient-ils notre concurrence? Et ces Indei,, ces Antilles, ne seront-elles pas jusqu'à la fin le pommier de la discorde, si l'cm n^eâ i;;sme pas les racines parasites et voraces?
Quoi qu'il en soit, monrieur le duc, ne vous laisses . décourager ni par les dégoûts ni par les difificultés>: gravissez d'un pas ferme, quoique mesuré, et avec une suite inflexible, le seul sentier non frayé qui puisse mener aujourd'hui à la gloire politique, et, ce qui est plus substantiel, à la padfication de l'univeirs.: Il esC si beau de réunir à tous les talens des héros les principes d'un sage et les vues d'un philosophe ! c'est une cour ronne si peu vulgaire que ds. changer par un seul acte diplomatique toutes les vieilles formules, toutes les {nU toyables rubriques , toutes les tracasseries meurtrières de la politique moderne, que votre courage doit étiré bien puissamment soutenu par une u magnifique perspective.
Vous savez si je vous suis tout dévoué, et ,si voifS . pouvez disposer de moi.