VIII
Su ESSAI
la gloire^ croyez que celle des vertus pacifiques est la plus douce et la plus solide qui soit réservée aux souverains. L'humanité entière sait enfin quel respect les hommes doivent aux hommes; et si nous choisissions un maître aujourd'hui , ce ne serait pas Alexandre ou César que la voix publique placerait sur le trône , ce serait Aristide ou Phocion j ce ne serait pas un héros guerrier^ qui n'est le plus souvent « que le fléau de k » terre y la foudre qui écrase les peuples^ l'astre Êital » aux nations^, » ce serait un homme juste^ éclairé et sensible.
Les princes ont de grands moyens d'être mauvais ; mais ils en ont aussi d'être bons^ puisque l'histoire traite presque toujours de leurs semblables. Or c'est pour la conduite que l'expérience est réellement la boussole de l'humanité^ et le bon sens doit tirer des faits les résultats et les principes que l'historien n'ose pas écrire.
Un établissement vraiment utile^ et digne d'être admis dans un pays libre^ où l'on trouve encore des hommes^ serait un tribunal d'histoire ^^ qui^ dégageant chaque fait des illusions dont les historiens l'ont obscurci^ montrerait le despotisme toujours oppresseur et détesté^ toujours inquiet et menacé^ foulant ses esclaves^ dépouillant la terre qui les porte, luttant contre la nature^ ses forces, ses richesses, ses ress9urces, et toujours son propre destructeur après avoir tout ravagé.
C'est à cette école de vérité que les princes appren-
* Lacain appelle Alexandre :
fl Terranim fatale malum, fulmenque quod omnes, » Percuteret populos, pariterqae et sidas iDÎquuin I Gentibua. ■
a La Cliioe nous donne seule ce bel exemple.
SUR LE DESPOTISME. S.3l
draieB^tR. v^ la liberté apporte des bénédictions en » dépit de la nature % et qu'en dépit de la même V nature la tyrannie apporte des malédictions ; que » Fesclavage a toujours produit de la lâcheté, des vices » et de la misère ®, » et qu'il n'est pas une seule époque de la décadence d'un Ltat qui ne se rapporte à l'altération intérieure de sa liberté. En effet, le gouvernemLent a tant d'influence sur les opinions et les préjugés^ et ceux-ci donnent inévitablement aux hommes^ à tout un siècle même une si puissante impulsion^ que les efforts du despotisme, et l'abrutissement inséparable de la servitude doivent bouleverser ainsi la société. Mais où trouver des philosophes capables de reprendre les grands, et de défendre les hommes? Le courage qui fait braver le danger des armes est le plu$ commun de tous, et cependant le plus estimé : le courag'e de principes, de conduite et de mœurs est bieq autrement rare et précieux. Nous n'osons pas penser autrement que tous les autres, quand il y a du danger à lutter contre l'opinion générale j nous ne saisons pas même penser autrement que tous les autres, quand les institutions sociales nous ont imbus des préjugés que les ambitieux et les maîtres nourrissent avec soin : l'esprit imitateur % adroitement fomenté par epx, devient
> Gordon , dise, sur Sallusu
3 CTesl dans un Etat despotique qu^on peut dire, avec le prophète, que lei cultiva tears arrosent de larmes la semence quHIs répandent à regret : * Eontes ibant et flebant mittentes semina sua. » {^Ps, i25.)
Cestdans un Etatlibrc, c'est sous la protection d'une autorité tutélaire, éclairée, que chacun habite sans crainte sous son figuier et sa vigne^ c'est alors que chacun recueille et se nourrit des fruits de son champ , sans (Taindre les spoliations d'un avide ravisseur, dont il faut , sous peine de la vie, respecter les brigandages. « Habitabat unusquisque, absque timoré
ollo, sub vite sua, et sub fîcu suo, et comedebat de ficu suo et bibcbat de >• cisiernis suis. » ( Ihid. ) - Tentends ici le mol imitateur dans son acception la plus ordi-
B4 iSSSAt
resprit universel : or Tesprlt imitateur eât tout genre rivraie du génie ; il étouffe également les lumières et les principes. Les âmes s^énervent^ les têtes s'afEaiblissent^ les devoirs se dénaturent ; tout suit l'impulsion du despote et le torrent de la servitude. Un faux honneur nous séduit^ une fausse infamie nous effraie ^ ; le respect humain nous fait enfreindre les devoirs les plus sacrés. U obéissance passive devient à la mode^ comme Famour de la liberté était la vertu la plus commune dans des temps plus heureux et sous des gouvernemens moins arbitraires.
U est même bien difficile que la liberté une fois altérée rétrograde^ et que le despotisme s'arrête dans ses progrès avant la révolution qui reproduit des hommes^ qui met chacun à sa place^ qui venge les nations et l'humanilé ; car le gouvernement et les circonstances forment et développent \^ citoyens moins qu 'ils nele dénaturent.
Un honorme serait banni^ exilé^ chassé d'une république^ il serait toléré dans une monarchie^ il y aurait peut-être même quelque emploi ; il gouvernerait dans le despotisme : ce serait le même homme^ il ne différerait en rien de lui-même ; il n'y a de différence que dan l'arrangement que ces divers gouvernemens donnent à chaque individu.
Renversons cette gradation. Ce même homme^ tourmenté^ mis à mort dans le despotisme^ subsisterait au
naire ; car si Fou discutait son acception rigourease , il est cerUi qu'il est impossible d'avoir une idée ni d'imaginer une forme qui n'imite rien.
* ce Faisus honor javat, et mendax infamia terret. »
(HoRAT., lib. 1, Epist, i6.)
un État médiocrement administré : dans la république il serait un dictateur romain. Cette proposition est la même que la précédente.
Nous avons en général bien plus de souplesse et d'élasticité que de consistance et d'énergie : les honunes supérieurs décèlent eux-mêmes ce penchant à l'imitation, commun à l'humanité; et le génie le plus grande » ce n'est le plus sage^ est celui qui s'élève'le plus audessus de son siècle; mais il est toujours rapetissé ^ SI Ton peut s'exprimer ainsi^ par l'influence des erreurs générales qu'il trouve accréditées. Charlemagne^ dont on a dît avec tant de justesse et d'énergie qu'il (c était » grand parmi les hommes^ et qu'il éleva son siècle en n le meUant à ses pieds ^^ » Charlemagne était profondément occupé de la discussion des hérésies les plus faùiesy et presque enchaîné par toutes les superstitions de son temps ^.
L'homme ballotté et conduit au gré de ses passions est dépendant en raison de leur mobilité : il obéit au m(Hnentoùilcroitconunander;il s'enchaîne pour sesa* tisÊire; et le despote^ asservi lui-même à tant de choses dont il est forcé de subir la loi^ est peut-être plus esclave qae le moins libre de ses sujets : « l'or de ses chsdnes^ » dit Gordon^ fait la seule différence entre eux et lui. n U ne parvient à être maître qu'en déguisant ses premiers efforts^ et gagnant des complices, qui font bientôt des
1 Lettre sur la dépravation de Vordre légal.
* Tta citerai une preuve siogolière que je choisis entre an grand nombre (f anecdotes de ce genre, qu'il serait aisé de rapporter. Il y eut un procès entre rëvèque de Paris et Tabbé de Saint -Denis, plaidé devant Charlemagne. Celui-ci renvoja ce procès au jugement de la croix. Deux champions se tinrent pendant la célébration de la messe les bras étendus en croix : celui de Tabbé de Saint-Denb fut plus robuste j celui de Tévèque ^ Paris laissa tomber ws bras. Charleaia;;ne adjugea gain de cause à ^'abbé de Sntot-Deois. ( Habillojt , de Jte dipl.^ lib, iz, p. 4 ^» )
mccvs dé 80ti despotisme leur propre succès. Alors tout concourt à la corruption ; et c'est malheureusement là le ferment le plus facilement excité parmi les hommes. « Comme les corps croissent avec lenteur^ et sont dé- » trnits en un instant^ de même il est plus aisé d'étouf- » fer la lumière et le courage que de les rappeler % » dit un grand philosophe politique.
Il est facile^ par exemple^ d'amollir les hommes et de les corrompre par le luxe et toutes ses sèductiohd ; mais il est impossible de leur rendre le courage^ une fois qu'il est détruit. De tous les moyens que peut em- Jilojer un despote pour parvenir à son but, la Êivéur accordée au luxe est sans doute le plus efficace; car la Tiolence n'a qu'un succès incertain et passagièt^ et le feu périt avec tout ce qu'il a consumé. La yiol^è détrompe une nation, la réveille et hâte sa révolution ; mais il n'est point d'homme qui ne préfère des jouissances commodes et recherchées à une vie dure et agreste : je sais qu'on ne peut pas rigoureusement appeler luxe toutes les jouissances recherchées; je fa*ignore pas que le luxe renferme toutes les dëpebses nuisibles à la reproduction, fussent-elles grossières, tandis que des jouissances très -délicates peuvent h'éiré que de faste, si elles ne sont pas nuisibles à cette reproduction ; mais je prétends qu'elles le sont toujours aux ttiœurs, qui ne se corrompent jamais à demi ; telle est notre nature : la modération est pour nous une gêne ; nul ne sait s'arrêter; le tyran guette l'instant d'ivresse générale qui doit fasciner tous les yeux. Les chaînes embellies né sont plus des chaînes : peu d'hommes voient d'assez loin pour craindre les suites de la mol-
> «t Corpora lente augescant; cito cxlinguuntur : sic ingénia stndiaqae » oppresAeris facilius qnàm revocaverîs. » ( Tacit., F^t» jlgricoL)
SUR LE DESPOTlS,ME. 8*^
Icssc ; moins encore sont assez modères pour que la crainte de FaTenir contrebalance en eux Tappat du moment : la cupidité exerce son empire^ parce que le besoin des jouissances aiguillonne tous les cœurs; la mollesse énerve au physique et au moral ; on devient peadffîcat sur les moyens; on foulé aux pieds les principes ; et le désir de séduire des prosélytes est le dernier degré de la corruption^ et Tun de ses périodes les phi5 certains.
Ainsi la contagion gagne de proche en proche ; Tépidénne devient bientôt générde^ la disette de toutes les rertus se fait sentir. Et dès qu'un gouvernement a introduit le luxe y et la mollesse^ qui le suit toujours ^, la Uberté et TÉtat sont perdus^ parce que les hommes ne rétrogradent jamais de la nldllesse aui vertus mâles^ seuls soutiens ded États et défenseurs de la liberté. Tous les faits historiques viennent à Tàppui de ce principe. Cest le mot d'un homme de génie que celui dé M. Bossuet. a La Perse^ attaquée par Alexandre et par » une armée telle que la sienne^ ne pouvait pas éviter » de changer de maître. »
En effets Ton n'a guère considéré dans la conquête d'Alexandre qu'un événement extraordinaire et capable d'attirer l'admiration et l'étonnement de tous les hommes^ et l'on ne s'est point avisé de rabattre ce grand événement à sa juste valeur^ c'est-à-dire de remonter à ses véritables causes^ et de juger cette révolution d*apres les connaissances qui nous restent de l'administration de la Perse^ plutôt que d'après l'étendue des terres conqmses.
( e L'or est, dit-oo, oo maoTais aialtre et uo hou valet. nCtt proverbe est vrai, DOD-Kulemeat pour un avare, mais encore pour un Etat, de quelque tipèce qu'il ëoii : des que Tor j donne des préf<éreace<, lt§ ntceurs se perdent, et enfin TEut.
Sans entrer dans des discussions lonjjues, épineuses ^ et incertaines^ après lesquelles chacun reste dans son j opinion \ ne décidons que d'après les événemens le8 ^ mieux constatés. Je ne m'arrêterai point aux fameuses batailles de Marathon^ de Salamine et de Platée y origine de cette haine implacable qui anima^ pendant plus d'un siècle, les Perses contre les Grecs ; je ne décrirai pas ces succès presque incroyables et leurs suites étonnantes ; mais rappelons-nous qu'Agésilas^ à la tête des forces de la seule république de Lacédémone^ fit trembler Artaxercès sur son trône ; il était déjà maître de l'Asie mineure quand la jalousie des voisins de Sparte, fomentée par l'or du despote asiatique^ le força à voler au secours de Lacédémone assaillie.
Les rois de Perse auraient plutôt tari les fontaines de la Grèce par le nombre de leurs soldats^ qu'ils n'au« raient soumis une poignée de Grecs libres. La Perse ne fut garantie^ pendant cent cinquante ans, des invasions de ses ennemis qu'en achetant sans cesse la tranquillité^ et semant la zizanie dans ces petites républiques en« vieuses.
Mais Alexandre succédait à Philippe^ qui avait employé tout son règne à se rendre maître de la Grèce : cet heureux conquérant n'avait donc plus à craindre les ligues et les événemens offensifs qui l'eussent contraint de rétrograder. La Grèce abattue n'était plus capable d'en concevoir le projet ; elle l'était bien moins encore de l'exécuter^ puisque Antipater^ politique et général habile^ était chargé de veiller sur les Grecs, et de les contenir. Il était physiquement impossible que
'/c Un homme, dit Montaigne , de'fend ses lumières, on comme vraies, » ou comme siennes : et de quelque façon que ce soit, il forme cent oppo- D siiions contre celui qui le veut convaincre. »
ce vaste empire, couvert d'esclaves amollis, résistât à «piaraute mille hommes aguerris, conduits avec ensem- Uepar un homme de génie. Peut-être le serait-il à Fempire ottoman, malgré la différence incalculable que la poudre a introduite dans la guerre moderne.
Une pareille révolution n'est pas plus incroyable
<pi'dk n'est unique. Les mêmes effets eurent toujours
et auront tôt ou tard les mêmes causes : le despotisme
aàéÊicilement terrassé dans tous les temps et dans
iMisles pays.
Kx mille Grecs, qui avaient suivi Cyrus jusqu'à Bahjlone, en butte à la faim, aux rigueurs de la saison ^ anélés par des fleuves, suivis par une armée nombreuse, souvent harcelés par des hordes de barbares , travenèrent ainsi l'Asie mineure, firent six cents lieues et FÔzrent du fond de la Perse ^ au Pont-Euxin, sans qa'ancon des esclaves de ce vaste empire osât les attaquer.
Les ambassadeurs d'Athènes osaient dire aux Grecs aseemblés : c( C'est de tous temps que les plus forts sont » les maîtres : nous ne sommes par les auteurs de ce • règlement ; il est fondé dans la nature. » La guerre da Péloponèse et ses suites leur apprirent que les succès de la tyrannie ne sont que passagers, et que la courageuse liberté peut humilier et terrasser le despotisme, ses richesses et ses ressources. Sparte, la rustique et se* Tere Sparte, sut vaincre Athènes et ses trésors. Les Romains combattirent quatre cents ans pour subjuguer la libre Italie. Si tout l'univers leur eiit opposé la même résistance, ils seraient devenus modérés ou auraient été détruits.
' £0 cent vingl-deux camps.
pO ESSAI
Les Yandales^ au nombre de trente mille \ ravagèrent et conquirent en moins de deux ans FAfrique entière, dès long-temps énervée par le joug romain.
Les Espagnols^ le seul peuple méridional^ si Ton excepte cependant les Corses, qui ait su défendre sa liberté ; lei9 Espagnok, dis-je, qui luttèrent si opiniâtrement contre les conquérans du monde, furent tellement dénaturés par la servitude, que les Vandales achevèrent la conquête de l'Espagne en moins de deux ans', et divisèrent par la voie du sort ce malheureux pays.
Quarante mille ^ Portugais né firent-ils pas trembler à là f(Hs l'em^nre de Maroc, les barbares d'Afrique, la célèbre milice des Mamelucks, les Arabes, tout l'Orient enfin, depuis TUe d'Ormuz jusqu'à la Chine ?
Guillaume le Conquérant, avec moins de soixante mille hommes, ose afironter toutes les forces dé l'Angleteite^ et envahit, après une seule bataille, té Vaste pays énervé par le joug danois *. Et qu'on ne diisé pas que ce prince attaquait un État dénué de forcés et de {ressources : FAngletedre, délivrée depuis cinquante ans de la guerre et des incursions danoises, florissait sous l'administration de Haroidy prince chéri de la nation, reiiiarquable par ses talens et son activité, et qui avait eii le temps, sdud lé long règne du faible Edouard, d'affermir son crédit et sa puissance déjà très-considélablês : mais le coup était porté ; les armes danoises, et surtout l'anarchie féodale, qui n'est autre chose que
> i\M ti^élaieiit paâ tnèmè trente mille eâ ^ni. - » Ils y entrèrent en 409; en l^ii, ils e'taient maîtres du pays.
3 Les Portugais avaient alors tout le nerf de la chevalerie, et surtout ils jouissaient du bonheur d^avoir des rois véritablement chefs et pttùntié gentilshommes de la nation.
4 En 1066.
le despotîmie reparti sur plusieurs têtes, avaient porté une atteinte mortelle aux forces nationales.
Scanderbergp, plus puissant par son génie et le désir irrésistible de recouvrer la liberté, que par sa force pro^gieuse, sa bravoure et ses droits au trône, fait tremblei le puissant Amurat et son fils ^, et repoussé sans cesse avec une poignée d'Albanais toutes les forces ottomanes, qui viennent échouer devant la capitale ^ de rUhanie.
Quelques réfugiés ', fuyant, pour ainsi dire, au seîil des eaux la tyrannie des Espagnols, résistent à cette nation alors la plus guerrière de l'univers, Thumilient sur terre et sur mer, et fondent un État puissant, longlem]ps le plus florissant de l'Europe, et qui, resserré par des puissances trop fortes et trop politiques pour hâsser agrandir son territoire, à opéré des miracles sur l'Océan, plus étonnans que ceux des Roniàitis sur la
terre.
Si Montézuma n'eût pas été un tyran, les Mexicains aimdent noyé le petit nombre de brigands qui, dans le seizième siècle, vinrent les égorger sous la conduite du célèbre brigand noknmé Cortès. Jamais célui-cî li'côl pénétré à Mexico, parce qu'il n'aurait pas trouvé des pays déserts ou des peuples mécontens. Les Mexicdns aursdent eu plus d'ensemble, et auraient été mieux conduits par tant de Caciques, qui n'auraient pas grossi de leur défection le parti de Cortès.
Charles XQ a renversé de nos jours, à la tête de huit mille Suédois, cent vingt mille ésdaves Russes, qui font trembler aujourd'hui d'autres esclaves. Mirweis
» Mahomet II, xv« nccle.
» Crola.
) î>ef HolUndjds.
ga ESSAI
fit capituler avec une petite armée dans Ispahan toutes les troupes de la Perse rassemblées sous les yeux du despote. En un mot^ si les fastes du monde nous montrent le despotisme luttant sans cesse contre la liberté^ ils nous offrent aussi la liberté, renaissant de ses ruines, terrassant le despotisme, fût-il défendu par une multitude d'esclaves soudoyés.
Le véritable triomphe d'Alexandre n'est donc pas d'avoir renversé un empire que sa constitution attaquait de concert avec lui.
Il ne l'est pas davantage d'avoir osé ce que d'autres hommes n'avaient pas même imaginé possible ; reproche insensé que tant d'écrivains ont répété contre lui; car c'est là précisément le propre du génie; et d'ailleurs Isocrale^ long-temps avant l'expédition d'Alexandre, avait conseillé la conquête de l'Asie, et prouve sa possibilité.
Mais celui qui réunit à vingt-quatre ans le commerce du monde dans Alexandrie ^ ; celui qui força l'univers étonné à suivre l'impulsion de son génie; celui qui trouva le point de communication, et, pour ainsi dire, de jonction à l'Europe, l'Afrique et l'Asie, c'est-à-dire au monde alors connu, celui-là, dis-je, était un grand homme quand il n'aurait pas été le général le plus habile et le meilleur politique de son temps, comme l'a très-bien vu M. de Montesquieu, qui dit en habile observateur : « On a assez parlé de la valeur de ce héros^; » parlons de sa prudence. » Alexandre savait que le despotbme n'est qu'un colosse effrayant de loin ', sou-
* Je remarquerai à cette occasion que Moréri, ni Bayle lai^mème n^ont pas daigné citer, à Farticle à* Alexandre^ la fondation d'Alexandrie.
> M. de Saint-Évremont, homme instruit et souvent obseryatear ingénieux y s* est permis d'écrire cette étrange bévue : <c L^exp^Utioa d'A-
tenu sur une base d'argile^ et d'autant plus faible qu'il est plus arbitraire, c'est-à-dire plus oppresseur et plus insensé. Cette vérité frappante, dont l'habile et prévoyant Auguste était pénétré lorsqu'il conseillait aux Romains de resserrer les bornes de F empire^ ; cette vérité, dis-je, inspira au héros macédonien le projet de la plus grande révolution que l'histoire nous ait transmise.
Il connut assez bien le despotisme pour oser l'abattre. Tout et tous y concoururent comme il l'avait prévu; car il ne faut pas oublier que le mécontentement des Perses autant que leur mollesse les rendit faciles à vaincre, et que ce sont eux qui ont tué^Darius. Alexandre fut assez grand et assez habile pour dédaigner le despotisme, également avant et après la conquête : il avait reçu des mains de son père une armée exercée et aguerrie, et de celles de la nature un génie trop militaire pour ne pas savoir que son premier essor et son véritable chef-d'œuvre consistaient à former une armée^ et qu'un homme de guerre peut tout espérer de troupes bien disciplinées^ contre les Strelitz mercenaires des despotes.
• lexandre est quelque chose de plus que si aujourd'hui la république de
> Gtees, ceU« de Lucques ei de Aaguse, enireprenaient la conquête de la
> France.» M. de Saint-Évremont n'a pas voulu copier servilement beau* coup d^écrivains, qui n'ont vu dans Alexandre qu'un téméraire. Son parallèle loi a para neuf et singulier ; il l'est en effet .
* c Addideratque consilium coercendi intra terminos imperii, incertum » meta, an per invidiam» (Annal., lib., i), dit Tacite, en parlant du jour* Bal de l'empire, écrit de la main d'Auguste : il dit encore dans la Vie d'Agricola : « Consilium id divus Augustus vocabat, Tiberius prœcep- A tom. »
> Queb prodiges n'ont pas exécutés le grand Gustave, le célèbre Charles XII , envers lequel on est injuste, et leurs fameux généraux avec des (nrapet qu'ils avaient couvertes du bouclier terrible de la discipline et de la confiance? Que n'avons-uous pas vu faire de nos jours au roi de Prusse, avec une armée, sinon aguerrie, puisqu'elle n'avait jamais fait la guerre, 4ft iKMat créée et maintenue par les lois de la discipline I
g4 ESSAI
C'est dans les suites et non pas dans les détails des conquêtes qu'il faut juger le vainqueur. Donnez une armée à un homme de génie ; qu'il rencontre une administration tyrannique ou les désordres de l'anarchie^ qui préparent la révolution qu'il ose projeter, bientôt il sera conquérant, et ses opérations militaires ne seront pas la cause principale de ses succès : il renversera l'Etat attaqué par sa propre constitution ; il mettra dans les fers ceux qui étaient déjà esclaves; il fournira enfin une nouvelle preuve de cet axiome étemel^ que le despotisme détruit toute prospérité, toute force^, et ne laisse sur la terre qu'il ravage que des ruines sou4 lesquelles il est lui-même bientôt enseveli.
César, bien plus étonnant qu'Alexandre par sa science militaire comme par tous les talens qui semblent le mettre hors du niveau des autres hommes ^ y forage des troupes ; il sent tout ce qu'il peut espérer de Is^ crise de corruption et d'anarchie où sa patrie se trouve plongée ; à peine a-t-il accoutumé ses légions à son génie qu'il dompte des essaims de barbares, furieuif: , aguerris, qu'il ne pouvait ni diviser ni gagner, qu'i) fallait combattre, et que leur climat, leur p^ys diffir cile, leur méthode de guerre subite, impétueuse, inusitée, favorisaient àl'envi. (Expédition, si j'ose hasarda: ici mon opinion, bien plus admirable que la conquête d'un empire qui s'étendait cependant depuis la Méditerranée jusqu'aux Indes.) Enfin, pour dire encore plus, s'il est possible, César terrasse presque sans difficulté Pompée et les Romains, et se place sur le siège
* Snmmus aulornm, dit Tacite, qai devait s'y coanaiire en citant César sur un sujet quHls avaient traité tous deux. (De D^oribus Gernuato* rum,)
On sait quelle éloquence il avait reçue de la nature, et qu'il pouvait être le rival heureux de GicéroD, comme il fut celui de Pompée.
.LJr-4
de la dictature^ d'où il Auriàt pe^w^re aJi^^kî V^^^h^a- Taf^ de ses compatriotes, si U mAin d'un iv^HiblicAm ne Teût arrêté aa milieu de sa carricnc.
H est inutile de rappeler les preuves lu^ubi'etii^i^» \\\\^ nous o£6rirait Thistoire^ de la faible^o du do«|H>ii{iuti>. On ne peut, sans un délire inconcevable ou uno u)(tuvaisc io\ bien odieuse, croire au sabre invinviblt* ilo» despotes. Celui qui entend au sens naturel 0,0 coliHuQ mol, Dieu est pour les gros bataillons^ est ua mU ou
Ce principe absurde n'est-il pas dcmctiti pur Tliifi-
toire de tous les temps et de tous les pays ? I <cs Prrsrn
ont-ils englouti la Grèce? ce million de crois^^^ qui ^ft
précîpta sur TOrient, ne s'est-il pas anéanti de lui-
nwme? cet essaim de fanatiques a-l-il laissé iïiàUtftM
tracedeâin passage qaelesouvenir de %a (IfAUfuyùov '
LsL Sidie, la Grèce et l'Egypte sont les preuves f^t^.f ndLa et incontestables de cette importarite 7^ir<^/^ qoe k despotisme est le plus faible et le plo<( desir^i^/tes de tous les pouvoirs. Les paji les (>los toym^^/î^, Timea sont devenus. îous la ver/je ^ ia t/r^nme^, lopins mia^abies.
t La Suisse- jette ^scr»'U5«ânc^ 'îe .'/.ar-'>pe^ 'Vi U
:«3(,«^^ :ï?-rx J3i t-îit.^.Awi: . 5- TK'.Jf /-•f «"»»'*^' -w^^ *'-"'' —'»*'*
g6 ESSAI
» nature semble avoir jeté ses humeurs froides et sta- i » ^anteSj remplie de lacs, de marais et de bois, est . M environnée de rochers énormes et de montagnes éter« ^ » ndles de glaces, remparts sacrés de sa liberté. Elle ^ » jouit de tous les biens^ quoique tous les biens sem- ^ » blent lui avoir été refusés. La Sicile, au contraire, , M favorisée de tous les dons de la nature, génût dans Il la pauvreté la plus abjecte, et ses habitans, hâves el » défaits, meurent de Êiim au milieu de l'abondance* » C'est la liberté seule qui opère ce prodige : les moiH. » tagnes s'abaissent et les lacs se dessèchent sous ses » mains : et ces rochers^ ces marais et ces bois devièii» » nent autant de sources de richesses et de plaisirs. £è' ' » contentement et la simplicité, depuis long-temps " H exilés de la plupart des royaumes de la terre, semr » blent s'être réfugiés chez les Suisses ^ a> *.* *
Trois vastes empires nous offrent encore l'adnnnistratîon arbitraire réduite en principes^ ou plutôt noà déguisée; la Turquie, la Perse et le Mogol. '^
La Turquie, dont l'immense territoire effraie l'cdl égaré sur trois parties du globe, la Turquie à qui la nafi* ture a prodigué le sol le plus précieux et le climat fe' plus fortuné, la Turquie se dissout en lambeaux^ et croule sous son propre poids sans autres secousses vio»-' lentes que celle d'une administration arbitraire et spOf^ liatrice. Son prince fastueux, qui se fait nommer Di^i^ en terre y ne l'est pas même au fond de son sérail ; eCS Yinnsible distributeur des couronnes verra bientôt ett« effet ses vastes déserts démembrés et envahis.
La Perse, destinée par la nature à être aussi riche et aussi féconde qu'aucune autre contrée de l'univers,
* M. Brydone. Voyage de Malte et de Sicile.
conroîe cTone mfiaité de richesse^ et d'an peuple indBcienx et donx^ saccombe sons le faix de son despo* ûae. et e5C ai proie à tontes les convulsions des troaiiiB ixuéneors qni Fagitent.
Le MairoL enfin^ dont le territoire est anssî fertile çi «touia. le yfof^U qm entasse des millions ' et coavre SCS ^iâ£5 losaesâons d'nne tonrbe innombrable d^esdaivcs. ^ .^ivafai â presque détmit par une poi^];née de rçmttcains. Le prétenda maître de ce pajs^ rpii foad le dtre Sirwiivdble roi du monde^ est le jouet dsintnçnes ^ de la tyrannie d'ane compafi;nie de mar-
An^i
rbdaâan. ^'est-^i-^iire le plus beau pays de Funivers, tlfaiiirsniner '^oinze millions d'esclaves.
Tes TiBnt et tda seront toujours les effets de» hos- ^kéS'iiDR ;iutarité ignorante et aveugle, qui ne conlûie oonies m une volonté irbicraire et Êmtasqne, ^'ane ivroite insatiable «^ cmeile. et qni ie détruit 3arr.2ixr i ï^issouvir. T.ius les flespotes ont été es lar .es mêmes illusions, et ont opprimé les yas les Tièmps mcvens.
Ceat jà :-?3«aâant le retiçme if^vorant et meurtrier ^ îs ormees aiueiés i ^uvemer in peuple pnif?y-l BK.àde&e ?t ^snerenx 'ant m li ûit libre. 'Vi <ia moins n te m "Ji rï^oecta .es vestiges ie -on antique .ibertr ; cat A jc ■^^""^ lue '^*5 ^nncv, ont réduit ^n fy ?tac iass -ni aesue jn .a j^iic^cphie, rino»îniiara dl oia & rncisnjrseation. ies xis le a .larnre. ^^ ir;r-
."1 .L :::i» - :rrîJîi .t-; •'■n* » '"'*■?;••. .'-"iï.' -:-*•; ,r ...^.;/.-
SUR LE DESPOTISME. lOI
le plus perçant^ et le moins de connaissance des ressorts du gouvernement et des intérêts de la nation. Cet homme leva le masque de tous les vices à la fois ; et comme tous les cœurs avaient été corrompus par le système du gouvernement précédent, tous les visages osèrent montrer sous la nouvelle autorité, d'un bout du royaume à l'autre, tous les vices des cours.
C'est là que les hommes puisent les deux plus puîssans vices de l'humanité, qui sont la basse cupidité et r orgueil non moins vil. De ce mélange il ne peut résulter qu'un scélérat sot et insolent '. Ainsi toute pudeur et toutes mœurs furent perdues, et les mauvaises mœurs sont le plus grand mal d'un Etat, parce qu'elles annoncent la lâcheté des hommes, aussi bien que la corruption des femmes. Un général de faveur*, lêiÙLe ovl réputé tel à la guerre ; un prêtre honoré de la pourpre^, faux, hypocrite et ambitieux, sous le masque de la modération et de la bonhomie, sans mœurs, sans talens, sans la plus légère apparence de' vertus pour compenser tous ces vices, ces hommes sont choisis * pour élever l'unique et précieux rejeton d'une famille anéantie. (Mettez un homme à sa place, il en restituera vingt autres à leur place : un seul homme déplacé procure cent candidats indignes ^.) La maltôte
denier ^5, montant à qaatre-vingt-neuf millions neaf cent quatre-vingt* trois mille quatre cent cinqaante-trois livres.
Une pareille erreur décèle assurément un homme \ mais le régent avait une facilité de travail qui prouve qu'il avait Vesprit très-perçant. On pourrait lui appliquer ce que Taciie disait de Pison : « Nemo aut vali- > dius otium dilexit, aut facilius suffecit negotio, magisque quae agenda • 8unt egit absque ostentatione agendi. »
< Aussi ce signalement est-il à peu près de tout temps celui des gens de cour.
> Villcroi.
3 Fleuri.
* Ce choix était de Louis XIV, et n'en était pas meilleur.
^ « 11 faut qu'un £iai périsse, dit M. de Thou, quand cep'
et le monopole prévalent ^ le mérite est obligé de céder aux richesses mal acquises ; et la France ne peut plus résister à tant de maux^ les mœurs^ première ressource des Etats^ unique base de la liberté, étant corrompues.
Cette ébauche effrayante et trop vraie, qui n'est que le lointain du tableau qu'une histoire plus récente pourrait retracer, nous ofhe les effets inévitables du despotisme : il est avide, car il faut qu'il assouvisse les fantaisies cupides du despote et de ses satellites; il pille, il engloutit les biens, la substance de tous les es^ claves qui rampent sous son empire; une nouvelle spoliation signale chacun de ses progrès, parce que l'or y tient lieu de tout ; tous les ressorts sont corrodés : vertu, force, courage, émulation, talens, génie, tout se ressent de l'avilissement de l'âme : la corruption est la mesure de la puissance du despote, et le gage de l'impunité de ses satellites ^ . Le despotisme est aux royaumes ce que l'oisiveté est aux particuliers, c'est-à-dire le père de tous les vices .
Le luxe vient contribuer à les étendre; il naît à l'ap* proche du despotisme, ou plutôt il est un des prenûers échelons au pouvoir arbitraire ; car la cupidité et la mollesse qu'il produit et nourrit sont les premiers sy mp-
i) yernent ne distinguent pins les honnêtes gens des malhonnêtes gens. » Ettm ciuitatem intenre necesse est cujut prœfecti probos ah improbisdis' cernere nesciunt ( praef. h.) ; que sera-ce lorsque, dislingaant ceux-ci, ils seront les préférés?
* Cest une chose également révoltante et remarquable, que Icftimmanitës accordées en France aux publicains et à leurs satellites. Entre autres anecdotes que je pourrais citer, j^observo.rai seulement qae Fart. S du titre i4 de i'urdonnance de 1687, ^"^ règle depuis cette époque tout ce qui concerne les fermes, porte expressément que « tous commis, comu mandcins et gardes. . . . seront reçus au serment par le juge des droits » royaux, dans le détroit duquel ils siroul employés, sans information » de vie et Je mœurs , et sans (oncl usions ni commissions du substitut » d^ procureur-général sur les lieux. »
tomes et les plus puîssaiis mobiles de la servitude, et conséquemment les premiers agens du despote : le luxe précède le despotisme^ il l'introduit ; mais, rapide dans ses progrès^ meurtrier dans ses ravages, il a bientôt englouti et l'oppresseur et l'opprimé.
O rois qui mettez votre confiance dans le produit de YOft exactions tyxanniques, qui détruisez toutes les yerios^ qoi amollissez tous les courages, qui pervertissez les mœurs, qui croyez que l'or vous donnera des esclaves^ des maîtresses, des favoris, des ministres, des soldats^ une grande puissance, tout en un mot, votre folle iUosion sera déçue : vous avez tout concentré dans la possession de l'or ; vous en avez fait votre seul agents comme votre unique idole ; vous avez dirigé toutes le» passions vers ce métal destructeur; hélas! donoissîeaT-vous sur des monceaux d'or, celui qui saura s'en saisir s^a le maître de tout et par conséquent le vôtre ^ // sera puissant y fort y obéi;ïï sera le juge mexorable^ il sera le bourreau du tyran dépouillé : on pille, on vole des trésors, et ceux de Crésus ne le sauvèrent pas du bûcher ; mais l'amour des hommes, tôt ou tard, mais toujours acquis aux princes justes, les talens, le courage, la fidélité, toutes les vertus compares inséparables de la liberté, ces vertus restent, et ces richesses valent bien les autres.
J'ai dit que l'introduction du luxe était nécessaire aux progrès du despotisme, et j'ajoute que l'on doit se méfier toujours du gouvernement qui le protège et Fencourage : c'est le piège séducteur que les despotes
* Vîrlas, fema, decus, diyina, humanaqae pùlchris D&Titiis parent : qaas qui construxerit, ille Claros erit, fortis, justus, sapiens etiam et rcx, Et qaidquid volet.
(HoRAT., sat. m, lib. ii.)
dressent sans cesse et auquel les hommes n'échappent W jamais.
Alors les urnes s'cnervcnt^ et les mœurs se conompent ; alors s'élcvc le luxe prive, qui détruit « toujours \ » la ma{][Diricence et la richesse publiques^ ; m alors paraissent de toutes parts les fortunes illëgitimes et éphémères dont les progrès fastueux détruisent l'aisance^ tant de citoyens^ alors on voit naître les rentiers oisifc^ les célibataires scandaleux , les usures ruineuses :toii8 les citoyens sont en méfiance; les intérêts pardcolien n'ont aucun rapport avec Tintérct public^ ou jtaîôt en deviennent les destructeurs : la cupidité Tïïfêgt la société y car Tintérèt particulier, dont rien ne tempère plus Tardeur dévorante^ devient le foyer de KnUesles passions humaines^ et emprunte toute leur acd^lé.
Les princes ne peuvent assouvir la soif du povfoir arbitraire (que je comparerais à la fièvre du lion^ si celle-ci du moins n'était passagère), sans atténuer par les suggestions de la cupidité et les amorces de la to-
s Pablicam magnificentiam depopulatur privata luxuriea. (Pateic) * L'invention des rentes viagères est de F Eglise de France, et date do X* siècle : on lai abandonnait des terres, des maisons par ooe conrentMi appelée contrat précaire; on retenait l'usufruit viager, et Ton toacbaitle double de cet usafruit en biens d'Eglise. Les dervis et les imans ODt accueilli, dit-on, cet usage en Turquie j carie despotisme sacerdotal, toiii bien que le civil, suit la même marche, et emploie les mêmes moyens.
Quand la multiplicité des rentiers n'aurait produit d'autre mal qae celui de fomenter l'oisivctc^ elle serait un grand fléau politique : nn homme qui n'a rien à faire est un être trcs-dangereux dans la société. Une loi • d'Amasis ordonnait que l'on fit mourir tous les ans ceux qui ne poo« valent pas montrer qu'ils ne vivaient que par des moyens honnêtes et conformes aux lois. C'est Hérodote qui nous l'apprend, et U ajoute qae Solon adopta celte loi, et la donna aux Athéniens, n Amasis existit, qoi » legem hanc apud ^gyptios condidit, ul singulis annis apud proyincii- » rum prxsidcs ^gyptii omnes demonsirarent unde viverent, et qui hoc » non faoeret aut non dcmonstrarct se légitime vivere, ^Ln^i àiro^ivomi » <^ixa, iY)i> (oYiv, is morte afHccrctur ; quam l(>gem Solon ab ^gyptiis i> mutuatus Atlieniensibus tulit^ quum illi quod sit castissimum assidue » usurpaverunt. » ( Lib. II.)
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lupté^ cette corruptrice infaillible et perfide^ toutes les forces qui poun-aient leur résister. « Yoluptates ^ qui- » bus Romani plus adversus subjectos quam armis van lent^ » dit le pénétrant Tacite.
L'opinion la plus distincte et la plus opiniâtre des sauvages de FAmérique, c'est que l'homme est né pour l'indépendance la plus absolue ; car c'est ainsi qu'ils conçoivent la liberté. Ils n'ont point étendu leurs perceptions jusqu'à découvrir qu'on augmente ses facultés, ses jouissances, ses denrées en les échangeant} mais aussi les pièges insidieux d'une autorité usurpatrice ne les ont pas énervés par l'admission du luxe : c'est un très-grand bien acheté par de grandes privations.
3e saôs que les moralistes ont toujours déclamé contre le liue et la corruption qu'il entrmne : mais cela n'est pas étonnant } car l'on n'a presque conservé que les auteurs des siècles poUsy et les siècles polis sont précisément ceux qui ont ressemblé à celui-ci. Qu'on lise Tacite, et l'on sera singulièrement surpris du rapport exact des mœurs romaines sous les empereurs aux vices de nos jours.
C'est dans les siècles polis que l'on a dit que « tout )) était vénal à Rome ^. « C'est alors qu'on n'osait pas y compter « le péculat et les concussions ' au nombre n des crimes, tant l'exemple en était général. » C'est
* An texte voluptatibus, Tacite, qaia dit tant de choses, dit encore : « Ut homines dispersi ac rudes coqne bello faciles quieti et otio per yo-
> laptaies assuesccrent ; idqoe apud imperitos humanitas vocabatar, cum
> pars servitatis esse t. »
* Romx omnia venalia esse. (Sallust., Jugur.)
3 <c Non peculatus xrarii factus est, neque per vim sociis ereptae pecu- » DIX : quae, quamquain graviasunt, tamen consoetudine jam pro nihilo « habentar, » disait Memmius en haranguant le peuple romain. (Sallust., in Jugur.)
alors qu'on aurait pu dire, eu comparant les mœiirs de Home florissante à celles de Roine implacable ennemie 4qs Tarqums^ ce que Tacite avouait long-temps après^ en parlant des agrestes Germains^ « que les bonnes tt mœnrs avaieqt ches eux plus de force que les bonnes A lois n'en avaient à floqAei \ m
C'est à l'époque de Fintroducdon de la politesse^ des arts et des talens littéraires dans cette célèbre métropole du monde^ qu'un habile scélérat s'écriait : a O >i ville véuale^ tu seras bieptot esclave si tu trouves un >J! acheteur ^ ! v C'est au sein de cette politesse délicata et perfectionnée qu'un contemporain d'Auguste a dit avec tant de finesse et de vérité : c< Gratis pœnitet eue » probum ; » car le despotisme s'est toujours ressem-* blé dans sa marche et ses effets. Du moment où la cupidité devient le mobile d'un gouvernement^ et l'appât qu'il présente aux hommes^ ^voudrait être vertÊÊCUx gratis ^ ? Dans un Étal despotique les vertus de eît€^çn sont des vertus de dupe, dit un écrivain célè^ bre^. Les hommes ne veulent point être dupes^fkavce qu'ils n'aimœl ni les humiliations ni les mauvais mai^ chés. La vertu n'est et ne saurait plus être un objet dès que l'esliiiie publique s'en ékâgne^ ou du moins dès qu'elle n'en est plus la récompense.
* Plusque ibî boqi mores valent quam alibi bonae leges.
(Tacit., de Morih, Germ.)
* Sed postqiuim Borna egressns ett (Jagartha) fertar, eo sœpe (aciloa respiciens, postremo dixiate : XJrbem venalem et matare perUvrana ai emptorem invenerit. (Sau.u«t., in Jug.)
3 Non facile iûvenies mullis in miilibas nnum
Yirtutem pretiam qui pulat esse suam.
Ipse décor recti, si fecti prœmia desint^ Non movet, et gratis pœnitet esst probum.
4 M. d''Alembert, Essai sur les gens de lettres.
f -'tbJS
C'est dans un siècle aussi poli que le nôtre que les citoyens^ de quelque ordre qu'ils soient^ sont si tissu^ jettis à l'argent, que sitôt qu'ils voient un homme dédaigneux en ce genre, ils le croient riche ^ et, sans 36 rendre compte à eux-mêmes de la prééminence qu'ils lui attribuent, ils le saluent comme l'esclave salu^ l'homme libre. C'est surtout dans un tel temps « que » corrompre et être corrompu, s'appelle ^ le bon ton, » et que les choses qui passaient autrefois pour des vices » sont les mœurs du siècle ^. »
C'est dans un temps tout pareil, enfin, qu'un géni^ mâle, peintre énergique et ressemblant des mœurs de son siècle, en a fait ce tableau, qui semble sortir du pinceau de l'éloquent citoyen de Genève :
i< On vit naître et s'accroître la soif cupide de l'ar-
M geo{, et le désir effréné du pouvoir : ces deux pas-
» fions furent la source, et pour ainsi dire la matière
)) première de tous les crimes ; car l'avarice bannit la
» probité, la bonne foi, et détruisit de son souffle infect
» toutes les autres vertus ; elle introduisit l'orgueil, la
» dureté, le mépris des dieux et la vénalité de toutes
>'• choses. L'ambition apprit aux hommes la dissimuW
u tion, la perfidie, l'art de feindre un langage et des
» sentimens démentis au fond de leur cœur, celui de
» ne mesurer leur haine et leur amitié que sur leur
» intérêt et les circonstances, et surtout la science
u perfide de composer leurs visages plutôt que de re-
») dresser et régler leurs principes. Ces vices, d'abord
» lents dans leurs progrès, étendirent à la fin leurs ra-^
' Corrampere et corrampi probain saeculum yocatur.
{T kciT. y de Morib, Genn.)
' Quae fuerunt vilia mores sunt. (Senec. ?9.)
» vages^ et leur contagion pestilentielle eut bientôt tout n embrasé * . »
Des mœurs moins fermes et des temps iphxs polisy en faisant perdre bien des vertus, et presque toutes les vertus, donnent, à ce qu'on assure, une sorte de dédommagement par la justesse du goût; mais quel dédommagement ! Je ne nierai pas une assertion aussi généralement reçue, pour ne point m'engager dans une discussion déplacée. M. de Saint-Evremont aosé dire, il a même à peu près prouvé que le siècle d'Auguste^ tant vanté, avait déchu . Horace, dit-il, Horace, si célèbre par la délicatesse de son esprit et la justesse de son goût, tournait en ridicule ses contemporains : ne serait-ce pas la preuve qu'ils ne l'avaient pas excellent? Cicéron se plaignait de la décadence du goût. Que d'observations de cette espèce nous offriraient des fiîècies bien fiers de leur instruction !
Mais laissons aux modernes cet avantage qu'ils font sonner si haut : supposons pour un instant que le génie et les beaux*arts, qu'il crée et perfectionne, ne souffriront rien de l'altération de la liberté, de la corruption des sentimens, de la gêne des pensées, de Tintroduction de la mollesse^ qui affaiblit aussi bien l'âme que le corps ^j toujours sera-t-il très-permis de penser,
■ » Igilur primo pecuniœ, dein imperii capido crevit : ea cpiasl mate- » ries omnium malorum fuere j namque avaritia fidem, probitatcm, caete- » rasqae arles bonas subvertit ; pro his superbiam, crudelitatem, deof » negligere, omaia yenalia babere cdocuit ambilio ^ multos mortalis fal- » SOS ficri sobegit, aliud clausam la pectore, aliud promptum in lingua » habere, amicitîas iuimicitiasque non ex re, sed ex commodo aestîmare, )> magisque valtum qaam ingenium bonum habere. Hxc primo pauiatim i) crcscere, interdum vindicarî . Fost, ubi conlagio, quasi peslilenlia in- )> vasit. » ( Sallust., m Catil.)
3 » Mollis educalio, dil Quintilicn, neryos omnes mentis et corporis » frangit. Quidnon adullus concupiscel qui in purpuris rcpit? Nondum
.A.LjJà
avec le fameux M. Rousseau \ que les beaux-arts ne sont pas une si belle chose dans l'État, et que Régulas
» prima verba exprimit, et jam coccam intelligit ; jam concliyliam pos- » dt! ante palatum eoram, quam os iDslituimus. »
' M. Rousseau n'est pas le premier qui ait soutenu cette opinion, qai a
faut tant de brait, et que szs adversaires n'ont pas entendue. On trouvera
dans la CVP lettre persane d'excellentes pensées à ce sujet. Voyez aussi
tout le chapitre XII® du II« livre des Essais de Montaigne^ remarquez-y
la liste des anciens philosophes qui ont avancé le même principe, n Post-
» quam docti prodierunt boni desunt, dit Sdnèqae (£pist. 9). Parum
» mifai placent cae litterae quœ ad virtutem doctoribus nihii profuerunt. i>
Ailieor^, nihil sanantihus litteris. « Les philosophes, dit Cicéron, nuî-
» sent k ceux qui prennent mal ce qu'on dit: iis qui bene dicta maie in^
» terpretarentur. » (Cicer., de JSat. Deor,y 1. III, c. xxxi.) Voyez les
détails de l'éducation des Perses dans le premier Alcibiade de Platon.
c£n cette belle instruction, dit Montaigne, que Xénophon prête aux
» Perses, nous trouvons qu'ils apprenaient la yertu à leurs enfans,
» comme les antres nations font les lettres. »
Je finis ces citations, qu'on pourrait multiplier à l'infini, par ce passage remarquable de milord Bolingbroke ( folie et présomption des philosophes) : a Celui qui soutient, dit-il, qu'il y aurait plus de savoir et de » sagesse parmi les hommes s'il y avait moins d'érudition et de philosoitphie, peut paraître avancer un paradoxe ^ mais un homme exempt de
> préjugés, et qui sait douter, s'aperçoit bientôt que ce prétendu para- »doxe est une vérité incontestable; cette vérité a lieu dans la plupart » des sciences humaines, mais surtout dans la métaphysique et la théolo-
> gie. Je sens bien qu'elle ne manquera pas de choquer la vanité des » hommes les plus vains qui soient au monde, je veux dire des scolasti-
• c[aes et des philosophes ; mais ceux qui cherchent sincèrement la vé' » rite, et qui préfèrent l'ignorance à l'erreur, seront ravis de cette décou* » reite. »
Convenons que l'homme immodéré en tout soutient volontiers les principes extrêmes, qui ne sont jamais les vrais. Les sciences n'ont pas fait lont le bien que leur attribuent leurs partisans ; elles p-ont pas fait toat le mal que leur imputent leurs détracteurs ; elles ont produit de grands biens, et fomenté de grands maux. C'est ainsi que presque dans tontes les disputes tout le monde a raison, ou, pour mieux dire, c'est ainsi que la raison ne se trouve guère que dans le moyen terme de la dis* pote. Cultivons les sciences, ne fussent-elles que Le charme de la vie, le remède de l'ennui, l'aliment de la curiosité, cette passion tyrannique et indestructible ; mais n'oublions pas cette sage pensée de Sénèque: « Ut » omnium rerum, sic litterarum quoque inlemperantia laboramur. Nous
* donnons dans l'excès relativement aux lettres comme à l'égard de toute «antre chose. » (Epist. 106.) En tout, le premier besoin de l'homme est de s*arréler, et malheureusement un des vices de son instiact est de ne pas savoir s'tirréter. L'excès de Tclude énerve autant au moral qu'au physique; et celui qui étudie trop ses livres a bico peu le temps d'étudier lui
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et Caton ne pouvaient pas exister dans le même siècle que le rhéteur Sénèque.
Dès qu'on estime les beaux-arts dans un autre genre qu'ils ne doivent l'être (et c'est ce qui arrive toujours)^ il se fait des demi-savans : bientôt l'insolence de Thistrion et du poète^ les adulations des écrivains mercenaires^ les erreurs ou plutôt les faussetés imprimées^ payées par le gouvernement^ qui proscrit avec soin les réponses qui pourraient leur servir de contre-poison^ tout se gage^ tout se vend^ tout s'achète^ tout se mendie ; et s'il est vrai^ comme l'a dit un des grands écrivains de nos jours ^y a que l'amour de l'argent, ou, ce M qui revient au même, la considération accordée à la » richesse, soit le terme extrême de la corrupdda, h à quel période est parvenue notre Europe, toute mercantile et vénale?
Le despote prodigue l'or pour en avoir encore plus ; car l'or, père de la servitude, est le dieu des despotes^ : d'ailleurs il faut épuiser tous les autres afin d'être le seul riche, le seul puissant, le seul maître ; comme si la pénurie du peuple n'était pas un présage assuré de la ruine du prince ; comme si l'État n'entraînait pas toajotirs son chef dans sa perte ! C'est donc ici le coup lis plus meurtrier comme aussi le plus dangereux pour lui-même qu'un prince arbitraire puisse porter à la liberté.
Louis XI fut le premier roi de France qui corrompit lies états géiiéraux, et détruisit ainsi le rempart le plus
et ses propres pensées. Tacite parle de la sobriété de V esprit (si Ton peut s^exprimer ainsi) comme d^une des premières qualités d'Agricola : « Re« » tinuit, quod est diffîcillimum, ex sapientia modum. Incensom et fia- » graniem animam mitigavit ratio et aelas. »
> M. Rousseau.
a César, après avoir mangé tout son bien, s'endetta de quarante mil'* lions.
SUR LE DESt»OTISME. Xtl
respectable de la liberté publique. Charles VII^ ^ mérita^ par les vertus de son âme honnête et sensible^ l'indulgence dont on honore sa mémoire^ mais que le défaut de talent ou de caractère et les difficultés des drconstances épineœes où il se trouva expoisèrent à des fautes essentielles pour la nation ; Charles YII avait déjà levé des deniers sans le consentement des états géaéraux : Louis XI fit plus encore^ il extorqua par adresse et arracha avec violence^ après avoir avili et persécuté la noblesse^ au lieu de la contenir^ de la réprimer et de lui donner l'exemple de la justice.
On serait efirayé si Von pensait que Charles Vit avait levé des taxes pour i ,8ùo^ooo livres ^ . Ce fait n'esl pas assez connu et n'est pas assez répété. Louis XI porta ces mêmes taxes iUégales à 4700^000 ^. Yoilà la gradation rapide de l'avide tyrannie et du fisc guidé par des volontés arbitraires et dénué de principes.
Charles YII soudoja le premier 9^000 hommes de cavalerie^ et 16^000 hommes d'infanterie; et Louis XI augmenta l'infanterie de i5^ooo hommes^ et la cavalerie de a^Soo. Louis XH lui-même augmenta ses troupes réglées d'Allemands ^^ comme Louis XI y avait introduit des Suisses^. On sait jusqu'à quel nombre prodigieux s'est accrue cette miÛce. Tout le royaume^ sous Louis XIV^ alla s'engloutir dans les camps K Que peut une nation ainsi surveillée ? On parle sans
' Le marc d'or yalaii alors cent liyres, et le mare d^ai^est huit libres quinze sous,
> Le marc d'or yalait alors cent dix-huit livres dit sons, et le marc d'argent dix livres. Cette somme monte à vingt-troifl miHiottfl de notre monnaie.
' Philippe de Gommines.
4 Les bandes noires.
5 Oq dans les manufactures ; antre manie destrnclive de ce siècle d'illosions.
cesse de la nécessité des troupes réglées; h comment » résister, dit-on, à celles de nos voisins avec de mi- \ semblés bandes de paysans, ou une noblesse igno- » rante et indisciplinée ? »
Je n'ai pas prétendu entamer cette discussion militaire, sur laquelle il y aurait bien des choses à dÂre, et que je ne craindrais pas d'approfondir si c'en était ici la place ; mais je dis que les troupes réglées sont l'instrument du despotisme, comme leur institution en fut le signal. L'exemple de no? voisins n'est pas une preuve contradictoire; eh! ne voit-on pas en effet que toute constitution en Europe est dégénérée en arbitraire, et s'accélère vers le despotisme 1 Les troupes réglées ont été et seront toujours le fléau de la liberté ; mais ce fléau est intolérable quand il devient le rempart desdéprédations. Soliman le Magnifique ^ que les Turcs nommèrent canuni ou instituteur des règles^ et qui donna le premier une sorte de forme régulière à l'empire ottoman, apporta du moins de l'ordre dans les finances, car il avait trop de génie pour ne pas sentir que c'était là la véritable pierre de touche de l'administration, et l'unique base de toute l'autorité prospère. C'est trop de ravager sa nation par les inctiirsions de la fiscalité, et de l'enchaîner par les mains d'une milice nombreuse et mercenaire. Tel est notre sort et tel en fut le signal.
Il est aisé maintenant de suivre les gradations accessoires qui nous ont jetés sous le règne absolu, ou plutôt sous l'oppression terrible de la fiscalité et des déprédations en tout genre de finances. On peut faire remonter celte époque à Charles VII et à Louis XI; mais ce fut aux prodigalités de François I^^% et à nos
I En effet, on croit commanëment que François le' laissa un grand
SUR LE DESPOTISME. Il3
malheureuses guerres d'Italie qu'on en dut les tristes progrès ; ce fut surtout à Tadmission des Italiens dans les affaires de France par Catherine de Médicis.
Le règne des Italiens fut odieux et infâme sous Henri II et ses fils. SuIIjr arracha bien quelques feuilles à cet arbre parasite et vorace ; mais il avait laissé le tronc et les branches^ qui ont si fortement repoussé depms.
Rien dans la société ne peut sauver le ridicule de faire ce qu'on ne sait pas ; mais rien n'est aussi criminel que de se charger d'une fonction publique dont on est incapable ; c'est cependant ce qui arrive toujours dans un État où tous les esprits sont tournés vers l'intrigue, comme tous les cœurs sont corrompus par la cupidité.
Un voyageur qui nous raconterait que, dans les (erres australes, il se trouve un royaume où l'on ne confie jamais aucune partie de l'administration qu'à un genre d'hommes qui ne sont d'aucun état et d'aucun métier ^ ; que ce royaume a de nombreuses armées,
désordre dans les finances : cependant, maigre ses dissipations, il laissa quatre cent mille écus d'or dans ses coffres, et un quart de revenu prêt à j entrer. Henri II, qoinevégna que douze ans, laissa l'Etat endetté de
quarante millions.
On fil, à propos des libéralités de François I**", cette très-fine critique
des prodigalités des rob :
Sire, si tous donnez pour tout à trois on qnatre, U faut donc que pour tous vous les fassiez combattre.
Suivant l'état communiqué aux trois ordres, aux états d'Orléans, à la mortde François I«' (i56o), les dettes 'montaient à 39,i82,565 livres; la recette totale de Tannée à i3,259,9a5 livres, et la dépense à i2,a6o,
829 livres.
bn ne fait pas ces sortes de relevés ; c'est cependant le premier devoir d*on hbtorien, parce que c'est la première atiiilé de l'histoire.
' Des maîtres de requêtes, par exemple.