‹ Œuvres de MirabeauChapitre 5 sur 79 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

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mais qiie la règle conetante de Tadministration militaire est de ne jamais placer à la tête des afbires' ceux qui ont commandé ces années ; que ce pays possède une asseK forte marine, mais qu'aucun des marins n'y est jamais consulté sur les opérations de mer ou celles des arsenaux ; qu'il en est ainsi de toutes les autres branches du ^fouvemement, dont toute la science se réduit dans ces contrées à savoir noircir avec une sorte de chalumeau une espèce de carton qu'on y fabrique ; un tel voyageur semblerait en conter à ses lecteurs, et nous croirions bien difficilement qu'il existât un peuple aesea barbare pour avoir atteint ce degré de délire ; mais les voyageurs sont un peu accusés de mentir : laissons le nôtre, et revenons à notre pays.

On peut dire, sans s'écarter de son histoire, que des ministres parfaitement ignorans dans la partie qni leur était confiée, s'y sont iâréquemment succédé : ils ont cependant voulu avoir dans leur ressort la première et presque la seule autorité.

Malheureusement, et très^malheureusement, Richelieu y Louifois et Colbert étaient des hommes de génie, et Mazarin lui-même ^ avait de grands talens. Tous ces ministres despotiques n'ont cherché, comme de droit, qu'à faire prévaloir leur autorité, sous le prétexte de soumettre tout à l'autorité du roi : jamais ils n'ont porté leurs vues ni leur plan plus loin que l'intérêt de leur crédit^ qu'ils firent passer bien avant leur gloire. Les grandes charges de la couronne leur ont paru un obstacle, ils les ont dégradées et anéanties : ils crurent se dépouiller en partageant la portion

I M. de Turennc estimait plus la sagesse combindc du cardinal Mazarin que la supcriorilc trop entreprenante du cardinal de Richelieu.

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SUR LE DESPOTISME. Il5

d'autorité qu'ils étaient obligés de confier. Pour la diminuer, ils Fentremêlèrent d'q^c/er^ de détail^ indépendans de la hiérarchie naturelle.

Un général qui avait gagné deux batailles effrayait ; l'admiration qu'attire ce mérite dans l'esprit des honunes, le crédit et l'importance qu'il acquiert à ceux qui réussissent dans la carrière des armes semblèrent une atteinte dangereuse.

Pour diminuer ces avantages, il fallut rendre plu8 difficiles les succès : les ministres contrarièrent constamment les chefs ; Louvois trahit le roi pour nuire à Turenne : dès-lors nos généraux, desservis, inquiétés, dégoûtés, perdirent la plus grande partie de leur crédit et de leur autorité : le dernier coup enfin, et le plus sur qu'on leur ait porté depuis, a été d'en augmenter le nombre jusqu'à la dérision.

La quantité des grades qu'on a inventés n'est qu'un échelon pour faire parvenir un ignorant, et une barrière propre à faire perdre sou temps à un homme de mérite ^ ; c'est aussi la manière la plus sûre d'éteindre toute considération pour le métier que l'on avilit ainsi.. Le fameux Bayard ne fut capitaine d'hommes d'armes qu'après les services les plus importans, les plus longs et les plus signalés : simple soldat, il était plus considéré que ne le serait aujourd'hui le connétable^

On a donné un uniforme aux officiers généraux,

■ Vai va la lettre d^un célèbre brouilton de nos jours, à qui Toa a la bonté de croire de Pesprit (M. de Boynes), et qui, après avoir renversé la marine, écrivait à un des chefs de ce corps, en lui recommandant le maintien de ï harmonie entre Vépée et la plume (c'est-à-dire la subordination absolue de celle-là à celle-ci) : « ce grand principe, base de l'ad- » ministration... » Cela ferait rire si cela n'était pas infamew

» Dans la marine de France, par exemple, nous n'avons eu de grands hommes que ceux qu'elle a reçus tout formés. Ces échelons immenses la dégradent.

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lation et de véritable noblesse qui existaient eneore en France y furent-ils bientôt détruits. Une foule de valets^ décorés par des titres qu'ils ont avilis^ veillent autour de la fortune, et en interdisent les avenues : la gravité, la dignité de mœurs, la force militaire, la sévère et dé\U 0{^te intégrité, les seules vertus qui rendent un homme digne du commandement, ne mènent plus aux gon* vememens des provinces ; de vils adulateurs qui entourent le trâne les ont usurpés : ils prodiguent les bassesses et les iroportunités, et les font accorder à ce prix à leurs enfans encore jeunes, sans mérite, sans sei^ vices, sans expérience : ainsi les dignités sont devenues héréditaires, quoique relatives à l'état (invention, pour le dire en passant, la plus absurde et la plus ridicule qui ait été faite) . L'habitude d'une longue servitude à la cour assure les récompenses les plus flatteusetr, qui seraient dues aux services réels, à un certain nombre de familles plus distinguées dans l'ordre de la noblesse par la profession de courtisan, que par leurs titres personnels; et presque également avilies par leurs profusions insensées et leur sordide et ambitieuse cupidité ^ .

Un ancien * disait que l'homme s^éprouue par Vor; et c'est une vérité de tous les âges et de tous les pajs« On peut tout attendre, excepté la vertu, des hommes que l'on tîent dans la dépendance de l'intérêt.

En 1762 Louis XIV les fixa de nouveau. La ruine du reste du royaume les établira mieux encore.

Les progrès de la population de Paris, dans les deux derniers siècles au nord et à l'ouest, sont à proportion de cinq à un, dit M. Le Bœuf. {Hist. du dioc. de Paris.)

• On peut bien appliquer aux courtisans ces traits expressifs dont Salluste peignait Caiiiina : Alieni appetens^ sui profusus.

« Chilon, Tun des sept Sages de la Grèce, qui disait que « Tor s'éprouve » par le feu, et Tbomme par l'or, m

» exercé avec gloire un pouvoir acquis par des moyens » infâmes ^ . »

Un des plus grands délires, en fait de gouvernement, c'est de vouloir séparer Fautorité de la force et de la grandeur ^; si Ton sépare Tautorilé de la force, celle-ci s'énerve ; et si elle vient jamais à se réveiller, c'est pour tout rompre.

Toutes les entreprises des ministres ont donc concouru à diminuer les ressorts de la véritable autorité, en dépouillant et avilissant les particuliers sur lesquels elle était départie. L'amour- propre, moins flatté d'avoir de grandes places absolument dénuées de crédit, et qui n'étaient plus, dans le fait, qu'un sujet de tracasseries inquiétantes et dangereuses, s'est replié vers d'autres ressources et d'autres objets. La cupidité a pris la. place de V émulation : il a fallu de l'or pour contenter les cupides; tous se sont approchés du séjour des grâces, plus aisées à obtenir par l'habitation des capitales que par des services réels.

Ce nouveau piège, vers lequel on s'est précipité, est bientôt devenu par cette raison le ressort favori des ministres. Si l'œil du maître fait valoir la terre, on peut juger quel est l'effet du gouvernement qui transporte tous les propriétaires hors de chez eux ^. Une pareille manœuvre doit également détruire les richesses territoriales et les mœurs * . Aussi les restes d'ému-

* Nemo enlm uaquam imperiaiu flagîtio quaesituni bonifi arlibus exercoii. (Tacit., Hist.)

* Je crois que la plus ridicule et la pins frappante preuve que nous en fournisse Thistoire est l'exemple du parlement de Paris, rendant des. arrêts contre des armées, comme on le vit du temps de la Fronde.

3 L'éloi^nement de la capitale, l'habitation des campagnes e'tait autrefois le goût dominant des seigneurs anglais, et le plus sûr garant de leur mdëpcndance. Ils se précipitent aujourd'iiui vers Londres; on sait aussi combien la liberté britannique s'altère.

* C'est en i549 <l"'on vit le premier édit qui fixe les bornes de Paris.

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lation et de véritable noblesse qui existaient encore en Francey furent-ils bientôt détruits. Une foule de valets, décorés par des titres qu'ils ont avilis, veillent autour de la fortune, et en interdisent les avenues : la gravité, la dignité de mœurs, la force militaire, la sévère et àé\i* c{^te intégrité, les seules vertus qui rendent un homme digne du commandement, ne mènent plus aux gou* vernemens des provinces ; de vils adulateurs qui entourent le trâne les ont usurpés : ils prodiguent les bassesses et les iroportunités, et les font accorder à ce prix à leurs enfans encore jeunes, sans mérite, sans sei^ vices, sans expérience : ainsi les dignités sont devenues héréditaires j quoique relatives à l'état (invention, pour le dire en passant, la plus absurde et la plus ridicule qui ait été faite). L'habitude d'une longue servitude à la cour assure les récompenses les plus flatteuses, qui seraient dues aux services réels, à un certain nombre de familles plus distinguées dans l'ordre de la noblesse par la profession de courtisan^ que par leurs litres personnels; et presque également avilies par leurs profusions insensées et leur sordide et ambitieuse cupidité ^ .

Un ancien * disait que l'homme s'éprouue par l'or; et c'est une vérité de tous les âges et de tous les pays. On peut tout attendre, excepté la vertu, des hommes que Ton tient dans la dépendance de l'intérêt.

En 1763 Louis XI Y les fixa de nouveau. La raine da reste da royaume les établira mieux encore.

Les progrès de la population de Paris, dans les deux derniers siècles, au nord et à Toucst, sont à proportion de cinq à un, dit M. Le Bœuf. {Hist. du dioc. de Paris.)

' On peut bien appliquer aux courtisans ces traits expressifs dont Salluste peif;nait Caiiiina : Client appetens^ sui prqfusus.

* Chilon, Tun des sept Saj-es de la Grèce, qui disait que « Tor s'éprouve » par le feu, et Tliomme par l'or, m

Les ministres y pour mieux régner^ ont donné les grandes places à des mercenaires^ mconnus^ qu'ils étaient bien sûrs d'inspirer et de conduire à leur gré, et qui ont mieux aimé s'assurer une existence pécu*» nîaire et vendre leurs droits que les soutenir. Legour yemement^ déjà absorbé par une inanité de détails^ surchargea encore toutes les parties de l'administration de règles^ de réglemens, di instructions ^ âHordonncavcesy pour ne rien laisser à personne ; aussi le prince Eugène disait avec beaucoup de génie à Marlborough: i Vous aurez pris la moitié de la Frahce avant que les » eommandans des frontières et des provinces aient eu » des nouvelles de la cour : ainsi allez en avant. » Eugène sentait que les hommes qu'un despote met eu place sont des automates ^ et qu'il n'est rien de plus £iibJe qu'une cour qui veut tout ordonner et tout régler. Un bon roi réprime l'abus qu'on fait de l'autorité qu'il confie ; mais quel titre donner à celui qui présuppose toujours l'abus ?

Des ministres auxquels tout ressortissait ont été obligés de s'entourer de scribes; et cette nouvelle manière de gouverner a troublé toute la société en élevant de toutes parts des parvenus^ en donnant des exemples fréquens de fortunes injustes et rapides, en multipliant les moyens de corruption, les objets de l'adulation, en offrant de nouvelles voies aux intrigues,

* Et, pour mieux asservir les peuples sous ses lois^ Souvent dans la poussière il leur cherche des rois.

(Racine.)

Ce trait sublime, qui peint si bien Alexandre, indique la marche de loos les despotes, rois ou ministres. Observez Tadministration de Louis XI, etc. Je ne cite que des temps reculés j je ne fais pas l'histoire moderne.

' Il faut distinguer les idccs ; car tel cordon bleu, tel duc et pair, tel... est un mercenaire très-connuy mais cependant un mercenaire.

à la cabale, en semant de nouveaux obstacles lea avenues de la justice^ en étouffant la voix de la liberté^ en introduisant dans l'ordre civil l'espionnage et la delà* tion^ qui ont répandu partout la méfiance^ l'hypocrisie^ la flatterie servile^ ^ en livrant les finances à un nouveau gaspillage^ voilé sous une infinité de formes et de papiers ; et enfin en subvertissant le militaire^ ce qui est bien plus singulier^ à cause de la différence des analogies.

Cette manie de la plume ^ qui date de Louis XI '^ mais à laquelle Colbert donna des forces nouvelles^ est parvenue à un point presque inconcevable; bien loin que l'administration ait changé à cet égard, elle s'est appesantie : les papiers et les détails ont tout absorbé; Ton ne saurait faire sergent le plus brave et le plus expérimenté soldat s'il ne peut écrire ; le major y homme de détails y autrefois sans commandement^ et ne portant pas même le hausse-coly marque distinctive de l'officier, est actuellement officier supérieur.

Le secrétaire d'un de ces espions décorés que l'on appelle inspecteurs y et qui ont introduit dans le militaire le despotisme le plus minutieux et le plus avilis* sant, a plus de papiers que n'en avait autrefois le ministre de la guerre. Avec la plume on gouverne 'absolument et sans appel ^ le militaire, comme toutes les autres parties de l'administration.

' La coar est on pays où Ton ménage tout, parce qa^on y cooDait les fortanes subites.

* Seyssel, qui e'crivait sous François I*''*, dit dans sa Monarchie que a de son temps il y avait plus d^offices en France que dans tout le rëma- » nent de la chrétienté, m

« Four cent quUl y en avait du temps de Seyssel, ajoute Loyseaa, qui T» vivait sous Louis XIII, il y en a mille à présent, au-pardessos deK- » quels on en a créé depuis cinquante ans plus de cinquante mille. >>

3 L^on peut remarquer à ce sujet, dans les gazettes récentes^ qoi détail-

Quand le premier pas est fait dans ce genre, les dé" iails vont toujours en croissant. Chacun de ces détails demande un hommes parce que chaque homme 'demande une place; les papiers se multiplient; il faut des aides aux détailleurs ^ et cela se subdivise à l'infim, parce que les détailleurs font les détails, les af^ foires font les affaires , et les écris^ains font les écri-tures.

a Si, sous l'empire romain, composé de provinces w qui forment aujourd'hui des royaumes, les affaires M se fussent traitées avec le même appareil et la même » prolixité qu'elles se traitent aujourd'hui, il est très- » douteux que la ville de Rome et ses faubourgs eus- » sent pu suffire à contenir et à loger les bureaux ^ »

Le marquis de Louvois avait deux premiers commis ; on a vu dix-sept chefs au bureau de la guerre, chacun desquels avait au moins dix ou douze commis, et je ne doute pas que le nombre n'en soit augmenté; mais cette multitude de papiers donne-t-elle et peutelle donner à ces ministres scribes la connaissance de la guerre et cet instinct, pour m'exprimer ainsi, qui fait qu'en regardant un jeune soldat le vétéran voit de quoi il est capable ? ces cartons immenses dévoUeut-ils l'esprit des militaires, les mouvemens de leur cœur, leurs mœurs, leur manière de penser, leurs idées, leurs préjugés, leur sorte de gloire, et enfin les divers replis de leur âme? C'est ce qu'un vieux militaire sait et découvre sans s'en douter, et ces menus

leoi la posîlioa des quartiers d'hiver des différentes troapes en Corse, que le nom da commandant ne ^y trouve jamais; mais qa'on y lit «laclementqae telle ou telle troupe est sous la police de M. le commissaire un itL ' M. Grosley, dans son excellent ouvrage intitule Londres,

ressorts sont ceux qui donnent le branle à la machine. Toute rinstruction possible acquise par les noies équi* vaut-elle à cette sorte d'expérience?

Mais qu'importe^ encore une fois, pourvu que ces notes et ces écritures soient le prétexte d'un gaspillage démesuré d'argent, et le voile des friponneries des ministres et des sous^ministres ? car enfin on n'emploie pas les hommes sans les payer, et surtout on ne leur donne pas impunément l'exemple du pillage.

Ainsi l'on a tout fait par l'Or et pour l'Or. « Par » des richesses, dit Montaigne, on satisfait les services n d'un valet, la diligence d'un courrier, le danser^ le >i voltiger, le parler, et les plus vils offices ^'ob re- » çoive ; voire et le vice s'en paie, la flatterie^ le ma- » querellage, la trahison... » Par des richesses, on a satisfait depuis des magistrats, des maréchaux de France, des princes du sang : au prix de l'honneur on a substitué l'or ; il a fallu qu'il suppléât à l'autorité, à l'émulation, à la vertu, à tout enfin : il en a beaucoup fallu pour remplacer toutes ces richesses morales ; les hommes qui ont su l'arracher par parcelles, et à leur profit, des mains des sujets, afin de le revendre en grosses massés et bien chèrement au souverain (funeste science, trop facile à acquérir lorsqu'elle est encouragée), ces hommes, s'il est permis de leur donner ce nom, ont prévalu ; ce besoin qu'on avait d'eux, et leurs trésors y qui n'étaient pas leurs trésors y et qui avaient détruit cent fois plus de richesses qu'ils n'en recelaient, leur donnèrent bientôt une existence : le luxe a volé sur leurs pas.

L'existence d'un homme de mérite est la critique la plus sévère de tout homme qui n'en a pas ; et voilà

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pourquoi les sots et les fripons persécutent sans cesse. M L'éclat même de la vertu, dit Tacite, irrite ^ les mé- » chans, parce qu'elle les démasque et les condamne^. » Aussi fut-il bientôt dangereux de paraître par les choses qui devaient donner une distinction réelle. L'envie de 86 distinguer, passion inextinguible dans le cœur des hommes, les a bientôt décidés à chercher les distinctions frivoles plutôt que de n'en avoir point'. Lorsque les richesses acquièrent dans l'opinion et dans le tadt la prééminence ; lorsqu'elles sont le chemin de la

I EUaiD gloria ac virtus infensos Labent, ot nimU ex projttoqoo diverfa argocDS. ( Annal, trad. de M. d'Alembert.)

* Un grand poêle ne croyait pas pouyoir désirer on supplice plas cruel aux tyrans «jne le spectacle de la yerta et le remords de Tafoir abandonnée.

Maçne pater dxrvm^ aaeroê ponire tyrannos Haad alia ratioae velit, coai é&nlïkiàm M oTerit ingenium ferrenti tiacta Teneno s yfbgfaatm Tîdeant, intibwc intgnr reUeta.

(PiBf.y fat. iti.)

^ CeUe d'être on bonnète, ricbe et beoreax propriéutre eo TaoJrait

bien ane antre ^ mais toot-â4''beare on ne pourra plus être cela« et les

apoiintÎDBs da fisc cbasseront de leurs terres ceux qui ont en le boa sens

de s'y retirer) car tous les capiianx da royaume seront bientôt absorbai

et cooséqoemmcnt les récoltes détruites, et conséqnemment la subsistance

atitliee. Ken sage cependant sera celui qui s'efForccia d*ètre plus balAle

que le fisc n'est aride, et qui s^ea tiendra à la coojîdératioB roiale, k

seule qu'on boonète bomme puisse déârer et acqoérir auîoar(f boi. H se

tvoure qn^an Boyen de la tournure qu'a prise le serrice mùtU^ en

France, la baute noblesse féodale a écbangé une coosidératico Aolide, et

pour ainâ «fire bérédîtatre, quand le» races se condeisent decenuwnt,

contre la coosidtfatîoa d« quelques lignes de gazettes, qne lonJ le» étft*

iaatiles Lisent dans les caf». Jt crou 'pe s'il r<*rf eaait des Umfd oA une

^Hulle noble edt besoin de Testase dn penple ponr b ioirte^, des rm^

saox qui ne sarent pas lire la jesiiijknt taieuz qne ions le» leetenv» de

gaaeties<ic FEorope.

Une «ecdote très^ resarqodl^ ra U ra^ nuËtairede noe stfeox, e'est qo*à une coaTOcatkn dm haa et srmre-baa da haStîh^ de Troues en Cbanipagne ' x \(y^, r pduvK^s ^RaîiLtbcnx&ea ^ooKfUvnreat p^or <ls«tlarer^ soirant le pn^i^s-Terbai de eeite rxjn^ocstikMCt, /ft^Uâ xkumiimt mo^kmemt du labour «le lenn terres.

considération, des honneurs ^, du crédit, de Tautorité, « la pauvreté devient un opprobre, Tintégrité et » le désintéressement sont regardés comme les vertus » des sots, et deviennent le juste objet d'aversion des » habiles^. » Nous craignons, on Fa dit souvent, nous craignons plus les ridicules que les vices ; aussi trouvèt-on rarement des gens d'honneur dans un pays où l'intérêt personnel lève assez le masque pour qu'on qualifie de /bu l'homme désintéressé.

« Tel homme a un grand train, dit Montaigne, un » beau palais, tant de crédit, tant de rentes ; tout cela » est autour de lui, non en lui. » Sans doute, mais les hommes ont, dans tous les pays et dans tous les âges, jugé les hommes par leur autour ; et ceuxJà même qui se récrient sur cette folie se prennent à cette illusion que ses propres succès prolongent. Telle est depuis long-temps notre manière d'être. Fouquet disait : « J'ai tout l'argent du royaume, et le tarif de toutes » les vertus. »

Les grands propriétaires, notables et magnats dans leurs provinces, excités ou par ostentation ou par des projets de cupidité, ont apporté dans la capitale des ronces dorées. Le besoin et la soif de l'or ont corrompu tous les rangs et tous les états : le luxe a causé

' On connaît le jea de mois d'Owen, assez mauvais, mais qui renferme nn grand sens.

Divitias et bopes hon lingna hebrsa vocavit, Gallica gens aurum or y indeque venit honor.

a C'est la marche constante de la cupidité.

« Postqaam divitise honori esse coèpere, et cas gloria, imperium, po- » tentia scquebatnr, hebescere virlus, paupertas probro haberi, innocentia 2> pro malevolenlia duci cœpit. »

(Sallust., Catilin.)

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le dérangement et la ruine générale j le déplacement de tous les citoyens a donné l'existence à une foule de parvenus.

Cette sorte d'hommes était bien la plus propre aux vues du gouvernement; aussi ont-ils occupé presque toutes les places : Tautorité entre les mains d'un parvenu le rend insolent, et s'il ne l'était pias, il paraîtrait encore tel. Un insolent prend aisément de l'humeur, et surtout le ton et le vouloir absolu : ces hommes nouveaux, à qui l'autorité échappait sans cesse, ont voulu gouverner sans aucune règle, par la terreur^ par les lettres de cachet ^ par les ordres arbitraires; et les formes ont été un faible et dernier retranchement contre les coups d'autorité ; retranchement toujours forcé sans peine, et néanmoins toujours odieux aux visirs comme aux demi-visirs.

L'ébranlement général a multiplié les secousses; tout s'en est ressenti : juges aveugles que nous sommes ! nous les avons attribués à quelques /ripons subalternes, entre les mains desquels flottait le timon ^ Une taupe perce la chaussée qui retenait un grand lac; l'étang déborde, les pays voisins sont inondés et ravagés; la taupe est-elle donc la cause de tous ceâ dégâts?

Les véritables taupes sont ceux qui voient ainsi. Vous prenez les effets pour les causes : tout vient du gaspillage d'argent, de l'introduction de la cupidité, du ferment de la corruption fomentée par le gouvernement, qui n'a plus ni la force ni le talent nécessaire pour remédier aux maux qu'il a faits, quand il en aurait la volonté. ObUgé de tout acheter, de tout gager,

* LesTerray, les Maupcou, etc., etc*

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stt «oins ne roulent plus que sur les moyens de se procurer le métal que sa profusion épuise. Mais Tigno* rance des administrateurs ne leur permet pas de saisir ceux qui leur en procureraient; leurs manœuvres, loin de verser réellement de l'argent dans le trésor, Fempéchent chaque jour de plus en plus d'y arriver : il n'est resté de ressources que de vendre tout ce qu'on a pu du capital de la nation, et l'on n'a trouvé d'acheteurs que ceia qui s'étaient déjà enrichis des dépouilles publiques ^ : c'est avec eux qu'on a traité ; on les a mis a portée iie voler la moitié du royaume^ et l'on s'est trouvé ensuite trop heureux qu'ils voulussent bien acheter l'autre aux conditions qu'il leur a plu de fixer. Il n'est pas étonnant qu'ils soient à peu près demeurés les maîtres de tout; il l'est encore moins que le gouvernement se trouve forcé de firiponner et de dépouiller ceux qui l'avaient pillé si longtemps.

Tel est le fisc : Ikm dévorant et insaJLiable^ point de modification avec lui ; sa destruction ou cdle de l'Etat : cela est inévitable. Tous les temps, tous XtH pays, tous les climats ont vu les mêmes maux^ ouvrages des pi^licains ; ils ont toujours commencé par être vils ; ib sont toujours devenus juges dans leur propre cause ^; enfin, oppresseurs à découv^t de

> L^emperear CUode se plaignait que son trésor était ëpaisé; on cill alors (( qu'oa Taurait prodigieasement rempli si Narcisse et Pallas (deax » affranchis qui gouvernaient alors TEtat) trayaient admis an partage de 9 leurs richesses. »

Sous le ministère du cardinal Mazarin, le surintendant disait, lorsqo^oa manquait d'argent, « qu'il n'y en avait pas dans le trésor, mais que le » cardinal en prêterait an roi. »

a « Le fisc n'a jamais tort que sous un bon prince. Nunquamfisci causa » mala nlsl sub bono principe. » (Pliw., Paneg, Traj,)

£a 1773, un arrêt du conseil^ déboutant les officiers mnnicipaux des

l'hamaniié, destructeurs d«s mœurs % déprédateurs de l'Etat par métier : les introduire chez soi, comme a fait il y a peu de temps le roi de Prusse, c'est élever le louveteau dans la bergerie, ou plutôt c'est efifectuery sur tout un peuple infortuné, cette imprécation ter-rible que Junon irritée lançait contre les Troyens ; Acheronta moveho.

Telle est aussi l'autorité avide et insensée, qui creusa de ses propres mains son tombeau ^> qui offre sa na.tîon au bec dévorant du vautour, dont elle-même est bientôt la proie ; car enûn les souverains, comme les autres hommes, et bien plus que les autres hommes, n'ont d'existence relative que celle qu'ils reçoivent de leurs semblables. « Rien n'est plus grand et plus petit qu^un » roî. » Je ne sais qui a dit cette vérité ; mais tous les princes devraient la comprendre, la méditer et la retenir^: un roi qui se compte pour tout et ses sujets pour rien désintéresse bientôt sa nation. Or, dans un

TÎlles de la gënëralilë de Metz des oppositions faites à Tarrêt du i3 sep** tembre 1773, qai ordonnait les 8 sous pour livre (noavcàu nom donne à ■ne de ces taxes qui, comme Frotée, reparaissent sans cesse et en même temps sous mille formes diverses) \ un arrêt du conseil, dls-je, supprime Bn imprime' ayant pour titre : Mémoire des maires^ dchevins et notables et la ville de Verduiiy contre V adjudicataire des fermes généndes, COMME TEKDANT A REKDRE LA RÉGIE ODIEUSE, ctc. Ainsl uous devous respecter les Siyidts sangsues qu'une autorité arbitraire et spoliatrice décliaine eofitre noos.

I Tacite, en parlant d^une tribu des Germains, peuple qui aurait cru ittenter à sa liberté, sHl se fût soumis à payer un impôt, s^exprime ainsi : t Nam nec tributis contemnuntur, nec publicanus aUerit. » ( c^e Mor. Germ.j cap. 9)^ et dans un autre endroit (ibid,)^ a Grotbinos gallica,

> Osos pannonica lingua coarguit non esse Germanos, et qùod trU)uta

> paduntur. »

> La fiscalité est à peu près telle q«e noas venons de la peindre au Mexique, la possession espagnole la mieux administrée, dit-on ^ aussi on y ressent les mêmes effets ; et l'on assure que le roi d'Espagne, qui a acheté, et qui paie par tant de compensations et de sacrifices cette immense possession,! ne retire du Mexique que 1,200,000 piastres, ou 6,3oo,ooolv.

Etat il y a remède à tout^ excepté au changement dam la façon de penser des sujets, qui sont bien pins réd- ' lement soumis à l'empire de l'opinion qu'à tout autre, ' auquel il n'est point d'homme qui ne sache se son»- ^ traire quand il veut. '

Les Français, ce peuple généreux^ fidèle et guerrier, ' secouèrent sous Charles Vil le joug des Anglais^ parce qu'alors les Français avaient honte d'être soumis i tout autre qu'à celui à qui la loi qu'ils s'étaient faite eux-mêmes les soumettait : alors ils jurèrent à leur roi une fidélité inébranlable sur leur épée\ gage redoutable du serment le plus respecté. Si quelque génie prophétique eût dévoilé l'avenir^ il aurait pu dire an roi :

(( L'épée de vos sujets vous a remis sur le trAne, elle » saura vous y affermir ; elle saura vous y défendre )> envers et contre tous : mais si jamais on nous ac- » coutume à obéir d'une façon purement passive^ il » nous sera fort égal de rendre cette obéissance à qui » que ce soit. L'Etat penchera vers sa ruine^sans que » nous daignions nous en occuper : l'esprit de mécon- » tentement et de dégoût effacera bientôt jusqu'au » souvenir des humiliations étrangères^ on en viendra » jusqu'à s'en vanter, pour se faire, indirectement du » moins , justice de l'administration en dévoilant ses » fautes ; et bientôt enfin on verra les Anglais^ tant de )) fois repoussés et contenus, donner des ordres dans » les ports- d'une nation dont ils n'auraient jamais dû h pouvoir être les rivaux....»

* c Et 81 gens armata per arma

> Jurât jure suo, se quoque jure ligar. ■

(VlHÀHTlUS FoaTOHÀTUSy lib. TI, poeiU. II.)

tiCs hommes libres chez les Germains et les Francs c'taient les scols qu'on pût appeler pour servir à la guerre, et rcsclayc ne pouvait prëteadre à un pareil Iionneur. (Voy. Mur. ytnt'q.)

SUR LE DESPOTISME. I2g

Pardonnez^ ô mes compatriotes ! si je n'ai' pu contenir ma juste indignation sur l'impunité d'un pareil affront^ : son souvenir est trop récent; le poids de notre avilissement m'écrase. Pourquoi l'impérieux et despotique Louis XIV ne peut-il sortir de sa tombe, et contempler l'étonnant parallèle des Français expulsant les Anglais du royaume sous Charles VII, rachetant à ce prince la couronne au prix du sang de ses sujets ; et de ces mêmes Français^ également avilis dans leurs ports par leur propre administration et par les ordres d'une puissance rivale : le remords d'avoir préparé une pareille révolution serait pour lui l'implacable furie que je voudrais déchaîner contre les tyrans.

l'ai dit que les formes étaient im faible retranchement contre les coups d'autorité, et la rapidité de la g^radâtion que j'essayais de tracer m'a empêché d'appuyer sur ce principe ; mais il est aisé de sentir que la résistance, et même la volonté de résister aux coups du despotisme, s'affaiblissent d^^s un État, en raison de ce que l'autorité arbitraire y fait plus de progrès. Tout est corrompu ; la fermeté s'est évanouie, le courage n'existe plus, et l'industrie ne roule que sur les moyens de s'arroger la plus grande partie du despolisme que l'on puisse atteindre . Sénèque a dit : « Inju- » riam fortis non facit ; ingenuus non fertj » et cette maxime est belle et vraie. Le satrape Otanès, qui renonçait a l'empire sous la condition d'être indépendant, pensait véritablement en honune : il ne voulait ni commander ni être commandé dans un état despotique. Un

' PoQira-t-OD jamais effacer des îaBies de la France, qa^en 1773 trois Taisseaux de gacrre sont partis désarmés de Toalon pour aller^ Brest succesâyement, et à quinze jours de distaoce, avec la défense la plus lAjircsse de relâcher en Espagne. On lait, etc., etc.

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homme d'honneur est aussi incapable d'attenter à la liberté du tiers que de laisser tranquillement asservir la sienne ; mais un homme d'honneur est presque un être de raison dans un gouvernement despotique^ ou du moins un être inutile et ridicule^ s'il n'est pas dangereux : c'est une plante exotique^ que l'on aurait bientôt arrachée si l'on pouvait redouter sa fécondité.

Dans le despotisme il n'est point d'autres moyens d'échapper à la servitude que d'être le satellite de la tyrannie ^ . D'ailleurs le désir de l'autorité, cette épidémie la plus générale de l'humanité, g^g^nc tous les rangs et toutes les places. Les corps intermédiaires, opposés au régime arbitraire, enorgueillis d'être les dépositaires de la liberté pubUque ^, deviennent, aveé de bonnes intentions même, deviennent, dis-je, tôt ou tard, mais toujours, esclaves ou despotiques j ils servent au despote, ou le renversent, ou sont renversés par lui : cette marche est à peu près inévitable.

Ainsi tout devient dangereux quand le pouvoir 2[rbi traire a jeté des racines. Ainsi, pour citer un exemple plus frappant et plus rapproché, les lois civiles et les

' Biea entendu qae rhomme le plus décore, le plus élevé, le plus puissant, n^ est encore dans ce gouvernement que le premier et le pins exposé des esclaves.

* Il n'est pas inutile d'observer ici qu'anciennement en France tous juges, de quelque qualité qu'ils fussent, étaient responsables de leur jugement. Depuis, cette coutume fut restreinte et limitée aux juges subalternes, qui n'étaient pas jupies royaux. (Voyez Etienne Pasquier, Rù" cherc. sur la France, Iw. Il, cfiap. iv.) « Jusqu'à ce que finalement, » ajoutc-t-il, cette manière s'est du tout annihilée entre nous, ne nous » étant pas demeuré pour remarque de toute cette ancienneté, que les » paroles sans effets ; car encore que nous fassions adjourner les juges )> comme vraies parties, si est que cela se fait, à présent, tant seulement » pour la forme, demeurant dans la personne de l'intimé les frais et ba- » sards des dépens^ et ù la mienne volonté que cette ancienne coutame i> eût repris sa racine en nous, pour bannir les ambitions effré/iffes qui }) voguent aujourd'hui par la France en matière de judicatare. »

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lois politiques ont en France un esprit contradictoire. La loi civile est pleine de formalités prescrites pour la sûreté des biens et des personnes des citoyens : la loi politique n'a en vue que l'exécution prompte et une obéissance aveugle, sans égard aux droits, aux privilèges^ et même à la vie des sujets. Quand la balanci^ pourrait rester égale, ce qui n'est pas dans la nature, cette opposition entre ces deux portions de la loi rend l'état du Français pire que celui du Turc, puisqu'il craint d'un côté tous les maux du despotisme, et de J'autre les lenteurs républicaines : les Turcs courent en foule demander la tête du visir qui les opprime, et ils l'obtiennent.

Tout homme éclairé m'arrête ici sans doute, m'accuse d'erreur ou de faiblesse, et s'écrie : « Cette oppo- » âtion e2dste, et nous en sommes la proie ; mais elle » n'est que le combat de l'usurpation contre la loi, et » non la contradiction des deux portions de la loi mal » combinées. » Sans doute, et le torrent de la servitude m'entraîne : cette crainte de la tyrannie, qui dès les premiers âges emprunta le voile de l'apologue pour rendre supportable l'austère vérité, altère aussi mon langage.

La plus belle contrée de l'Europe, la France, notre patrie, cette fille chérie de la nature, dont les richesses sont inconcevables et les ressources sans nombre, nous oflSre les tristes effets de l'autorité absolue j l'air qu'on y respire n'est plus celui de la liberté. On ne peut ni décrire ses maux, ni déplorer sa situation 3 les plaintes même y sont interdites : quand l'autorité tutélaîre est despotique et menaçante, la liberté devient licence : la vérité est un crime, et le courage un danger; il n'est

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plus permis ni àt parler ni d^écouter^. « Les délations » nous entourent ; et nous eussions perdu la mémoire >) avec la voix^ s'il était aussi bien au pouvoir de N Fhomme d'oublier que de se taire. »

Je ne prétends point développer ici les maladies intérieures dont la France est rongée; je n'essaierai pas de peindre ses angoisses domestiques : je m'en abstiendrai par la raison qui empêchait un grand historien de l'an-tiquité de raconter les succès d'un tyran^ et je dirai avec lui : « Je m'arrête^ et je ne sais si je suis plus re- N tenu par la honte ou par le chagrin que m'inspiren rait une telle occupation ^. »

Mais qui peut oublier le degré de considération et de puissance que nous avons acquis ou perdu^ tandis que les événemens publics nous le rappellent sans cesse ! Avant que de fixer nos regards sur ce triste parallèle^ arrêtons-nous un moment sur un reproche peut-être injuste^ tant de fois répété à la nation sans qu'on ait entrepris d'y répondre, et d'où l'on semble induire qu'elle devrait imputer à elle-même la plus grande partie de ses malheurs et des vices de sa constitution. On a souvent dit que les Français étaient légers^inconstans^; tous nos livres sont remplis de déclamations contre notre firivolité : l'on pourrait sans doute répondre beaucoup de choses à cette inculpation.

On pourrait dire, par exemple, que l'on ne sait peutêtre pas assez que la frivolité est souvent l'annonce de l'esprit naturel; on ajouterait encore que la firivolité

* Voyez l'épigraphe.

« Quelquefois dans César, c[ui est uu de nos premiers parrains, pour

» ce regard, il est advenu de nous baptiser de ce nom, « dit Etienne i asquier. *

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