‹ Œuvres de MirabeauChapitre 41 sur 79 · LETTRE XXX · texte numérisé non relu

LETTRE XXX

Berlin, 3o septembre 1786.

Vous aurez su sans doute pat le courrier du mardi ce qui s'est passé lundi à la première cour de la rdne i msis, comme je crois devoir quelques réflexions à ç% sujets je commencerai par les détails exacts.

La princesse Frédérique de Prusse^ qui croyait que^ selon l'usage trèsnsensé du pays^ la reine jouerait ayec des nationaux et non avec des ministres étrangers^ avait arrangé M. d'Esterno pour sa table (c'est elle qui distribuait les parties). Wi/Q a demandé à la reine qui elle nommait pour la sienne. La reine a nommé le prince Reuss^ ministre de Temperenr^ et le prince de Goethe; mais^ cette manière d'éléphant imbécile ayant| après quelques secondes^ déclaré qu'il ne savait aucun jeu^ la reine lui a substitué M« de Romanzow^ ministre de Russie. La princesse Frédérique^ très-surprise, n'a pas osé ou n'a pas voulu fiadre de représentations, et, la partie de la reine arrangée, M. d'Esterno a refusé très-positivement, très-énergiquement et en mots fortement prononcés, celle de la princesse, disant que trèspositivement il ne jouerait pas ce jour-là. Il s'est re^ tiré aussitôt.

Tout le monde blâme la reine et M. d'Esterno. La première a fait une balourdise sans exemple; le second^ dit-on à Berlin, ne devait pas refiiser la fille du roi. Ce jugement est sévère peut-êtrcî. J'avoue cependant que je n'aurais pas refusé, parce qu'il ne faut, ce me semble, montrer l'insulte que lorsqu'on veut se

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tenir pour insulté ; or il y aurait bien de la légèreté i prendre aussi sérieusement une gaucherie de la princesse la plus gauche qu'il y ail en Europe. D'ailleurs M. d'Esteruo n'avait, à la rigueur, pas plus à se plaindre que tous les ministres royaux, puisqu'il n'y a point de préséance entre ministres; et peut-être serait* il imprudent de vouloir l'établir ; car ce serait assurément mettre tout au moins en question ce que la tradition, la tolérance universelle nous accordent : aussi, pour le dire en passant, milord Daliymple, dès qu'il a su que M. d'Ësterno s'était plaint chez le comte Finckenstein, a-t-il été déclarer qu'il ne demandait le pas sur per* sonne, mais qu'il ne soufirirait pas que personne voulût le prendre sur lui. J'aurais donc accepté la carte de la princesse, en disant très-haut et montrant la table de la reine : « Je vois que nous sommes ici pêle-mêle^ » et certainement le sort ne pouvait mieux me servir. » (Il y a prétexte pour appeler la princesse jolie.) Si j'avais cru devoir davantage à mon souverain, la cour d'après, j'aurais refusé sur la nomination de la reine, mesure violente et hasardeuse toutefois, et la réparation eût eu un grand éclat; au lieu de cela, ce n'est que l'insulte qui a fait sensation, et même une fort considérable dans le public. Maintenant M. d'Esterno acceptera-t-il, ou n'acceptera-t-il pas à la première iivvitation ? s'il accepte, il sera constaté qu'ayant ressenti le procédé, il a pourtant joué le second. Et cependant comment refuser? J'ai proposé au prince Henri ce mezzo termine, qu'il y eût cour chez la reine douairière, qui, par sa circonspection et sa dignité natU'relle, compte plus que la régnante, et que là M. d'Esterno fît sa partie avec le ministre de l'empereur^ distinction d'autant plus marquée qu'il n'est jamais ar-

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rivé à cette reine de jouer avec les. ministres étnuM gers.... Si le deuil d'épouse ne s'y oppose pas trQ|i long-temps^ il me semble que c!estcerqa'on peutiné de mieux. Au reste^ la reine a écrit au comte Findibenn stein une lettre qui a du écre lue à M. d'Estemo^ où la mot excuse est prononcé^ et dans laqudQe die do^ mande que le rcâ ignore tout; mais^ dit-on^ ce pco-ï cédé a été public^ et. Ton veut que les excuses soiiAti secrètes^ puisqu'on demande le sUence.

Au fait, l'important et le très^oertain est qu'inconr testablement il n'y a eu nulle préméditation; que l'inistinct déraisonnable de la reine l'a seul inspirée ; que le comte Finckenstein et toute la cour en ont. été Or* chés y que si le roi l'apprend^ il en saura très-mauvais gré à la reine, qu'il n'a pas vue depuis six semaines; qu'il la contrarie sur tout ; qu'il a traversé tous les ar^ranjg^emens que, dans sa verve d'avènement, eUe avait faits avec le maiti*e de sa maison ; qu'enfin jamais reiim de Prusse, c'est-à-dire la plus insignifiante des reines^ n'a moins influé. Si donc U est vrai d'un côté qu'on n'a dans ce monde que la place qu'on y prend; que noire rang, très-déchu dans l'opinion, n'a pas besoin de dé* choir encore, et que l'insolence russe, qui empiète in* fatigablement, a besoin d'être surveillée et traversfe^ il est parfaitement sûr aussi que le procédé de lundi est un fait isolé, qui ne vaut pas même de la bouderie dans une circonstance où la bouderie peut amener la froideur, et la froideur d'assez grandes révolutions, ou du moins des faux pas décisifs^ que la cour de Vienne ou le cabmet de Saint-James voudrûent bien occarioner, et dont ils sauraient profiter. .

Tel est mon avis, puisqu'on me Êdt l'honneur de ma le demander ; qu'il me mti fHVmis» d'y ajouter * que

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Berlin n'est pins une mission indifférente ; ii Amt y être mtdf et mesuré, aimable et imposant, ferme et souple^ lojral et rusé; en un mot, tout ce qui ne se réunit pu ttsément. M. de Yibri^e va deounder cette misaiOD^ dans le cas où M. d'Esierno se retire ou passe ailleun» l'en parle sans intérêt, puisque je n'ai pas Hen de pcé* somer que, voulût-on décidément me placer dans cette caràère, je débutasse par une mission de cet ordre ) mais je dois dire que M. et surtout madame de Vibrojre n'y conviennent pas. Lui est lourd ^et borné, platôt turbulent qu'actif, timide que prudent, donneur de dû* ners que représentant ; il n'a ni formes, ni élocutioB, ni yeux : elle, qui ne manque pas d'esprit, serait trop gaie, même à Paris ; et, pour trancher le mot, son ton est mauvais et peu séant : mais couuneelleadu caractère, elle a les prétentions de la dignité avec les formes de l'étourderie ; et comme elle mène d'autant nodeux son mari qu'il croit être chez lui maître absolu^ elle le rend raboteux, cassant, heurtant, outre qu'elle le séquestre ; ce qui est partout, et surtout k Berlin^ parfaitement discmivenant à un ministre de France. Ceat un des inconvéniens de M. d'Ëstemo.

Voici ce que j'apprends de plus capital sur le nos et FfldtninistratioB, soit en absence, soit au retour : il est très-mécontent du stathouder. On prétend que vous deveï être satisfait des déclarations du comte de Oœn». Je me tue de répéter que c'est à présent qu'on ne pem plus suspecter nos intentions, puisque assurétn^it, ai vous voulions la destruction du stathoudérat, le prince d'Orange nous a fait beau jeu. Le prince Henri assure que, pourvu qu'on lui rende le droit de donner à La Haye l'ordre (et non pas des ordres), et un peu d'argent, le roi sera très-content. Je crois qu'il (le roi) sent

DE nm GOOJt D» nMftiir. 33^

la nécemté de ne pai» '^ImBsÊvet daas mmpftoàmpéi poUtique. Mais un MixgMJê puii ^wû^éomkmpomt certain^ c'est que Fani dt Hembêrg^ a(feé dblftkremafi* cher dix mille honmes eft Hcdlandej et ^'il^t «ni oeils occaàon, en présence da roâ^ âne pnie^irè»*iirhBe avec la g;énéral MoeUendorf. Jugeai par là de'Ce ^0a peut oi» tendre de la violence ^nn tel mtntftrf. £k lûenl ttMM cela n' empêcha paa ^'en PniiBe U n'ail éti£sâi e0nil% et que son crédit ne pameie bôn«

Quant aux £^ire» mtéfieiires, Sdiuknbourg baimay quoi qu'en dise le pfînee Het»^ ne fàt^oe-que pasw qu'il ne revient pas sur l'eau. On assiure ■■ cepieÂdattt qu'il va être fût comte avee beauoonp d^autres; e$É on n'est pas éconcoaa de titrée* La eonunission pour Je régie commence à firapper de grandi eoops^ wamê sur les individus et non ear twcboie» ^ dPabofâ e«i a déobtté àLaunaf que le ro» ne potiVàk kâ donner désonMii 1^ six mille éeusannu^^aulieude vingt tlâtte q»'Uavmty et qu'il fallait les accepta: cru se retirai Lmmay y hh* • rieux^ et d'autant plue . que dèe long-teno^ il dcmatt^ dait son congé, de sorte qu'on pouvait sans inorarfénient le traiter plus poliment, £t tout haut qo'il Vl| imprimer un compte rendu qui prouvera non^enktnMt que chacune de ses opérations a pour pièce JMtifioative une lettre du feu roi, dont il a tempéré l'humeur fiscale beaucoup plus quH) ne l'a provoifuëi^ maie m^ eore qu'il a refusé vingt marchés offerts par le mi^ ip» lui auraient valu des tmmea d'or. La ecandale de oa compte rendu, s'il ose le publier, sertt iott gniMi> «t^ en dernière smalyse, la comeimon imr ce pied ioni plutôt l'examen du feu roi que de la régie^ que Fos pouvait aisément prévmr s'être mke enrèfl^* missaires ont congédié Roux^ la seul

33^ HISTOI&E SECRÈTE

fiU dans la régie^ avec cinq cents écos de pension^ et Groddard; homme insignifiaut^ avec le même traitement. Ils ont mis à la place Koepke et Beyer^ à trois mille écus d'appointemens^ tous deux ne sachant rien, avec cette différence que le dernier est un travailleur exact et assidu ; mais l'un et l'autre sont sans instruction et sans principes : en général il n'y en a point dans cette commission^ et les commissaires ne savent pas du tout comment s'y prendre ; il en sera de même ici de toutes les commissions, parce qu'indépendamment des inconvéniens qui y sont attachés dans tous les pays du monde, il y a de plus dans celui-ci que, l'instruction y étant très-rare, elles seront long-temps fort mal composées ; mais on veut faire des contens, placer des protégés, et surtout ne point avoir de ministre principal. Tant que cela durera, il y aura de l'embargo ^ et j'ai plusieurs raisons de croire que d'ici à quelques mois personne ne sera encore à sa vraie «place, à celle qu'il est de sa destinée de garder : il ne faut donc pas se presser déjuger.

Mais on peut dire que le roi a infiniment déplu au peuple, moins en refusant la fête préparée pour son retour qu'en évitant de rentrer par^où la bourgeoisie l'attendait. « Il nous traite comme son oncle nous a » traités au retour de la guerre de sept ans, » ont dit »Jes poissardes. Mais a avant d'agir conune lui, ilfsuit » avoir fait les mêmes choses que lui. » En vérité, le peuple a quelquefois du bon sens.

Quant à la modesticité, on peut remarquer d'abord un désordre total dans l'intérieur de la maison : nul maître, nul ordonnateur, nuls fonds assignés ; la valets^e et l'office gouvernent Dufour ou Chauvier ; je vous ^ expliqué que ce n'étsdt qu'un seul, sans influence

DE LA COtTR DE BÈMLIN. J13§

aucune, et plutôt mal que bien traité/ de même qùè tous les confidens subalternes. Lé colonel Yàrtenué^ ben, autrefois relégué en Prnssepar son intimité avëo le prince royal, prend de la &veur, à ce qu'on crdifl Mais les deux hommes à observer sont Welnâr^ qui, à ce qu'on assure, a la communication de tous les papienr ministériels, le rapport de tous les projet!!, là rédactiôtt de toutes les décisions, et Bischopswefder, qui, outré le soupçon universel, <jlît' avec trop d'affectation (}û^ n'a aucun crédit sur le roi, pour ne pais en décelerdàilii un pays où l'on n'en sait pas jusqu'à dire' qu'on n'a pas oë qu'en effet on n'a pas pouf donner à penser ^'on Vài

Pour ce qui esf des plaisirs, on s'humanise; Un ét^ rangement très-rèmarquable, c'est mi ciâsimer donné à la princesse Frédâriqne de Pnisi9e,fflle du pTâmer li{| elle aura ainsi une espèce de maison : ce qui n'est antre chose, ce me semble, qu'un moyen peu honnête dé éè^ procurer des entrevues fréquentes et décentes avec ma»' demoiselle de Voss, qui capitule; car elle à dédarê qu'il n'y a aucun succès à espérer auprès d^eDe, aussi long-temps qu'on verra madame Rietz. ' Gdle-KJ a été au-devant du roi à sonre tour; puis, traverèantla'villéf comme un éclair, elle s'est rendue à Chariotteiiboirr^/ où le roi se trouve, et où elle séjourae. Elle prend éA reste le prudent parti dé se charger de* la directi<m des plaisirs de ce prince, qui panât mettre beaucoii!)^ de prix à une nouvelle jouissance, quelle qu'elle soitV

Un Eût que je ne saurais garantir, màié que l'on se dit à l'oreille, c'est que l'Angleterre jrirodi^e lès ca-^ resses et les offres réitérées de t té de coiâmiercef; sous les condidons les plus avan ;e et que Russie elle-même n'a f é ^^ avaiic ce est certain, c'est

chantes rêveries. Â un prince qui saurait penser^ je ne voudrais que le contraste de cette cérémonie avec le serment militaire^ et des émotions différentes qn'dles excitent; pour lui faire sentir s'il est donc vrai qu'une monarchie ne repose que sur ,1a force^ et si la pyramide doit porter sur la base ou sur la pointe.

Après le discours du ministre de justice (Reek) aia états, après la harangue du premier ordre (les ecclésiastiques), conduit par lé prince Frédéric BrunsMrick^ prévôt du chapitre de Brandebourgs le serment des nobles, renonciation et la ôonfirmation des privilèges^ la nomination des grâces, fsdtes par le ministre de Hertst* berg(le ministre de Schulenbourg est du nombre des nouveaux comtes), le roi s'est avancé sur un balcon extérieur, où Ton avait pratiqué im fort beau dais, pour recevoir les hommages du peuple et son serment. La bourgeoisie était rassemblée par tribus, jurandes et corps de métiers, dans la place vis-à-vis du château. Tous les symptômes d'une joie tumultueuse sont ici comme ailleurs l'effet sympathique, j'ai presque dit contagieux, d'un grand nombre d'hommes rassemblés pour en voir un élevé au-dessus de leurs têtes, qu'onî appelle leur souverain et leur maître, et de qui dépendent en effet la plupart des biens et des maux qui les attendent. Il faut remarquer cependant que l'ordre a été meilleur, et le jour et la nuit, qu'on n'aurait droit de l'espérer dans toute autre grande ville. H est vrai que l'on ne distribue ici ni vins, ni cervelas, ni argent ; les largesses se divisent par quartier, et par la main des pasteurs et des magistrats. Il est vrai aussi que les passions de ce peuple ressemblent à pône aux émotions des autres.

Lerois deperwa-

vm. aa

MB. Tout ce qui était noble a été invité. Sur la propo« âtion qu'on m'a faite d'y rester, j'ai répondu ipjTA n'était question apparemment que des nobles natio*^ naux; et que, si l'on eût voulu admettre les étrangers à cette faveur, on leur aurait sans doute fait l'honneur de le leur dire. Tous les Anglais et presque tous les Français se sont retirés comme moi et avec moi.

Les illuminations étaient médiocres ; on en a remarqué une où l'on avait enveloppé de crêpe tous les lampions, de sorte que leur lumière était pâle, triste et vraiment funéraire. Cette idée est d'un Juif, et c'est de* vaut sa maison qu'elle a été exécutée. Ceci me rappelle un beau trait du sermon qui a précédé la cérémonie : il était prononcé dans l'église luthérienne ; le ministre de la communion dominante a invoqué longtemps, et même avec assez d'onction et d'énergie, la tolérance, « cette heureuse et sainte moisson que les >i provinces prussiennes doivent à la maison qui les n gouverne. »

Je vous envoie les meilleures médailles qui aient été frappées; gardez-les pour vous, car on en va distribuer aux ministres étrangers, qui sans doute les feront passer. Il y en a en or, mais je les ai trouvées trop chères pour leur beauté. Chaque général en activité de service en a reçu une grande, dont le prix est de quarante-huit écus. Chaque commandant d'un régiment en a reçu une petite, dont le prix est de six ducats. La grande est bonne, la petite très*médiocre. (Je parle de celles qui ont été distribuées hier, et seulement de la ressemblance.)

4 oclobrc 1786.

La journée des honunages et ses'préparatifii ont cen-

DE LA COUR DE BEHtlN. SSg

sumé tout le temps et obstrué toutes les sociétés de^

puis le dernier courrier ; ainsi peu de choses à mandot

aujourd'hui. Le prince Eteuri a^ait été invité Faati?«

jour^ principalemeut^: je crois^ et quoi qu'il en dise^

parce que M. de Gusti^e père dînait avec le roi. Ce*

pendant avant le dîner le roi pairla au prince de la Hol*

lande^ et se plaignit de ce que les paroles de M. éê

Yeirac^ qui avait dit à M. de Gowtz ne pouvoir se mè*

1er de rien^ étaient eft contradiction avec les promesses

du cabinet de Versailles. La, Hollande donne de l'ha-

meur^ cela est naturel.; et cependant, comme je le dis

sans cesse, « quelle plus belle occasion de se désinlÀ»

» resser que celle où le stathouder, contre tonte raison

» et toute convenance, a pris un parti violent et déd-

» sif, peu de jours avant l'arrivée du conseil que lui

}} destinait le roi? » J'ai eu une scène fort vive sur la

Hollande avec M. de {Hertzberg : patience, fermeté, un

peu d'astuce de ma part; violence, emportement et

déraison de la sienne. Il me paraît clair qu'il suit en HoV

lande une marche secrète.

A propos de M. de Gustine, il fit attendre une heure le roi pour diner. G'est une triste destinée qu'a k France d'être toujours, en quelque sorte, représentée par certains voyageurs dans des circonstances délicates. Un duc de La Force, au milieu d'une soeîété ennemie, demande au duc de Brunswick : Aprcfpas^ meth vous servie vous, Monseigneur?... k Dresde, en pays cérémonieux et circonspect, ou votre légation a fort déplu, ce même questionneur impitoyable^ venaftt db voir la collection de pierres précieuses la plus lÉi* mense qu'il y ait en Europe, dit à Télectenr, en pUûoi dîner : « Gela est bien ; oui, fort bien : combien cek

34o HISTOIRE SECRÈTE

Postdam^ huit jours avant la mort du roi^ dinanl aT«c le priuce de Prusse^ entend nonuner M. de Ueyinar : il s'écrie : « A propos, j'oubliais que j'ai une lettre de hd » à vous remettre ; ») et cette lettre, il la jette au prince au travers de la table. Il aura regardé sans doute cette familiarité comme toute simple, lui qui, à Pragfue^ en prenant congé de l'empereur, a saisi et secoué sa main^ et témoigné toute sa satisfaction d'avoir vu ses manœuvres et renouvelé connaissance avec lui, et c'est M. de Gustine qui raconte ici cette anecdote, que dû Anglais présens n'auraient au reste pas laissée à terre^ quand il ne se serait pas donné la peine de la ramasser. Pourquoi laisser voyager de telles gens, qu'il est aisé de retenir par leurs places ? Il est impossible de s'exa* gérer le tort que font ces ridicules pasquinades dans un moment où les malveillans sont si nombreux, et où ils voudraient faire juger la nation sur ces échantillons. Remarquons, au reste, à propos de MM. de Custine, qu'autant le père est fou, physiquement Êit, fou d'une manière démesurée et dégoûtante, autant le fib est un sujet d'une grande espérance, et réussit universellement. Je ne connais pas un aussi jeune homme qui joigne à plus de modestie, plus de raison ; à une timidité plus décente, un plus grand talent d'observation * à des formes plus agréables et plus douces, plus d'activité sage et mesurée. Sans doute ces qualités ressortent mieux par l'extravagance du père j mais elles existent toutes, et sur des bases solides, puisque c'est probablement le spectacle continuel des travers du père qui en a fait naître l'aversion au fils. C'est un des plançons que je connaisse les plus propres à être transplantés dans la diplomatie.

Le roi fut tout hier froid et taciturne j pas une éàuth

Jl

lion, pas un moi^gracieux, pas un sourire. Le ministre de Reek, qui harangua les étals au nom du roi, promit dans son discours que sous ce règne on ne mettrait jamais de nouvel impôt, et qu'on diminuerait même ceux qui existaient. Lui a-t-on dit de le promettre.^ ou l'a-t-il pris sur lui? C'est ce que j'ignore et ce qu'on met en doute.

Le roi avait eu avant-hier des tracasseries domestiques et une scène de jalousie à Charlotlenbourg, de la part de madame de Rietz ; il s'en ressentait peut-être encore hier : quoi qu'il en soit, le discours de son ministre de justice valait mieux que sa contenance^ quelque belle représentation physique qu'il ait en effet. U part toujours le 5 pour la Silésie, et n'en revient que le 17.

On meuble une partie du château, mais très-simplement.

On a fait publier que ceux qui avaient des expectatives de fiefs se présentassent; que leur expectative était anéantie, et qu'ils ne pourraient revenir à la charge que lorsqu'il y aurait un fief vacant à solliciter, mais non demander une expectance, comme cela se dit.

J'ai vu une relation de ce qui s'est passé en Prusse. Celui qui l'a écrite a rencontré des expressions trèsexaltées pour peindre l'enthousiasme, et à côté ce mot du roi : « Je trouve la Prusse bien malade, mais je la » guérirai. »

J^e comte de Kaizerling, qui avait beaucoup perdu dans la guerre de sept ans et éprouvé de mauvais traitemens du feu roi, après en avoir été très-accueilli, a reçu en prêt cent cinquante mille écus sans intérêts , pour trente ans.

34^ mSTOIRE SECRÈTE

L'évêque de Warmie sera ici^ dit-on, sous trois semaines ; c'est un homme très-aimable et léger comme un Polonais^ qui a été fort bien avecle prince de Prusse. Le roi parait s'en souvenir; il est de beaucoup celui que le roi a le mieux traité en Prusse.

C'est en novembre que le roi arrêtera les états de dépense et de recette.

P. S. J'oubliais de vous dire que le prince Henri a été fort caressé hier, pour un jour aussi nébuleux. H a dîné et soupe avec le roi, et l'a conduit en tête-à-tête voir les illuminations.

Second P. S. Se reviens de la cour ; les ministres étaient pêle-mêle; mais, comme les deux ministres iat* périaux étaient ensemble, le roi a tenu une marche rétrograde assez singulière. Le hasard faisait que, vu la quantité d'Anglais à présenter, milord Daliymple était le plus près de la porte du roi, et précédait les ministres impériaux. Le roi a débuté par ceux-ci, puis il a retourné à milord Dalrymplc, après quoi il a descendu beaucoup plus bas vers M. d'Estemo, et ne lui a parlé que pour remercier en général les ministres étrangers de leurs illuminations. Cela n'est peut-être que hasard; mais tout est remarqué. Si cette intervention des usages durait, je crois qu'il faudrait faire sentir qu'elle déplaît ; car le bruit de la haine du roi pour les Français se renforce tous les jours, et ces bruits-là produisent quelquefois la réalité de ce qu'ils annoncent.

DE Là COUR DE SBBJLIN. 34^

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