LETTRE XXXIX
-j4 octobre 1786.
Je commencerai celle dépêche par une anecdote parfailcmeni si\re, qui me parait la plus décidée qae Ton connaisse sur le nouveau rèf^ne. Qu'on se rappeik que j'écrivais le 29 août (Lcltre XVIlI) : « Le toi parait vouloir renoncer à toutes ses habitudes ; c'estle prendre bien haut.... Il se couche avant dix heures du
soir^ et il est levé à quatre S'il persévère^ il sert
l'exemple unique d'une habitude de trente ans iraincne; et c'est en ce cas sans doute qu'il a un grand caractèn qui nous déjouera tous »>
Eh bien ! j'en jugeais comme tout le monde sur la apparences. La vérité est qu'à neuf heures et demie k roi disparaissait y et qu'on le croyait couché^ tandis qse dans riiitérieur le plus reculé du palais il célébrait ks Sardanapales jusque bien avant dans la nuit. U est aisé de concevoir maintenant pourquoi il a fallu interrertir les heures du travail. La santé ne sufOsait pas au Ûiiàr tre et à la coulisse
Le prince Henri se regarde comme écarté par système et par goût. Il est persuadé ou croit être persuadé que la foule innombrable de sottises qui résultera de son éloignement ( car^ dans son opinion, sans lui k pays est perdu ) fera recourir à son e\périence^ à ses talens, et qu'il refusera ses tardifs secours qu'alors on implorera de son génie. U ne pense pas que, même en lui accordant tous les rêves de son amour-propre, l'expression un pajs perdu n'est vraie que relativement
DE tÀ cdtk DÉ liËkLiN. 3^^
à iin céttain lapis dé VdtApA et à tin (M)litoi!M ?ië c&rcoil'-^ Stances qui li'éclosent qtté dans ufaè ][^ribdë éônhééj et qti'àihâî ttès-j^tiobaBtemeiit il i&tà tàûtt utàhi qd'oii ait eu le temps de é'ftpèrceVôît qu'on à bêsdin de liii. Il vient passer quatre ttiôb à Btirlin cbmtné Un niaityi-^ dit-il, afin qîl'on ne ]piiisse pitë dire qu'il à dësmé là chose publique ; ebdtiite de quoi Rheili&b^g^ le làù de Genève, la France seront %éê Méli. Il eii trbttvërà Ql^' cilenlent partout pour lés icoûbolâtiénS dé Hon kAtàiXy aujourd'hui qu'il peut rester des hetirei entière^ à jôtt# à colin-maillard ou à la tnain-chaude ôhte lias ]ptus insipides comédienties, telles qtie ii'en dffieiridëiil pbiitt nos plus mauvaises till^ de province.
La dbtribution dû crédit d'aiilélits ÎAst lA iàêinéi Hertzberg viole le roi, qui probablement eÉtimé daVàiitage le comte FincheMêiii^ tnaid qui> tt'eft étant pas aussi pourchassé) le laissa dans nue std^àHeTiiité d'iùfluence qui d'apparente devient réeUH^ tik h fileiKté du tndtre. Les autres ministres sbnt A peu ^èà céfai^tëft pour riéti.
Welner augmenté totis les jôtùrs en juHtfietîofl él Bishopswerder eu crédit i mâiè ce isrédit, il iMê jpâtrali Feiercer ni en osteûtâteur ili en dupè; Ge ne èôûï ^ d(sfi titres, ni des cordons^ ni des dëparteméils ^'il t(A^ voite. tout au plus jferël-t-il dés tnbistiies j il be lé MèHL jamais. Trois cent mille Uvrel9 pour chalttue dé éëé filles, tin beau fief pour Itù^ des gradée ittulitAiréii ( Il passe pour un bon officier)^ voilà ce i|a'il tMt; Vôâà ce qu'il aura probablemeut BU attt»adflni, ^ëri«ittb« n'a rien, ni lui, ni Wclncr> toi Goertz; ^ Vît d'ttÉprunt.
Bowlet. — Crédit d'ingénieur-maçon et nul sàïH J il n'en compot e)j fiiti *aié> dfex»
tre^ peut-être même ambitieux ; mais irès-penoimd et cupide : l'argent est sa passion dominante^ il ann de Fargent : c'est lui qui cependant influera probablement le plus sur le travail militaire^ à moins que le duc de Brunswick ne s'en empare. Les mémoires relatifs au génie lui ont été remis. Le colonel Wartensldien écarté sensiblement^ et probablement vu les liaisons de sa famille avec le prince Henri^ qui^ par-delà tant d'autres désavantages, a celui que tous les entoors da roi s'accordent à l'exclure.
Les subalternes. — Leur règne n'est pas venu. U paraît que^ long-temps trompé par eux comme prince de Prusse^ le roi le sait et s'en souvient^ bien que par respect humain il veuille le dissimuler^ du moins quelque temps encore.
Le maître enfin : qu'est-ce ? Je persiste à croire quH serait téméraire de prononcer aujourd'hui ; mais on serait bien tenté de répondre^ le roi des soliveaux. Pcnnt d'esprit^ point de force^ point de suite^ point de laboriosité ; les goûts du porc d'Épicure^ et des héros idéalement l'orgueil^ si pourtant ce n'est pas plutôt encore de la vanité étroite et bourgeoise. Voilà jusqu'ici les symptômes. Eh! dans quelles circonstances? à quel âge ? à quel poste ? Il me £siut rappeler toute ma raison pour douter ; il me faudrait l'oublier pour espérer. Ce qui vraiment est à craindre^ c'est que le mépris universel qu'il encourra bientôt ne l'irrite et ne lui ôte même l'espèce de bonté qu'il montre. C'est une bien redoutable faiblesse que celle qui réunît^ à la soif e^ frénée des plaisirs sans choix et sans délicatesse^ le désir du secret dans un poste où rien ne peut être secret.
Je ne suis pas au reste ici le second tome de ina->
DE LA COUR DE BERLIN. SSg
dame de Sévigné. Je ne dis pas du mal de Frédéric-' Guillaume parce qu'il ne me regarde pas^ comme ellei disait du bien de Louis XlV parce qu'U venait de dait* ser un menuet avec elle. Hier à la cour de la reine il m'a adressé trois fois la parole^et c'est la première fois qu'il l'a fait en public. « Vous avez été à Magdebourg et à Brunswick ? — Oui, Sire. — • Avez^vous été content des manœuvres?— Sire, j'ai beaucoup admiré. — Mais c'est la vérité et non pas un compliment que je vous demande. — Sire, la vérité est selon moi qneYotre Majesté seule manquait à ce superbe spectacle. — « ConoH ment se porte le duc ? — ParÊdtement bien, Sire. — Viendra-t-il bientôt ? — Votre Majesté seule le sait, à ce que j'imagine. . . » H a souri.V oilà l'échantillon.yous croyez bien que ce qu'on peut me dire devant tonte la cour m'est infiniment indifférent ; mais ce ne l'était pas aux spectateurs, et je note ceci comme ayant para entrer dans la réparation arrangée pour la France. Or la voici, cette réparation. Jugez de Tesprit à expé» diens de la cour de Berlin ; car je suis convaincu que de la meilleure foi du monde on voulait plaire à M. d'Estemo.
D'abord on a déterminé que la reme ferait xm loto et non pas ime partie privée, afin que plus de monde fat admis à sa table. Ensuite et après que toutes les princesses,le prince Henri, le prince Frédéric de Brunswick, le prince de Holsteinbeck ont été priés et placés, mademoiselle de Bishopswerder, dame d'honneur chargée de la partie, a nommé M. d'Estemo : puis la reine, apercevant milord Dalrymple, lui a fiait signe et au moment même dit de se pi er. Le ministre de France et celui d'Angleterre ont d été 1 seuls ministres étrangers de cette b le prince Rtass
et AL de Romanzow sont restés sur la iQ^iiie lignf 4'exclusion comme ils avaicut été sur la même; l^gM^d^ faveur. U est difficile d'être plus gauche et plus iqçqor sidéré. C'est maintenant que s'aggrave mon regret de ce que M. le comte d'Esterno s'est cru obligé de se ficher le premier jour de cour de la reine ; car je l^e vois plus de réparation possible qui ne soit un mauisade replâtrage après l'ineptie d'hier.
Au reste, je suis sûr qu'on n'a pas voulu blesser^ qu'on a voulu même réparer. Pour traiter la chose moins en petit, je me persuade qu'on a tort de dire que le r(^ hait les Français. Il ne hait rien; à peine aime-t-îl quelque chose : on lui a fait entendre qu'il Mlait ^Hf Allemand pour se frayer une carrière personnelle et glorieuse ; il se rabaisse au niveau de sa natioa^ au Ueu do s'efforcer d'élever sa nation, parce que sa vue ne porte pas plus loin. S'il a une vive répugnance pour quelque chose, c'est pour les gens, d'esprit, parce qu'il croit qu'avec eux il faut absolument faire et entendre de l'esprit; or il hait l'un, parce qu'il désespère de l'aiiue; il ne sait pas qu'il n'y a que les gens d'espril qui sachent n'en point avoir. Quant à la Hollande, il paraît avoir pris le parti de tout traiter à l'amiable, sans hauteur ni menaces. Mais il vient toujours de Berlin m stathouder deux versions dont le prince ne manque pM de choisir celle qui flatte sa passion dominante.
On fait à un mille d'ici des expériences d'ardUen^ très-secrètes : elles sont confiées au major Tempel-rHqlf. Un très-petit nombre d'offîciers-majors y spnt admis. Les capitaines en sont exclus. L'emplacement est cquvert de tentes gardées par des sentinelles nuit et jour* Je tâcherai de découvrir ce que c'est. '
J'ai oublié de. vous dire, de Brunswick, que je tçnfHf
DE 14 COfJR PB ^BI^LIN. . 3^1
de la dachesse que le prince de Galles teit o^ralter Im plus habiles avocats de l'Europe pour savoir si épouafir une catholique peùt^ sqit par les lois positives de YAAr gleterre^ soit par celles d'aaeune stutre natien^ soit dmn les maximes du droit public de l'Europe^ f exclure d'une hérédité quelconque, et notamment de celle de la eouronne. Il paraît qu'il y a beaucoup d'impriidence deQP cette espèce d'appel présomptif des opinions britan*niques à celles des avocats.
Une anecdote moins importanuij mais plus {hIt quante peut-être, c'est que le margraye de Bade-Baden a envoyé ici pour complimenter M« Edelsheim, ^ le frère de celui de ses ministres qu'on appelle Jç Choiseul de Carlsruhe. Or yoici l'histoire de ce complimenteur, arriva beaucoup après tous les autres. Dans le temps qu'on dofitait des talens prqlifiquee du père des cinq cnfans royaux, on voulait donner W amant à une dame (la reine divorcée et reléguée à %%V tin) qui en aurait bien pris sans cela. Les frères du duc de Brunsvy^ick furent chargés de ce choix. Ils les prenaient dans un étage trop bas: alors on jeta les yeux ' sur Edelsheim^ qui fut assez publiquement chargé de ce grand œuvre. Il fut ensuite envoyé à Paris pour une autre commission, dont il s'acquitta mal ; on le mit à la Bastille, à ce qu'on m'assure ; il en sortit, revint, fut disgracié, puis remis en s^çtivité, envoyé auprès des diverses cours d'Allemagne ep 1778* •• Et c'est cet homme que, dans sa haute sagesse, le margrave euvoie au roi de Prusse, qui s'est mis lni*iueme 4 rire en le voyant.
P. S. Hier à onze heures du luetin )e foii eufoiiiçé dans un carrosse gris, eM al)é 4eu(À Vcut^9t)UHt j 9^ >1 *
3g2 HISTOIRE SECRÈTE
est resté une heure^ et d'où il est sorti couvert de raeor et très-enflammé. Est-ce le triomphe de mademoisdle de Voss ? Il est impossible de le savoir encore ; rien n'a transpiré non plus des lettres que M. de Callenberg a apportées du 6iathouder.
MuUer et Lan8l>er{][^ secrétmres privés du cabinet, avaient demandé leur retraite avec assez d'amertumci leurs services n'étant apparemment plus nécessaires, dbaicut-ils, puisqu'on ne daijpouiit pas même les instruire de ce qu'ils avaient à répondre, et qu'on envoyait au roi les lettres toutes dressées. Ils restent^ et c'est par Bishopswerder que le racconmiodement s'est £iit. Il parait qu'il se ligue avec Wdner contre Hertïhergy même sans trop s'en cacher.
Le roi ne va plus que le vendredi à Postdam ; on croit que c'est afin de donner au duc le temps d'arriver pour le travail militaire. C'est une étrange manie que de vouloir rendre raison de tous les caprices des rois.