‹ Œuvres de MirabeauChapitre 51 sur 79 · LETTRE XLIII · texte numérisé non relu

LETTRE XLIII

4 novembre 1786.

M. de Launay est suspendu de toutes fonctions par une nouvelle lettre infînlment dure, et passablement incohérente. J'ai cependant peine à croire qu'on veuille souiller le commencement du règne par une inntile cruauté. La victime est immolée à la nation dtt molnetlt où rhomme n'est plus en place ; le reste ne serait qtiç l'explosion d'une haine {][ratuite, puisque ce malheureux ne peut plus faire ombrage à personne. M. de Verder est à la tête de la régie. Nous verrons ce que produira un nouveau régime, ou plutôt s'ils sauront rétablir. En attendant, le renvoi de quarante Français est décrété in petto y et je ne vois pas que ces espèces de vêpres siciliennes conquièrent même l'opinion pu-* blique. Ici le théâtre n'est pas assez vaste pour que \a parterre ne discerne pas ce qui se passe dans les coulisses. Il n'y a guère d'autre illusion possible que de faire réellement du bien. Au reste, j'essaie de sauver de Launay en faisant dire par le prince Henri, qui dtt moins a conservé le droit de tout dire, que jusqtt'ici

DE hK COtJR &Ér MM4IN. it^

lé roi a yraîment été da&d dette ê^iré Tholfiâie dé iià nation ; que s^il allait pitts loin il setttit l'hôïntiie ûeh ennemis de de Launay ; qa'oB ttttinnuifé dans le pUHlks qu'il a épousé leur haine^ étc^ fl est eertâin qiië leèi/e du compte-rendu lui ont donné de Vbtiméiii' et Ihétiié de l'emportement.

Le roi est arrivé hier^ et reparti ce matin : il jpàrak que c'est un épisode du roman Vdss> lequel mûrit. Où est en suspens sur les trois partis suivans. Deux ceiit mille écus pour sa dot (le rc^ ne le teut poinl> Ou hë veut compter que mille écus par mois; de sorte que lé paiement ne serait parfait que dans seize ans et huit mois, ce qui le rendrait tm peu problématique); tin mariage de la main gaucbe (lé roi y consent; maià la demoiselle trouve que eèla eÈi ttès-é^itôquê), btt la inarier à un homme qui partira le joUi: tilême ^ôur la mission de Suède; (On n'est pas sûr de ttobVër tttt homme assez vil pour cela dàiis une daâsé i^ui lé liiétté sur la ligne des miûistres;) Là déthoi&élié &f bue qdë, MÉi être amoureuse, elle est sensible à une persécuiioil dé trois ans ; mais que selra-^t-élle? que èet^a sôil oiicle^ Ml famille? quelle sera sa place dans ropi&idtl, àlA Ville, ft la cour ? Voilà l'objet de la négociatibii que coftdiiil Bîshopswerder j je ne le ctois pas assez jeune pour de-^ venir le substitut du roi ; de sorte que sa spéculation ne me paraît pas sûre. Quant au roi, il j â bien uri pétt de curiosité, un peu d'obstination, un péù de gloHôlé, mais encore plus du besoin d'ûtie société ôû il puisse être aussi commère^ aussi déboutonné, àUësi les {tledfc sur les chenets que possible. Ce (jfxi entràVè ISi liégôéla-' tion, c'est que les Rietz doivent ^dér le pays, et qdB le roi tient fort à son li n e, il Bmt itii tout ceci, cependant,

4o8 HISTOIRE SECRÈTE

conte tous les propos du public, et même des couiti- | g •ans les plus secrets sur son compte, ce qui peut donner des souprous sur la probabilité des conjectures. I {

Il retourne à Posldam jusqu'au K, dit-on : il n'y est pas tellcnicnt occupé d'affaires ou de plaisirs secrets qu'il n'ait quelques sociétés. M. d'Arnim y est^ espèce d'homme du monde manqué à qui l'aménité facile de ses mcL'urs et sa fjrande fortune ont £ut beaucoup d'amis, et dont l'esprit tout à la fois assez droit et peu brillant, mais indécis et vacillant, n'offusque ni n'e£Eraie le roi. En tout pays absolu c'est un grand moyen de fortune que d'être médiocre ; s'il est vrai qu'en général avec les princes il ne faut rien de tranchant, et que Fhé* sitation en délibérant leur plaît toujours, je crois que cela l'est principalement pour Frédéric^uillaume ÎL

Au reste, les états d'assignation sont faits, à ce qu'on assure, et c'est le travail du seul Welner ; aussi tous les ministres, Schulenbourg excepté, peut-être à cause de ses liaisons avec le comte Finchestein, que l'inauguiation de mademoiselle de Voss doit rendre puissant, sont-ils inquiets et consternés. Il en est, et ceci est positif, qui n'ont pas encore rendu le plus léger compte au roi. Appréciez par là l'état de situadon d'un pays où tout dépend de cette seule tête. Ne vous étonnez pas de ce que l'on vous parle de peu d'af£adres; car il ne s'en fait point, celle de de Launay est la seule que l'on suive avec l'activité de la haine. Tout le reste dort.

Quelqu'un qui arrive de Russie m'assure que déjà depuis lon(;-temps l'impératrice ne va plus au sénat, et qu'elle s'enivre habituellement tous les matins avec du vin de Champagne et de Hongrie (ce fait est contraire à toutes les traditions parvenues jusqu'à moi) ; que Potemkiu exalte sou ambition jusqu'aux pi

grands projets, et que l'on dit tout haut qoH sera empereur^ ou qu'il aura la tête coupée à l'avènement du grand-duc. Cet homme rusé, tranchant, et d'une fer'» meté rare, n'a pas un ami, et cependant le nombre de ses créatures et de ses créanciers, qui perdraient tout avec luî^ est tellement grand dans toutes les classes de la nation, que son parti est extrêmement formidable. Il amasse un trésor immense dans un pays où tout est vénal. Habitué à ne jamais payer ses dettes, et disposant de tout en Russie, il ne lui est pas difiGicile d'accumuler des sommes immenses. Il a un appartement dont lui seul garde la clef, garni de rayons du haut en bas^ et divisé en un grand nombre de cases remplies de billets de banque de la Russie, du Danemark, et surtout de la Hollande et de l'Angleterre. Un de ses gens d'affiiires lui proposait un [our l'achat de la bibliothèque d'un grand seigneur qui venait de mourir. Potemkin le mena dans son appartement à billets, et pour toute réponse lui demanda s'il croyait que cette bibliothèque valût celle qu'il lui proposait. Avec de tels moyens pécuniaires il n'a pas même besoin d'un autre crédit pour faire à Saint-Péterbourg tout ce qu'il osera vouloir. Au reste, je dois dire ici que le docteur Rogerson, lequel est parti aujourd'hui pour retourner à Saint-Pétersbourg, assure que personne on Europe ne mène une vie plus réglée et plus sobre que Catherine n. Observons cependant qu'il est absent depuis huit mois.

J'ai ramassé quelques détaib assez curieux sur l'usurpation de la régale des postes de la Courlande, dont je vous ai parlé dans mes dépéch précédentes. C'est un objet assez important pour ce i it État. In [ u ment de l'inquisition qui i Y

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du droit des gens, cette branche de revenu n'est jptt de moins de cent soixante mille livres de France annuellement. Mais voici une circonstance stn^lière qid caractérise la politique russl^ Pour ne pas commMtre un acte de violence trop marqué^ et se dispénëtir de faire marcher des troupes, ce qui attire toujours l'attett* tion des voisins, la cour de Russie a fait proposer^ on plutôt demander une conférence amiable des députés de Courlande avec les commissaires nommés â cet et fet, et appelés à siéger à Riga, forteresse russe^ frontière de la Courlande, sous la présidence du gouTernear de cette ville. Quatre députés de Courlande s'j sont rendus au terme rixé,et le gouverneur leur a signifié qnH avait ordre de sa souveraine de les faire arrêter s'ils ne signaient pas l'acte qu'il leur montrait tout dressé, par lequel la régale des postes de Courlande se trouvait conférée à la Russie. Les députés, qui> dans iin refus, n'avaient de perspective que la Sibérie, ont signé purement et simplement; après quoi plusieurs conventions qui aliènent des menus droits ou inéttie des portions de pays limitrophes ont été présentées et . sanctionnées de même. Une des plus astucieuses ëoinme 1 des plus importantes est celle qui concerne la réclaination des sujets russes qui peuvent se trouver en Courlande, et dans laquelle le cabinet de Saint-Pétersbourg enveloppe les descendans de ceux-là mêmes qiii seraient naturalisés depuis des siècles. Il est évident que cette concession prête à des abus illimités et des chicanes sans nombre, qui feront plus de mal â la Courlande que le plus onéreux impôt ; car rien n'eiiipêche les préposés russes de feindre quand ils voudront l'existence d'un ou de plusieurs, ou de tels et tels SU-^ jets russes, dans telle ou telle partie de la Gourlandii

DE LA CD1ZR HB'MKlIN, ^\k

qu'il leur plaira^ et de Biippèser grftliAtMMft !• ^^ de les restituer^pour metirele pajsàcontribaiidb d'âtt* tant de cetitaines de ducats (flemme fiiée pàt la ednvention pour chaque tête moscovite tfx^on refusera cl6 rendre) que le fisc tusse 6u du délégué è& aurcmt hè^ soÎd^ ou que le pays en pourra fournir. Ëilcore tiHi fois^ ce qui s'exécuta plus clairement pour la Gdtuv lande se pratiqué Un peu plus sourdemelit^ mais se pra^^ tique dans tous les pays qui avoisinent la Aussiet Re^ venons à Berlin.

L^écuyer Rumpd^ dont je vous ai parlé dans m|i pr^cédente^ est renvoyé. Ce coup de force a beaucoup étonné. Il est certain que le roi fait tout ce qui est en lui pour n'être pas dominé. C'éât jusqu'ici là volonté la plus distincte que l'on puisse discerner dans ce prince. Il soupa jeudi soir à la tablé âé confidence^ où l'on est servi par des tours et sans valets. Le souper fot plus que gai . Il était composé de dix personnes. On fot voir après toutes les dames d'honneur lès imes ajnrès les.autres.

Le prince Henri^ qui à donné cette semaine dtf grands dîners au militaire et au civil (chose qu'il ne faisait jamais), soupe lundi chez la reine régnante avec-* toute sa cour : cela ne prouve rien du tout que la vch lonté de n'être qu'en mesure de politesse» J'oubliais de dire qu'il donne demàm à diuer à tous lès bàs^mfficiMi du régiment de Braun; c'est une affectation tidicnltf et gratuite qui ne le raccommodera pas mtea Famtéa^ dont il est vraiment méprisé.

Le baron de Bagge, qui n'a voulu Yôir.pcrsontle içi|et pas même faire les visites de déoencc^ dikani qn'»-. près la manière dont il avait été avee le prince de Prusse^ c'était au roi à lui faire dire de venir^ a re|0.

4l2 HISTOIRE SECRÈTE

hier invitation de se rendre à Postdam. C'est tout an moins la preuve que la musique tient à cœur.

Cet infâme C^*^*^ a écrit à Chauvier qu'il savait, i n'en point douter, que c'était à lui qu'il avait l'oUigaf tion de n'avoir pu voir le roi ; qu'il allait dans un pays où il était du moins facile de nuire, et qu'il mettrait tout en œuvre pour le perdre, indépendamment de tons les moyens que lui Chauvier en avait déjà foumb. Chanvier a pris le bon parti ; il a porté la lettre au roi.

Les courses nocturnes continuent. J'ignore toujoon quel est l'objet des grands mouvemens vers l'Autriche et réciproquement.

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