‹ Œuvres de MirabeauChapitre 52 sur 79 · LETTRE XLIV · texte numérisé non relu

LETTRE XLIV

Da 7 noyembre 1786.

Le roi s'est entremis lui-même pour racconunoder Bishopswerder et Goltz le Tartare : aussi la paix estelle fiûte quant à présent, et d'autant plus pleinement que la guerre ouverte et avouée est au plus haut point d'activité entre le premier favori et le comte de Goeru. On a eu beaucoup de peine à empêcher les voies de £ût. Que Êiut-il augurer d'un roi que l'on se dispate ainsi ? Probablement on donnera un régiment au comte de Goertz pour l'éloigner; mais la difficulté est la Hr quidatioQ de ses dettes ; car il parsdt que la chose sur laquelle le roi cède le moins en dernière analyse^ c'est l'argent. Le traitement des aides -de -camp est iBzé enfin. Bishopswerder a deux mille écus^ Goltz le Tartare et Bowlet chacun dix-sept cents ; le premier écojer

de Lindenau aussi deax mille écta, huit places de fourrages^ que l'on peat évalner» année moyenne^ à six cents écus; chauffage et lumière.. .. Voilà comment les sables du Brandebourg, aidés de la Silésîe cepen-^ dant, peuvent entretenir une armée de deux cent mille hommes.

Le thermomètre pour les a&ires est toujours le même. Les lettres ne sont point expédiées ; il j a une chambre pleine de paquets non ouverts. Le ministre d'État Zedlis n'a pas pu obtenir une réponse à ses rap^ ports depuis plus de trois semaines : tout s'arriére^ tout se recule ; cependant le genre de vie de Fostdam paraît avoir été passablement réglé, quoique madame Rietz s'y soit trouvée. Le plus tard que le roi se soit levé a été à six heures. Le prince Dessau ne l'a jamais vu que sur les nddi et demi, et peut-être pas une demiheure par jour, indépendamment du dîner : c'est an souper que les femmes paraissent^ et que l'on se déride.

Welner n'a point quitté Postdam, et deux hommes travaillent continuellement dans sa chambre. Jusqu'ici on peut le regarder comme le roi de l'intérieur. Il pandt constant qu'il n'est ni sans habileté, ni sans connaissances, et le désordre étemel des comptes^ jcÂnt à la méfiance des financiers en acdvité, doit avoir poussé lé roi à s'abandonner à Welner, recommandé par son obscurité.

Je dis le désordre étemel, parce qu'en effet Frédéric-Guillaume T', à qui Ton doit pr< tous les. établissemens intérieurs, auxquels i f n'a presque rien changé, n'avait pas un at géi exact, et c'é- * tait par système. Conune lui x>i itl'e nUd de ses afiaires, et coo m de

4l4 HISTOIRE SECRÈTE

ses minisires particuliers pût le deviner, il fiRisait âm états iacomplels, surchargés, infidèles. Frédéric D^ qui n'a jamais rien entendu aux finances, mais qui saTsil hien que Targent est la base de toute puissance, se bornait a vouloir Caire de grosses épargnes ; et il était à sûr que ses excédans étaient énormes, qu^il se contenta des comptes partiels ; du moins cette version me parait-elle plus probable que l'imputation d'aTw brîUé les états généraux de recette et de dépense par maKee, et seulement pour embarrasser son successeur : cdmci veut se mettre en règle, et il a raison ; mais ce soai les étables d*Augias à nettoyer, et je ne vois pas où est rUercule, au moins parmi ceux dont il prétend se servir.

Le comte Finchestein a écrit au roi une lettre tièsforte, pour lui déclarer que les vivacités de M. deHertiberg se muliipliaient au point qu^elles lui deycnaiait insupportables ; que son grand âge d*aiUeiuns et sa der nière maladie lui faisaient désirer sincèrement sa Ktraite. Le roi lui a £ïit une réponse douce, très^-obt géante, et pour ainsi dire apologétique, où il loi demande avec instance de rester, et lui promet que les sujets de plainte cesseront : il s'engage peut-être â plu qu d ne peut. Les bommes les plus incompatibles servaient ensemble sous Frédéric U, et c'est un des titts caractéristiques de son règne ; nuis ce ne serait pas peu présumer que de vouloir le recommencer : il frot qu'on n^? s y attende pas ; car, malgré toute la aervflké du pays, on prend des licences qu*on ne se fut pas pcr> mises sous le feu roi, de qui Ton parlait trè^-libraBent, mais avec qui Ton ne se familiarisait pas. Maintenant il ny a pas jusquà Tacadémie qui veut empiéter :dfe a proposé trois nouveaux académiciens ailemands j ai

DE LA ÇftUR m WlftlN, 4l|

Bûden^ astroQpme} m AI^9rQ|{0y ffiaUmr du ooUéga^ up Ancillon^ minis^ra An s^ÎPt fiyapgUe (qaierveiUeiui choix). Le roi a niai^qi^é ^vçQ m9^ d'amertume sa êvan prise de cette pFppoai^n yipi#te^ haeardée^ «ans qu'on saphe seulement b'U ¥en( Aug^oepter le UQiiilira deft s^cadémiciens ; ^ çet|e pidî^firéUoR oooaaippera pro-> hahlement up régl^epl. 4u rcMQ Iç roi a mis un gros oui sur ^ prppQsîtipp d'^n je nft eab quel druide ap-< pelé EriuaU;, autepr dTapit fpple de mauvais sermons^ et d'une histoire du rçfpge^ qui a déjà quatre Tolumes que l'on pourrait ipettre eu U^eute pagea^ et qui a été proposé par le seul curateur (M* de Hertzberg)^ sauq avoir passé au sçrut^p.

Le Boden de Paris p9?ai| tQut-à-^it oubKé et même pi$. On a représenté a^n roi qu'il y avait trois lettrea de cet homme sans répQpse. cf Je p'$^ fien 4 lui dire ; c'est

)) un f.,.. coquip qui est vepp «apa ordre ji Telle

£t été la décision royale^ U reviept demain pour peu dé jours : il a tellepient, rhpbitude de eourir d'un lieu i Tautre pour des insums^ qu'il par^t que e'eat un besoin pour lui. M. de H'^'^'^ lui a éorit depuis trois jours pour savoir quand il pQurr^iit prendre congé | il n'a pojnt de réponse.

Le grand dîner du prince HePiiau régiment debauu a eu lieu hier comme je l'avais annoncé. Le prince avait à sa table tous les officieri^ et quarante haayofiEkûeraqui avaient encore servi sous liu à la bataille de Prague, il a donné une piédaille de quiuve ducats à chaque ofi&« cier^ un ducat à chaque baiSHGi^fiçîer, et un éou à chaqu^ soldat. Il est difficile d'être plw gaufibement ostèntftit teur : s'il avait eu besoin de «'achever aupràs du rai^ c'en était le vrai moyen; maia squ sort était déjà ooihip» plètement fait^ et il faut qu'on le «M)he bi8H»o>yHb(piitv

4l6 HISTOIRE SECRÈTE

800^ qni avait beaucoup vu le prince Henri dans m deox voyages de Russie^ n'est point venu chez hû : k roi Ta vu^ mais peu de momens^ dit*on.

Je ne me rappelle pas en ce moment le nom de k personne qui vient de Vienne^ et qui au dîner du roi s'est fort égayée sur le compte de l'emperenr^ ce qd a laissé le roi froid^ et même soucieux^ jusqu'à donner des marques d'improbation tacites^ mais assez finies.

On prépare de nouveaux cordons. Il semble que k monnaie morale soit celle qui coûte le moins au rd, et jamais le mot de Frédéric II à Pritwitz^ qui se plaignait de ce que Braun avait le cordon avant lui^ ce Mon » cordon est comme la grâce efficace ; il se donne et » ne se mérite pas ; » jamais ce mot n'a été plus vrai.

Le comte d'Amim a été nommé grand- veneur et ministre d'État^ avec voix et séance au grand directoire. I Je vous ai parlé de lui avec détail dans une de mes dépêches précédentes. Ce choix est de pure Êiveur^ d'autant plus marquée que la place du grand-veneur^ arrachée à Schulenbourg^ avait toujours été sollicitée par le colonel Stein^ espèce de favori ; mais faveur fondée^ à ce que je crois^ sur un simple goût de société^ car Arnim est irréprochable dans sa morale et dans ses mœurs^ et ce n'est qu'un incapable de plus dans le ministère....

Pourriture avant maturité. J'ai grand'peur que téDe ne soit la devise delà puissance prussienne : mais leurs millions sont bons. Il serait donc utile^ s'il est vraiment question de la banque^ comme tous les bulletins^ les gazettes et les lettres particulières le disent, de sorte que tout le monde en parle excepté moi, de me charger des propositions pour y en placer j car cela est plus important^ ce me semble^ que l'emprunt de cent

vingt-dnq nûllions, que la banque saura bten appa^ remDGient prendre pour son propre compte : au reste^ Struensé^ qui sans doute serait bien .aise de cette occasion de se rendre nécessaire au roi^ m'a demandé nettement ce qu'il devait penser du désarroi de la caisse d'escompte^ de la lettre du contrôleur-général à ses administrateurs^ du projet d'une banque^ de sa prochaine réalisation^ des principes sur lesquék elle sera établie^ et surtout du genre d'adDoinistrateurs qui se-^ ront à la tête. (L'idée seule lui parmt lumineuse ; mais il est convaincu que tout dépend des chefe.) A tout cela je n'ai su^ comme vous sentez^ que répondre ; et il importe que je le sache bientôt ; car^ outre ^'une négo^ ciation de ce genre ne peut réussir ici que par lui^ parce que tous les autres^ sans en excepter un^ n'y entendent rien du tout^ il a droit de m'interroger^ puisque je l'ai agacé le premier.

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