LETTRE XLVII
Da i4 novembre 1786.
Il m'arrive l'histoire la plus extravagante etla plus atnbarrassante possible. Madame de F'*''^% la Êuneuse tribade^ tombe ici des eaux de Schyralback sous un nom emprunté^ avec un train immense^ et pas une lettre de recommandation^ si ce n'est pour des banquiers. Or, savez-vous ce que cette femme profondément audacieuse et même habile s'est mis dans la tète ? de con-
quérir le roi ; mais^ comme pour mes péchés je la connais de longue main et àfond^ c'est à moi que ladanir nable sirène s'est adressée pour lui donner la carte dn pays^ et recevoir en dép6t cette haute confidence que j'eusse fort volontiers ciéléguée au diable. Cependant^ comme elle est un démon de séduction^ comme elle nev demande point d'argent^ du moins quant à présent ; comme sous beaucoup de rapports son j^ysique et même son moral conviennent au roi; comme^ si ce . n'est pas une chance à chercher^ ce n'en est pas une non plus à repousser ; comme enfin l'équipée est fiûte^ et qu il vaut mieux la diriger que de s'exposer à mi ridicule éclat^ je vais aviser aux moyens de lui donner un prétexte supportable de rester quinze jours dans ce pays^ en retirant mon enjeu^ ou plutôt en me gardant bien d'en hasarder. , j.
430 BUTOnB SECRÈTE
Si M. d'Ëst'^'^'^ n'était pas tout d'une i s, oda lirait bientôt arrange : elle irait à Saint-Péte....30arg fn Warsovie^ attendrait ici Tépoque des traineanz, qaii avec les froids excessifs^ ne saurait tarder^ ferait dia lui quelques jolis soupers, inspirerait de la caàth Méy etc., etc.; mais il ne faut pas compter sur cette marche; elle est trop déliée pour lui.
Si le prince Henri n'était pas l'indiscrétion même, rien ne serait plus aisé que de la mettre par lui i la cour ; elle lui aurait apporté des lettres ; mais une heure après l'aide-de-camp Tauenzien le saurait ; cinq minutes ensuite mademoiselle de Knisbeck^ sa tante, en serait instruite ; or, je la soupçonne grandement d'être Tcntremetteuse de mademoiselle de Voss... Nous n'avons donc que nos propres forces : quoi qu'il en soit, je ne me compromettrai pas ; mais sa démarche seak | me compromet. C'est une fatalité : comment aurais^ pu y échapper?...
J'ai beaucoup réfléchi sur cette bizarre aventure. La suite consiste à ne pas abandonner son but^ et non i s'opiniâtrer aux moyens : or, le peu que nous en avom est vraiment impraticable. Si elle conserve son état, 'nul moyen de voir le roi ; elle aura contre elle les. entours mystiques, le parti de Voss, et en général les anti-Français. Si elle dissimule son état, elle aura contre elle les Rietz, les subalternes.
Ou je la verrai beaucoup, et dès-lors elle sera suspecte ; ou je ne la verrai pas, et elle sera mal condoite. Si cela sent tant soit peu l'aventure, je me ferai an tort gratuit. Rien ne peut aller vite avec un prince allemand. Si le séjour est long, c'est le séjour lui-même qui divulguera l'aventure. Il est impossible que dans huit jours on ne sache pas le véritable nom : alors sa
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réputation gâtera la besogne dans on pajs où l'amaïâlité n'excuse pas les vices^ et où le sexe ne sait pas par* 1 donner à l'étourderie •
( En un mot^ les seules folies inexcusables sont celles i qui donnent du ridicule sans compensation^ et celui-ci
I est du nombre D'Est*** ferait ses petits contes^
Boden ses petites noirceurs, Tauenzien ses petites in- ] trigues. Avant de se montrer il Êtut laisser passer la
i tourbe qui viendra s'essayer Je Fenvoie-donc à
I Warsovie^ en lui procurant des lettres; elle en reviendra ici avec d'autres lettres^ si vous n'avisez paa aux moyens de l'empêcher, pour peu que votre intention ne soit pas qu'elle étale, car je puis bien suspendre, mais comment pourrais-je défendre? Voilà ce que j'ai aperçu de moins périlleux dans cette bizarre satupnale, à laquelle je donne avec raison plus d'importance que vous n'en serez tenté, attendu que madame de F*** n'est à Paris presque qu'une courtisane comme tant d'autres, au lieu qu'ici la nièce d^nn ministre^ veuve d'un p***-G***, etc., ne passera jamais pour n'avoir pas été envoyée par lé gouvernement, ou dn moins pour n'être pas venue sous sa tolérance. H nd faut donc pas qu'elle fasse quelque grande sottise.
Le roi vient de terminer un procès qui durait depuis vingt-trois ans. Le duc de Mecklenboui^-<^hv^erin avait autrefois emprunté cent mille éc c hédétio U, pour sûreté desquels il donna d 1 ; Ausditôt
Frédéric y mit en quartier un r i nt ht tards : le régiment recruta, comme on cr U Le s de Meck« lenbourg fut révolté de cet te de des , et of-
frit le remboursement, que le i roi tr moyen
d'éluder pendant vmgt a snccessem*
vient de retirerles t a lacililé
43a HISTOIRE SECRÈTE
d*engager quelques Mecklenbourgeois ; n aiun n*» verra-t-il pas annueUement trente miLc écOB bon de son pays. C'est de plus un nouveau membre pour h confédération germanique^ et cela vaut ce que odi valait.
On a célébré dimanche 12, dans la principale anberge de Berlin^ le mariage de la comtesse Matiub avec un officier prussien, appelé M. de Stntheren. là comtesse est une sœur de mademoiselle Hencke (nudame Rietz); elle croyait avoir épousé on gentilhomBe polonais qui s'est retiré depuis quelques mois. Unefni détrompée, elle a fait choix d'un jeune officier. Le ni a donné de l'argent, et même assez. On présnme qœ c'est chez cette sœur que se retirera mademdsdie Hencke, qu'on dit n'être pas mariée avec Rietx, et gêner les projets que l'on forme pour vivre paisiblement avec la dame d'honneur.
Un souper très-remarquable et trèfr-secret^ où Tant pris la silhouette de l'ombre de César^ transpire im peu. Le nombre des visionnaires augmente ; aussi ëtr on que les actions de Bbhopswerder baissent; je n'o crois pas un mot. «
Nulle opération nouvelle : d'ailleurs les déposittoni pleuvent de toutes parts contre le pauvre de Lannaji et vraisemblablement sa fortune rachètera sa liberté.
Rien de nouveau ou du moins de bien constaté quant à la HoUande, si ce n'est que le comte de Goertt a trouvé moyen d'y déplaire aux états, à la maison d'Orange et aux principaux chefs du parti qu'on nomme le parti français. Je sais bien ce qu'un philosophe en conclurait ; mais un politique y verra du moins qa^ est des commissions dont il ne faut jamais se charger.
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