‹ Œuvres de MirabeauChapitre 61 sur 79 · LETTRE LU · texte numérisé non relu

LETTRE LU

a décembre 1 786.

Hier 29, entre une et deux heures, un homme qui vient de Courlande arrive chez moi, et y demande le baron de Noldé. Il dit avoir une commission secrète ; lui remet une lettre de M. de Rummel, son beau-fi^re^ syndic de la noblesse, et cinquante louis de Prusse^ La

DE liA GOUR OB BBKLIN. 4^3

lettre prévient Noldé d'ajoater foi à ce qae Im dira le porteur ; lui apprend que la régence de la i^pnbliqiiè veut lui conférer la place d^assesseur s'il se rend ék Courlande pour cette nommatioB^ qui se &it au com^ mencement de l'année. Le porteur de eeite lettré dit avoir vu Noldé en&nt, et lui a para être un avocat oà un notaire dont il avait quelque îdée confuse ; il n^a dit ni son nom^ ni où il iogt, ni comn^ent il voyage, ni depuis quand il est à Berlin^ ni où il va. Han^urg, Lu<^ beck, Vienne, Munich, etc., sont des points où il a touché, ou bien où il touchera. Sa marche a été très^ couverte, trè&-énigmaftique, très-mystérieuse : tout c'a qu'il a fait entendre, c'est que les plus grands diaUgè'^ mens vont éclore en Courlande ; que M. de Worôi^zovvr y jouera un très-grand rôle; et cela a été dit de manière à faire soupçonner qu'il pourra devenir dno; Voilà les points capitaux de cette bizarre entrevue.

Il faut les combiner avec le retour du due, arrivé depuis trois jours, et une foule d'indices qui démon» trent qu'il s'agite ou se prépare une révolution en Gouii lande. Le duc est dans la consternation. On ne se Itf dit qu'à l'oreille ; mab il parait oonsliuit que les étaté du pays ont arrêté ses revenus, parce qu'il ne les d^ pense pas chez eux, et c'est là le moindre grief que Foo ait à Pétersbourg contre cet homme abhorré. Il est certain qu'il envoie à Mittau, où il n'ose pas retourner, sa femme, très-avancée dans sa grossesse^ espérant qn^elle accouchera d'un garçon, et que cet héritier présomptif le réconciliera avec son e.

Ajoutez à ceci que 1 1 lé

une des premières mal O ; i

oncle le chambellan H ^ e Intr

est actuellement

4G4 niSTOIRK SECniSTE

qu'il y fait toutes les uflaircs, et jouit du pins grand crédit, ce qui doit se réduire, à dire vrai, à vendre plus ou moins lacliement cette belle et malhenrense province^ laquelle cependant; si tous ses voisins l'abandonnent, n'a d'autre parti a choisir que de se donner^pla* tôt que de se laisser prendre. U est très-possible que la famille de Noldé, qui sait combien ce studieux jeune homme aurait toujours préféré la carrière avile â h carrière militaire, n'ait pensé qu'à le placer avantageusement pour lui (ce poste d'assesseur, qni vaut 4 à 5,000 liv. annuelles du pays, mène à tout) ; mais il est aussi, et même, vu les combinaisons subsidiaires, il est probable qu'on veut s'aider de lui dans une révolution.

Le jeune homme a de l'honneur, de l'intelligence, des connaissances, un {i;rand respect pour les drcHts des hommes, une grande haine pour les Russes, un vif désir de donner son pays à tout autre souverain. Ballotté par le sort depuis qu'il est au monde, ruiné par des malheurs de tout geure, qui tous ont une source honnête, dégoûté du triste service d'officier subalterne qui le dérange de l'étude, modéré dans ses désirs, il accepterait une place qui lui donnei'ait oiium cum dignitate; mais il ne veut pas être esclave des Russes ; il aime la France ; il m'est attaché, il croit me devoir; il voudrait être utile à son pays, au cabinet de Versailles, à moi. Son indécision a dû être cruelle, surtout dans une circonstance où, travaillant depuis six mois comme un forçat, et sûrement d'une manière plus utile que s'il montait la garde, vous avez négligé jusqu'à la prolongation de son congé ; on serait perplexe à moins. . . . J'ai décidé pour lui.

Me faisant fort pour cette prolongation qu'il y aurait

tant d'iniquité à refuser^ et qu'on accorderait, ne futce que pour moi^ à qui ce coopérateur est nécessaire; pensant qu'il est toujours le maître de retourner en Courlande en envoyant sa démission^ ou même sans l'envoyer^ et laissant nommer à sa place; convaincu que nul ne peut nous informer plus exactement de la si-tuation du pays où il a tant de relations; p^suadéqae cela est important pour plusieurs raisons dont j'exposerai tout-à-l'heure les principales^ mais ne croyant pas^ indépendamment de la dépense d'un voyage de plus de quatre cents lieues^ pouvoir m'absenter sans un ordre exprès ; sûr de l'honneur de œ sensible jeune homme, soit à raison de ceux qui me l'ont recommandé, et qui le connaissent infiniment, soit par ce que j'ai vu de sa conduite et de ses principes ; plus certain encore qu'cm fait toiii des gens d'honneur par la confiance, j'ai craque le plus sage était de le faire partir sur-lcrchamp, stur sa parole de m'informer de tout, et de revenir squs deux mois à Berlin. Il m'a semblé que ce parti conciliait son intérêt et le nôtre; celui-ci, parce que nous serons parûtitement instruits de tout ce qu'on peut savoir en Courlande (et l'on y peut savoir beaucoup de choses) ; qu'à tout événement nous nous faisons un parti dans le pays, et qu'un simple titre de consul, ou même la permission de porter notre uniforme en Courlande avec une pension modique, nous assure là un homme de mérite, s'il prend le parti d'accepter les offres de la régence ; celui-là, parce que M. de Noldé s'assurera dans sou voyage du degré de stabilité et i bien-être de l'établissement qu'on lui propose, et qi , s'il n'est pas content, il se retrouvera ce qâ'il est cb nous avec les avances d'i vr l s< rice ren

d'une forte preuve de zèle n

46G HISTOIRE SRCnÈTE

de la place offerte et qu'il accepte, nous pouTons améliorer son sort, et aii{];inenter là-bas sa considér»tion et sa sûreté par notre uniforme, etc., etc. Somme toute, ce jeune homme, qui a (ait les sièges de Mahon et de (libraltar, qui est estimé et aimé de ses cheb, qui depuis six mois travaille sous ma direction avec un zèle rare et une assiduité non moins g;rande, mériterait assurément une marque de faveur, quand ce serait pour son compte uniquement qu'il irait en Courlande; et la vérité est que je l'y envoie, parce que la circonstance m'y invite fortement, et que je sm convaincu de ces deu\ choses : la première, c'est que^ f At-ce uniquement pour connaître à fond cette partie des projets de la Russie, il nous importe de savoir une fins à quoi nous en tenir sur la valeur et le sort aussi bien que sur les modifications dont est susceptible un fâp, vedette naturelle (indépendamment de toute cirocmstance intérieure) de la Pologne et de la mer Baltique, où la Suède, notre bras du nord, est si sérieusement menacée ; la seconde, que le baron de Noldé est l'homme le plus propre à bien voir à cet égard, et à dire la vérité. Pourquoi ne pas aider, ne pas conserver de teb hommes ?

Vous avez dû trouver, mais vous n'avez pas renutf^ que peut-être, dans le trente-deuxième précis des gazettes, que M. de Spring-Porten, ci-devant colonel an service de Suède, vient d'entrer au service de Russie comme major-général ; que c'est l'homme qui connaît le mieux toute la Finlande ; que l'impératrice lui a accordé trois mille roubles pour son équipement, une terre de six cents paysans dans la Russie blanche, et la clef de chambellan ; qu'il va faire incessamment uft voyage dans la Crimée, etc., etc. Si c'est en abqo^

rant de tels hommes^ et les connaissances et les rela*tions qu'ils apportent avec eux, qu'on se prépare à* l'exécution des plus grands projets^ c'est par la mâme méthode qu'on les fait avorter.

On n'eut pas le temps de chiffrer la dernière fois la post-scriptuniy qui contient un fedt curieux^ sur le-^ quel Panchaud assoiera peut-être une combinaison.

Je vous ai dit (lettre XLVIII) : « On vient d'interdire à la banque le commerce des lettres de change, etc. i» Ce fait ne s'est pas vérifié ; les négocians l'ont demandé à la vérité ; mais cela n'est pas accordé, et Struensé s'y oppose. Passons aux détails du jour.

Ily a deux versions sur mademoiselle de Voss : toutes deux de très-bonne[source^ et probablement la v^table est celle qu'on peut composer des deux.

Première. Il n'y aura point de mariage. La demoi* selle partira dans un mois pour je ne sais où, et de là se rendra à Postdam. « Je sens, dit-elle, que je me déshonore. Toute la compensation que j'exige c'est de ne voir personne. Laissez-moi dans ma solitude prcH* fonde; je ne veux ni fortune ni éclat. i> (Et il est cei^ tain que si elle peut le tenir ainsi, elle le conduira beaur coup plus loin. )

Deuxième. Le mercredi, as du mois dont nous sor^ tons, fut le jour remarquable où mademoiselle de Voss accepta la main du roi, et lui promit la sienne. Il fut résolu qu'oii ferait agréer à la reine le plan d'un ma* riage du côté gauche comme une nécessité, si elle s'obstinait à y montrer trop de répugnance. Il est singulier qu'on ait attendu le moment où le duc de Saxe-Weimar, beau-frère de la reine, serait ici, pour consom^ mer cette rare opération. Le roi se trouvera ainsi quatre sortes d'enfans. Les prêtres, consultés sur la manière

de concilier les droits du ciel avec les plaisirs de la terre^ ont décidé qu'il valait mieux concentrer ses jornasancei dans un mariage extraordinaire que d'errer sans cesse de faiblesses en faiblesses. Il ne transpire encore rien de la manière dont on fera part de cet arrangeaient aux oncles, du nom que portera la nouvelle princesse, de son état futur, etc. Ce qui paraît vraisemblable, c^est qu'elle n'est pas éloignée de se mêler des affiures; et que si elle y entre, le crédit de Bishopswerder diminuera : elle n'aime ni lui ni ses filles. Son parti d'aillenn est tout-à-fait opposé à celui des illuminés, qui ga^e du terrain de la manière la plus effrayante. Je vais vous révéler à cet é{];ard une anecdote encore récente (die est des derniers mois de Frédéric H), qa'il est infiniment important, du moins pour ma sûreté, ausd longtemps que je serai ici, de tenir secrète, de Fauthenticité irrévocable de laquelle vous jugerez vous-mâme, et qui vous montrera où mène cette prétendue théorie des visionnaires liés aux francs-maçons rose-croix, que chez nous les uns regardent en pitié, et dont les autres ne font qu'un objet d'amusement....

Il se répand un bruit sourd qui consterne les honnêtes gens, et qui, vrai ou faux, est un terrible indice de l'opinion publique. On assure que le prince Henri, le duc de Brunswick et le général MoellendorfyenleDt quitter l'armée. Les deux premiers n'y pensent prcdïablement point encore. Quant au dernier, il est incontestablement le plus mécontent des trois; riche par lui-même, loyal, simple, ferme, et d'une verta qui ferait honneur à un sol plus fécond en ce genre, il est certain qu'on ne l'a traité ni comme il s'y attendait, ni comme les honnêtes gens le désiraient. A la vérité on a voulu le faire comle; mais qu'avait-il besoin dans

DE LA COUn DE lîERLIN. ^Cl()

la foule? Aussi cet homme respectable a-t-il rcpomUi, quai-jefait? El ce raot noble el Simple était une critique si amère de la tourbe de nobles cl de titre* qu'a fait éclorc le souffle de la munificence royale, qu'il n'a pas dû plaire. Son existence modeste et chevaleresque est devenue un reproche pour la cour. Cependant la bcuIl' opération vraimenlbienfat^ante et unanimement approuvée qui ait été faîte sous ce règne, est de lui : c'est la réforme de l'inique contribution appelée le verty qui mettait vraiment an pillage le plat pays pendant trois mois de l'année, sous le prétexte de tenir la cavalerie dans l'habitude dti fourrage de campagne. Il n'a depuis été consulté sur rien, du moins il n'a eu aucune influence; je ne serais point étonné qu'il se retirât sur ses terres, et il est impossible de s'exagérer le tort que cette profession de foi tacite ferait au roi et à son gouvernement.

Encore iroîs mois d'un pareil régime, et il n'aura plus rien à perdre en fait de considération du moins intérieure. Tous les symptômes de la putridité se manifestent : Rietz, escroc, cupide, conseiller bonneau, giton avoué au point que le roi étant prince de Prusse allait coucher avec lui chez sa femme (c'est-à-dire chez sa maîtresse à lui prince de Prusse ) ; Rietz, en im mot, le plus vil et le plus corrompu des hommes, conduit la maison du roi, et a grande part à la faveur auliquej sur quoi il faut noter qu'il est très-susceptible d'être acheté ; mais il coûterait cher, car il est avide et prodigue,et sa fortune esta faire: si jamais la France avait besoin de diriger le cabinet de Berlin, aussi long-temps que le roi y sera quelque chose, Rietz et le prince Frédéric de Brunswick sont les deus hommes qui selaisfieront amorcer.

Une anecdote du très-bas (jenre, mais que pour qui connaît le pays, est celle-ci. On ordre aux danseurs italiens et firançids de danser dan fois la semaine uu théâtre allemand. Le but de celle injonction bizarre était de dégoûter cette espèce de gens assez chers, et d'avoir un prétexte pour les renvoyer. Us ont été bien conseillés, et ils danseront. Haii voilà Tcsprit d*astuce qui préside à Tadministration : elle traite les affaires comme le théâtre.

J'apprends à ce moment que M. dfi Heinitz, mimstre d'Etat, homme médiocre, mais laborieux^ a écrit u roi une lettre dont voici a peu près le sens : « ger, ne possédant point de terres dans vos Etats^ zèle ne peut être suspect à Votre Majesté : en quence je dois lui déclarer que la capitation projetée lui aliénera le cœur de ses sujets, et prouve que la nouveaux régisseurs de ses finances sont encore bics peu versés dans la chose pubUque. » Le roi lui a dit deux jours après,ye vous remercie, et n'est entré ^m aucun détail. Les demi- volontés n'excluent pas l'opiniâtreté ; mais Topiniâtreté est loin d'être la volomé. Je ne serais pas étonné que Ton laissât la compagme du tabac telle qu'elle était. La considération du gouvernement deviendra ce qu'elle pourra.

C'est une tentative du même genre que celle de M. Heinitz, qui a produit la dernière promotion militaire et la défaveur du général Moellendorf. Il a écrit avec une dignité respectueuse, mais ferme, contre k nomination du comte de Brûlh, et a prié le roi de marquer moins d'indifférence pour l'armée ; remerc^ment vague, accompagne de ces mois : J^ai promis cetU place depuis un an et demi; et le surlendemain dixsept majors. Mais c'est depuis que la froideur pour le

DE Là CODR DE BEItLIN. 4? *

général a pris quelques nuances de plus, el que les égaids onl été mis à la place de la confiance : au reste, la lettre n'est pas approuvée j ou trouve qu'il fallait réserver ce coup de vigueur pour une occasion où il ne parût pas personnellement intéressé : or c'est lui que semblait regarder la place de gouverneur.

Le duc de Weimar va faire une chasse de loup trèsfaslueuse sur les frondères de la Pologne, On ne concilie pas les préparatifs de cette partie de plaisir avec les projets et les rites d'économie. Douze cents paysans sont jommandés; on a envoyé soixante chevaux, huit Toitures ou fourgons, les maîtres des forêts, des gentilshommes, des chasseurs, des cuisiniers pour cette coujse qui doit durer six jours.

Au reste, je suis maintenant à peu près sûr que ma seconde version relativement à mademoiselle de Vosa est la vraie, et que la reine s'est amadouée. Le roi ne fut jamais mieux avec elle; il la voit beaucoup depuis huit jours; il paie ses dettes ; il lui a donné un concert: probablement elle a fait de nécessité vertu. Il paraît clair que cette liaison du roi dérange beaucoup le plan des administrateurs visionnaires. La famille de mademoiselle de Voss veut profiter de son élévation, et ses conseils n'ont rien de commun avec les favoris actuels, Bishospwerder, bien loin de gagner du terrain dans son esprit, en perd : en un mot, la révolution peut venir delà. La chose publiquey gagnerait-elle? c'est ce qu'il est impossible île déterminer : on ne peut que tourner de ce côté le télescope, ou plutôt le microscope ; car en vérité nous sommes dans le régne et le pays des infmiment petits.

P. S. L'adopUon des monnaies en Pologne était ci-

devant coniiiic il suit : Ko marc, poids de Cologne d^ar*

gentfin^se inonuoyait à i3-3 ir. ou 80 fl. de Pologne.

Quant aux monnaies d'or, il n'y avait que le ducat de Hollande qui avait une valeur dénommée^ savoir: aux caisses royales ils étaient pris pour 16 i k.; dans le public pour 18 k., l'un et l'autre taux stipulés par décrets des diètes. A la diète de 1786^ le ducat a généralement été élevé à 18 k. pièce.

Le taux de l'argent ne peut par conséquent plus se soutenir, et l'on assure qu'il a été résolu qu'on monuoierait à l'avenir le marc fin à i4 r* ou 84 fl*

Mais ceci ne pourra pas se soutenir davantage ; car si Berlin monnoie à i4 r*9 1^ Pologne sera obligée de supporter à valeur égale de plus grands frais de transport. Dans les conjectures actuelles^ on pourrait donc tirer avec avantage des ducats à 3 r. de la Pologne^ si le taux de l'argent est à 1 4 r.

Mais si la valeur relative de l'or baissait comparativement à celle de Targent^ ou pourrait y acheter avec bénéfice de l'argent. £n général^ il me semble que les opérations récentes sur l'or doivent faire penser à Fargent^ surtout en Espagne^ si elle persiste dans la folie qu'elle partage avec presque toute l'Europe de vouloir avoir deux monnaies et retirer son or.

Second P. S. Le roi, suivi d'un seul laquais, et trèsenveloppe, s'est rendu au magasin de blé et à celui des pailles; il s'est cnquis des soldats qui y travaillent de ce qu'ils gagnaient. — Cinq gros. — Un moment après il fait la même question aux préposés : six gros. — Trois soldats en confrontation, et la fraude prouvée, un basofficier et trois soldats ont été chargés de conduire ces deux hommes à Spandaw, prison civile, et leur procès}

DE LA COUK DE SERLIN. ^73

le fait serait très-louable. Il sort le soir presque seiil, et s'adonne à des minuties de commissaire de quartier. Voilà du moins trois fois que cela lui arrive. Quelques entours croient qu'il veut imiter l'empereur. Après ce qui s'est passé entre eux, ce serait peut-être là le symptôme le plus ciidque d'incapacité absolue.

LETTRE LHL

Du 5 dictmbTc 17S6.

La nouvelle des intrigues que veut réveiller l'empereur aux Deux-Ponts, et que notre cabinet a donnée ici, parait avoir produit un très-bon effet sur le roi, malgré ceux qui s'écrient : Ne crede Teucris, adage devenu le mot de ralliement du parti anglais, hollandais, ami-français, etc.,etc Et puissions-nous nous

conduire toujours de manière à ce qu'ils n'aient jamais que cette injure à nous dire ! Quoi qu'il en soit, cette découverte déjouera probablement l'empereur ici et là. Jl est bien maladroit à lui de ue pas avoir laissé aggraver davantage la torpeur qui sera le produit infaillible de l'ennui du travail, ou du chaos de rien faire. Mais je laisse ces branches extérieures à vos ministres, qui eu ont le fil ; comme je n'ai su celte nouvelle que par la voie qui m'apprend toutes les autres ; que M, d'Esterno ne m'en a pas dit un mot ; qu'il eût été maladroit et peu décent de questionner beaucoup sur une chose que je devais savoir, et qu'ainsi je me suis contenté de l'annotation vague de notre loyauté, je ne la sais, et je ne la saurai probablement pas dans tous ses détails. Vous sentirez peut-être à cette occasion combien il ee-

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nit important que je fusse mieux insCrnil de mais au moins convîendrez-vous que je donne UMlce que je puis et dois donner quand je iraoe la carte iitérieure du pays, puisque je n ai pas la clef de la poEtiqne extérieure, qu'assurément je ne néglige pat looqne le hasard m'offre des chances.

Crantz, faiseur de libelles, et chasse du pays par Fiédéric II pour avoir vole une caisse et vendu nn chenl troisfois, est rappelé avec huit cents écus depeonon.Le roi écrit à M. Ilertzberg pour le placer : ce minislR répond que cet homme est plein de talens et fort esdmable, mais qu'il est trop peu discret pour pouvoir être employé dans les afiaires étrangères. Le roi le pc<h pose au ministre Werder, qui répond que cet homae est très-intelligent, très-capable, mais que chez lui « trouvent des caisses, et qu'ainsi Crantz n'y peut entier; enfin le roi place l'illustre Crantz, partout loué et p«tout refusé, auprès des états du pays, qui lui donncil huit cents écus pour ne rien faire.

Le ministre Schulenbourg, après avoir JimiyTMK deux fois sa démission, l'a enfin obtenue^ et sans pension : cela est dur; mais cet ex-ministre est adroit. C'est à la première branche qui a été retranchée de sot département qu'il a remis tout le fistrdeau. S'il a as moyen de revenir, c'est bien celui-là. Vous saveai m reste ce que c'est que cet homme ; de l'esprit, de 11 ÊEicilité, de la sagacité pour le choix de ses coopéitteurs, mdifférent sur les moyens, vain dans la prô^irite, hors de lui dans l'infortune, qui le déjoue à gré; serviable, susceptible d'affection, croyant amis : après avoir été quinze ans ministre de Frédéricll, il s'était regardé conune inébranlable, parce qall était nécessaire ; il espère que la force des choaea flOF-

montera l'intrigue qui est parvenue àTécarter. Peot-être se trompe-t-il ; car enfin on trouve long-temps des faiseurs quand on n'est pas difficile sur le chois, et que la chose n'est pas de soi-même hors de la portée commune. Si les rois voulaient un Newton, il faudrait bien qu'ils prissent Newton, ou que la place fût vide; mais qui ne se croit pas capable d'èlre ministre, et de qui peut-on démontrer qu'il en est incapable?

On m'assure de bon lieu que le comte de Herizberg regagne de la confiance. H a plié devant les nouveaux açens, qui ont ru la faiblesse de réchauffer le roi, parce que enfin mademoiselle de Voss est la nièce du comte Finchestein, et que, sa famille ne pouvant tirer parti de son élévation qu'en culbutant ceux qui eulourenlle roi, et qui n'ignorent pas que la belle les déteste, il faut bien lui opposer quelqu'un. Encore une fois, si la demoiselle a de l'étoffe, c'est de là que viendra la révolution que plus ou moins d'adresse butera ou reculera. Quoi qu'il en soit, M. de Herrzberg a conseillé au comte de Goertz de se ranger du côté de M. de Renneval, de la prudence duquel il a fait au roi le plus grand éloge.

Nouvelle bévue dans le régime miUtaire. Tous les premiers lieutenans sont faits capitaines, et les capitaines, soit en pied, soit en second du régiment des gardfs, sont nommés majors. Je ne vois que la chaocellerie de guerre qui gagnera à cet arrangement. On disaitque le roi veut payer ses dettes personnelles (dont, par parenthèse, on élude plus que jamais la liquidation) avec le produit des patentes d'officiers, et les diplômes de comtes, de barons, de chambellans, etc.

f)n avait présenté au roi le projet de la capilatîoii comme une espèce d'abonnement voloniaire, au-devant duquel le peuple irait de lui-même. Mois, averti

47^ HlSiTOinE SECRÈTE

de la sensation qu'avait occasionée ce projet, ébranlé de la rumeur, échauffe par la lettre de M. Ueimix, 3a dit à M. de Werder : « Il ne faut pas se mêler de ce qa'on n'entend pas (notez bien que c est i son minisiie des finances qu'il parle) : il fallait consulter de Launaj (dans les liens d'une conunission). » M. de Werder s'est excusé comme il a pu en disant que le plan n'était pas de lui (en effets il est de Beyer), comme sH ne se l'était pas approprié en l'approuvant.

Le directoire général^ cette espèce de Conseil d'État où le roi n'assiste jamais^ a projeté des remontraBcev sur l'inactivité humiliante dans laquelle on le dent; mais M. de Welner s'y est opposé, laissant entrenv l'invincible répugnance de Sa Majesté pour toate espèce d'avis. Elle nait de l'idée bizarre que ceux qui loi en donnent ont sans doute adopté le sentiment de soa oncle sur sa capacité. Il ne sait pas qu'on ne hasarde de conseiller parmi les grands que ceux qu'on estime.

En attendant, toujours même faveur aux illimiinés, dont la conspiration a été dénoncée par le g;rand personnage que je vous indiquai dans ma dernière, aa général Moellendorf, intime ami du frère de mademoiselle de Voss (homme estimé par son caractère moral; obscur d'ailleurs^ du moins jusqu'ici^ mais qui probtblement jouera bientôt un rôle ), afin qu'il e£fraie sa sœur^ et par elle le maître^ sur les attentats d'une secte qui sacrifiera qui elle ne dominera pas. Biesicr, le même qui a reçu tout au moins l'insinuation d'épargner les visionnaires^ a^ relativement à eux, m procès qu'il perdra, dit-on. Il a accusé de catholicisme un M. Starck, professeur de Jéna, personnage célèbre par le don de persuader autant que par l'esprit et les connaissances : né luthérien^ ministre lulhécicB^

et professant à découvert le catholicisme, il n'en intente pas moins une action crimïneUe à Biesier pour Vavoir dit, et le somme de prouver sa calomnieuse assertion. Sous Frédéric 11 on n'aurait jamais entendu parler d'un semblable procès. Au reste, le Starck a publié récemment un livre intitulé Niçoise, dans lequel il attaque la franc-maçonnerie. Elle réplique par un ouvrage inùiulc Jnti-Nicaise, où l'on trouve des lettres authentiques de plusieurs princes, entre autres du prince Charles de Hesse-Cassel et du prince Ferdinand de Brunswick, qui prouvent très-bien ce qu'on saurait quand on a causé avec lui, ne connût-on pas d'ailleurs ses faiseurs Bauer et Wetsfall, qu'un grand général, ou plutôt un général renommé, peut être un bien petit homme.

Ses étals de dépense sont enfin dressés. Il en résulte que le roi pourra augmenter son trésor de deux nûllions d'écQS, et réserver encore une somme assez considérable pour ses plaisirs ou ses affections. On suppose, au reste, dans ce calcul que la recette rendra comme les années précédentes, ce qui est au moins douteux. Une opération paternelle est d'avoir déchargé les gensde la campagne du logement gratuit de la cavalerie, et de la nécessité de fournir les fourrages à très-bas pris. Celle opération coûte au roi deux ceut soixante-dLx mille écus annuels ; mais elle est de première nécessité; c'est une suite du plan Moellendorf pour l'abolition du vert.

Les manuscrits dufeuroi ont pouréditeurun M. Moulinés, dont je ivous ai donné autrefois le signalement < politique, et qui, littérairement parlant, est sans goût, sans tact, sans connaissance approfondie de la langue ; mais il est ami de Welner, de ce Weluer à qui le roi envoie le matin à sept heures les lettres et re-

47^ m»Toi&E jir.^tiïï,

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ce <|uTl tarait dû îiire que ce qaH a tiû, et cdi

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lOQt le moode. et Le crici-qne q::e hn.

Le IIurqui^ de Luccht»i:û. qui aTÛt été,

DOQ ie txTori ce Frrôchc. m,r> soa écontciir,

piqué, sans le dire, du choix de Mooiîiies^ H a àamamii 1 n ccac«^ de âx mot» pour Tora^er dia kâ, d doute il ne reviendra pas. Comment s'a-t-fl pas que sa coufidéraDoa persoonelle dereBait sH eût quitté la Prusie hcit jour^ apns la avec cette unique réponse a toutes les oftes qai aloc hn auraient été iàiies : ji Je n'ai amhîtioaac qo^ve place que tous les rois de la terre ne penrcat ù m âiff n me roMire. cdle d'ami de Frédéric H? •

On a donné deox Riccesseurs au conte de ScWkabourg : car le roi de France a quatre minîsties ; 9 ca fiiatvin^t a cetui de Prusse. L*nn est M, de Moaclmifc. homme de justice, dont on ne dit ni bien maal;FaBtit est un comte de Nihulexibourg de Biumbcrt, do comte Finchefrtein. 11 ade» coaruisgaiices* tîon «ccibre et axdcn:e. un caractère moral «tndîecx. inlriii.cezi:. appliqué, c'est jet capable ; oiaîs oo le soupçonne de

DE lia COVK M BBltLIN. '4*79

dre^ d'avoir plus de chaleur de tête que d'activité^ plus d'idées à lui que de dextérité pour les amalgamer àcdles des autres^ et les faire réussir : il n'a d'ailleurs aucim usage des affaires^ et est absolument étranger aux spé* culations de banque et de commerce^ c'est-à-dire aux principales branches de son département.

P. S. Le roi^ qui paie les dettes de son père^ a accordé vingt mille écus pour l'entretien et les menus plaisirs de ses deux fils aînés ; leur maison est défrayée à part.

Second P. S. Je ne croyais pas être si bon prophète* Le frère de mademoiselle de Yoss a la place du pré*» sident de Moschwitz : c'est le pied à i'étrier.

Le cours sur Amsterdam est si extraordinairement haut^ que, nulle opération de finance ou de commerce n'expliquant cette crise, je ne doute pas que l'on n-jr £sisse des remises pour les dettes personnelles du roi. C'est l'avis de Struensé, qui d'ailleurs ne sait rien de positif à cet égard.

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