‹ Œuvres de MirabeauChapitre 63 sur 79 · LETTRE LV · texte numérisé non relu

LETTRE LV

Du 13 dccembrc 1786.

La véritable raison pour laquelle le duc de Weimar est si fêté, c'est quil s'est char.^é de faire agréer à la reine le mariage de mademoiselle de Voss. La rebe en rit, et dit : u On aura mon consentement ; mais on ne Taura pas pour rien, et même il coûtera cher, n En effet, on paie ses dettes, qui passent cent mille écus, et je crois qu'elle ne se bornera pas là. Pendant que le roi de Prusse dirige toutes ses pensées vers ce mariagf, il me parait clair que Tempereur, s'il est capable d'un plan raisonnable, convoite deux femmes, la Bavière et la Silésie ; oui, la Silésie ! car je ne pense pas que tons les mouvemens sur le Danube soient autre chose que le domino de cette mascarade ; mais ce n'est pas E où il commencera. Tout me démontre (et croyez qne je commence à connaître cette partie de FAUemagiie) qu*il se tiendra sur la défensive du côté de la PnuM, et la laissera s^épuiser en efforts, tandis qu'il poossen librement du côté de la Bavière : ce n'est probablement qu'après cette immense acquisition qu'il s'occupera des moyens de ravoir la Silésio.

Je dis qu'il poussera sa pointe librement ; car,de bonne foi, que ferons-nous ? Omettons les cent mille ei une

raisons d'inaction ou d'impuissance que je pourrais alléguer^ et supposons-nous agissans^ nous prendrons les Pays-Bas, et lui la Bavière; le Milanais, et lui l'État de Venise. Quoi de tout cela sauvera la Silésie? et

bientôt après la puissance prussienne Les fautes

de tous ses voisins la sauveront. Il croulera, ce grand édifice de féerie; il croulera, ou son gouvernement subira une révolution.

Au reste, le roi paraît fort tranquille sur les futurs contingens. Il fait bâtir près du nouveau Sans- Souci, ou plutôt réparer et meubler une jolie maison qui appartenait à milord Maréchal. Elle est destinée à mademoiselle de Voss. La princesse de Brunswick à demandé une maison àPostdam ; le roi lui donne celle qu'il habitait comme prince royal, et la fait meubler à ses frais. Il est clair que cette princesse moribonde, criblée de la maladie de David et consumée d'ennui, sera la dame d'honneur de mademoiselle de Voss.

D'un autre côté, on a payé les dettes de la reine douairière, de la reine régnante, du prince royal devenu roi, de quelques complaisans et complaisantes; et si l'on ajoute à ces sommes les pensions données, les maisons montées, les charges recréées, cela ne laisse pas que d'aller haut. Voilà comme on peut être prodigue sans se montrer généreux ! Ajoutez à cet article que le roi a donné à MM. de Blumenthal, de Gaudi et de Heinitz, ministres d'État, chacun un bailliage. C'est une manière de faire un présent d'un millier de louis. A propos du dernier de ces ministres, le roi a répondu à plusieurs employés au département des mines qui se sont plaints de passe-droits, que dorénavant il n'y aura plus de rang d'ancienneté.

H a terminé l'affaire du duc de Mecklenbourg avec

quelques légères modifications. Il a reçu a miracle le général comte de KalkreutU, celui qui a été Taide-de^^mp et le principal faiseur du prince Henri, qui s'est broniHé avec lui à outrance pour Li princesse, et que Frédéric II tenait éloigne pour ne pas trop rompre en tisière ù son frère. C'est un homme de très-grand mérite et un officier de première ligne; mais raffectation avec laquelle le roi fa distingue me parait dirigée contR son oncle. Peut-être y entre-t-il aussi de Fenvie de se raccommoder avec l'armée. Mais si M. de Brûlh persiste A prendre non-seulement son grade qui lui est accordé, mais son rang d'ancienneté qui recule tout les généraux, et Moellendorf a la tête, je crois que le mécontentement est irrémédiable. Tout cela est àpcn près égal pendant la paix, et peut-être même cela le serait-il d'ici à un an à la guerre ; mais dans un plos | long espace de temps, ou recueillera ce qu'on a scsné. C'est un étrange calcul que de mécontenter une eicellente armée par des faveurs et des distinctions militaires pour une race d'hommes toujours si médiocres à la guerre.... Aussi n'ai-je pas prétendu dire qu'ils^ eût pas quelques officiers braves et intelligens au serriœ de Saxe. Il en est deux fort distingués, par exemple, M. Thielcke, capitaine d'artillerie, que Frédéric a Toola et n'a pas pu attirer en lui offrant une place de lieutenant-colonel et deux mille écus d'appointemens ; et k comte de Bellegarde, qui passe pour un des plus habiles officiers du monde. Mais ce ne sont pas ceux-là qu'os attire : on n'a consulté jusqu'ici, dans toutes les préfif* rences saxonnes, que le noble mérite du dévoûmenti la secte, ou la recommandation de Bishopswerder.

P. S. J'ai oublié de vous dire que M. d'ËstecBO

DE LA COVK DB BEIULIN. 49^

avait^ à ma prière^ adressé à M. de VergeimeB la pro^ position d'appeler M. de Lagrange. Il sera bien digne de M. de Galonné de lever les difficultés d'argent que ne manquera pas de faire M. de Briilh.

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