LETTRE LVI
Da i6 décembre 1786.
La faveur du général comte de Kalkrenth conûnue. C'est un objet d'observation; car si elle est durable^ si l'on tire parti de^cet homme profondément habile^ si on lui destine quelque place importante^ le roi n'est donc pas ennemi de l'esprit ; il n'est donc pas ja^* loux de toute réputation ; il ne prétend donc pas éloigner tout homme d'un mérite constaté; les visionnaires n'ont donc pas le privilège exclusif de sa faveur et de sa confiance. Toutes ces inductions sont^ je crois^ au moins prématurées^ et, bien que Ealkreuth ait été jusqu'ici le seul officier de l'armée aussi distingué^ bioi que lui-même en ait conçu des espérances^ bien qa^ soit en première ligne, Moellendorf fr'étant mis à la tête des frondeurs, ce que ne lui pardonne le roî,
Pritwitz n'étant qu'un soldat brave et i < ré, ri-
dicule écho de Moellendorf, Anhalt un , Gaudi
à peu près impuissant par sa gro ur, *ni d'ail-
leurs par son défaut de valeur perse lie, qvi avi fait dire à Frédéric II : C^est unbc >j seur; \ lorsqu'il faut que les enfans répèi ta vn, il s^y trouve jamais ; ses autres 1 tr j trop peu expérimentés 1 or ix; et
cela, dis-je, j'
49^ histoirf: secrète
des distinctions du roi n'ait pas été Fcnvie d*humUierk prince Henii. Du moins je suis lié avec Kalkrenth, que j'ai passablement conquis aux revues de Magdebonrg; j'ai lieu de croire que je sais tout ce ^i s^est pané entre le roi et lui^ et je n'y vois non-seulement rien de concluant, mais rien qui promette beaucoup.
Le roi maintient sa capitation. Elle sera fixée^ dit-on, selon le tarif suivant. Un lieutenant-général ou un ministre, ou veuve d'iceux, douze écus ou environ quarante-huit livres de notre monnaie; un général-major ou un conseiller privé, dix écus ; un chambellan ou colonel, huit; un gentilhomme, six; un paysan possessionné dans les bons cantons, trois; un demi*paysai (le paysan possessionné a trente arpens, le demi-pajsan dix), un écu douze gros; dans les contrées pauvres, un paysan, deux écus; le demi-paysan, un. Le café ne paiera désormais qu'un gros la livre, et le tabac autant Au reste, le directoire général a reçu à cet égard on mémoire si fort de choses, que, bien qu'anonyme^ la lecture légale en a été faite, après quoi il a été protxh colé pour être envoyé à l'administration du tabac^ afin d'en vérifier certains faits. Cette démarche a paru si hardie, que quatre ministres seulement ont signé le protocole, MM. de Hertzberg, Arnim, Heinitz et Scholenbourg de Blumberg.
Les marchands députés de la ville de Kœnisberg ont écrit que si le sel demeurait entre les mains de la compagnie maritime, il était inutile qu'ils vinssent à Berlin; car ils ne pourraient que porter des doléances^ sans savoir que proposer : on assure, en conséquence^ que la société maritime perdra le monopole du sel. Cette nouvelle est au moins très-prématurée. C'est un artide bien important que celui des sels^ et Struensé^ qui a
DE LA COtJR 'DE BERLIN. 49^
employé tout son talent à se l'assurer^ / a si parfûte^ ment réussi^ qu'il débite jusqu'à cinq milliers de lastt de sel. (Vingt-huit muids font neuf lasts.)
Encore une fois^ comment^ si l'on ôte à la société maritime ses plus fructueux monopoles^ donnera-t-ellé le dix pour cent d'un capital de douze cent mille écus? . Quand un édifice dont le faîte est si haut et la base si étroite se trouve élevé^ il faut^ avant que d'en démolir une partie^ bien aviser aux étais que l'on SNest ménagés. Aui r reste, le roi a déclaré qu'il rendrait tout le commercd parfaitementlibre^ si l'on trouvait une manière de ne loi faire perdre aucun revenu. Ne voilà- t'-jî pas un plaisant bienfait ! Je crois entendre dire à uû homme couvert d'ulcères : ce Je consens à recouvrer la santé y pourvu que vous ne m'appliquiez aucun remède^ et que vous ne m'astreigniez à aucun régime. »
C'est une munificence à peu près pareille que celle qui rendra la liberté aux marchandises de France^ en leur faisant payer de gros droits^ dont le prodmt sàra' appliqué à l'encouragement des manu£sictures que l'on croira susceptibles de rivaliser avec les étrangers. Ti-* gnore si le roi croit accorder par là un grand bien&it au commerce ; mais je sais que d'un bout de l'Europe à Vautre la contrebande est devenue un simple corn-* merce d'assurances, à plus ou moins modique prix^ selon les circonstances locales^ et qu'ainsi un gros droit équivaut à une prohibition.
Le roi a ordonné un dénombrement de ses sujets^ non-seulement pour connaiti^e leur nombre^ mais leur âge et leur sexe. C'est probabl it sur ce dénombrement que porteront les change is projet dans militaire ; mais on sait com i tous pays
monde les dénombremcns
tout autrement délicate, et qui suppose un plan général et une (grande fermeté, c est celle d^imposer les terres nobles. On commence à en laisser transpirer le projet, et les conseillers provinciaux ont reçu ordre de donner des ccluircissemeus qui paraissent tendre a ce but ; je croirai A une telle révolution quand je il verrai.
Les faits isoles sont moins importans pour tous que la connaissance intime de celui qui gouverne. Tous les caractères de faiblesse se réunissent à ceux que je vodi ai décrits tant de fois. Déjà Ton emploie l'espionnage^ on accueille les délateurs, on se courrouce contre les désapprobateurs, on éloi(;ne, on repousse les hommes vrais. Los femmes seules conservent le droit de tout dire. Il y avait dernièrement un concert particulier oà assistait, derrière un paravent, laHenck ou Bietz(voQ8 savez que c'est une seule et même personne). On entaul du bruit à la porte ; un valct-de-cliumbre Fentr'ouvre; il y trouve la princesse Frédérique de Prusse et mademoiselle deVoss. La première fait signe de ne riendire; le valet-de-chambre désobéit ; à Tinstant le roi se lève, et fait entrer les deux dames. Quelques minutes après on entend assez de bruit derrière le paravent. Le roi parait embarrassé. Mademoiselle de Voss demande ce que c'est; son royal amant répond : Ce sont mes gau* Cependant les deux dames avaient quitté le jeu de h reine pour cette belle équipée. Le roi en plaisantait k lendemain devant une dame du palais , qui dit : « U n chose est vraie, Sire ; mais il serait à désirer qu'dk » ne le fût pas. n Une autre lui disait l'autre jour à tt ble : « Mais, Sire, pourquoi donc ouvre-t^on toutes » les lettres à la poste? cela est très-ridicule et trà- » odieux. »
DE !«▲ COUR DK WIUUIN. /^gH
On lui disait encore que la comédie allomande^ qu'il protège beaucoup^ n'était pas bonne : k D'accord^ a-t*41 » répondu; mais cela vaut mieux qu'un spectacle £ran« » çais, qui remplirait Berlin de coquines, et corrom«* » prait les mœurs. » Vous conclurez de là^ saiift doute» que les comédiennes allemandes sont des Lucrèces, et. surtout vous admirerez la morale du protecteur dœ mœurs^ qui va souper dans la maison de son ançienno maîtresse^ avec trois femmes, et fait de sa fille une con^ plaisante.
Il ne s'occupe pas plus de politique extérieure que s'il ne pouvait lui survenir aucun orage. U parle avec éloge de l'empereur; des Français, toujours en ricanant; des Anglais, avec respect. Le fait est que cet homme paraît rien, moins que rien, et j'ai peur qu'on ne s'exagère les diversions qu'on peut Caire en sa fa«< veur. Je noterai à ce propos que le duc de Deux-Ponts nous échappe ; mais il se resserre à la ligue germanique, qui est tellement exaltée, qu'elle croit en vérité pouvoir se passer de nous. Dieu sait soiis l'étendard de quel chef ils ont acquis cette présomption I
Une anecdote dont vous ne sentirez pas tOBte ia force, faute de connaître le paysj est pour moi vrai<r ment prophétique. Le prince Ferdinand a touché lep cinquante mille écus qui lui revenaient par le testament du roi, sur une simple ordonnance de Wdlner, conçue ainsi : « Sa Majesté m'a donné ordre de boudie de &ire compter à votre altesse royale cinquante mille écus, qui seront payés à elle eu à son ordre aur cette caifl6e> à vue de ce mandat. Welner. » Un acquit comptant de cinquante mille écus, signé d'un autre que du roi, est une monstruosité dans l'ordre politique i^usaien I
Soyez béni si vous faites la baiii|ue ; car c'crt la aeiife
4c)G mSTOlRK SECRfeTfi
ressource de finance qui ne soit pas horriblement onéreuse ; c'est la seule machine à argent qui fera recevoir, au lieu d'emprunter difficilement et chèrement ; c'est le seul pilotis sur lequel le ministre des finances poisse, dans les circonstances actuelles^ baser son existence. Struense^ qui est plus sur ses étriers que jamais, parce qu'il faut bien qu'il soit le professeur du nouveau mh nbtre, me charge de vous dire que probablement le roi acquerra pour plusieurs millions d'actions, si os veut envoyer à lui Struensé une note sur l'organisation de la banque^ d'après laquelle il puisse fiiire son rapport et sa proposition.
 propos de Struensé, avec qui je suis tous les jonn plus lié, il me charge de vous dire que le changement à Paris de la commandite pour l'extraction des piastres fera vigoureusement baisser votre change, et yoici sob raisonnement pour le prouver.
(f Les représentations de la banque de Saint-Charla pour conserver les fournitures de la cour sur le pied d'une commission de dix pour cent, ont échoué entièrement. Elle n'a pu les conserver que sur le pied d'une entreprise, et aux conditions proposées par les gn^ miosy c'est-à-dire à un intérêt de six pour cent par l'avance des fonds.
» Cette même banque vient de changer de commandite à Paris pour l'extraction des piastres ; eUe a substitué la maison Lenormand à celle de Lecouteolx. Comme la première ne jouit pas encore d'un créât aussi étendu que cette dernière, bien des gens prévoient que la banque espagnole sera dans la nécesauté d'y verser plus de fonds.
» En attendant, celle-ci s'est trouvée dans une détresse extrême. Voulant liquider ses comptes avec la
DE XiA càVK oïî* iifiiÊLur. 497
maison Lecoateuk et d'antres maisons dé France^ eDè avait besoin d'une somme de trois milKons de livres éé France. Pour y satisfaire^ eHe s'est adressée au gouve^ nement^ et a réclamé soixante milKens de réaux qnilm étaient dus. Celui-ci ayant décliné sous différens prétextes de payer^ la banque a déclaré qu'elle se trouvait insolvable^ et qu'elle aUait rendre sa situation publique. . Ce moyen a eu son effet; le gouvemoaient est^venu à son secours^ et il a donné des assfg;nàtions pour vingt millions de réaux^ payables chaque année. »
LETTRE LVn.
Do 19 décembre 1^86.
Le spectacle que le prince Henri avait promis de donner les lundis a été enfin représenté hier au soir pour la première fois. lie roi y est venu contre l'at>^ ^ tente du prince^ et s'y est beaucoup amusé. Je l'ai fort j observé, comme vous pouvez le croire. C'est incontestablement la coupe de Circé qu'il faut lui présenter pour le séduire^ mais plutôt remplie de bière que dé tokai. Une remarque assez curieuse^ c'est que le prince Henri s'amusait pour son compte personnel^ et n'avait pas la plus légère distraction^ soit d'attenticâi^ soit de politique. Tous les ministres diplomatiques y étaient; mais j'y ai soupe seul d'étrangar ; et le roi^ qui^ en tout, le spectacle fini^ a été fort guindé^ si ce n'esT lorsque les gueulées du prii s Frédéric BrmuH vrick lui ont arraché un éc rire, i fait m
mine plus que froide. On l'écb \ z \ pos que l'on me prête, et 1 vm.
songez que j'en pomrr^ aççwHul^ qoiMM oentti de cetto espèce. — l^a prippesjGie Fré4énq[Qe de Prw»e ^ dUnianf ans ; son appartement e«t çar^K à OMQ heuriy du rnatm* lies ducs de Weim^ir ^ d0 Hoktpii)^ df MiBfiikknbcNirg^ looi libertins mal élçyë^^ y entrent (9t en sortent depx ou troU fois d^ns la matinée. «r^liÇ duc de AlecUenbourg raGon» tait je ne sais quoi 4a roitï^ piincedeBruiisMfickniarcha asse^ gauchement si^r )e pi^ j| iiiHénioin, pour lui âiirq apercevoir ce qu'il croyait i^difiul^. liQ doc/^'interrcrmpit 9 u Je crois^ monsieur^ que vous youn moques de moi, 11 et il continue son discours au roi ; pui9 il s'intert (Hnpt encore : « Je recoi^inaif, mpn^ieur^ dapub long-temps votre langue de vipère. Dites devant moi ce que vous avei à dire de moi^ je répoDidrai. n 4-utres propos interrom^ pus; puis : a Lorsque je ^iem partie Sire, le prinee m'habillera joliment. Je prie Votre Majesté de se nqn peler ce qu'elle vient d'eqitendre* » Ce même prince Frédéric est, comme je vous l'ai tant répété^ un chef d'illuminés. Il en di^t des horrepn» au baron deKnypv hausen. ce Mais, monseigneur, lui répond cduinsi, voue passez pour le pape de cette Église. -f-rCela est £siui. — J'ai trop bonne opiniQq< de Votre Altesse, pour la croire d'une secte qu'elle dé^voue : ainsi je lui pro»* mets de dire partout qu'elle mépriae trop les illnmipés
pour en être, et cela réfiabUra sa réputation » Lo
prince bat la campagne, et détourne les chieni. »^ Un courtisan, U4 grand o^ur éçhal d'une emip dmnaiida une place promise à cinq aspîrans } je lui dis s 0 Mais si l'on a des eng^gemens ? -^ Cela pe fait peu aujourd'hui^ reprend-il gravement } on qoimneOQe depuis un mojf à ne plus tenir les paroles données* ji M. Welnep, vé* ritable auteur de la disgrâce de M, de Schulenboorg, ?a le voir, le plaint^ et liy dit { 9 Vqm Afes trop de |É^
5oO HISTOIRE SECKÈTB
rite pour n'avoir pas beaucoup lis. — Hoi^
monsieur^ dit Tex-ininistre^ je m\ connais que trois : le prince Frédéric^ parce que je n'ai pas Yooln placer son chasseur ; M. de Bishopswerder, parce qne j'ai renvoyé un de ses proté(;és; et vons, je ne s» pourquoi. ... » Welner se met à pleurer^ et lui jare qne la calomnie s'acharne contre lui de tontes parts. « La pleurs 9 lui dit M. de Schulenbourg^ ne conviennctt pas entre hommes^ et je ne puis vous en remercier. ..i En un mot, tout est descendu au petite comme totf était monté au grand.
On assure que Ton rend la liberté du commerce di sel et de la cire aux marchands de Prusse : je ne pu pas vérifier ce fait aujourd'hui ; Struensé sera trop f» cupé pour son courrier ; mais si cela est, la aociélé maritime, qui perd en même temps le café, le talM et probablement le bois, ne peut pas soutenir plis lon{];-tcmps un fardeau de dix-huit pour cent au moinSi qu aucun commerce suivi ne donne^ et que M. de Schulenbourg n'a probablement soulevé lui-même avec des privilégies exclusifs si fructueux^ qu'en bronilant les caisses ; de sorte que les bénéfices d'un oIncI couvraient le déficit de l'autre.
Quant aux manufactures de soie, que l'on parle de jeter à bas, je n'y vois pas le plus léger inconvénient. Is gratification annuelle de quarante mille rixdalers (ou ccaC cinquante mille livres) répandue sur les entrepreneurs de Berlin, jointe à la prohibition des marchandises étiaagères, ne sufiira jamais pour soutenir la concurrence; et, comme je vous l'ai expliqué ailleurs, les manufiu^dh riers eux-mêmes font la contrebande, laquelle founk plus d'un tiers des étoffes consommées même dans k pays; car il est aisé de comprendre qu'on préfiere %$
DE LA COUR DE BEaZJN. 5oi
étoffes plus belles^ moins claires et meilleures^ à celles que le monopole veut contraindre d'acheter. Ce n'est pas que les matières premières coûtent plus cher au Berlinois qu'au Lyonnais : il les tire de la même source, et ne paie point le six pour cent d'entrée auquel le Lyonnais est assujetti. D'un autre côté l'ouvrier allemand travaille avec plus d'attention que Fouvrièr français^ et sa main-d'œuvre n'est guère plus chère que celle du Lyonnais : celui-ci reçoit seize sous de façon pour une aune de taffetas^ et celui-là dix-sept sous six deniers pour une pareille longueur de même étoffe, ce qui £sdt à peine un et demi pour cent sur le prix de l'étofTe évaluée à cinq livres l'aune de France. Le manu&cturier de Berlin a de plus^ par une foule de combinaisons locales de commerce que j'ai sévèrement calcalées^ un avantage de trente pour cent sur le manufacturier de Lyon^ à la foire de Francfort-sur-l'Oder ; et cependant il ne peut soutenir la concurrence^ soit par la faute du gouvernement^ soit par celle de l'ouvrier indigène ou de l'entrepreneur ignorant. A quoi donc servent ces ateliers ruineux ? car enfin il n'y a pas moins de mille six cent cinquante métiers^ tant à Berlin qu'à Postdam^ Francfort et Kœpnick : mais il s'en ûtut bien que le produit de ces métiers équivaille au produit d'un même nombre de métiers à Lyon. Un ouvrier berlinois fait tout au plus annuellement les deux tiers de l'ouvrage que fait l'ouvrier lyonnais. Sur ces i65o métiers^ on peut en compter environ 1200 de taffetas^ étoffes brochées^ velours^ etc. ; le reste appar \ fabriques de gazes^ qui produisent annuellement iron 980^000 aunes de 1 rlin. (L'aune de Fra est trois quarts de celle '^^ inJ) ^ 3
toffes ne produisent en^ i
5oa HI8T0IKE SECRÈTE
qui fait en tout i^g4o^ooo aunes. Tous les méden réunis consomment environ 1149OOO livres de soie gré{][e à 16 onces la livre. (Vous savex que 76^000 livres pesant d'étoffes emportent 1 i4>ooo livres pesant de soie brute.) Il se fabrique encore à Berlin aS^ooo paires de bas de soie^ ce qui consonune environ S^ooo livres de soie QvéQc Cest principalement à fiibriquer des bas qu'on emploie la soie du pàys^ qui est réellement d'une qualité supérieure à ceUe du Levalit; mais dans les États prussiens on connaît ai peu Fut de la filer, qu'elle ne peut être employée que diffidt ment dans les étoffes : au reste^ les fiibricans de bs s'en servent avec d'autant plus d'avantage^ qu'étant i bon marché, et d'une qualité forte^ elle (orme des bu qui méritent la préférence sur ceux de Mimes et de Lyon, attendu que dans ces villes on ne se i^ert que è soie de rebut pour cet objet. On &it annuellement dans les États prussiens de huit à douze mille livres de sde; et il s'y trouve assez de mûriers pour en faire trente mille livres. Il n'y a pas là de quoi établir une conaff* rence redoutable au roi de Sardaigne.
La commission a écrit à de Latmay qu'elle n'ainit plus rien à lui demander; en conséquence il s'est ! adressé au roi pour avoir la permission de partîri tH le roi lui a répondu : rc Je vous ai dit de demeurer ici » jusqu'à la fin de la commission. » Il y a là de paA ou d'autre astuce ou tyrannie.
DE lik àititk tà'i TÈitaiiXs. 5d3
LETTRE LVm.
Mademoisdle HéHêké eH inadàflié Riets^ comtnë on voudra la nommer^ a demandé au tcA de toulôir biétt enfin fixer son sort^ et de lui donner ulie terre où elle pût se retirer. Le roi lui a ofiert une maison de càm-<> pagne à quelques lieues dePostdain : rèftid décidé de là belle; et le roi à son tour ûe veut pas entendre ^alrler de la terre. U est difficile de dire quel incident prcM duira ce conflit de cupidité et d'avarice. En alteiidiEmt^ la pastorale continue dans tonte sa force j on a donna plusieurs fois Inès de Castro au théâtre allemand (d'a^ près la pièce anglaisé) et non diaprés la nôtre). Att quatrième acte le prince répète atec ardeur tous les seif^ mens de fidélité à la dame d'honneur : c'est à chaque représentation le motnent qu'a choisi la reine poui* quitter le spectacle < Est-ce l'effet dtl hasard ? è8t-c4S intention marquée? c'est ce qtt'on'në peut détërolineif d'après le caractère turbulent et versatile^ tnaia bon pas très-faible^ de cette princesse.
Lorsque son beau-frère j le due de Weiinài') Mt Bt^ nvéy le roi lui a fait l'acctaeil le plus gradieuX^ et pett à peu il se refroidit jusqu^à la glace. On conjectuM qu'il a mis dé la tiédeur oti de la ntàlâdresôé dâtia ètt négociation avec la reine au sujet du ma^iâge^ lequel^ au reste^ n'est rien moins que décidé. On achète à Post* dam deux maisons de parrîealittB ) on kë màiUe aveâ tould swii d« ttagfidfioAMi A ^irt
5o4 UISTOIRE SECEÈTE
épouser? ne peut-on pas loger sa femme dans soi chuteau? Notez ^ à propos de ces arrangemens^ qie ' le roi envoie en France un sieur Paris^ son valet de chambre^ pour y payer ses dettes^ et y 6dre les emplettes nécessaires à ces maisons nouveUemeni acqiuBa et consacrées à Tamour.
Au reste^ la famille de mademoiselle deVoss^ qdk pressait^ il y a quelques mois^ de partir et d'aller épo» scr, en Silésic^ un gentilhomme qui la demandait^ M aujourd'hui la première à dire que Thymen royal pnh jeté serait ridicule^ et même absurde: en effets les snin peuvent en être fort dangereuses; car si le dégoi succédait à la jouissance (ce qui s'est vu quelqaefoii^ mademoiselle de Voss partirait avec une pension ; a lieu que^ dans sa quaUté de favorite, elle peut iôe rapidement sa fortune, celle de sa famille^ et du ses créatures.
Quoi qu'il en soit, c'est à projeter des bergeria pour le séjour de Postdam que se passe le temps^ et Fa pourrait adresser, sinon comme La Hire à Charles Yl^ ces mots : u Je dis. Sire, qu'il est impossible de peràç )) un royaume plus gaiment ; » du moins ceux-ci : cl » est impossible de le risquer plus tendrement. » Mai^ quelque tranquilhté qu'on affecte, il est des démarchl et des projets qui, sans alarmer, car le roi certainement est valeureux, occupent. Le voyage de F pereur à Cherson, la déclaration très-brusque et trèiformelle de la Russie à la ville de Dantzig, le camp quatre-vingt mille hommes projeté en Bohême amuser le roi de Naples, sont au moins des objets di distraction, si ce n'est d'observation : on doute d'i leurs que l'impératrice aille en Crimée, Potemkin voulant point la rendre témoin de l'incroyable
DE LA COUR BB BERLIN. StS
du peuple et de l'armée^ dans ce jardin Bouvéllement acquis.
Le découragement du minbtèrede Berlin va toujours en croissant. Depuis deux mois le roi n'a pas travaillé avec un seul ministre : cela augmente leur torpeur et leur pusillanimité. La décadence de M. de fiertzberg i^'acheuiine^ et celle de M. de Werder commence. Le roi s'étourdit sur tout cela ; jamais on ne porta plus iloin la manie de régner par soi-même sans rien fidre. |0n parle de substituer une taxe sur les maisons à la caipitation ; je commence à croire que ni Fan ni l'autre de Ces impôts n'aura lieu : on veut èe rétracter avec hon- Deur^ s'il est possible^ et les avis des présidens de provinces en fourniront le prétexte. Il est d'autant plus extraordinaire que l'on se soit acharné à cette capitalîon, que sous le roi Frédéric-Guillaume P' on en fit ^essai^ et qu'il fallut y renoncer dès la seconde année.
L'armée prussienne £ait une nouvelle acquisition^ ^ns le genre de celles dont on l'rarichit depuis quatre 3niois : c'est le prince Eugène de Wurtemberg. Il a ii^ommencé par un libertinage excessif^ il s'est distingué ensuite dans le métier de caporal schlag^ et en portant la sévérité de la discipline jusqu'à la £Srocité. Tout cela ne lui faisait pas une grande réputation : il fut à Paris^ et se précipita dans le baquet de Mesmer^ professa ensuite le somnambulisme^ et continua par une pratique suivie des accouohemens. Ces différentes mascarades accompagnaient et couvraient le véritable objet de son ambition et de sa faveur^ qui est d'accrédi« ter la secte des illuminés^ dont il est un des cheb 1 plus enthousiastes. On vient de loi donner un r ment qui le rapnroche di rlin. Sa fortu ne lui ; piet pas d'y vivi
5o6 HISTOIRE SECRÈTB
meltra d'y faire des courses^ et il i De tm Fini
de la nouvelle É{];li8e. Ardent^ singulier, actif, il pdi comme une py thonisse ; il entraine par une élocôliii forte et extatique; des yeux quelquefoia hagards^ to» jours enflammés^ une physionomie pnrfbndémot émue; c'est, en un mot^ un de ces hommes que Imïf pocrites et les jongleurs mettent en ayant aTeo saooà
aS ànidl.
Je viens d'avoir une conversation très à fondl
presque sentimentale avec le prince Henri
Il en est au découragement le plus complet, soit pi lui y soit pour son pays. Il m'a confirmé tout ce qsejf vous ai mandé, tout ce que je vous mande. Torpd dans les opérations, tristesse à la cour, stbpéfiûtii des ministres, mécontentement universel. On projett peu ; l'on exécute moins encore. Quand on dit que b affaires languissent, on donne gravement pour nkoi que le roi est amoureux, et que la vigueur de Fado* nistration tient à la faiblesse de mademoisdle A Voss; qu'il est bien ridicule de suspendre ainsi Itti^ faires de tout un royaume, etc., etc.
Le directoire général, qui devrait être uli coii d'État, n'est qu'un bureau d'expéditionnaires pom^\ courant. Si les ministres font une proposition^ on S; leur répond pas ; s'ils représentent, on leur donne èi'i dégoûts. Ce qu'ils devraient faire est si loin de ce oiAi font, que l'avilissement de leur dignité occasions réflexions désagréables. Jamais on ne produisit vite une opinion publique que Frédéric-GniUaiuM^ dans un pays où il paraissait n'en pas exister le genH Le prince Henri ne voit nul remède aux vices ds Hl^ térieur; mais il n'est pas inqmet pour le < ieiuNESf pM;
DE X. ëôim IM SÉiil.iN. Sd^
[ue le roi est aujourd'hui tout-à-faît décidé pour la •"rance^ et plus encore sans confiance pour les &uteurs
la parti anglais Pren6a bien gafde que ceci est la
rersîon du prince^ à laquelle au reste je ne suis pas i^oigné de croire^ si nous ne gâtons pas nos propres chances*
Au reste^ ce que les pajnerl pnblicB annoncent deit royages du prince Henri est sans fondemeiit. Quelques Velléités pour Spa et la Fta&oè ; nul projet arrêté. Une lipérance vague qui ne peut mourilr^ nialgré les coups qu'on lui porte^ le retiendra à Reinsberg; les années M raccéderont ; le moment du repos viendra ; l'habitude l'enchaînera dans son glacial château^ qu'il vient d'aug-* tnenter et de rendre plus commode. Joignes à ces dif-i Gsrentes causes un caractère nul^ une volonté instable somme les nuages^ des incommodités fréquentes^ et une chaleur d'imagination qui l'épuisé. Ce qu'on dé-* sire sans succès tourmente plus que od qu'on eaKéoui6 avec peine.
On va nommer un second ministre eu Silàdè. Ua seul est une espèce de vice-roi; il est dangereux^ dil^ OD^ de voir par les jreux d'un seul. Dwide et tmpefa. C'est encore à cela qu'ils en sont en politique.
Le prince Frédéric de Brunsvnck intrigua prod!«< gieusement contre le prince Henri et le duc son frère } on ne sait ce qu'il veut ; mais il Teut> et cela lui donne une certaine importance envirs cette ttmibê si nom'' breuse qui ne conçoit pas qu'un pnàca méprisable l'en plus qu'un autre honmiei II ne peut être ni duimUe» ment utile^ ni le moins du monde soit agréablej mIi w timable ; mais, dans telle circonslanoe donnéei il (M»« rait être un espion nécesseiret
5o8 HISTOIKE SEOtfeTB
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