‹ Œuvres de MirabeauChapitre 65 sur 79 · LETTRE LIX · texte numérisé non relu

LETTRE LIX

Berlio, 35 décenbre 178S.

On parle d'une grande promotion, dans laqaeDe» ront compris le prince Henri et le dac de Bmnswkàj comme feld-maréchaux ; mais le premier dil qa^il s veut pas être feld-maréchal. Il s'est toujours oppoRi ce que le duc le fût sous Frédéric II, qui ne todU pas conférer ce grade aux princes de son sang. G* alternative de hauteur et de vanité, aidée même dei ridicule comédie, ne le mènera pas loin. U compte pit tir au mois de septembre pour les eaux de Spa, viflU ensuite nos provinces méridionales, et de là se renèi à Paris^ où il passera lliiver. Tels sont ses projets actuels^ et c'est une assez grande probabilité qa'il ne fn rien de tout cela.

Le roi a déclaré qu'il ne placerait personne qui et déjà des fonctions chez les princes. C'est là probable ment ce qui a fait sortir le comte Nostitz de cheik prince Henri. Ce comte est une espèce fort étrange.

D'abord envoyé en Suède, où il se fît le chef de quelques ministres du second ordre, mécontent des kii sévères de l'étiquette, il vécut maussadement dansvBB place qu'il exerça sans talens. A son retour il se ft nonuner l'un des gentilshommes pour accompagner k 1 prince royal en Russie, et oublia de demander soi agrément. On le regarda comme un surveillant inoov mode ; on le produisit avec économie ; de là hnmeati plaintes, murmures. Le feu roi l'envoya en Espagne^ où il acheva de dissiper son bien. Lesnégodans d'&Db den et de Kœnigaberg demandent que les Espagnbbdi*

DE LA COUR DE BBRLUf. S69

minuent les droits sur je ne sais quelles maorchandisesi Le comte Nosdtz sollicite^ négocie^ et bientôt éciit K que le nouveau tarif est tout à l'avantage des sujets n prussiens. » Le roi fait remel:cier la cour d'Espagne* Heureusement le comte Finchestein'^ qui n'avait pas reçu le tarifa suspend les remorcîmens. Le tarif arrive. Les négocians prussiens étaient plus chargés qu'aupa^* ravant. Fureur du roi^ rappel subit de Nostits j il ar-* rive à Berlin sans son bien^ qu'il avait dîfiâpé^ sans sa considération, qu'il avait perdue^ sans espoir .pour l'Avenir. Le prince Henri le recueille dans son palais, asile ouvert à tous les mécontèns ; il y reste dk-hoit mois^ et s'y montre ce qu'il avait été partout ailleurs : esprit de travers, immoral, plein de disgr&ces, ne sachant point écrire, ne voulant point lire; vain comme un sot, colère comme un dindon, ^étranger à toute espèce de place, parce qu'il n'a ni principes, ni séduction, ni lumières. Tel que le vcnlà, cet insipide mortel^ véritable héros de la Dunciade, sera nonuné dans quelques jours ministre pour l'électorat de Hanovre. On dit, pour excuser ce choix bizarre, qu'il n'y a rien à £aûre dans ce poste ; mais pourquoi envoyer un homme- là où il n'y a rien à faire ?

Madame Rietz, celle des maîtresses qui a résisté le mieux à l'inconstance des hommes et aux intrigues de la garde-robe, a demandé modestement an roi le mar» graviat de Schwedt pour retraite, et quatre gentilshommes pour Élire voyager son fils^ cmmne un fils de souverain. Cette hardiesse n'a pas déplu au roi, qui avait été blessé de la demande d'une terre. Il a trovré sans doute qu'on le respectait beaucoup^ puisqu'on loi faisait des propositions si honorables.

Ses anciens amis ne peuvent piaf obtemt WM

5io HmoimE fsciii

nate d^andience ; les portes :

Mais an comédieu appelé Marr giste à Vervîers, est venu solliciter sa choisi le moment où le roi montait ea Toiton. Sa Kl jesté lui a dit : Plus tard j plus iard. IlattflBdikn revient, le fait monter dans ses appaitemcaiy tmt avec lui un quari-d*heure, prend sa requête, et U promet ce qu'il demande... Non, jamais, jamus le |É des petites gens ne s'émonssera, et les yalets ieni tout. Aussi donne-t-on publiquement à Welncrk» briquet de vice-roi ou depeiii roi.

Le véritable a écrit au général de la gendanw (de Pritwick) que plusieurs de ses officiers jouaicolk jeux de hasard; que ces jeux étaient défendus; fA renouvelait les défenses, sous peine, la première ik d'aller à la forteresse ; la seconde, d'être cassés. L'sii et la menace étaient pour le général lui-même, (|î a perdu beaucoup d'argent avec le duc de Meckkpr bourg.

On assure que le duc de Brunswick sera id ds i | au i5 janvier. Mais Archimède lui-même denoanàî un point d'appui, et je n'en vois à Berlin d'aucune c^ pèce. On y a des velléités, et pas une volonté, et b velléités mêmes y sont incohérentes, contradictohcs^ précipitées. On n'y sait pas, on n'y saura pas délier fi chaînon après l'autre, ni surtout mettre la cognée H pied de l'arbre parasite et vorace ; car c'est l'agric^ ture qu'il faut encourager, surtout dès que Tan il' nonce à pressurer le commerce^ dont l'oppreasioii i jusqu'ici fait venir de l'or^ grâce à la situation des tM prussiens : et comment encourager l'agriculture dai> un pays où la moitié des paysans est attachée à la dèk| comme en Pon^éranie, en Prusse et ailleurs ?

DE %A esm w «muN. ffit

Une grande opération iB^ratt de diviser les diwaines royaux en petites fermes^ comme ont fait ea Angl^ |erre depuis si long-temps les seigneurs terriers. Ge iont là de ces choses qui importent beaucoup plus que tous les réglemens de coouneroe { mais il jr a tant-d'ioi léressés au contraire et une à. forte habitude de sern Yage^ qu'il faudrait des têtes^ une énergie et une sui^e ^nt je ne vois pas même le germe ici^ pour essaya de ce régime. Il y faudrait aussi plus de lumières qu^l n'y ep aura de long-temps pour crœre qu'il n'y a point de ^le^ point de province qui ne eonsentît de grand IMBur à payer au roi beaucoup plus que ee qu'il en ret tire de revenu net, s'il voulait la laisser se eedser pour cet effet, en surveillant pourtant toujours la maniera dont se ferait cette cotisation, poipr que les oiagistrats €t la noblesse n'opprimassent pas le peuple, et qii'aloni tous les sujets gagneraient les troôs quarts des fixais dq perception et l'affranchissement de toutes les gênes io* dignes que la législation fiscale d'à présent leur impose. Encore faut-il bien penser que ce n'est pas icn comme chez nous, où le fonds, la masse de la richesse nation nale est si grande, grâce à Vcixcdleiioe du sol et du climat, à la correspondance des parties, etc.^ eto^^ qu'on peut faucher d'aussi près que l'on vent, poomi que l'on ne fasse pas des fourneaux pour brûler la terre ; qu'il ne faut que diminuer lea frais ^t pereepn tien; qu'aucun autre allégement n'est nécessaire; que même on peut prodigieusemenlimposér f neore, paurya que l'on impose bien.... Id, et sauf deux ou trois pro« vinces au plus, la base est si étroite, le sol si infécond^ si noyé, si avarié, que c'est à TautOlité tatélaire à fiiirQ la plus grande partie de tout ce. qui peut réoOQoilMf la nature avec e^t wfml dHpiuîé til »y a fiat jliiB^

5l9 HISTOIRE SECifeTB

la division des domaines, celle o n si ffooiè

en ressources de tout genre, qui e]..^ Ji t .es pins fan avances ; car les ateliers de ragriculture sont penfrès ceux de tous a qui les bras suffisent le moins : indfr pendamment de ce grand point de vue^ la/breemh litairey qu'il faut considérer ici, où Ton n'a pas ds Pyrénées, des Alpes, des fleuves, des mers pour r» parts, et où avec six millions de sujets on vent et a doit à un certain point avoir deux cent mille hommB armés. Or il n'y a plus à la guerre que le courage i l'obéissance, et l'obéissance est une idée innée cha fc paysan serf; de sorte que la plus grande force de cdls armée est peut-être que le lien féodal concoort aveelt lien militaire. Indépendamment de cette considératb vaste, que je développerai ailleurs, ce n'est donc pas k tout que de faire comme tel ou tel seigneur msse ci polonais, et de dire : (c Je vous aflBranchis ; » car ki serfs diraient ici comme là : « Grand merci de votre a^ » franchissement, nous n'en voulons pas^ » ou même de leur distribuer des terres gratuitement ; car ils diraient : « Que voulez-vous que nous en fassions ? « Oft ne peut établir des propriétaires et des propriétés cnè par des avances, et des avances coûtent ; et puisqal y a si peu de gouvernemens qui sachent semer pour recueillir, celui-ci ne commencera pas. Il ne paraît ptf probable que Faurore de la saine économie politique luise ici.

Il est à peu près public maintenant que M. le comte d'Esterno part au mois d'avril pour la France. Je laiSK à votre délicatesse et à votre justice à prononcer m je puis rester ici le surveillant d'un chargé d'affidreSé Oi pourrait m'en donner en son absence les fonctionsi que je p'açcepterais assurément pas sous mi minism

DE LA COUK DV ntfLiir. 5i3

par intérim^et cela n'exigerait même qtie la simple pr^aution d'accréditer Hecrètement; mais comme on ne le fera pas, tous sentez qne c'est niie nouvelle et très-forte raison pour partir vers ce temps-U. Us se iMnnaissent mal en hommes, ceux qnî vondument ne fiiire de moi qa'un nonvelliste, et scrtont cenz qui espéreraient m'y bke conseoùr tacitement on non.

. F. S. Le comte de Masanne, ferrent illuminé, est grand-maître de la maison de la reine. Weloer a soupe avant-hier arec elle à la place d'honneur, c'est-à-dire vis-à-vis d'elle. S'il se lirre aux désirs de cette indécente vanité, il sera bientôt perdu.

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