‹ Œuvres de MirabeauChapitre 68 sur 79 · LETTRE LXI · texte numérisé non relu

LETTRE LXI

Du !•«■ janvier 17S7.

Le roi vient de donner son ordre à quatre de m sujets : l'un est le f^arde do son trésor (M. de Blnm» thaï), ministre fidèle^ mais obtus ; Tautre est son gnd écuycr (M. de Sclicwrin), plat bouffon sous le feu w^ homme nul toute sa vie, brouillon, inepte^ auquel A a commencé, sous le nouveau rc{jne, par ôter le soii des écuries ; le troisième est son f];ouyemenr^ à&k & quatre-vingts ans, éloigné depuis dix -huit, sm talcns, sans services, sans dignité, sans estime pou son élève; et c'est peut-être la première marque tfm sens droit qu'il ait doimée; le dernier, qui n'est ptf encore déclaré, est le comte de Bridh, récompensé aios par des décorations à la suite de dons plus efFectifc, avant d'être entré en exercice. Quelle prostitution dix»* neurs! quelle prostitution, dis -je, car la prodigafilé seule est une prostitution !

Parmi les autres grâces, on distingue un prêtre visionnaire, prédicant effronté, couché sur Fétat des gra* tifications pour deux mille écus ; le baron de Boden^ renvoyé de Cassel , espion de police à Paris, conna i Berlin pour voleur, filou, faussaire, capable de tont, excepté de ce qui est honnête, et dont le roi lui-même a dit : Cesù un coquin, décoré de la clef de chamb^ lan ; des pensions sans nombre a des êtres obscurs on infâmes; les académiciens Welner et Moulinés nommés directeurs des finances de rAcadémic... Toutes ces fiiveurs annoncent un prince sans tact, sans délicatesWi

DE U. OOBR m aUUH. Sig

tons eattme de loi-mêma ni de ses dons, sani loin de M gloire, sans égard pour Topinion, amn propre à décourager ceux qui eont quelque choK qu'à efhwrdir ceux qui ne sont rien ou pii que rieiL

Le mépris public est le digne lalaire de tontes ces œuvres. Il point tous les jours davantage. On n'en est ^jà plus à cette espèce de stupeur qui le précède. On ^it d'abord étonné de voir le roi fidèle à la comédie, fidèle au concert, fidèle à son andeone maltresM, fidàk à la nouvelle, trouvant des heures pour voir des e^ tampes, des meubles, des boutiques de marchands, pour jouer du violoncelle, pour s'instruire des tracas- 9eries des dames da palais, et obercbant des ïwinut<w pour écouter les minietrei qui agitent sous ses yeux les intérêts de l'État. Maiotnumt on s'étonne si quelque sottise d'un genre neuf, ou quelque péché dliaintude n'a pas consumé une de ses journées.

Aujourd'hui ont para les nouveAix uniCormes inventés par le roi. Cet eu^tiUàge nùUtoire, préparé pour le jour où les hommes ont le ridicule usage de se donner en spectacle, confirme l'opinion que la. souverain qui y attache tant d'importance a oe genre «f esprit qui ^t croire que les parades sont quelqoa chose. Le cœur vaut-il mieux que Teiprit? on eommanee à en douter.

Le comte Alexandre de Wartensl^ten, wuAm &vori du roi actuel, mis pour lui i Spandavr, ai^elé du fond de la Prusse à Berlin pour coQunander les gtrdes, vient d'être placé à la tète d'un régùnent i Brandeboui^, et perd à cet arrangement cent lotus de pension que loi disait le roi étant prince royal. Cet officier, frano et véridique, est étranger à la secte eii f.iveur; ci, après avoix IsB^ dans ime ^'np^" 'VTÉÉi^Mtf^ iM°* P" *"

5aO IIISTOIIIE SECRÈTE

traitement qui n'est ni disfp:âce ni récompenfle. 0 prend assez {;iincralt»inent cela pour une preuve déplorable que le roi ne sait du moins ni aimer ni haïr.

On a ])ersuadé à 'mademoiselle de Voss qu'il étiil plus généreux de défendre une sotlise à son amant ^ iïcn proiitr r. C'est ainsi qu on nommait publiquement ce mariajïe, qui iùt devenu le sujet d'un reproche cttrncl lorsque Tivresse de la passion aurait été amortit La belle deviendra donc riche^ comtesse^ souveraine peut-être des volontés de son amant^ mais non passa |. épouse : son influence^ au reste^ peut amener de grands ciian;jemens^ et dans un autre pays rendrait le comte de Schulenbourg ({gendre du comte de Fincheatôn] ministre principal. Il se conduit très-habilement poor s'attacher Struensé^ qui lui apprend son métier avec une si {grande clarté, que le comte croit le savoir. lia d'ailleurs Tesprit exercé^ de l'aptitude au travail^ de l'ardeur^ de la suite et de l'énergie : aidé de son Causeur, il ne trouvera de difficultés à rien^ et c'est là ce qall faut à ce roi-ci, dont l'âme est faible et lâche^ conune il le fallait à l'autre^ toujours inspiré par le sentiment de sa supériorité : on n'en a pas un besoin si çrand pour régner sur des topinamboux.

Le mémoire contre la capitation^ qu'ont signé MM. de Ilertzberg^ de Heinitz^ d'Arnim et de Schnlenbourg, finit par ces mots : u Cette opération^ qui alarme toutes les classes de vos sujets^ efface dans leufl cœurs le surnom de Bien-Aùnéy et glace le comage de ceux que vous avez appelés dans votre conseil, i Struensé a de son côté £ait parvenir deux pages de chiffres qui démontrent les mécomptes qui se trouveront infailliblement dans la perception. MM. de Werder^ • Gaudi^ et probablement Welner^ s'obstment^ .^ le zoi,

DE LA COUR DE BEELIN. Séï

|ui n'a ni la force de résister au grand nombre^ ni ^e de reculer^ n'ose pas encore prononcer.

Il part le 1 5 février pônr Posidamy.où il se propose^ lit-on^ de demeurer le reste de Vannée^ excepté le :emps des voyages en Silésie et en Prusse. . .

P. S. Le soir. Le roi a nommé aujourd'hui à l'ortire le duc de Brunswick feldr-maréclial. C'est assuré^ ment le premier de ses choix qui lui ait Tait honneut^ et tout le monde a approuvé qu'on eût fait une promotion pour ce prince seul.

2 janvier.

L'envoyé de Hollande m'a jeté dans un grand embarras et un étonnement qui n'est pas moiijbdre. Il m'a demandé nettement A j'approuverais que l'on trar vaillât à me faire accréditer pour traiter avec madame la princesse d'Orange à Nimègue. Si. me trom^ per pouvait le conduire à quelque chose^ j'aur^« pu croire qu'il voulait me faire parler; npiais cette phrase a été accompagnée de tant de détails^ tous yriâs et d^ bonne foi^ de tant de confidences de tout gentfe^. d'uM série d'anecdotes si raisonnées et si décîsîves^ que j'ai pu être embarrassé à expliquer cette espèce de lubie, mais non pas douter de la candeur du ministre., Après cette première considération j'ai hésité si jd fiioslen parlerais^ dans la crainte que l'on nem'im{tatAl.la pr^ somption d'avoir voulu rivaliser avec M. de Renneval ; mais^ outre que mon chiffire passe sous les ^6ux de mon sage ami avant de tomber dant tes mains du roi ou de ses ministres, et qu'ainsi je. suis sûr qOiil^ne laisserait pas ce qui pourrait me odmprometti)» iuttî« iement, je n'ai pas cru qu'il pût être de num d6vqk.de taire une ouverture d'un genre A sJngnHtf; Cj0 jj|pf je

592 HISTOIRE SECRiCTE

dois ajouter^ me référant d^ailleurs c phu gnè détails après la lon{][ue conférence que j «arai a?ecU demain matin, c'est que, si la France n'a pas Surière-penséc, et ne veut qu'affaiblir le atathoader^ è manière à ce que son influence ne puisae plus aerrirb Anglais, les patriotes ne sont pas, à beaucoup près^anî simples dans leurs intentions. J'ai la preuve que,i i^8.{ à la fin de 1785, ils ont été en correspondaiB secrète avec le baron de Recde, et qu'ils ont cessé fii cisément au moment où le baron leur a écrit : ce FiilB )) vos propositions ; j'ai carte blanche de la princcM; » à ce prix le roi de Prusse vous répondra du priiuXii Que M. de Ilenneval ne puisse pas réussir ; que ce Mi une affaire échouée tant quon négociera au fia d'arbitrer (ce sont ses mots, et ils me paraissent » marquables) ; que l'implacable vengeance du dncdek Vauguyon vienne de ce qu'il a osé être amoureux A la princesse, et en a été éconduit... c'est ce qns j( laisse à ceux qui peuvent juger de la vérité de ces al* légations ; mais je dois répéter mot pour mot ccttt phrase du baron de Reede : « M. de Galonné est coBtn M nous, et son ennemi nous tend les bras ; cependul ji que veut-il, M. de Galonné? être ministre des it 11 faires étrangères ? Un succès de pacification en Hol' » lande fera mieux pour lui dans ce cas que la confr » nuation des troubles, qui peuvent allumer un graul » incendie. Je demande catégoriquement réponse âh 1 M question suivante : Si l'on prouve à M. de Calonae » que le statbouder est revenu de bonne foi à la France^ » ou, ce qui est la même chose, qu'on l'y liera de » force, ne sera-t-il plus contre nous ? ou a-t-il qod- 1 » que intérêt particulier que nous heurtions ? et B6 »i peut-il pas s'en expliquer? Assurément il a qâm

DE LA, CODR IIB tËHLOI. feS

H et bisqne Ear M . de Breteofl, qno noof mam tm^oan » haï et méprisé. Ponrqncn veaMl gftter n 'parde? m I J'ai répondu à tout cela néca«airement au peu dani lie vague ; je lui ai dit qae Bf . deCalonne oÙTCit oMaitnement dans les afifairn ^trangiret la ligne de Mi de I Vergennes ; que le premier, bien loin de conToîtor la ! place du second, le sonUendraït de tontéi ses foieea 4, tpar impossible, il en avait besoin; qifon contrAlév ' général ne pouvait jamais dMrer qne la pux et la po* Jidque calme et tranquille ; que j'ignorais si M. de Cfrlonne avait en Hollande des diseurs particuHars (t^est lin fait qiie m'a assuré positivement le baron c|c Reede, et c'est probablement U ce qui fan aiut venir l'idée de me substituer i leur place), tnals q^il me croirùt fou si je lut pavlais de telle chose, «C -qu^aÛMj dans le cas très-invraisemblable o& madahae la prîiwcesse d'Orange, sur sa parole à lui Reede, serûtfDft* ceptible de prendre en moi quelque oonflanca, il lll* lait qu'elle le fit dire par une voie toat-i'^lUt élranigère à moi, par la Prusse, par exemple, nods qnll était loin de toute probabîhté qiK l'on pftt'vonloir substituer un homme incomm dans cette oanii^i M que nous avions de plus réputé. Le baron de Reede a persévéré, ajoutant au reste qu'outre que M. de Aen* neval ne pouvait pas rester long^oinpB là> dliu tons les cas ons'entendraitmietix quand la princtaH^ulcnit avec confiance ; que la confiance était 'nn Motïmant qui ne se commandait pas, et qu'elle n'atWAit jamw pour ce négociateur.... Enfin 11 m'a daduildé sont la plus grand secret une conférenea que Je n'ai pas dd'X*^ fuser, ce me semble, et tonte sa cottvezsatioii n^k d^ montré bien deux choses :

H. de Galonné enûèreinerit tourné contx

ministre influent dans cette rixe polii i i; laseooiki qu'ils le croient trompé. Je me persuuuc d*autaiit|b que cet aperçu est vrai, qu'il a fort insisté pour ip lors même que je ne recevrais pas des ordres povi rendre en Hollande, je passasse par Nimèçae enieuv nant à Paris, afin qu'aidé des seuls gages de confiai que je recevrai de lui, je pénètre assez dans celle dek princesse y)our pouvoir rapporter à M. de Calonsek véritable état de situation et des bases pour une ciliation solide et sincère. Ce n'est donc pas tasii autre homme que M. de Renneval qu'ik vedi^ qu'un autre C'^'^'^, ou affidé particulier quelconqneè M. de Galonné. Je finirai par deux remarques pc* être importantes : i^ Mes sentimens et mes pTincipai| liberté sont si connus, qu'on ne peut pas me re^v^ comme stathoudérien ; on veut donc de bonne foi /s commodcr à Nimègue ; et le succès de cet acconuadément ne vaudra- t-il pas mieux à M. de GalonncfK les machinations de M. de Breteuil? Pourquoi ne v» drait*il pas avoir le mérite de cette pacification^ à el est nécessaire , et ne l'est-elle pas à un certain poitf dans la situation politique de l'Europe ?

2^ La provmce de Fiîse a toujours été anti-statfao» dérienne ; elle commence à se rapprocher du prioft Ne serait-ce pas qu'on a eu la maladresse d'attaqutfk stathoudérat sur une ligne hostile pour les provincOi où ni la noblesse ni les régences ne veulent ni ne per vent vouloir le bouleversement absolu de la constitition ? et ne se laisserait-on pas entraîner trop loin pi la province de Hollande ?

Ces deux considérations, que je pourrais appoff d'un grand nombre de détails confirmatifs^ valent pêH' être la peine d'être pesées. Je vous enverrai^ le

DE ■LA COUR DE SEUtH. SftS

jtrochaîn, le résultat de notre conférence; mais ri Fou .^ des ordres, ou des avls^ on des directions à me dotH jjor à cet égard, il est nécessaire de ne pas me &iro ^guir; car ma position envers de Reede est embarjusante, puisque je n'ose ni rebuter ai accueillir des itrances qu'assurément je ne provoquai jamais, et que, ^r la situation bien constatée du cabinet de Postdam, il était même impossible que je provoquasse, quand Béme j'en aurais en la témérité.

Ifoldé m'a déjà écrit plusieurs lettres de Conrlaiide, (t m'annonce pour le courrier prochain un chiffre imtortant. Mais le résultat évident semble qu'il est trop Brd pour sauver la Conrlande; qae tout ce qu'il an- :aît fallu empêcher et prévenir est bit, on autant que ait, et que les meilleurs médecins ne peuvent que >erdre leur temps en traitant des incurables. Le porenr de la lettre qui a fait partir Noldé est un négociant le Liébau, nommé Immermann, qui a été chargé de légocier un emprunt d'argent en Hollande et ailleurs, nais qui, à ce que l'on dit, n'a eu aucun succès. On >ense dans le pays que le ducy a mis des obstacles. La lièie de Courlaude va commencer en janvier. 11 est à emarquer que, depuis deux ans, il n'y a pas eu de déégué de Courlande à Yarsovie.

On croit savoir de bonne part que quatre corps de roopes russes se mettront en marche pour ae rapprocher seulement de la Crimée, dans le temps oA Hmlératrice y aéra, et ce n'est pas tant pour &ire peur .ux Turcs que pour éloigner des environs de Pétenlourg; et des provinces s^tentrionalcs de la Rtune, :t surtout du grand-duc, la plus grande et fiinnidaUe ■artie du militaire, afin de ne pas même s'exposer à la >os8Îbilité de quelques événemens fâcheux ; car oore»

5a6 HiflTomE sEcmÈTB

doute Tamour sans bornes du i>eu( i se povki

grand-duc. (Mais si on a ces tcrreui urquoiài

ce voyage si inutile, qui coûtera sept à huit nuliflil

de roubles? si inutile, dis*je, dans vos idées; cartel

les miennes, Fimpcratrice croit aller a

ou elle ne partira pas.) Les troupes seront diviaéei

quatre corps de quarante mille hommes chaouL

chefs de ces armées seront le feld-maréchal de

kin, (jui aura le commandement immédiat d'un

de quarante mille bommes, et la surveillance da

très, qui sous lui seront commandés par les génésB

d'Klrut, de Michels-Sohn et de Soltikow. Le pÔB

Potcmkin a sous son commandement particulier etî

dépendant soixante mille bommes de troupes irrip

licres dans la Crimée. On se dit à Toreille qu'il i

projet de se faire roi de ce pays et d'une bonne ps>

de l'Ukraine.

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