‹ Œuvres de MirabeauChapitre 71 sur 79 · LETTRE LXIV · texte numérisé non relu

LETTRE LXIV

.IIXMefiil-.

Je crois savoir enfin ce que tripotait l'ei

'il a proposé nettement de laisser prendre i la Pïmae

* le reste de la Pologne, pourra qu'oQ loi laiasftt e'ap-

' proprier la Bavière. Heureusement le piège Aail trop

' grossier. On a senti qu'il ofËrail de donner on pajrs

^ qu*il n'était pas en son pourçii de donaer, M i l'in-

' rasion duquel s'opposait la Russie, pour aa laiiir laiie

obstacle d'an pays qu'on ne loi dtcfait pasj un* fiw

qu'il s'en serait emparé, et l'on a reâiaé. Probablawi— t

votre légation a découvert cela long-tempi avaiK hmm«

et TOUS savcx par elle les détaiUj il uc Uù aura (las été

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diflicile de vous en instruire; car en ; litiqueoitt

aisément confuicnce de la proposit ï qa'oa i't|i|

acceptée; d*ailleurs c'est une afancc prodigicoN d'avoir droit de conférer avec les ministres, pour viner même ce qu'on ne leur demande pas. Voac je n'ai pu que vous dire : on machine, on intrigoe; moment où j'en découvre davantag;e, je cnw vous avertir, mais sans imag;iner rien vous appraii* je n'ai promis que de tenir au courant de nnténi de la cour et du pays, le reste ne me regarde p0;jt n'ai aucun des moyens nécessaires pour m'en ooff à fond.

Dieu veuille qu'il ne vienne jamais dans la têlk l'empereur d'allécher le roi de Prusse d*nne ittaaB plus adroite, et de lui dire : « Laissez-moi prenèc Bavière, je vous laisserai prendre la Saxe, qui donne le plus beau pays de l'Allemagne, une fronh formidable, et près de deux millions de sujets^ qui, un mot, vous étend, vous arrondit, vous consolÛc; nous n'aurons pas même de difficultés graves : 3 nous faut, pour les lever toutes, que faire l'éli roi de Pologne ; car cette maison de Saxe a la (|e la royauté ; et quand nous le ferions roi hérédita quel inconvénient y aurait-il? Il est bon, ou du il sera bientôt bon d'avoir une forte barrière la Russie.... » S'ils avaient cette idée, elle serait tôt exécutée bon gré malgré tout le reste de rEorop; mais ils ne l'auront pas; ils sont, Fun trop décoM l'autre trop incapable; et, après des débats pins i moins sérieux, l'empereur accrochera encore en 1^ vière quelque village, et le roi de Prusse croupira àH sa nullité.

C'est malheureusement user d'indulgence que At

DE LA COUR DE BERLIN. S^îj

traiter ainsi. Voici un fait parfaitemenl secret, parfai- ^^ement sûr, et qui, mieux que toutes mes dépêches ^précédentes, vous fera juger l'homme. Il a fait payer ^depuis quinze jours une dette d'un million d'écus à l'empereur. Qu'est-ce que cette dette? L'impératrice reine avait prêté au prince royal, aujourd'hui roi de Prusse, un million de florins, devenu, par l'accumula- 'mion des intérêts, un million d'écus. Et quand? en 1778, lors de la campagne de Bavière, aux fatigues de la- -cjuelle on se croyait sûr que Frédéric n ne résisterait pas. Ainsi Frédéric-Guillaume a été assez vil pour ac- "cepter de l'argent autrichien, et il est assez imbécile pour le rendre ! Il ne sait pas dire, mon successeur 'vous paiera! Il sanctionne le procédé de la cour im- ^'périale prêtant de l'argent aux princes royaux de Prusse ! Il croit avoir rempli ses devoirs de monarque, pourvu qu'il ait la probité de payer ses dettes de particulier Soldées, elles ont monté à neuf millions d'é-

' eus ; et quoiqu'à la vérité je suppose que les payeurs "^ n'y ont pas perdu, il n'en est pas moins vrai que les premiers mois de son règne coûtent trente-six millions à la Prusse, par-delà ses dépenses ordinaires, sans ^les dons, gratifications, pensions.... L'extraordinaire - de la première campagne, où il fallait remonter toute la cavalerie, ne coûtait à Frédéric II que cinq millions ou cinq millions et demi d'écus, ou vingt-deux millions de nos livres.

Je ne vous ai pas encore peint le roi comme militaire : ce métier l'ennuie, ses détails le fatiguent, les généraux lui pèsent; il va à Postdam, voit la parade, donne le mot, dîne et part. Il est allé mercredi à la maison d'exercice de Berlin, a dit un mot, fait marcher les troupes et est sorti : voilà ce qu'on voit dans . cette VIII. 35

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même maison où Frétlcric 11^ couvert gloÎKCtfi i)ée!«, |Kis8ait rc{;iiHerem(*nl deux Iicutl., damkiMI de rhiver, à exercer, tempêter^ gronder, louer, a ■ mot à tenir on activité perpétuelle les iroupci lo» mentécs,mais transportées de voir a leur tèit levioa; car c'est ainsi qu'elles le nommaient.

Mais un point plus important^ c'est le nooveni^ {;lement militaire, conçu, rédi{;é, approuvé, et f»} dit-on, va s'imprimer sans avoir été communiqvi au prince Henri ni au duc de Brunswick : ce noam plan ne tond à rien moins qu'à détruire raniiée.If sept meilleurs réf^imeus sont convertis en troupsi^ gères, entre autres celui de Wunsch. Je ne sais pa» corelcs détails des changcmens ; mais l'avis du gbià Moellendorf est que si Lascy les avait conseillés, iki seraient pas autrement. Ce digne homme est dMl humilié, découragé ; tout se fait par M. de Golli,it tier, incapable de discuter, et dont le principe eit^ l'armée est trop dispendieuse, trop nombreuse i temps de paix. Il est en rixe perpétuelle avec Bishop v^erder, souvent chargé d'objets qui appartiennentiv travail, et nécessité en quelque sorte de se mêler métier où tout le monde ne le croit pas également vi

Le duc de Brunswick ne vient point : il a répoai^ à quelqu'un qui l'avait complimenté sur son noufOil grade, et dont la lettre supposait qu'on s'a à le voir bientôt à Berlin, qu'il avait été très-AaIlé recevoir une dignité que d'ailleurs il ne croyait mériter ; que jamais il n'était venu, et que januii ne viendrait à Berlin sans y être mandé, et waH voyait aucune apparence de l'être de sitôt. Je sailli science certaine qu'il est très-mécontent^ et sans doit il le sera plus que jamais si l'armée est Aangi^tf

DE LA COVR DE KUIM. ji^

la constitution, »aas qu'on ait daigné pEendn-i'aTÙ ch fcnl feld-maréclutl qu'elle ait.

«.Jemets en faitqu'avec mille louis oupoiuflùtaal»»- KHO connaître par&itemeut tous lu MMireta: «tB'OabÎMt ie Berlin. Les papiers, toujours étaUs sur lei taldcs ^ coi, peuvent être lus et cofsés par deux éoàvùn», goatre valets de chambro, six oaliqil laquais, etdnw pages, sans compter les femmes ^.auwkiWporeur a<tfiil ua journal fidèle de touta-les diiMrvhM du roi^ |Dur par jour, et saurait-il tout ce <[u'il proj^ttd) »*U |)rojetait quelque cboM^

■. Janiais royaume n'annonça nue ploB prom^te'4iaftn dence : on le sape par loosks endroka à la ùmi m ^mîuue les moyens de recette ( on mulliplie la» éé- Ipienses ; on tourne le dos aux- principes ; on gtai^iOf» L'opioioa ; on affaiblit l'armée ; on déooura^.le tr^ petit nombre de gens qu'où pooitait em{^j«r) «tt mécontente ceux-là mâmat pour loM^wb ob à loéeo^ tenté tout le monde j on éloigwi tous les étranger! ^eoii de mérite^ on s'entoure de canûllepoiU'aft>iri''avile zégaer seul; cette funeste manie est Ift «aUae la^ptei féconde de tout le mal ipii«ftfait> «tdetD|it«tl«»^ •e prépare. ■ ■ .-;i :■

Je resterais dix ans ici mainteDaDt .qœ Je jwfnaia TOUS donner des détails ncub» quù pas un 'ré<îih>l tiouveau. L'homme est jugé^ «es eoloon Mit-JDuék^ le système est jugé ; nul chângtoent, jinUe-Mnélioration possible, tant qu'il n'y «nr» pr — ■^nirtrir >riucipal; quand je dis ntd changôiiHDt, «e b'M ^ que je prétende que peisoBse' ne sesa: dépUdA^i e sable succédera au sable, mais tOBt moi'év^ qH-Hr >le, tant que les pilotis ne seront pas enfoncés pour isaeoir une base. Que ierais-je clooc iù désormaùti'

5/|8 IIISTOIRK 5SF.c:llfeT£

rien d*iuîlc : or rmilitc^ et une ni \ trii^AfU!, irès-iinmédiate, trcs-prochaine, pounia» lenk nefcii dévorer rextréme indécence dont serait pour i Texistence amphibie qu'on m'a conférëe^ m Âeiep| longeait pins lon(;-terop8. Encore une foisy ce qatf^ puis, ce que je mérite, ce que je vaux doit étredidi maintenant dans Tesprit du roi et de ses ministra:! je ne mérite et ne puis rien, je coûte beaucoup Hif cher; si je mérite et puis quelque chose^ si neuf bnî; car ils seront écoulés avant que je sois de retOBr^i neuf mois d'une subahemité très-pénible^ et daniquelle j'ai rencontré mille et mille obstacles et pis {«cours, m'ont mis à même de développer qndfi connaissances des hommes, quelques lumières^ qodft sagacité, sans compter les choses précieuses qneji rapporte dans mon portefeuille, je me dois à moi-ols de demander et d'obtenir une place, ou de rentrerdv mon métier de citoyen du monde, qui sera moiiiifr tigant pour mon corps et mon esprit, et moins stàk pour ma gloire. Je le déclare donc nettement, oanh' tôt, je le répète^ je ne puis plus rester ici^ et je demtfk à être formellement autorisé à mon retour^ soit qiB ait des desseins ultérieurs sur moi, soit qu'on vedi me rendre à moi-même. Assurément je ne récalcitrai jamais à aucune espèce d'occupation utile : mon cof n'est pas vieilli, et si mon enthousiasme est amorti,i n'est pas éteint : je l'ai bien éprouvé aujourdliai;jf regarde comme un des plus beaux jours de sa vie efr lui où vous m'apprenez la convocation des notabloi qui sans doute précédera de peu celFe de l'assemW nationale : j'y vois un nouvel ordre de choses qnisi' régénérer la monarchie. Je me croirais mille fiNshP* 2)oré d'être le dernier secrétaire de cette asscmUff

dont j'ai eu le bonheur de donner l'idée et qui a grand besoin que vous lui apparteniez, ou plutôt que vous en deveniez rame.... Mais rester ici, condamné au supplice des bêtes, à sonder et remuer les sinuosités fangeuses d'une administration qui signale chacune de ses loiirnées par un nouveau trait de pusillanimité et d'impéritie, c'est ce dont je n'ai plus la force, parce que <^la ne me parait bon a rien. Faites-moi donc revenu', •et dites-moi si je dois passer par la Hollande.

Là, par exemple, j'accepterais une coomiission secrète, parce qu'une pacification y demande pour préliminaire indispensable un agent secret qui sache voir et dire la vérité, et surtout capter la confiance. Je ne crois pas qu'il y ait dans la politique extérieure un jplus grand service à rendre à la France. J'ai peur, s'il ^ut que je l'avoue, que nous ne fassions trop de fond ^Bur l'ascendant qu'a pris dans ces derniers temps Taris- .tocratie sur le stathoudérat. Je crois voir que le sys- ^tème des patriotes n'a encore une supériorité décidée que dans la province de Hollande, qui inquiète ses co- ^^tats, au moins autant qu'elle les échauffe ; et là même^ :.à Amsterdam, dans le foyer dessentimens anti-stathoudériens, ce grand conseil, qui a été le premier à se ^soulever contre la concession de la brigade écossaise ,à l'Angleterre, à insister en faveur des convois militaires, et à demander l'éloignement du duc de Brunswick, n'a-t-il pas été aussi le premier à voter pour une paix particulière avec l'Angleterre, pour l'acceptation de la médiation de la Russie ? Son amirauté, dont plusieurs membres tiennent à sa régence, n'est-elle pas fortement impliquée dans le complot qui a fait avorter Texpcdition pour Brest?... Comment en serait-il autrement ? le conseil souverain n'a i autorité

55o niSTOlRF. SECRÈTE

ima{^naire : c^est des bourgmestres ^ qui cbaDgot tous les ans, ou même du président bonrgmertR, qui chan{;e tons les trois mois, on plnt6t enfin de c^ lai des bourf^mestres qui a quelque ascendant di tête ou de caractère sur les antres, qne partent ks (Vdres qui diri{|;ent la voi\ si importante de la ville d'An» terdam, dans rassemblée des états. Et quand on peM que le colléf^e des échevins anciens et nouTeanx, dori sont tirés les bourf^meslrcs, contient un grand nondM de partisans des Anj^lais, et dépend en partie du ilathouder, qui élit ces échevins, je ne sais comment os peut se rassurer sur le système à venir de cette ville.

Je ne saurais donc comprendre comment il se poorait que nous n'eussions pas d'intérêt à finir^ si BO0 ne voulons pas briser le stathondérat, qui ne sera point anéanti sans donner lieu à des convulsions intérfenre et extérieures. Et pouvons-nous vouloir la guerre? Sans doute nous ne devons pas souffrir que la imûcA stathoudérienne reste maîtresse de la puissance légiilative dans les trois provinces de Gneldre, dlJtr^ et d'Over-Issel, parce qu'on appelle les réglemens à la régence; ce qui^ joint à ses prérogatives danskt provinces de Zélande et de Groningue^ fait exces8i▼^ ment pencher la balance en sa faveur. Sans doute le pouvoir du stathoudor doit être soumis à la puissance législative des états^ et^ ce qui n'est pas moins imp(R^ tant pour notre système, ou plutôt pour tout système régulier de politique extérieure, la puissance légii^tîve des Etats doit être dirigée et soutenue par une influence régulière du peuple ; car los prétentions et les passions particulières, et les intérêts privés des aristocrates, ont en tout pays été trop souvent pris pour l'intérêt public, et cela est plus vrai encore ici, oà,

DE LA COfJR DE ÎBWLIM. 5S9[

TunioD des sept province» s'ëtant foraiëe dapBm Icmpi de troubles et par le hasard^ puisqu'on me penaaàérî- |er un gouvernement répnblicadBqiifapiiè» le refi» ^e ftrent la France et l'Angletene d'en accepter h womreraineté^ il en est résulté qu'il n'y a jamaiii ea <i^ao# sord entre les régens et k peupie> peur fixer le» droits Bt les devoirs réciproques ; les réjgeoe ont sans eese invaillé à se rendre indépendaM du peuple, et le peo^ ple^ se croyant le maître, puisqH^fl p'a pa» craisporlf b souveraineté à ses régeus, ei m'vfaut aucun intérêt à les soutenir^ a pris parti contre eui àun toutes les crises : de là le parti stathoudéries ; de là cette flucK luation entre les volontés despotiques d'uB seul^ les tiergiversations perfide» des collège» d'arktocrates, TSr dllans et faibles, et la fougne d'iMie populace effirénéfer. S'il existe jamais un lien d'union entre la bourgeoisie et les régens^ c'en est &it du despotisme staihoudérien et des caprices oligarchique i taivt que cette union n'existera pas^ aussi long^temps qiiê la manière dont le peuple doit influer dans le gouvernement ne sera pas déterminée^ le système delaFranceneserajamaisassuré.

Conserver la constitmiou fédérattre entre )ei prorinces, et républicaine dans cliaeane d'eottre ettte, cm^ pour réduire la question à ses fermée les plus sioipks^ (f substituer aux recommandations^ ofieuses ei îUégan les du statbouder ou dfon botnrgmestre les ro^ » commanda tions régulières et salutaifw de la beiv^ » geoisie^ » tel doit donc être le paUadidm de cette république et le but de notre politique*

Mais sera-ce ou par les riolenees quVm noM att»» bue, lors même qu'elles ne sont pas fiètre»^ ePli eu exaltant toujours la fermentation &na c6lé et ]Mrmé^ ïance de l'autre, que nous pai vieuéitlfls à oettflViSlMk^

55 a IIISTOIIIK SECRÈTE

slructton qui demande moins de chocs que de oonlinuisons? M*avons-nous pas assez fait sendr mto influence^ noire pouvoir! Ke serait-il pas temps à 1 monirer que nous ne voulons que rabolition des ré^ mens stathoudériens, el non celle du stathoiidérat?ei finirons-nous sans une catastrophe dont il n'est pu donne à la sagesse humaine de calculer toutes leinitSy si Ton ne vient pas à bout de persuader a Ni» {pic (}ue tel est réellement notre unique système?

Voiià en ébauche ma profession de foi sur les afiires de la Hollande. On peut juger si^ dans ces principe que je développerai si Ton veut par un ménsie détaillé, je puis ou je ne puis pas être utile dansR pays, on me supposant d'ailleurs les connaissauces lih cales que j'y acquerrai facilement.

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