LETTRE LXV
Da i6 janvier 1787.
AUX yeux de qui sait que les révolutions à main a^ mée sont rarement celles qui bouleversent le plus la Etals, c'est une véritable révolution pour la mona^ chie prussienne que le premier exemple d'une nudtresse en titre^ qui va séquestrer le roi^ former une cour à part, susciter des intrigues qui s'étendront du palais aux légions, et modifier d'une manière abeolamcnt inconnue dans ces froides et flegmatiques contrées les affaires, les choix, l'administration^ les &veurs. Le moment de la chute et de l'élévation de mademoiselle de Voss approche : delà les intrigues^ les sarcasmes^ les opinions, les conjectures, ou plutôt les
Biugures... Du milieu de cet amas de propos tràis' on hux, voici ce qn'on peat 'recueillir de mobs invrailemblable. Ma version est fondée sur les épanchemené de confiance de mademoiselle de Voss avec une de ses anciennes amies.
On a persuadé à cette nouvdle Jeanne^ à qdi la dévotion faisait invoquer la bénédiction nupdale^ qu'èHe devait, en y renonçant^ almmoler à la psftrie d'abord^ ensuite à la gloire de son amant, enfin à Favantage dé sa Êimille. La patrie y gagnera, lui a-t-on dit^ une protectrice qui éloignera les conseillm avides ou pérrers ; la gloire du monarque ne sera point flétne par on double mariage ; votre &mille ne sera point ecpcûiée à vous voir appelée un instant princesse, et bientôt reléguée dans un vieux château avec une pension médiocre; le moment de votre Êiveur, d'autant plus exaltée que l'hjrmen n'aura pas £ût votre sort, venera sur vos parens l'or, les dignités, les grftces de toute espèce. On a mêlé les considérations dé la rdigion même à ces convenances. On a montré qu'il y avait moins de mal aux condescendances delà fiâiblesse qu'à !)ontracter un prétendu mariage, sans que l'autre iillt iissous. Enfin il a été déddé que la victime de la parie serait portée à Postdam, et inunolée à Sans-Souci, >ù Ton a préparé une maison somptueusement meu- >lée, disent les uns, simplement, disait les antres, et eut l'attirail d'une ^vorite.
Une nouvelle vraiment inc île, qiti demande
tonfirmation, et que je répi cr e encore, c'est
|ue le roi prostitue sa fille, la Frédérique^ i
ttre la compagne de sa maitr
Mademoiselle de Voss a u [uelquc instruction, des i
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Imlés, une (jaiichrric trùsHsaillante qu'elle s'eSonei
i^auvcr par K*s apparences de la iiaïveté : eUeenUà
et uicMic à un haut ilcf^rc; pour toute grâce die»
que le teint du pays, cncoro le trouvé-je plus hlsU
cpie blanc ; une {;or{;e assoz belle, qu'aussi coa^nir
elle lautre jour, au sortir de la comédie dn pnoot
Henri, d'un double mouchoir pour traverser les appi*
teuiensy en disant à la princesse Frcdérique : Soigam
les Inen ; car c 'est après eux quil court. Jugez dntd
des princesses qu'un tel mot fait rire ; c'est ce mâvf
de licence unique ( qu'elle unit aux airs de Tignonv
innocente) et d«^ sévériié de vestale, qui, dit-(Mi,i^
duit le roi. Mademoiselle de Voss^ qui trouve ri&à
d'êlro Allemande, et qui sait passablement l'sD^
joue Tanglomanc jusqu'à la pâmoison, et croit qs'ilct
du bon ton de ne pas aimer les Français. Son amotf*
propre, qui s'est vu à la gène avec quelques gens sas*
blés de cette nation, hait ceux qu'elle ne peut imim
et d'autant que ses sarcasmes reçoivent qiielquefoii*
juste salaire. Je n'ai pu tenir, par exemple, l'aiW
jour, à une exclamation faite à côté de moi : ce 0 1
» Dieu ! quand verrai-je donc, quand y aura-t-41ici
» un spectacle anglais ? Ah ! j'en mourrais de joie 1— J>
>i désire, mademoiselle, lui db-je assez sèchement, qtf
» vous n'ayez pas besoin plus tôt que vous ne crojo
» d'un spectacle français! » Et tous ceux que es
grands airs commencent à choquer de sourire; etk prince Henri, qui avait feint de ne pas l'entendre, de rire aux éclats; elle rougit jusqu'au blanc des jenx, t ne dit plus mot ; mais on punit et ne corrige pas.
Jusqu'ici elle déclare hautement la guerre aux visioB» naires, et déteste les fdles du premier fieivori, daoïa d'honneur de la reine. Comme elle transporte ap aî*
DE LA COtTR DE BBltlM. SSJr
Meu de ses faiblesses une dérotîoD mAme mpentîâMUifr,' on De peut parier àree aThntage ponr FaTenîr^ Mt&S tH Aimbition succède aox premières sensationfl, flttfi {irésumer qns sa famille gouvernera l'Eut. A la- télé éa èette famille est le comte f^ehiestein, dont la t^dlé^chi Pesnpire n'ébranlerait pas la trtalqAlllitéj mais ifn TCP* TBÎt avec unejole inexprimablèMB'^ii&tfn joàerùi it^. ' Tient ensuite le colnle de ScbnleBbotrt^, ùotTrellemenl f]>orté au ministère, homme ac^, aatrefois mtotf trifp ■inf, mais qui pai'aît sentir que c'est en se naontrànt pm i^e Ton fait beadcoup. Cett6 famïHe' comerw une ■ttaine invétérée à Welntr, qtii jadis enfeva tfn têàtâài 'ime de leurs parentes, anjoanflmi èfe femme: AjmrtiM MAX Finchestein le président d& yon^ frèn ^ U\^e> ^î du moins a cet espfit ii caleid'et «élte avItSitiS trèfi allemande, avec lesquels àa proBitieoét^e'préBeaté Ni fortnne. Poar peu qoer madeOMJftBHfe da VbA tint l^ti de cette situation, <^ doit |»4j^«r à FD>td«al le renvoi de Bishopsworder fct ât Wéattf M à&bitii^ teur nullité; car en Allemagne oBâ^mrièjOn'tie-lftWvoie pas. Il eatpossibleqn'elle-itiéraeMiltinri^^iMéy qn'elle se confie an preiéftitfrTenn', ^aicd'^'eBfe-'ttlill" Âscrète; qu'elle compte iifr la: coBVUDOediï'ipn'anMii', parce qu'elle est sans expérience sur la ncotHUdaaHttéa-, parce que, n'ayant obHgéfwraonne, die tt^L |Mniit encore fait d'in^ats : alors tout resteM c«mWrt flifiat, On plutôt topts'aggraiv érable roi,«iiifcrtnéàP»tltoÉa,d'oft il fera cependant des courses (réjMiN^iMMMtFiBei'llaj parce qu'il a contracté l'faabiRulede eofirlr^éVt^flMli sérail favori sera tonjours asxMMvub Hnt; l0T(n3aifr fera plus rien du tout, tolérera -Vasâge d*pMgri£b^ e| précipitera autant iju'il est en lui le roj'aumc ii sa ruine, vers laqndle il teiid.ansei rapidamaW' yw le «
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teiii et les circonstances cl la force d'il ie prise da le caractère allemand, qui ne permet «.««. fousqusèi sottises, et préserve des délires trop deftlrucienn èi passions. Ajontez que Teoipereur n'ose rien, ne nil rien, n'achève rien ; qu'il s^éteiut, qu*il n*a quedesfrèra pacifiques.... Je ne serais pas étonné que leporccTEp cure, qui du moins n'aime pas le faste, et qui par tôt séquent ne se ruinera pas de lui-mêoie^ n'attrape, ffkz aux circonstances et aux intéressés^ une espèce de rùjjne glorieux.
On est revenu sur le règlement militaire : b régimens de ligne ne seront point dénaturés } maki parait que Ton formera un certain nombre de balA Ions de chasseui*s, ce qui, avec de bons arrangemoi) peut devenir utile, et même une idée de Frédéric H On ne peut rien dire encore à cet égard^ si ce n'eM qu'il est fort étrange que Frédéric-Guillaume n cnie pouvoir refaire quelque chose ( la partie éconoaiiq|K exceptée) au système militaire et à l'armée de Frédéric II. Le prince Henri aura probablement quelque aotivité dans Tarmée ; il a été conservé le premier av les listes, malgré la nomination d'un feld-maréchil; le roi les a envoyées chez lui hier par M. de Goltzlm* même, pour Ten assurer. C'est un joujou donné à F» faut. Les détails de son existence militaire sont, ao reste, un secret qui ne se divulguera qu'à l'apparition des nouveaux réglemens. Les aides-de-camp généraux viennent souvent chez lui. Il est douteux que ce soit a Fiusu du roi j et si ce n'est pas à son insu, il est dair que c'est pour le tromper ; ce qui, au reste, est une peine inutile. Il n'a point de plan contraire à la politique du pays ( je ne dis pas du cabinet, puisqu'il n'en existe p«i^); et même il n'en a aucun.
DE LA COtJR DE BERLIN. 55^
Le comte de Goerlz est rappelé, et M. de Herlzberjj rîgnorait encore aujourd'hui ; il n'y a point de meilleures preuves qu'on ne veut plus se mêler des affaires de la Hollande, du moins directement, et que l'on n'aura pas la bonhomie de s'exposer à une gueire pour les intérêts du stathouder. Malheureusement la imaîson d'Orange n'en est pas persuadée; elle l'est du acontraire, du moins autant que j'en puis juger par la lettre delà princesse, arrivée par lecourrierde ce matin, et dontj'ai lu une partie sur le déchiffré nu. C'estsurtout gsous ce rapport que mon voyage àNimègue,sous un nom ^emprunté, et avec une simple autorisation secrète entre jelle et moi, pourrait être utile. J'ai lu dans celte même gleitre que les patriotes cherchent un emprunt de seize •ijinîllious de florins, ou plus de trente-deux millions de gOos livres à trois pour cent, quoique la province de ^lollande n'ait jamais donné que le deux et demi pour fCent, et qu'ils soient fort embarrassés pour les trouver.
Il y a ici trois évêques : celui de Warnie, celui de Cul m (qui est de la maison de Hohenzollern) et celui de E^aphos. Le premier, dont je vous ai parlé en vous reniant compte du voyage du roi en Prusse, est le même jue Frédéric II réduisit à quatre- vingt mille des cent >iille écus que rapportait son évêché avant le partage )e la Pologne. Le monarque lui disait un jour : « Je
> n'ai pas pour mon compte de grands titres au para- ^-i dis, faites m'y entrer, je vous prie, sous votre man-
> teau. — A la bonne heure, lui répondit le prélat, si
> Votre Majesté ne l'eût pas tant rogné. » C'est un ^omme du monde et de plaisirs, qui se connaît unî- :|nement en beaux-arts, et n'a ni vues, ni projets, soit religieux, soit politiques. Le second a été au service fJe France; il a la rage de prêcher, d'être cloquent^ et
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le goût de faire du bien. Muis comme il % auMÎla»
nie de faire dess dcUrs cl des cnfaus^ i sennonsiûi
siins fi'uii ei sa charité s»uns eflet. Le deraierestat Cragant de Ikeslaw , jadis fort libertin et mi peaathoi aujourd'hui impuissant et radoteur. Ces trois piâi^ qui vont être renforcés par celui de Cujaviej et le floi* veau coadjuteur, le prince de llohenlohe^ chaDobc de Strasbourg, ne tiendront point de conciie^ et nep titieronl pas les craintes que les luthériens orthodoiB^ et la Saxe entière, qui voit ici la pierre angohiR de la religion protestante, ont conçues sur le pachantdu roi au cadiolicisme. L'un voulait Faiglea^ qu'il a obtenu -, Tautre un bénéfice vacant par la va de Tabbé Bathiani ; le prince de Warmie une sonM (à deux pour cent) assez considérable pour apaiseras créanciers.
Le prince Henri, après avoir donné un spectacle d un grand souper, a terminé le tout par un bal qui commencé assez tristement et continué de même' Pendant qu'on dansait dans une salle^ on jouail ttl loto dans une autre. Le roi n'a ni dansé ni joué. Si soirée a été partagée entre mademoiselle de YobA la princesse de Brunswick. Il a dit un mot à M. de Grotthaus, et rien à aucun autres aussi la plupart dci acteurs et spectateurs sont parus avant lui. L'év^ de Warmie, le marquis de Lucchésini n'ont pas m^ été remarqués. J'aurais défié l'observateur le plus pénétrant de deviner qu'il y avait un roi dans cette tf* semblée. On était ennuyé, gêné, mais ni ilatté, ni t/Or pressé. Il s'est retiré à minuit et demi^ après que om* demoiselle de Voss a été partie. On voit trop qa'dk est l'âme de son âme, et que cette âme, invesde dvM si lourde enveloppe, est bien peu de chose. II. tel
DE LA coim DE BimiiN. ^Sg
Wous attendre à cette continuelle répétition ; te lien de
da scène change^ mais jamliis la scène.
P. S. La nouvelle durappel deftLdeGoertz eslÊiune^
de la manière dont elle m'est venoe; c'est M. d'Esteroo
^i a voulu me tendre uja piége^ ou on loi en tend un*
Je sais mcme des circonstances qm me feraient croira
 la possibilité d'une reprise de négociation. Je n'ai
pas le temps d'en dire davan^ge. Le duc de Bruns-
i^ck est mandé^ et il arrive sous peu de jours* Le
comte Wartensleben^ oublié pendant cinq mois, a eu
liier ipatin un présent de cinq à six cents écus de reote^
ci le commandement du régiment de Roemer à Bran^
dicbourg.