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l64 ESSAI
un ministre qui ne brigua jamais que par ses services la faveur de son maître !
J'ai cru devoir entrer dans ces détails pour répondre à ceux qui reprochent à Henri lY^ a cet homme adorable^ dont le mot de monsieur y prononcé par un de ses cnfans, eftarouchait la tendresse paternelle^ qui lui reprochent^ dis^e, son humeur despotique; et c'est en effet les réfuter d'une manière satisfaisante que d'observer sa modération ; car le prince qui sait commander à lui-même s'emporte rarement jusqu'à abuser de la supériorité qu'il a sur ses sujets.
Un roi moins généreux et moins grand se serait aisément persuadé qu'il pouvait exercer un pouvoir absolu sur un peuple si long-temps armé contre lui^ et dans un pays qu il avait conquis. Mais il savait que le pauvre peuple> agité par les passions des grands^ n'est que rinstrument de leur ambition et de leurs haines^ et qu'on commet une injustice cruelle et sans firuit alors qu on exerce sur lui ses vengeances. Henri rV se livra donc sans réserve a toute sa magnanimité.
Quel despote qtie le prince qui pardonne à tous ses ennemis^ après les avoir mis dans l'impuissance de résister ; qui paie les dettes de l'État obéré, et laisse quarante-cinq millions dans ses coffres l
Que le Ciel^ dans ses jours de bienfaisance, acccx^e aux nations un grand nombre de tels despotes !
Henri IV avait contracté dans les camps un ton ab- . solu, une sorte de violence même, dont la nature avait mis le germe en lui ; mais quel moment de sa vie ne décelait pas sa bonté paternelle, qui semblait ne laisser d'autre différence entre lui et ses sujets que celle de la supériorité de son âme * , que nous adorons aujourd'hui,
€?ar omalbas, et hoc laolum cxtcris mnjor qaoïocUor. »
SUR LE DESPOTISME. l65
et que nous pleurerons long-temps sur les ruines de la patrie?
Aucune nation ^ aucun siècle ne produiront un autre prince capable des mêmes vertus, si le besoin de ses alentours, d'étroites, d'importantes liaisons avec les hommes ne contribuent pas à le former. Charles V et Henri IV, les deux plus grands rois de la nation si Charlemagne n'avait pas existé, fiu-ent tous deux instruits à l'école du malheur, et apprirent long-temps, avant que de tenir tranquillement le sceptre, que les princes qui sont les plus subordonnés de tous les hommes doivent les respecter.
Les rois qui ne s'élèvent que par les choses, et que les choses instruisent mal, parce qu'elles se plient presque toujours à leurs volontés, à leurs passions, à leurs opinions, paraîtraient peut-être les plus stupides de tous les êtres si Ton savait combien ils ont communément peu de lumières et d'idées. On retient les paroles raisonnables qu'ils laissent échapper : c'est assurément la meiUeore preuve qu'elles sont en petit nombre.
Il faut qu'un roi soit trèsHStupide en effet pour ne pas juger bientôt sa propre administration (s'il autorise l'erreor et qu'il en soit lui-même le complice, il n'est plus stupide; il est un monstre). Tous ses alentours le trompent à l'envi, je n'en doute pas ; mais l'embarras des ministres, la multiplicité de leurs expédiens, leur insofiSsance, la pénurie des sangsues publiques, qui tôt oo tard, comme nous l'avons montré plus haut, sont enveloppées dans la ruine générale, dévoilent malgré les courtisans la misère publique, et présagent la dissolution de l'État.
La population et l'aisance, ces thermomètres infail- Ubles de l'administration, publient la vérité en dépit des
l66 ESSAI
flatteurs ; car le prince le moins instruit et le tyran le plus despote ne sauraient douter qu'ils ne sont puissans qu'en raison des hommes qui vivent et fleurissent sous leur empire.
Le dragon de Gadmus est l'emblème de la liberté ; les hommes naissent avec elle. Avant le ix® siècle, à peine existait-il une seule ville dans cet immense pays qui s'étend depuis le Rhin jusqu'aux bords de la mer Baltique. CharlemagUe parait, et l'Allemagne change de face sous ce grand homme ^ . L'excessive population des Chinois vient de l'attachement qu'ils ont pout leur constitution douce et stable, qu'ils ne Veulent échanger pour nulle autre : aucun d'eux ne voudrait s'expatrier ; aucun ne voudrait ni fonder ni suivre une colonie.
Dans le despotisme tout s'oppose aux progrès dé la population, parce qu'elle suit toujours la gradation des richesses territoriales, que le despotisme détrcdi avec tout le reste. D'ailleurs la dépopulation y devient la suite d'un sentiment bien naturel. Les Romains, malgré les ordonnances rigoureuses contre le célibat, se refusaient au mariage sous les etnpereurs, et craignaient d'avoir des enfens '.
C'est assez de traîtier une existence malheureuse sans la doubler, et l'on ne vieilt pas chercher des chaînes : il n'en est point de douces, pas même dans les despo^ tismes tranquilles ; car il en peut exister de tels : un cadavre n'éprouve plus de convulsions ; ceux-là même sont les plus redoutables ; une telle paix est une longue
' Il fonda les villes les plus considérables, deux archcvèchës et neuf évèchés.
* «r Nec idco conjugia et edncationes liberorum frequenubantor, pne- » rdida orbitale. » ( TàOT., Arutal,, lib, 3.)
SUR LE DESPOTISivIE. 167
servitude. C'était la législation des Romains dans leurs conquêtes ^ . Le conquérant armé n'opprime que pour un temps ^ mais le despote désarmé tire son droit dé son forfait ; et les hommes apprennent dans les fers et sur Fécha&ud qu'ils ne sont sortis des mains de la nature que pour être le jouet infortuné d'un petit nombre d'individus^ revêtus du pouvoir suprême pour s'arroger exclusivement tout le bien possible ^; car c'est là le véritable signalement du pouvoir arbitraire ; et j'ose ici déCer ses vils apologistes^ ceux même qui ont le plus d'opinion delà subtilité de leur dialectique^ d'en donner ime définition à laquelle je ne puisse^ en I'£(nalysant à la rigueur^ substituer celle-ci : v. Le despotisme est la des^ » tînation exclusive d'un seul homme à employer tous ^ les atitres^ même si leurs dépens, à son seul profit^ d oûfluièt à ce qu'il croit son profit.
On ne cesse de faire craindre aux rois la désobéissance et la rébellion de leurs sujets : on devrait plutôt leur £adre honte d'assommer des esclaves rampans. Machiavel^ dont le témoignage en faveur de la liberté lie sera pas suspect, Machiavel lui-mêtne voudrait « qu'un prince ou un grand homme qui aspire à l'im- » mortalité, choisît pour son gouvernement et le théâïi tre de sa gloire un état corrompu et en décadence , » qu'il se proposei:ait de rectifier et d'établir, »
Quel parallèle pour un prince vraiment désireux d'acquérir de la gloire que celui de Lycurgue donnant des lois à des peuples libres, et méritant ainsi l'hommage de la postérité, et Sardanapale ', les sens défail-
" « Ubi solitudinem faciunt pacem appellant. »
(Tacit., vit. AgiicoL) « Eh ! si c'était leur bien, nous serions trop heureux j mais un tyran est tOQJoars un insensé ; un despote est toujours un ignorant. > Ils étaient contemporains.
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lans de volupté, Fâme énervée par son propre despotisme, commandant à un troupeau d'esclaves, et transmettant à la postérité pour toute célébrité un nom flétri par de crapuleuses débauches, le souvenir d'une autorité odieuse et illimitée, presque aussi avilis^ santé pour le despote que pour l'esclave, et celui d'une stupidité féroce, qui lui valut le sort ordinaire des tyrans.
Je désirerais que ces prudcns conseillers, qui alarment les princes sur les entreprises des sujets, et entretiennent sans cesse dans le cœur du msutre la méfiance, l'un des premiers motifs de la tyrannie, citassent un seul exemple d'un peuple qui ait secoué le joug, saiis avoir enduré long «temps une cruelle oppression. «Les » plus grands maux, dit Comines, viennent volontiers » des plus forts ; car les plus faibles ne cberdient que » paix. »
Je voudrais aussi que les courtisans montrassent aux princes quand et comment ils ont retiré leurs maîtres de l'abime où cette tyrannie qu'ils ont tant encensée les a plongés. Quel peuple s'est élevé contre son souverain, avant d'en avoir été foulé?...
C'est l'excès de la tyrannie qui excita les Espagnols à secouer le joug intolérable des Arabes. Ce sont les vexations odieuses de Philippe II qui valurent à la Hol* lande sa liberté ^ . Les Suédois languiraient encore dans les fers ou dans les cavernes de la Dalécarlie, si les rois de Danemark eussent arboré moins imprudemment l'étendard du pouvoir arbitraire ; si le plus atroce des tyrans n'eût livré la Suède entière aux convulsions du désespoir.
* Groiiusclit: « Rcspublica casufacla, quam tnctus Hispanoram con- » tiuct. »
Sî Charles XI n'eût pas tyranniquement foulé aux
pîeds les privilèges de la Livonie et de l'Eslonle^ la
Suède^ qui venait de recouvrer sa liberté, n'aurait pas
été déchirée par de longues guerres, qui la plongèrent
dans un tel épuisement, qu'elle n'en est pas encore re*
levée. C'est du sein de l'esclavage le plus terrible que
les Suisses ont recouvré la qualité d'hommes ; et je ne
saurais m'empêcher de remarquer ici, à l'honneur de
ce peuple respectable, que, malgré les vexations et les
brigandages atroces de ses tyrans, qui semblaient lui
permettre une vengeance sanguinaire, il se contenta
de chasser de son pays Landenberg et ses complices,
et de recouvrer sa liberté, sans verser une goutte de
sang.
On parle de la licence des Anglais et de leur audace effrénée : sans les débats des Yorck et des Lancastre, guise disputaient le droit d'opprimer les hommes, comme les tigres et les lions s'arrachent leur proie, ce peuple n'aurait jamais pensé à se ressaisir de sa liberté. Suivez les événemens qui lui valurent cette liberté ^, qu'il a achetée si cher, vous vous convaincrez qu'il n'y eut jamais de plan formé de conduire cette révolution jusqu'au dernier degré auquel elle est parvenue, et que les Anglais ne doivent leurs lois et leur constitution qu'à l'excès de la tyrannie qu'ils renversèrent parce qu'ils ne pouvaient plus la supporter. Il ne sera pas inutile de remarquer que les habitans des îles britanniques ' obtinrent, ou plutôt arrachèrent au plus valeu*
' Qui lui avalent été cédées parle trailé d'OUvat.
> Ce n^ est point ici le lieu d^indiqaer les atteintes portées à celte conftitoiion, ni de développer les causes qui présagent infailliblement Fahération de la liberté britannique.
5 Je les appelle ainsi, parce que les Anglais se renouvelèrent par le sang qu'ils puisèrent dans les veines des conqnérans septentrionaux
I yo ESSAI
reux et pent-étre au plus habile monarque qui eût encore régné sur l'Angleterre, la confirmation et la stabilité de leur grande charte^ monument éternel de leur amour pour la liberté^ et rempart de leurs privilèges.
n Paraissez^ Sire, écrivaient à Henri d'Âlbret^ roi de n Navarre, ses sujets, paraissez seulement; aussitôt » vous verrez jnsqu^aux pierres^ aux montagnes et aux n arbres s'armer pour votre service ^ » O princes, &ites-vous aimer ; c'est autant votre premier intérêt que votre premier devoir : aucun peuple ne changera de maître malgré lui.
Mais qui voudrait ramper à jamais sous une verge de fer? Sans doute il faudrait étouffer nos malheureux en£ans au berceau, ou plutôt dérober de nouvelles victimes aux despotes, en nous refusant^ comme les Péruviens, au vœu de la propagation, si la liberté ne devait pas prévaloir tôt ou tard. Sans doute il ^t important que les tyrans apprennent, par Texpérience de tous les âges, que jamais le despotisme ne fiit tranquille, stable et permanent. Mais il faut aussi que les bons princes sachent et n'oublient jamais que si la bienveillance des hommes est la chose la plus nécessaire pour conduire leurs affaires et y réussir, elle est aussi toujours acquise à ceux qui leur sont utiles. Qu'ils ouvrent les annales de tous les peuples, ils verront que tout despote habile, qui a daigné du moins être juste^ a obtenu l'amour de son peuple^ aussi bien que sa docile obéissance.
Elisabeth, remplie de principes dans un siècle où
dont lei dewendans deyinrent presque les seuls habitans des tles brilan niqaes.
* Aïeul materael de Henri IV. Ce aoQl les habitans de la ville d'Estelle CD Nayarre qui loi écriraient ainsi.
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et 1Î4H1 ponr âanMter,
La ^raie fibënihé d-oa prince, ct^diparsmfr^fm^
people; car alors fl fiait da bieii à tons, poisqne c'est
de fous qaH est paré. Les dons nuisent aux nfeow-
/wfuef . et dericonent ainâ des injustices. Cette profo-
lion memtiiêre excite les importuns demandems^espète
d'hommes imposables à assoovir \, et mine infaillihle»
ment une nation, en rédnisant bientôt anx expêdiens
le chef^ qoi dès-lors 6>nle anx pieds jiistioe« privilèges ;
qm livre son peuple à tontes les extorsicHiB que peuvent
inventer la maltôte et la cupidité. Elisabeth était trop
habile pour employer ces raanceuvres tjrnnniques et
insensées ; car die savait bien qu^elle serait une des
' c Car, dit lIoBlngne, qû a sa pCBaéeà prfadre, dc l'ii plu a ce f|all
a a ptis. *
premières à se ressentir de la ruine de son pays ^ Mais quand elle eût eu moins de talens et de lumières^ Theu* reuse et sage constitution^ qui ne permet point l'usage des deniers aux rois d'Angleterre, garantissait la na* tion des guerres formidables de la fiscalité. En un mot, si Elisabeth laissa échapper quelques volontés arbitraires, elle se retint presque toujours près de l'abus de son pouvoir, et jamais les lois n'eurent plus de vigueur que sous son règne ; aussi fut-elle l'idole de sa nation^ el elle le mérita à beaucoup d'égards.
Les princes apprendront donc, en réfléchissant sur les hommes et sur les événemens qui les agitent, que le peuple ne veut jamais qu'être heureux ; que c'est là son unique ambition et son seul objet; qu'il est impossible qu'il préfère le trouble, la tyrannie et les factions à un gouvernement fixe et modéré, quand le délire de ses chefs ne le met pas en combustion; et qu'alors même il retombe tôt ou tard, par l'impulsion du besoin, dans son état naturel, je veux dire, le tratHÙly la modération et la' bonhomie.
Ils en trouveront la preuve jusque dans l'étonnante catastrophe de Charles I^, sur les ruines duquel s'éleva l'habile et despotique Cromwel : c'est ici le triomphe des déclamateurs royalistes ; il est bon de le rabattre a sa juste valeur.
Charles I^^ avait des intentions droites, un caractère faible, et l'humeur vindicative : il arriva sur le trône dans le moment où la nation et le despotisme luttaiait ensemble; il voulut suivre le plan de ses prédécesseuni, et n'avait pas les talens et }e génie nécessaires pour sob-
I Selden' rapporte qQ*£Hsabelh refusa un subside qat lui sembla trop fort, n^en prit que la moiiié, el remercia la nation du reste ^ <y fayear^ » ajoute riiisiorien, qui fit grand bruit dans les pays étrangers, a» à la bonté des autres princes.
SUA LE DESPOTISME. I^j
joguer son peuple. Il fut détrôné^ et périt par Ua tutn^ de ses sujets.
C'est un délire de la liberté, qui, lonç-tetiipi» îtâKu^ cée, s'opprimaelle-même, et abusadela victoire qt; <d^ remporta sur le despotisme; maïs à peiu^ I u^ucpaUsui enl-il fermé les yeux, que tout fut réiabii cau^ 1 oioi<. ^ le gouvernement militaire, qui^ quoique: ^<:fllll^«iiJP: ai despotisDie^ l'avait terrassé^ lomlia iiti-iii*:fii<: « c'jt tour: et la liberté^ à laquelle il lit piao«:. i éi':-^ ru« #*:. mines du pouvoir arbitraire ; elle appir. Uà^znà*. < t^ t;^^ fier du militaire, qui Tavait menaué*:; api ^ ^^iji* O'^ii .i son ennenû.
Un prince fÎEdble^ excité pai àvt *:,uuc^Aïifçt:. ^jk^v^^,^ arma contre son peuple; son pet.ipî':iuw v/;jif om . r. ^- «:^^ contre lui: il fallut abattre le G«;.^poUfrfi««;t^? o«s y. r^*^ armes: il sen éleva un seconu aU''ï^M^4tfff'«>;i<<.'/ «*. v« hnsears de la liberté, oblij^é^ u*: Uhk >. >^'^^i^i* ^^i^ sa cause, furent au morn^ui Qt (i«n*-;jr *:v>*^ ^M. v^ presseurs. Le cbef fut abboiu ^ rnai-. v. um'j^'.^.u . ^' .• • .- -.«^ cessa à la mort de ce cbd. *i îaucv?- /. iv»-ç^ ;^ '^^ aprèsCromvelK son léLaiiiie^^ru*';:: . \ , c , . *vx . >. .. *.. ^ influence sur la natiurj hiiî^ûui^^. ;> ^/^vj.^.^ vvit ^^. de la liberté fut le riVàinv^^i^UKir v. >-. i/w»-M5ttrf> -,v>^ laiie. Ce peu]>le qu'.Jai (uot:.^ Ci ;x/cc^ ^v-/. vy..y dans sa terre et dans i^: f/^jru yu^: ' V>x*/' -y.^t '*/, vironne • et qui. aauîï boi. dlV:/^*;t»'>:tiv , iis^îj*. v. ••»,, mettre un attentai inou. oaii>. i .♦^;v->«., ïy -,.k^ . ^v des re}îie:sd néiédii*:. ei i. (/^è iajî*-. -,v .m;*», ^u:^^,...,, , ^ pariemf^uLqu un roi i-^fiiurii^ ii«-j>'j .' -ffj/;fj v.- .*.- *^-,/v i^. teneur uee loit. La iépuf^:,^'5iV; ï>>i />;«f}s.M.. > *.../' ... /-^î* de &an^:-ixuju Ot:i i(jj-. qt ;i'. >^Jitf*ç;j '>x, é/j.'K^K*.i^\
1^4 ZSSAl
donna au général Monck, l'un des plus honnêtes et des plus habiles hommes de son temps^ les moyens de iaîi*e prévaloir la royauté^ et de la remettre sur la tète qui devait la porter.
Tout dans un Etat^ tout tient à la liberté, rinstnu> tion (d'où dépendent la modération et V équité , ces premiers liens des sociétés), les mœurSy le génie, le courage, la considération, la puissance, la richesse publique, l'honneur en un mot, et ce mot renferme toutes les vertus ; car le célèbre et respectable Montesquieu s'est essentiellement trompé lorsqu'il a étabB une différence entre Vhonneur et la vertu.
lie contraste des mœurs peut mettre quelque diffférence dans la manière d'exercer ou de montrer la vertu. Ces différences sont ce qu'on appelle honneur «t vertu; mais le fond en est toujours le même : c'est toujours la vertu qui reste. Le brave La Noue, sor-r nommé Bras^-de-fer, reçut un soufflet d'un insolent désarmé, avec le même sang-froid, et peut4tre plus de sang-froid qu'il n'eût reçu la piqûre d'un insecte : c'était là de la vertu ; c'était assurément de rhon^ neur. Un esclave enorgueilli est susceptible d'être un spadassin, et ne l'est pas de rendre le moindre service à ta patrie.
Si la liberté est le premier des ressorts pour l'homme, l'esclavage doit altérer tous les sentimens, émousser toutes les sensations et les dénaturer, étouffer tous les talens , confondre toutes les nuances, corrompre tous les ordres de l'Etat et semer la zizanie, germe de Fa^ narchie et des révolutions.
Dans un pays où le chef marche au pouvoir absolu, vous verrez l'homme de robe, despote envers les citoyens, méprisé par les autres ordres; l'homme d'é-
SUR LE PSSPOTISME. |^^
gUse Bera^f pour amsi dirci l'ennemi public} le mi^ liuûre^ successivement ign(M:^nt et qierceniûre^ de» viendra à son tour un fléau national.. Tous les hommes^ divisés d'intérêt et de parus, luttent les uns contre lùé autres^ contrarient l'harmonie générale, et servent ainsi, sans s'en douter, le despote dont le peuple paie^ au prix de ses sueurs et souvent de sa subsistance, les plaisirs et les caprices.
Point de véritable courage, point de vertus publi-# ques, point de vertus privées dans un tel pays; car elles suivent la marche des mœurs, et les mœurs y sont infectées de tous les genres de corruption. On n'y connaît plus le respect filial (ce^ nœud sacré qui, dans le plus vaste et le plus heureux empire de l'univers ^, unit le prince, le gouvernement et les sujets), l'amour de sa femme et de ses enians. (Hi quique sanctissimi testes, hi maximi laudatores); source du bonheur domestique, sans lequel l'homme ne peut rien ; car on n'est et on ne peut être courageux et fort au de^ hors, qu'autant que l'on est heureux et aimé chez soi.
Un esclave ne sait pas même obéir, il ne fait que ramper ; le favori est aussi serf que le dernier de la nation ; toute place y est vile, mais avidement acceptée, parce qu'il serait dangereux de la refuser. Le courtisan est toujours dans une situation pénible entre la crainte et l'espérance ; sa vie est une transition subite et continuelle de l'insolence à la bassesse ; son cœur est le réceptacle de tous les vices ; il a si bien formé son âme, qu'on peut dire qu'il n'en a point.
En un mot, un Etat despotique devient une sorte de ménagerie, dont le chef est une hèle /ëroce, qui n'a guère que cette prééminence sur ce qui l'entoure. Con-
• La Chine.
ttdërez l'Asie, ce pays dont il n'est jamais sorti un bon esclave ^ ; les despotes y deviennent eux-mêmes les plus stupides automates, comme ils sont les maîtres les plus barbares, tant il est vrai qu'un engourdissement destructeur succède dans le despotisme aux convulsions sanguinaires de la tyrannie.
Nos rois, premiers gentilshommes et vraiment chefs de la nation^, étaient les plus absolus des rois. Ce senliment d'attachement et d'obéissance, décerné à nos souverains, premiers entre égaux ', qui prisaient notre estime et recherchaient notre amour, se trouve dans les traces les plus anciennes que notre histoire nous transmette. Chez les anciens Germains, l'autorité civile était très-contenue et très-limitée*; mais l'attachement pour les chefs était sans bornes ; ils étaient tout puissans, dit Tacite : si conspicuij sipromptiy si ante aciem agant : alors c'était un déshonneur de leur survivre dans un combat; et quand la noblesse pouvait dire qu'elle était l'ornement du trône en temps de paix, et son rempart en temps de guerre (in pace de^
' Mot de Dëmoslkcnea. ( Philippiques.)
*<c Je vous sapplLc, madame, disait François l'i*, en informant sa » mcre du la levée da siège de Mczière, je vous supplie vouloir mander » partout de faire remercier Dieu j car, sans point de faute, il a montré » ce coup quMl est bon François, a
s Les rois n^étaient si précisément que cela chez les nations septentrionales, qui se ressemblaient toutes par leurs mœurs, leurs coulâmes, leurs traditions, etc., qu"*!! y avait une amende Ici^alcment infligée et perçue pour Tassassinat du prince, comme pour celui de tout antre citoyen, avec cette différence qu^clle était plus forte.
M. d'Alembert a très-bien prouvé que princepsj relativement à comités [principes pro Victoria pugnant, comités pro principe ( Tacit. de Mor. Germ.)f ne pouvait signifier que chef de ses compagnons ( primas inter parcs).
Il est indubitable que le mot prince^ dans sa vraie signification, vent dire une personne du premier ordre de VEtat. On s.iit que nos premiers rois imitaient les pairs de principes et primates regni.
4 Tacit., lib. vi, c. a3.
SUR LE DESPOTISME. l'J'J
cuSy in bello prœsidium)^ son chef était plus despote que le célèbre Darius, que tant d'esclaves ne purent défendre contre un petit nombre d'hommes libres.
Dans un temps tout niilitaire, sous un jeune conquérant, un soldat ose dire à son chef, à son roi qui le prie : Nihïl accipieSy nisi quce tibi vera sors largàur. Clovis, obligé de dissimuler, ne peut et n'ose se venger; il attend un moment de revue ^ ; il châtie le farouche soldat, mais c'est sous le prétexte d'une Êiute de discipline militaire ; il punit comme général, et ne prétend rien comme roi; encore ajouterai-je qu'il fut juge et bourreau, craignant sans doute que sa vengeance, confiée à d'autres mains, ne fût trompée.
La réponse de ce soldat est féroce sans doute ^ ; mais quelle constitution que celle où l'on peut puiser une telle férocité? Combien le droit de propriété y était respecté ! quelle nation que ces Francs ! Observez leur histoire; quels hommes! quel nerf! mais aussi quel attachement! quelle générosité !
a Notre roi, dit Comines^, est le seigneur du monde qui le moins a cause d'user de ces mots : a J'ai pri* » vilége de lever sur mes sujets ce qui me plaît; » et ne lui font nul honneur ceux qui ainsi le disent, pour
* Les plumes gagées par le goavcrncmcnt ont ose avancer dans nu H- Trcnouvellctnenl imprimé, et dont le titre m^a échappé, qae ce soldat f.jt puni au même instant, et ont démenti ainsi Grégoire de Tours dans ou des faits les plus connus et les mieux constatés de notre histoire: ce nouveau monument d'ignorance et de lâcheté est encore dû. à M. Lin« guet, si je ne me trompe.
a L^ exemple de Clotaire 1" est bien plus étonnant encore, et bien moins dié. En 553, ce prince voulait accorder la paix aux Saxons, qui lai offraient une grosse somme d^argent. L^arméc voulait livrer bataille: le roi renouvela ses instances ^ les Français se jetèrent sur lui, déchirèrent sa tente, d'où ils Tarrachèrent ; en un mot, il aurait couru le plus grand danger s'il n'eût conduit ses troupes à rinstaut à l'ennemi. ( Grégoire de Tours.)
' Chap. 19, édit. Loud. 1747*