ACTE lY, SCÈNE III
CO VIELLE
Oui.
MONSIEUR JOURDAIN
Par ma foi ! vous faites bien de me le dire, car pour moi je n^aurois jamais cru que marababa sahem eût voulu dire : « Ah ! que je suis amoureux d*elle ! » Voilà une langue admirable que ce turc !
COVISLLE.
Plus admirable qu'on ne peut croire. Savez-vous bien ce que veut dire cacaracamouchen ?
MONSIEUR JOURDAIN
Cacar€u:amouchen ? Non.
CO VIELLE
Cest-à-dire « Ma chère âme. »
MONSIEUR JOURDAIN
Cacaracamouchen veut dire « Ma chère âme » ?
COVIELLE
Voilà qui est nierveilleux ! Cacaracamouchen^ a Ma chère âme. » Diroit-on jamais cela ? Voilà qui me confond.
COVIELLE
Enfin, pour achever mon ambassade, il vient vous demander votre fille en mariage; et pour avoir un beau-père qui soit digne de lui, il veut vous faire Ma» mamouchij qui est une certaine grande dignité de son pays.
MONSIEUR JOURDAIN
Mamamouchi P
COVIELLE
Oui, Mamamouchi; c'est-à-dire, en notre langue, Paladin. Paladin, ce sont de ces anciens.... Paladin enfin. Il n'y a rien de plus noble que cela dans le
monde, et vous irez de pair avec les plus grands Seigneurs de la terre.
MONSIEUR JOURDAIN
Le fils du Grand Turc m'honore beaucoup, et je vous prie de me mener chez lui pour lui en faire ^ mes remercîmcnts.
COVIBLLB.
Comment ? le voilà qui va venir ici.
MONSIEUR JOURDAIir.
n va venir ici ?
CO VIELLE
Oui ; et il amène toutes choses pour la cérémonie de votre dignité.
MONSIEUR JOURDAIN
Voilà qui est bien prompt.
COVIELLE
Son amour ne peut souffrir aucun retardement.
MONSIEUR JOURDAIN
Tout ce qui m'embarrasse ici, c'est que ma fille est une opiniâtre, qui s'est allée * mettre dans la tête' un certain Cléonte, et elle jure de n*épouser personne que celui-là.
COVIELLE
Elle changera de sentiment quand elle verra le fils du Grand Turc; et puis il se rencontre ici une aventure merveilleuse, c'est que le fils du Grand Turc ressemble à ce Cléonte, à peu de chose près *, Je viens de le voir, on me Ta montré ; et l'amour qu'elle a pour l'un, pourra passer aisément à l'autre, et.... Je l'entends venir : le voilà.