‹ Œuvres de MolièreChapitre 216 sur 541 · En marge : Mlles du Croisi et de. la Torillière · texte numérisé non relu

En marge : Mlles du Croisi et de. la Torillière

5. Des traits semblables au jarelot de Céphale, auquel nulle proie ne pourait échapper.

Et qui d^aiUeurt, je tous Tavoue, Divinement ion rôle joue.

Ce rôle, où elle eut tant de succès, a donné lieu à une légende, qui a été trop facilement acceptée, sur la foi du libelle de la Fameuse comédienne.

L'auteur de ce ramassis des commérages les moins dignes de créance prétend que les représentations de la tragédieballet, où Baron, dans le personnage de TAmour, a enlevoit les cœurs, » furent l'occasion d'une liaison étroite entre la Molière (comme il l'appelle) et le jeune comédien que, jusqu'alors, elle haïssait, jalouse de l'amitié qu'avait pour lui son mari. Elle commença à le regarder d'un œil qui n'était plus celui de la haine. Baron fut prompt à s'en apercevoir, et ne laissa pas échapper la bonne fortune qui s'offrait. Le pamphlétaire, comme s'il avait été là, écoutant dans la coulisse, a noté jusqu'aux paroles par lesquelles le fat et la coquette s'engagèrent dans leur intrigue. Elle eut, dit-il, peu de durée. Ils en vinrent à se dire des choses outrageantes, se boudèrent, se raccommodèrent, mais pour ne pas tarder à devenir irréconciliables^. On a très-justement, croyons -nous, fait remarquer l'absence de toute preuve à l'appui de ce médisant propos^, que pas un autre témoignage du temps ne confirme, et où il est permis de trouver de l'invraisemblance. Baron, que l'on représente comme se vantant déjà de ses nombreuses conquêtes, était alors bien jeune pour faire ce personnage d'un Moncade. Il pouvait sans doute s'enflammer pour une femme beaucoup plus âgée que lui; et nous n'assurerions pas qu'il fût incapable de trahir son bienfaiteur ; mais un cœur si vani* teux oublie moins vite les injures que les devoirs de la reconnaissance; et le soufflet donné, U y avait quatre ans, par Mlle Molière' lui avait laissé un long ressentiment. Après avoir consenti à jouer le rôle de Myrtii dans Mélicerte^ il avait voulu rentrer dans la troupe de la Raisin ; et le boudeur ne s'était prêté à son rappel dans celle de Molière qu'à Pâques 1670, quelques mois avant les ré|)étitions de Psyché, Sa ran-

I. Les Intrigues de Molière et celles de sa femme ou la Fameuse eomédienae^ édition de M. Liret, p. ai-i4«

9. Ibidem^ note de M. Livet, aux pages 167 et 168. 3. Voyez la Notice de MélieeNê^ an tome VI, p. 144.

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cane alors ëtait probablement mal dësarmëe. Si Ton veut cependant que les beaux yeux de Mlle Molière lui aient âdt oublier une haine qui avait été si persistante, il faudrait encore admettre raveuglement extraordinaire de Molière qui n'aurait eu aucun soupçon de la plus perfide des ingratitudes, puisque son attachemosty presque paternel, pour le jeune comédien ne paratt pas s'être démenti.

11 était imprudent, sans nul doute, de faire faire à sa femme de si brûlantes déclarations par un acteur qui représentait le plus séduisant des Dieux ; mais le moyen d'avoir, dans la vie de théâtre, de si grandes délicatesses? Molière ne pouvait pourtant pas se charger lui-même du personnage de TAmour ; et à qui l'aurait-il confié avec plus de sécurité qu'à un comédien qu'il s'était habitué à regarder comme son enfant, et qui n^ivait jamais inspiré à Mlle Molière que de l'antipathie ?

Cette pièce de Psyché a fait beaucoup parler sur la femme de Molière, et sur les cœurs, comme dit Robinet, par elle alléchés. Parmi ces cœurs dont on veut qu'elle ait fait alors la conquête, on ne compte pas seulemost celui de l'adolescent qui lui lédtait de si tendres vers, mais aussi celui du poète sexagénaire qui les avait écrits et y avait mis toute la-flamme de la pasrion. S'il l'y avait mise, ce serait, à en croire Aimé-Martin', qu'il était fort amoureux de la comédienne ; et cet éditeur de Molière, cherchant une preuve de l'amour qu'elle inspira, selon lui, à Corneille, la trouve dans Puichérie qui, représentée en 167a, prête une touchante éloquence à une passion de vieillard. Corneille « s'est dépeint lui-même, dit Fontenelle', avec Inen de la force, dans Martian, qui est un vieillard amoureux. » Mais quelle était la Puichérie, dont alors Corneille s'était épris un peu tard ? Son neveu ne le dit pas. Aimé-Martin croit que Rc^inet l'a dit dans les vers suivants sur la première représentation de la comédie héroïque du grand poète :

.... L*aatear a fidt ce poème Par Teffet d*ime estime extrême Pour la merTeilleuse Psyché,

I. Œuvres de Molière (édition de i845), tome Y, p. 5o3 et 5o4. !• Œuvres (édition de 1741), tome III, Fie de M. Corneille^ p. 117.

Pfer qui ehaeim est allëehë, Ou Mademoiselle Molière, Qui de façon si singulière, Et bref areeque tant d*appas, Qui font courir les gens à tas, Encor maintenant représente Ladite Psyché si charmante*.

Nous reconnaissons que ce passage de la lettre de Robinet, rapproché de la révélation, plus ou moins digne de confiance, que Fontenelle nous a faite, ne laisse pas de donner à penser. Une extrême estime cependant peut s'entendre tout simplement d'un jugement très-favorable porté stu* le talent de l'actrice ; et lorsque Robinet prétend savoir que Corneille avait écrit Pttlchérie pour elle, a-t-il voulu dire qu'il l'a représentée elle-même sous les traits de celle dont le vieux Martian est amoureux, ou seulement que, charmé de son habile interprétation du rôle de Psyché, il lui destinait celui de sa nouvelle héroïne ? Mais alors pourquoi ne le joua-t-elle pas, et la pièce fut- elle donnée aux comédiens du Marais? Voltaire a dit que ceux de la troupe royale l'avaient refusée. Tout <5ela est di£Bcile à bien éclaircir. A ne pas s'embarrasser de doutes on pourrait gagner d'être plus piquant ; ce qui nous parait toutefois le plus sage, c'est de ne pas atteler, avec tant d'assurance. Corneille, non plus que Baron, au char de Mlle Molière.

Nous savons, par l'inventaire de 1673, quels étaient les quatre costumes de la comédienne dans les différentes scènes de Psyché : « Les habits [iie ladite damoiselle veuve) pour la représentation de Psyché^ consistant en une jupe de toile d'or, garnie de trois dentelles d'argent, avec un corps en broderie et garni d'un tonnelet et manches d'or et d'argent fin ; une autre jupe de toile d'argent, dont le devant garni de plusieurs dentelles d'argent fin, avec une mante de crêpe garnie de pareille dentelle, et une autre jupe de moire vert et argent, garnie de dentelle fausse, avec le corps en broderie; le tonnelet et les manches garnis d'or et d'argent fin ; une autre jupe de taffetas d'Angleterre bleu, garnie de quatre dentelles d'argent fin:

I. Lettre êm pers à Monsieur^ du a6 novembre 1679, écrite le lendemain de la première représentation de PMUrie.

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prise le tout ensemble deux cent cinquante livres ' . » Et plus loin^ : « Trois bouquets de plumes, Tunnoir et les deux autres de diffërentes couleurs, servant aux habits de Psyché^ pnsës vingt livres. » Le même inventaire note encore * : « Un petit habit d'enfant pour la même pièce, consbtant en une jupe couleur de rose et un corps de taffetas vert, garni de dentelle fausse, prise six livres. » M. Soulië croit, avec toute vraisemblance, que ce costume se trouve là, parce qu'il était celui de la fille de Molière * (Esprit-Madeleine Poquelin, mariée depuis au sieur de Montalant], laquelle, née en 1665, figura sans doute, en 1671 ou en 1672, parmi les petits Amours du Prologue.

La grande renommée à laquelle Baron était destiné comme acteur, commença pour lui dans Psyché, a Un des premiers rôles marqués et qui lui a donné le plus de réputation, dit Titon du Tillet dans le Parnasse français *, est celui de l'Amour. » Robinet cite Baron avec éloge dans les lettres où il rend compte des représentations données sur la scène du Palais-Royal.

Celles-ci commencèrent six mois après que la cour avait vu la première, dont elle fut loin de se contenter, puisqu'elle fit représenter la tragédie-ballet durant tout le carnaval de 1671. C'est à la date du vendredi a4 juillet de cette même année que le Registre de Ut Grange marque Psyché comme pièce nouvelle de M. de Molière^ c'est-à-dire nouvelle pour la ville. Il fallait que l'on comptât sur un fructueux succès; car les dépenses furent grandes. C'a été une époque de transformation pour le théâtre où la troupe de Molière jouait alternativement avec celle des Italiens. Ceux-ci furent chargés de la moitié des frais des nouvelles constructions ; les frais de la pièce elle-même ne pouvaient les regarder, a Le dimanche 1 5 mars de la présente année 167 1, dit la Grange,... la Troupe a résolu de faire rétablir les dedans de la salie..., et.... il a été conclu de refaire tout le théâtre.... et le rendre propre pour des machines.... Plus, d'avoir dorénavant, à toutes sortes de représentations, tant simples que de machines, un concert de douze violons, ce qui n'a été exécuté qu'après la représentation de Psyché,,,.

« .... On a commencé à travailler auxdits ouvrages.... le

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